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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2100699

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2100699

mercredi 22 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2100699
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL AEDIFICO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 10 février 2021, le 2 juin 2021 et le 9 juillet 2021, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la société civile d'exploitation agricole (SCEA) de l'Herbe, représentée par Me Achou-Lepage, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2020 par lequel le directeur du syndicat mixte des ports du bassin d'Arcachon a abrogé l'autorisation d'occupation temporaire du domaine public maritime portant sur l'emplacement n° 41 ;

2°) d'enjoindre au syndicat mixte des ports du bassin d'Arcachon de lui restituer son autorisation d'occupation temporaire du domaine public maritime dans un délai de 15 jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du syndicat mixte des ports du bassin d'Arcachon la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un vice de procédure à défaut de respect du principe du contradictoire ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 15 avril 2021 et le 1er juillet 2021, le syndicat mixte des ports du bassin d'Arcachon conclut au rejet de la requête, à ce que la société de l'Herbe soit condamnée au paiement de l'amende maximale prévue par l'article L. 5337-4 du code des transports et à ce qu'il lui soit enjoint d'enlever tout son matériel ostréicole de l'emplacement n° 41 dans un délai de dix jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 18 juin 2021 la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 12 juillet 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des transports ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Vaquero, rapporteur public,

- les observations de Me Me Achou-Lepage, représentant la société de l'Herbe,

- et les observations de M. C, représentant le syndicat mixte des ports du bassin d'Arcachon.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile d'exploitation agricole de l'Herbe, qui exerce une activité d'ostréiculture, était titulaire de deux autorisations d'occupation du domaine public sur le port d'Arès. Elle bénéficiait ainsi de deux emplacements n°s 40 et 41 lui permettant notamment de stocker du matériel ostréicole. Par un arrêté du 30 novembre 2020, dont la société demande l'annulation, le directeur du syndicat mixte des ports du bassin d'Arcachon a abrogé l'autorisation d'occupation du domaine public portant sur l'emplacement n° 41 au motif que l'utilisation de cet emplacement n'était pas manifeste. Par des conclusions reconventionnelles, le syndicat mixte des ports du bassin d'Arcachon demande au tribunal d'infliger à la société de l'Herbe une contravention de grande voirie et de lui enjoindre de libérer le domaine public, sous astreinte.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, M. A D, directeur du syndicat mixte des ports du bassin d'Arcachon, signataire de la décision attaquée, bénéficiait d'une délégation, par l'effet d'une délibération du conseil syndical du 22 juillet 2020, pour signer tous les actes concernant les affaires du syndicat mixte des ports du bassin d'Arcachon. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écartée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous. () ". Et selon l'article L. 2122-3 du même code : " L'autorisation mentionnée à l'article L. 2122-1 présente un caractère précaire et révocable. ".

4. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Et aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 2° Infligent une sanction ; () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () ".

5. D'une part, il résulte de ces dispositions que les autorisations du domaine public sont délivrées à titre précaire et révocable et qu'elles ne sont pas créatrices de droit au profit de leurs bénéficiaires, lesquels n'ont droit ni à leur maintien, ni à leur renouvellement. D'autre part, l'abrogation litigieuse, qui est fondée sur un motif d'intérêt général résultant de la circonstance que la cabane n° 41 pour laquelle la société de l'Herbe bénéficie d'une autorisation apparait inexploitée alors qu'il existe une importante demande d'occupation d'emplacements de la part notamment d'ostréiculteurs, ainsi qu'en atteste la réunion du conseil portuaire d'Arès du 25 septembre 2020, ne constitue pas une sanction. Par suite, la décision attaquée ne fait pas partie des décisions qui doivent être motivées en application de de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, la société De l'Herbe ne peut utilement soutenir que cette décision est intervenue en méconnaissance du respect du principe du contradictoire.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 32 du règlement de gestion des ports du syndicat mixte du bassin d'Arcachon : " () / L'autorité portuaire peut mettre fin à une autorisation avant son terme normal pour des motifs tirés de l'intérêt général, pour manquement du titulaire à ses obligations ou si le titulaire n'exerce plus l'activité pour laquelle l'autorisation lui a été attribuée. () ".

