mercredi 24 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2101057 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP DROUOT AVOCATS LACHAUD MANDEVILLE COUTADEUR ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 mars 2021 et le 25 octobre 2021, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la société HM Ibérique, représentée par Me Marques, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2020 par lequel la préfète de la Gironde a prononcé la cessibilité, au profit de l'établissement public d'aménagement Bordeaux Euratlantique, de la parcelle cadastrée section BS n° 147, située 42 quai de Paludate sur le territoire de la commune de Bordeaux, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat et de l'établissement public d'aménagement Bordeaux Euratlantique la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- les conclusions du commissaire enquêteur sont insuffisantes ;
- cet arrêté se fonde sur une déclaration d'utilité publique illégale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 octobre 2021, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 septembre 2021, l'établissement public d'aménagement Bordeaux Euratlantique, représenté par Me Rivoire, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société HM Ibérique au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 25 octobre 2021, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 12 novembre 2021.
Par un courrier du 30 mars 2023, une demande de maintien de la requête du 5 mars 2021 a été adressée à la société HM Ibérique en application de l'article R. 612-5-1 du code de justice administrative.
Par un mémoire enregistré le 11 avril 2023, la société HM Ibérique déclare maintenir sa requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'expropriation pour cause d'utilité publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Frézet,
- les conclusions de M. Vaquero, rapporteur public,
- les observations de Me Campana, représentant la société HM Ibérique,
- et les observations de Me Rivoire, représentant l'établissement public Bordeaux Euratlantique.
Une note en délibéré produite pour la société HM Ibérique, enregistrée le 10 mai 2023, n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 31 mars 2014, la préfète de la Gironde a déclaré d'utilité publique, au profit de l'établissement public d'aménagement Bordeaux Euratlantique, les travaux de réalisation de la zone d'aménagement concerté (ZAC) Bordeaux Saint-Jean Belcier créée à l'intérieur du périmètre de l'opération déclarée d'intérêt national " Bordeaux Euratlantique " par décret du 5 novembre 2009. Par un nouvel arrêté préfectoral du 13 février 2019, cette déclaration d'utilité publique a été prorogée pour une durée de cinq ans jusqu'au 31 mars 2024. Par arrêté du 4 juin 2019, la préfète de la Gironde a prescrit l'ouverture d'une troisième enquête parcellaire qui s'est déroulée sur la période comprise entre le 24 juin 2019 et le 12 juillet 2019. Enfin, par arrêté du 25 mai 2020, la préfète de la Gironde a déclaré cessible au profit de l'établissement public d'aménagement Bordeaux Euratlantique la parcelle cadastrée section BS n° 147, située 42 quai de Paludate sur le territoire de la commune de Bordeaux. La société HM Ibérique étant propriétaire de la parcelle en cause, elle demande l'annulation de l'arrêté du 25 mai 2020.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté de cessibilité du 25 mai 2020 :
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. Thierry Suquet, secrétaire général de la préfecture, bénéficiait, par arrêté du 12 novembre 2019 régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 14 novembre 2019, d'une délégation l'autorisant à signer l'arrêté en litige au nom de la préfète de la Gironde. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être écarté.
3. En second lieu, aux termes de l'article R. 131-9 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique : " Le commissaire enquêteur ou le président de la commission d'enquête donne son avis sur l'emprise des ouvrages projetés, dans le délai prévu par le même arrêté, et dresse le procès-verbal de l'opération après avoir entendu toutes les personnes susceptibles de l'éclairer. Pour cette audition, le président peut déléguer l'un des membres de la commission. ". Il résulte de ces dispositions que l'avis du commissaire enquêteur n'a pas à se prononcer sur chaque parcelle mais seulement sur le périmètre de l'opération.
