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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2100880

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2100880

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2100880
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMAUJEUL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 février 2021, la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) EPCGBAT, représentée par Me Maujeul, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er septembre 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis à sa charge la somme totale de 18 100 euros au titre de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail et la décision du 27 décembre 2020 rejetant son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions datées du 1er septembre 2020 et du 22 décembre 2020 sont insuffisamment motivées ;

- les décisions sont entachées d'un vice de procédure dès lors que le représentant de la société n'a pas été mis à même de faire valoir ses observations avant que ne lui soit infligée la sanction litigieuse puisque l'administration n'a pas été en mesure de le faire assister par un interprète kurde ;

- le directeur général de l'OFII a commis une erreur de droit, une seule infraction ayant été constatée le coefficient appliqué aurait dû être de 2000 et non de 5000 fois le montant du taux horaire du salaire minimum garanti.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) conclut au rejet de la requête.

L'OFII fait valoir que les moyens soulevés la société EPCGBAT ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fazi-Leblanc, première conseillère ;

- et les conclusions de M. Willem, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Lors d'un contrôle effectué par les services de l'inspection du travail de la Gironde sur un chantier de construction de logements à Lormont, les inspecteurs ont constaté la présence d'un ouvrier en situation de travail, M. D A, de nationalité irakienne, qui réalisait des joints de carrelage et était en possession d'un récépissé de demande d'asile, mais démuni d'autorisation de travail. A la demande des inspecteurs, M. A a contacté son employeur qui a confirmé être le gérant de la SASU EPCGBAT, ainsi que l'identité de M. A. Rendu destinataire du procès-verbal d'infraction, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a estimé que la société EPCGBAT avait employé M. A sans autorisation de travail et, par une décision datée du 1er septembre 2020, il a mis à la charge de la société la somme de 18 100 euros au titre de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail. La société EPCGBAT a formulé un recours gracieux à l'encontre de cette décision le 25 novembre 2020, rejeté par décision du directeur général de l'OFII le 22 décembre 2020. La société EPCGBAT demande au tribunal l'annulation de la décision du 1er septembre 2020 du directeur général de l'OFII et du rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'insuffisance de motivation :

2. Aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. (). ". L'article L. 5221-8 du même code dispose que : " L'employeur s'assure auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France, sauf si cet étranger est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi tenue par l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 ". Aux termes de l'article L. 8253-1 de ce code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. ".

3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction ; (). 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Il résulte de ces dispositions qu'une décision qui met à la charge d'un employeur la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui fondent cette sanction. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la décision prise le 1er septembre 2020 par le directeur général de l'OFII, confirmée par la décision du 22 décembre 2020, mentionne les articles L. 8251-1, L. 8253-1, R. 8253-2 et R. 8253-4 du code du travail, qui définissent le manquement et la sanction et déterminent son mode de calcul. D'autre part, la décision fait référence au procès-verbal établi le 24 octobre 2019 par les services de l'inspection du travail de la Gironde, elle explicite les modalités de calcul de la sanction, en donne le montant et elle désigne nominativement dans son annexe le salarié étranger concerné ainsi que la société. Par suite, la décision attaquée, qui n'avait pas à préciser les circonstances du contrôle, est suffisamment motivée.

En ce qui concerne le caractère contradictoire de la procédure :

4. S'agissant des mesures à caractère de sanction, le respect du principe général des droits de la défense, applicable même sans texte, suppose que la personne concernée soit informée, avec une précision suffisante et dans un délai raisonnable avant le prononcé de la sanction, des griefs formulés à son encontre et puisse avoir accès aux pièces au vu desquelles les manquements ont été retenus, à tout le moins lorsqu'elle en fait la demande. L'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration précise d'ailleurs désormais que les sanctions " n'interviennent qu'après que la personne en cause a été informée des griefs formulés à son encontre et a été mise à même de demander la communication du dossier la concernant ".

5. Si les dispositions législatives et réglementaires relatives à la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du code du travail ne prévoient pas expressément que le procès-verbal transmis au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en application de l'article L. 8271-17 du code du travail, constatant l'infraction aux dispositions de l'article L. 8251-1 relatif à l'emploi d'un étranger non autorisé à exercer une activité salariée en France, soit communiqué au contrevenant, le silence de ces dispositions sur ce point ne saurait faire obstacle à cette communication, lorsque la personne visée en fait la demande, afin d'assurer le respect de la procédure contradictoire préalable à la liquidation de la contribution, qui revêt le caractère d'une sanction administrative. Le refus de communication du procès-verbal ne saurait toutefois entacher la sanction d'irrégularité que dans le cas où la demande de communication a été faite avant l'intervention de la décision qui, mettant la contribution spéciale à la charge de l'intéressé, prononce la sanction. Si la communication du procès-verbal est demandée alors que la sanction a déjà été prononcée, elle doit intervenir non au titre du respect des droits de la défense mais en raison de l'exercice d'une voie de recours. Un éventuel refus ne saurait alors être regardé comme entachant d'irrégularité la sanction antérieurement prononcée, non plus que les décisions consécutives, même ultérieures, procédant au recouvrement de cette sanction. Il appartient, en tout état de cause, à l'administration, quelle que soit la date à laquelle la communication a été demandée, d'occulter ou de disjoindre le cas échéant, préalablement à la communication du procès-verbal, celles de ses mentions qui seraient étrangères à la constatation de l'infraction sanctionnée par la liquidation de la contribution spéciale et susceptibles de donner lieu à des poursuites pénales.

