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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2100675

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2100675

mercredi 5 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2100675
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP CORNILLE - FOUCHET - MANETTI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 février 2021 et des mémoires enregistrés le 14 janvier 2022 et le 2 mars 2022, ce dernier non communiqué de même que des pièces complémentaires enregistrées le 21 mars 2023, Mme B A, représentée par Me Cornille, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 décembre 2020 par laquelle le maire de la commune de Saint-Selve s'est opposé à sa déclaration préalable du 17 décembre 2018 en vue du détachement de deux lots à bâtir ;

2°) d'enjoindre au maire de Saint-Selve de prendre une décision de non opposition ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Selve une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision a été prise par une personne incompétente ;

- le motif relatif à l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme n'est pas fondé ;

- le motif relatif à l'article R. 111-2 du même code est inopposable ;

- le projet de développement et d'aménagement durable du nouveau plan local d'urbanisme est inopposable ;

- le schéma de cohérence territoriale est également inopposable.

Par des mémoires enregistrés le 3 novembre 2021 et le 7 février 2022, la commune de Saint-Selve, représentée par son maire en exercice et ayant pour avocat la Selas Cazamajour et Urbanlaw, conclut au rejet de la requête et à ce que Mme A lui verse la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la requête est irrecevable, Mme A ne justifiant pas avoir satisfait aux obligations de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, et qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 8 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 2 mars 2022.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pouget, président,

- les conclusions de M. Vaquero, rapporteur public.

- les observations de Me Manetti, représentant Mme A ;

- et les observations de Me Capparos, représentant la commune de Saint-Selve.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, propriétaire d'une parcelle cadastrée section A n° 1699, sise Palus Contaud Sud, sur la commune de Saint-Selve, a déposé le 17 décembre 2018 une déclaration préalable pour le détachement de deux lots à bâtir. Par un arrêté du 29 janvier 2019, le maire de la commune a opposé à cette déclaration une décision de sursis à statuer sur le fondement de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme. Cet arrêté ayant été annulé pour une insuffisance de motivation par un jugement du 12 novembre 2020 du présent tribunal saisi par Mme A, avec injonction de reprendre l'instruction de la déclaration préalable, le maire de Saint-Selve, par un nouvel arrêté du 9 décembre 2020, s'est opposé à cette déclaration. Mme A sollicite l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que par un arrêté en date du 23 juin 2020, affiché et transmis à la préfecture de la Gironde le même jour, le maire de la commune de Saint Selve a délégué à M. D C, 1er adjoint, sa compétence concernant toutes les décisions à prendre en matière d'autorisations d'urbanisme, et notamment la signature des décisions relatives aux déclarations préalables. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, et d'une part, aux termes de l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme : " Le permis ou la décision prise sur la déclaration préalable doit respecter les préoccupations d'environnement définies aux articles L. 110-1 et L. 110-2 du code de l'environnement. Le projet peut n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si, par son importance, sa situation ou sa destination, il est de nature à avoir des conséquences dommageables pour l'environnement. Ces prescriptions spéciales tiennent compte, le cas échéant, des mesures mentionnées à l'article R. 181-43 du code de l'environnement. ". D'autre part, aux termes de l'article R. 111-27 du même code : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des () ouvrages à édifier (), sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Pour apprécier si un projet de construction porte atteinte, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ou de celles du règlement d'un plan local d'urbanisme ayant le même objet et dont les exigences ne sont pas moindres, au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que ce projet de construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

4. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que les lotissements, qui constituent des opérations d'aménagement ayant pour but l'implantation de constructions, doivent respecter les règles tendant à la maîtrise de l'occupation des sols édictées par le code de l'urbanisme ou les documents locaux d'urbanisme, même s'ils n'ont pour objet ou pour effet, à un stade où il n'existe pas encore de projet concret de construction, que de permettre le détachement d'un lot d'une unité foncière. Il appartient, en conséquence, à l'autorité compétente de refuser le permis d'aménager sollicité ou de s'opposer à la déclaration préalable notamment lorsque, compte tenu de ses caractéristiques telles qu'elles ressortent des pièces du dossier qui lui est soumis, un projet de lotissement permet l'implantation de constructions dont la compatibilité avec les règles d'urbanisme ne pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises.