4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier qu'à l'issue de la troisième enquête publique parcellaire, le commissaire enquêteur, après avoir relevé et analysé les observations du public, a émis un avis favorable aux emprises nécessaires à la réalisation du projet litigieux, incluant les parcelles de la société HM Ibérique, en précisant qu'il n'a été recueilli, au cours de l'enquête, qu'une faible opposition de principe aux négociations et que les personnes entendues ont le plus souvent émis le souhait d'éviter une mesure d'expropriation, et admis que l'intérêt public justifiait l'emprise des ouvrages projetés. Le commissaire enquêteur a en outre souligné que l'utilité publique du projet de zone d'aménagement concerté Saint-Jean Belcier n'a pas été contestée ou remise en cause et qu'il n'a pas été démontré que ledit projet pouvait être mené à terme sans l'acquisition par la personne publique des parcelles qu'elle estime nécessaire à cet effet. Dans ces conditions, il doit être regardé comme s'étant prononcé favorablement sur l'emprise des ouvrages projetés par un avis suffisamment motivé.
En ce qui concerne la légalité, invoquée par voie d'exception, de l'arrêté du 31 mars 2014 portant déclaration d'utilité publique :
5. L'arrêté de cessibilité, l'acte déclaratif d'utilité publique (DUP) sur le fondement duquel il a été pris et la ou les prorogations dont cet acte a éventuellement fait l'objet constituent les éléments d'une même opération complexe. Dès lors, à l'appui de conclusions dirigées contre l'arrêté de cessibilité, un requérant peut utilement se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la DUP ou de l'acte la prorogeant, y compris des vices de forme et de procédure dont ils seraient entachés, quand bien même le requérant aurait vu son recours en excès de pouvoir contre la DUP ou l'acte la prorogeant, être rejeté.
6. En premier lieu, aux termes de l'article R. 11-3 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique : " L'expropriant adresse au préfet pour être soumis à l'enquête un dossier qui comprend obligatoirement : / I. - Lorsque la déclaration d'utilité publique est demandée en vue de la réalisation de travaux ou d'ouvrages : / 1° Une notice explicative ; () / 5° L'appréciation sommaire des dépenses ; () / Dans les cas prévus aux I et II ci-dessus, la notice explicative indique l'objet de l'opération et les raisons pour lesquelles, notamment du point de vue de l'insertion dans l'environnement, parmi les partis envisagés, le projet soumis à l'enquête a été retenu. () ".
7. En l'espèce, d'une part, la notice explicative rappelle que le projet " Bordeaux-Euratlantique " a été promu par l'Etat au rang d'opération d'intérêt national (OIN) par décret du 5 novembre 2009 et s'est traduit par la création d'un établissement public d'aménagement (EPA) par décret du 22 mars 2010. Elle précise ensuite que le projet urbain Bordeaux Saint Jean Belcier, objet de l'enquête publique, est situé au cœur de l'OIN Bordeaux Euratlantique. Elle comporte en outre une partie dédiée au contexte du projet urbain Bordeaux Saint Jean Belcier, décrivant les caractéristiques du site, le contexte d'étude et la justification des périmètres. D'autre part, il n'est pas établi que l'appréciation sommaire des dépenses serait manifestement sous-évaluée ou erronée, en estimant le montant des acquisitions à 70 millions d'euros hors taxe et en prévoyant que le bilan prévisionnel s'équilibrera en dépenses et en recettes à 320,83 millions d'euros hors taxe. La seule circonstance que n'aient pas été distingués le coût des acquisitions déjà réalisées et celui des acquisitions restantes est à cet égard sans incidence sur la bonne information du public. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance du dossier d'enquête publique préalable doit être écarté.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 123-15 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête rend son rapport et ses conclusions motivées dans un délai de trente jours à compter de la fin de l'enquête. () ".
9. Il ressort des pièces du dossier que par un avis du 23 janvier 2014, la commission d'enquête s'est prononcée favorablement à la demande de déclaration d'utilité publique de la zone d'aménagement concerté " Bordeaux Saint-Jean Belcier ". Sur le fond, l'avis examine le caractère d'utilité publique concret de l'opération, qu'il juge manifeste, et tenant notamment à des justifications socio-économiques, urbaines et environnementales. Il étudie ensuite la nécessité des expropriations envisagées pour atteindre les objectifs de l'opération et relève qu'au regard de l'importance de l'opération, les expropriations envisagées seront peu nombreuses et peu importantes et devraient se faire majoritairement à l'amiable. Il s'intéresse enfin au bilan coûts-avantages pour conclure que celui-ci penche fortement en faveur de l'opération. En outre, la circonstance que l'avis indique que les quartiers Belcier et Amédée sont " aujourd'hui aux mains de la seule vie nocturne sans autre mixité ", contrairement à ce qu'allègue la société requérante, ne constitue pas un jugement de valeur mais une analyse objective du tissu urbain du secteur et n'a pas d'incidences sur la légalité de l'avis. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'avis de la commission d'enquête doit être écarté.
10. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que les travaux de réalisation de la zone d'aménagement concertée, qui relèvent par ailleurs d'une opération déclarée d'intérêt national, visent à tirer parti des importantes potentialités foncières issues de friches ferroviaires et industrielles du secteur afin de créer un nouveau centre urbain autour de la gare et aux abords du centre historique de la ville de Bordeaux, à développer une offre diversifiée de 296 000 m² de logements en réponse au fort accroissement de sa population, et à créer un pôle tertiaire d'envergure nationale et européenne en lien avec l'arrivée de la ligne à grande vitesse reliant la ville à Paris et représentant 296 000 m² de bureaux, qui seront également desservis par des équipements, culturels sportifs, scolaires, de commerce et d'activités à hauteur de 148 000 m². Il en ressort également que le projet prend en compte les quartiers d'habitat et le bâti existant, dont il prévoit la mise en valeur, qu'il permet de restaurer le lien de ces quartiers avec la Garonne, qu'il prévoit l'aménagement de 12 hectares d'espaces verts ainsi que la poursuite de la mise en place de liaisons douces et la gestion de sites pollués.
11. Il apparaît en outre, qu'eu égard au vaste potentiel foncier mobilisable offert par les friches ferroviaires et industrielles du secteur concerné, les acquisitions d'habitation et les délocalisations d'entreprises ont été limitées aux nécessités de la restructuration du quartier et de l'implantation d'équipements publics. Il ressort ainsi du rapport de la commission d'enquête que les expropriations portent seulement sur trois emplacements, le premier correspondant au secteur situé entre la rue du Commerce, la rue Cabanac et le quai de Paludate, actuellement dominé par des établissements de nuit et déserté la journée, le deuxième correspondant à l'angle formé par le quai de Brienne, la rue Carle Vernet et le Boulevard F. Mogat, qui correspond à un carrefour stratégique pour l'usage public et qui impose la relocalisation de deux sociétés de distribution de matériaux, et le troisième correspondant au triangle formé à l'angle du marché d'intérêt national (MIN) par les rues Beck, Vernet, Armagnac, qui comporte quelques maisons basses encerclées par des voies de circulation, devant laisser place à un nouveau carrefour urbain crucial pour le projet et par un marché Bio MIN public, le reste du quartier Vernet étant pour sa part préservé et valorisé.
12. Il ressort enfin de ce même rapport que le coût du projet a été estimé à 320 millions d'euros, que le plus gros poste de dépenses concerne les équipements publics et voieries publiques, le nouveau pont reliant les quartiers Amédée et Armagnac et la dépollution de sols orphelins, et que 70 % du coût du projet en investissement sera financé par les recettes liées à la vente du foncier et aux participations d'urbanisme, le reste du financement étant apporté par des acteurs publics tiers qui se sont engagés en ce sens.
13. Il en résulte que cette opération répond à une finalité d'intérêt général, que les atteintes à la propriété privée qu'elle comporte ne sont pas excessives au regard des avantages qui en sont attendus et que les parcelles appartenant à la requérante sont nécessaires à cette opération.
14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par la société requérante doivent être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat et de l'établissement public d'aménagement Bordeaux Euratlantique, qui ne sont pas, dans la présente instance, les parties perdantes, la somme que la société HM Ibérique demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société requérante une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par l'établissement public d'aménagement Bordeaux Euratlantique et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société HM Ibérique est rejetée.
Article 2 : La HM Ibérique versera la somme de 1 500 euros à l'établissement public Bordeaux Euratlantique au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société HM Ibérique, au préfet de la Gironde et à l'établissement public Bordeaux Euratlantique.
Délibéré après l'audience du 10 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pouget, président,
M. Josserand, conseiller,
M. Frézet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2023.
Le rapporteur,
C. FREZET
Le président,
L. POUGET La greffière,
M.-A. PRADAL
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026