6. D'une part, dans les circonstances de l'espèce, l'OFII indique, sans être contredit, qu'avant de prendre la décision du 1er septembre 2020, le directeur général de l'OFII a invité la société EPCGBAT par courrier du 9 juin 2020 dont l'entreprise a accusé réception le 15 juin 2020, à produire ses observations et que celle-ci n'a pas répondu à ce courrier. En outre, le procès-verbal suite au contrôle a été transmis à la société le 22 décembre 2020, après que la société en ait fait la demande avec son recours gracieux du 25 novembre 2020. Ainsi, la société a été mise à même de produire ses observations et il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier qu'elle ait demandé à être entendue par l'OFII. Par suite, l'autorité administrative n'a méconnu ni le principe du contradictoire, ni les dispositions précitées de l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration.

7. D'autre part, si la société ECGBAT allègue que la procédure est entachée d'un vice en ce que son représentant n'a pu être entendu faute pour l'administration d'avoir trouvé un interprète kurde, elle fait référence à l'audition pénale libre à laquelle le gérant a été convoqué, une première fois le 28 novembre 2019 à laquelle il ne s'est pas présenté, une deuxième fois le 9 décembre 2019 à laquelle il a indiqué vouloir être assisté d'un interprète en kurde irakien, et enfin une troisième fois le 8 janvier 2020, audition qui n'a pu se tenir faute d'interprète en kurde irakien, et qu'il n'a en définitive pas pu être entendu dans le cadre d'une audition pénale libre. Toutefois, eu égard à l'indépendance des procédures administratives et judiciaires, cette circonstance est sans incidence, tant sur la régularité de la procédure qui a conduit à l'adoption de la sanction par le directeur général de l'OFII que sur son bien-fondé dès lors que la sanction repose seulement sur la constatation effectuée lors du contrôle qui s'est déroulé le 24 octobre 2019 ainsi que sur les renseignements obtenus ensuite par les agents, l'ensemble étant consigné dans le procès-verbal des inspecteurs du travail daté du 16 janvier 2020. Ainsi, le moyen tiré de ce que le gérant de la société n'a pu être entendu lors de l'audition pénale libre, est inopérant.

En ce qui concerne le montant de la sanction appliquée :

8. Aux termes de l'article R. 8253-2 du code du travail : " I. - Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. / II .- Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : 1° Lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ; / 2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7. ".

9. L'infraction aux dispositions précitées de l'article L. 8251-1 du code du travail est constituée du seul fait de l'emploi de travailleurs étrangers démunis de titre les autorisant à exercer une activité salariée sur le territoire français. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre une décision mettant à la charge d'un employeur la contribution spéciale prévue par les dispositions de l'article L. 8253-1 du code du travail, pour avoir méconnu les dispositions de l'article L. 8251-1 du même code, de vérifier la matérialité des faits reprochés à l'employeur et leur qualification juridique au regard de ces dispositions. Le juge statue en fonction de la valeur des éléments produits par l'administration pour établir l'infraction et de ceux produits par le requérant.

10. Il résulte de l'instruction, au vu des mentions du procès-verbal qui font foi jusqu'à preuve du contraire, que la matérialité des faits, qui n'est au demeurant pas contestée, est établie. Cependant, si l'entreprise requérante soutient qu'une seule infraction lui a été reprochée et que, dès lors, le montant de la contribution spéciale devrait être limité à 2 000 fois le taux horaire minimum garanti et non à 5 000 fois comme l'indique la décision litigieuse, le procès-verbal des inspecteurs du travail mentionne deux infractions, l'infraction d'exécution d'un travail dissimulé par dissimulation d'un emploi salarié et l'infraction d'emploi d'un étranger non muni d'une autorisation de travail. En outre, la société EPCGBAT n'établit pas avoir versé à ce salarié, dans le délai de trente jours prévu par l'article L. 8252-4 du code du travail, l'intégralité des salaires et indemnités prévus par l'article L. 8252-2 du même code. En conséquence, en présence d'un cumul d'infractions, et à défaut de preuve du paiement par la société EPCGBAT au salarié concerné de l'ensemble des salaires, accessoires et indemnités de rupture prévus par le code du travail, le montant de la contribution spéciale a été fixé à bon droit par l'OFII à 5 000 fois le taux horaire minimum garanti applicable à la date de commission de l'infraction, établi à 3,62 euros, soit au total 18 100 euros.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la société EPCGBAT n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas la partie perdante, verse la somme que demande la société EPCGBAT au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société EPCGBAT est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SASU EPCGBAT et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mariller, présidente,

Mme C et Mme B, premières conseillères,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

La rapporteure,

S. B

La présidente,

C. MARILLER La greffière,

E. SOURIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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