5. Il ressort des pièces du dossier que le projet s'inscrit dans les milieux naturels associés au cours d'eau du Gât Mort, classé en site Natura 2000 " réseau hydrographique du Gât Mort et de Saucats ". Le secteur est également couvert par une zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) de type I et II au regard des zones humides et des biotopes qui y sont associés. Il constitue à ce titre une trame bleue et une trame verte. Il présente donc les caractères d'un site et d'un paysage naturel et paysager remarquable et typique de la forêt des landes de Gascogne. Ces enjeux paysagers et naturels sont d'ailleurs confirmés par les études et diagnostics réalisés dans le cadre de l'élaboration du futur plan local d'urbanisme, qui relèvent que des zones humides alluviales ont été recensées par l'inventaire du syndicat mixte d'études et d'aménagement de la Garonne autour du cours d'eau du Gât Mort, lequel présente un potentiel halieutique élevé et " forme un corridor important vers la vallée de la Garonne qu'il convient de préserver notamment au niveau des zones urbanisées ". Il ressort également des pièces du dossier que le projet litigieux, qui vise à la création de deux terrains à bâtir, suppose notamment le déboisement d'un terrain actuellement entièrement arboré faisant partie intégrante de la ripisylve du bassin du Gât Mort, même s'il n'est pas classé en espace boisé classé, et l'implantation de deux constructions au sein de ce milieu naturel au biotope riche. Par suite, quand bien même le terrain est classé en zone UD du plan local d'urbanisme applicable, et sans que Mme A puisse utilement se prévaloir de la délivrance d'un permis de construire à un tiers sur un terrain situé à proximité, le maire de Saint-Selve n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions précitées du code de l'urbanisme.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ". En vertu de ces dispositions, lorsqu'un projet d'aménagement est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modification substantielle nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

7. Le maire de Saint-Selve s'est également opposé à la déclaration préalable déposée par Mme A au motif que le terrain d'assiette du projet de division est situé en zone d'expansion de crue du Gât Mort. Mme A fait à cet égard valoir que la direction départementale des territoires et de la mer ne classe pas la commune de Saint-Selve dans la liste des communes soumises à un risque d'inondation mais il ressort néanmoins des pièces du dossier que la commune a connu des inondations significatives à sept reprises depuis une quarantaine d'année, la dernière en 2020, lesquelles ont causé des dégâts matériels et donné lieu à des arrêtés préfectoraux de catastrophe naturelle. Selon des études menées dans le cadre de l'élaboration du futur plan local d'urbanisme, le bassin versant du Gât Mort est particulièrement exposé à des risques de remontées de nappe phréatique et à des crues estivales importantes. Sont d'ailleurs produites des photographies documentant l'inondation, en mai 2020, des propriétés riveraines du chemin de Conteaud, où se situe le projet litigieux. Si la requérante se prévaut de deux attestations de voisins selon lesquelles son propre terrain aurait alors été épargné et fait valoir que celui-ci figure en zone de sensibilité faible au risque de remontées de nappe sur le plan départemental de zonage des risques majeurs, il ressort d'autres pièces au dossier que la voie de desserte du lotissement dans lequel il s'insère ainsi que de nombreuses parcelles au sein de celui-ci ont été recouvertes ou encerclées par les eaux en 2020 et qu'il ne s'agissait pas du premier évènement de ce type. L'ensemble de ces éléments attestent du caractère récurrent du phénomène d'inondation à proximité du lit du Gât Mort, situé à moins de 50 m du terrain d'assiette du projet, et sont de nature à établir que celui-ci est exposé à un risque effectif de submersion. Dans ces conditions, sans que la requérante puisse utilement se prévaloir de la délivrance d'un permis de construire en 2016 sur un terrain proche, et alors qu'il n'apparait pas que le maire de Saint-Selve aurait pu assortir une autorisation de division foncière de prescriptions de nature à diminuer le risque d'exposition des lots détachés aux crues ou aux remontées de nappes, cette autorité n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en s'opposant, à leur visa, à la déclaration préalable présentée par Mme A.

8. Enfin, la décision litigieuse relève que le terrain est situé en dehors de l'enveloppe urbanisable prévue par le schéma de cohérence territoriale approuvé et qu'il méconnaît les principes de protection des espaces naturels, notamment du Gât Mort, définis par le plan d'aménagement et de développement durable déjà débattu à la date de dépôt de la déclaration préalable.

9. Cependant, ainsi que le fait valoir Mme A, ni les dispositions d'un schéma de cohérence territoriale ni les mentions du plan d'aménagement et de développement durable d'un plan local d'urbanisme en cours d'élaboration ne sont au nombre des normes opposables à une demande d'autorisation d'urbanisme. Par conséquent, le motif considéré, pris en ses deux branches, n'a pu légalement fonder la décision du 9 décembre 2020.

10. Il ressort cependant des pièces du dossier que le maire de Saint-Selve aurait pris la même décision en se fondant sur les seuls motifs évoqués aux points 4 à 7 ci-dessus. Par suite, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, la requête de Mme A doit être rejetée.

Sur les frais d'instance :

11. La commune de Saint-Selve n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions de la requérante fondées sur les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Il y lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la commune sur le fondement des mêmes dispositions et de mettre à ce titre une somme de 1 500 euros à la charge de Mme A.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Mme A versera une somme de 1 500 euros à la commune de Saint-Selve en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Saint-Selve.

Délibéré après l'audience du 22 mars 2023 à laquelle siégeaient :

M. Pouget, président,

M. Josserand, conseiller,

M. Frézet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2023.

Le président rapporteur,

L. POUGET

L'assesseur le plus ancien,

L. JOSSERAND

La greffière,

M-A. PRADAL

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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