7. En l'espèce, il est constant que l'autorisation d'occupation du domaine public délivrée à la société de l'Herbe pour l'emplacement n° 41 par un arrêté n° 2018/5788 l'a été pour une activité d'ostréiculteur. Or, selon un procès-verbal dressé en 2019, repris par un procès-verbal d'infraction du 19 février 2021, il a été constaté " un très faible niveau d'occupation sur les deux emplacements occupés par la SCEA de l'Herbe (AOT n° Ares T40 et n° Ares T41) sur le port d'Arès, et notamment que le terre-plein de l'AOT n°T41 était vide de tout matériel ostréicole hormis la grue sur bloc fixe et quelques tables ". Selon un procès-verbal de la commission des cultures marines en date du 23 mars 2021, la société de l'Herbe utilise principalement le site d'Arès à des fins de stockage alors que l'autorisation d'occupation temporaire est délivrée, conformément aux règlement de gestion des ports et à l'intitulé de l'autorisation elle-même, pour une activité d'ostréiculture. Par la seule production de quatre factures pour les années 2016 à 2020 et de photographies non datées montrant le stockage de quelques matériels, la société requérante ne remet pas sérieusement en cause ces constats et ne justifie pas exploiter effectivement l'emplacement considéré dans des conditions justifiant l'octroi d'une autorisation d'occupation pour l'exercice d'une activité ostréicole. Ainsi, et alors que la société requérante demeure titulaire d'une autorisation d'occupation temporaire de l'emplacement voisin n° 40, dont il n'est pas établi qu'il ne suffirait pas à lui permettre de continuer à exercer une activité ostréicole, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation des faits.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les conclusions reconventionnelles :

9. En principe, un défendeur n'est pas recevable à présenter, dans un litige tendant à l'annulation d'un acte pour excès de pouvoir, des conclusions reconventionnelles contre le demandeur. La recevabilité de telles conclusions s'apprécie seulement au regard de l'objet principal du litige et non au regard des conclusions qui, revêtant un caractère accessoire à la demande principale, sont présentées sur le fondement des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative en vue d'assurer l'exécution de la décision juridictionnelle à intervenir dans ce litige. Dès lors, si des conclusions tendant à la mise en œuvre des mesures prévues par ces articles à la suite d'une annulation d'un acte pour excès de pouvoir relèvent de la pleine juridiction, dans la mesure où le juge doit y statuer en tenant compte de la situation de droit et de fait existant à la date de sa décision, cette circonstance ne saurait avoir pour conséquence de rendre recevable des conclusions reconventionnelles présentées par le défendeur dans un litige d'excès de pouvoir.

10. En vertu du principe rappelé ci-dessus, les conclusions du syndicat mixte des ports du bassin d'Arcachon tendant à ce qu'une amende soit infligée à la société de l'Herbe sur le fondement de l'article L. 5337-4 du code des transports ainsi que ses conclusions tendant à qu'il soit enjoint à la société, sous astreinte, de libérer le domaine public maritime et de remettre les lieux en l'état, au besoin sous contrainte de la force publique, qui relèvent de la pleine juridiction, sont irrecevables dans le cadre du présent recours pour excès de pouvoir, et ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société de l'Herbe est rejetée.

Article 2 : Les conclusions reconventionnelles du syndicat mixte des ports du bassin d'Arcachon sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société civile d'exploitation agricole de l'Herbe et au syndicat mixte des ports du bassin d'Arcachon.

Délibéré après l'audience du 8 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pouget, président,

M. Josserand, conseiller,

M. Frézet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mars 2023.

Le rapporteur,

C. FREZET

Le président,

L. POUGET La greffière,

M.-A. PRADAL

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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