mercredi 26 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2101099 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL CABINET REFLEX DROIT PUBLIC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 mars 2021 et un mémoire enregistré le 16 janvier 2022, la société civile immobilière (SCI) Courtalon-Djourovitch, représentée par Me Laveissière, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 février 2021 par lequel le maire d'Audenge lui a refusé la délivrance d'un permis de construire pour l'édification d'une maison individuelle, d'une piscine et la rénovation extérieure d'une grange sur un terrain cadastré section DI n° 213, situé au 32 rue des Trucails.
2°) d'enjoindre à la commune d'Audenge de lui délivrer le permis de construire sollicité, ou subsidiairement de réexaminer la demande, dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune d'Audenge la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la commission départementale de la nature, des paysages et des sites devait être consultée ; l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration imposait au maire de lui transmettre sa demande ;
- l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît l'article L. 442-14 du code de l'urbanisme ;
- il est entaché d'une contradiction dans ses motifs ;
- il est entaché d'erreurs de fait, de droit et d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application du 1er alinéa de l'article L. 121-8 de la loi littoral ;
- il méconnaît également les 2ème et 3ème alinéas de cet article ;
Par des mémoires enregistrés les 9 novembre 2021 et 1er mars 2022, la commune d'Audenge, représentée par son maire en exercice et ayant pour avocat Me Baltassat, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pouget, président,
- les conclusions de M. Vaquero, rapporteur public,
- les observations de Me Proust subsituant Me Laveissière pour la SCI Courtalon-Djourovitch,
- et les observations de Me Sommaggio, représentant la commune d'Audenge.
Considérant ce qui suit :
1. La société civile immobilière Courtalon-Djourovitch a déposé le 11 décembre 2020 une demande de permis de construire en vue d'être autorisée à édifier une maison d'habitation et une piscine et de rénover une grange sur une parcelle cadastrée section DI n° 213 située 32 rue des Trucails sur le territoire de la commune d'Audenge. Par un arrêté du 4 février 2021, dont la société Pétitionnaire demande l'annulation, le maire d'Audenge a refusé la délivrance du permis de construire sollicité au motif d'une contrariété du projet à la loi littoral.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme dans sa rédaction issue de la loi n° 2018-2021 du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique dite " loi ELAN " : " () Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti. Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. / L'autorisation d'urbanisme est soumise pour avis à la commission départementale de la nature, des paysages et des sites. Elle est refusée lorsque ces constructions et installations sont de nature à porter atteinte à l'environnement ou aux paysages. ". Aux termes de l'article 42 de la loi du 23 novembre 2018 : " () III. - Jusqu'au 31 décembre 2021, des constructions et installations qui n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre du bâti existant, ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti, peuvent être autorisées avec l'accord de l'autorité administrative compétente de l'État, après avis de la commission départementale de la nature des paysages et des sites, dans les secteurs mentionnés au deuxième alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction résultant de la présente loi, mais non identifiés par le schéma de cohérence territoriale ou non délimités par le plan local d'urbanisme en l'absence de modification ou de révision de ces documents initiée postérieurement à la publication de la présente loi. () ".
3. D'une part, il n'est pas contesté par les parties qu'à la date de la décision attaquée, la commune d'Audenge n'était pas couverte par un schéma de cohérence territoriale, de sorte que les dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme n'étaient pas applicables. D'autre part, il résulte des dispositions transitoires précitées du III de l'article 42 de la loi du 23 novembre 2018 qu'il appartient au maire, lorsqu'il envisage d'autoriser une construction dans un secteur déjà urbanisé autre qu'une agglomération ou un village et non identifié par un schéma de cohérence territoriale, de saisir pour avis la commission départementale de la nature, des paysages et des sites, puis de recueillir l'accord du représentant de l'Etat. La décision en litige en l'espèce étant une décision de refus d'autorisation, le moyen tiré du vice de procédure lié au défaut de saisine de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites doit être écarté comme inopérant. Il en va de même, pour le même motif, du moyen tiré de la méconnaissance de l'obligation de transmission à l'administration compétente posée par l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
5. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué vise les dispositions applicables et cite en particulier celles de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme et du III de l'article 42 de la loi du 23 novembre 2018. Il indique également que le projet conduirait à une extension de l'urbanisation qui ne serait pas en continuité avec une agglomération ou un village existant et que l'avis de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites et l'accord de l'autorité compétente de l'Etat n'ont pas été requis préalablement au dépôt de la demande de permis de construire. Ces circonstances de droit et de fait, dont l'exposé n'est pas entaché de contradictions, sont suffisamment développées pour avoir mis utilement la société pétitionnaire en mesure de comprendre et de discuter les motifs de cette décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes du 1er alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction issue de la loi susvisée du 23 novembre 2018 : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants ". Il résulte de ces dispositions que l'extension de l'urbanisation doit se réaliser, dans les communes littorales, soit en continuité avec les agglomérations et les villages existants. Constituent des agglomérations ou des villages où l'extension de l'urbanisation est possible, au sens et pour l'application de ces dispositions, les secteurs déjà urbanisés caractérisés par un nombre et une densité significatifs de constructions.
7. D'une part, aux termes de l'article L. 442-14 du code de l'urbanisme selon lequel " Lorsque le lotissement a fait l'objet d'une déclaration préalable, le permis de construire ne peut être refusé ou assorti de prescriptions spéciales sur le fondement de dispositions d'urbanisme nouvelles intervenues depuis la date de non-opposition à la déclaration préalable, et ce pendant cinq ans à compter de cette même date () ". Si l'arrêté de non opposition à la déclaration préalable de détachement du lot à bâtir faisant l'objet de la demande de permis de construire de la société Courtalon-Djourovitch a été édicté le 22 janvier 2016, soit antérieurement à l'entrée en vigueur de l'article 42 de la loi du 23 novembre 2018 ayant modifié l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, les dispositions du premier alinéa de cet article citées au point 6 ne peuvent être regardées comme nouvelles, au sens et pour l'application de l'article L. 442-14 du même code, dès lors qu'elles constituent une mention figurant déjà au premier alinéa de l'article L. 121-8 du code dans sa version applicable à la date de la décision de non-opposition à déclaration préalable. Ainsi, ces dispositions ne sont pas inopposables à la société requérante, contrairement à ce qu'elle soutient.
8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la parcelle destinée à accueillir le projet, qui constitue par nature une extension de l'urbanisation, se situe dans le secteur de Bas-Vallon, situé en zone UCa, dans une zone où se trouvent, d'après le rapport de présentation du plan local d'urbanisme d'Audenge, librement accessible sur internet, " des quartiers urbains de plus faible densité, généralement non desservis par le réseau d'assainissement collectif ". Ce secteur, qui présente une urbanisation filamentaire et diffuse de pavillons implantés le long de la rue des Trucails en alternance avec des terrains demeurés à l'état naturel, ne saurait être regardé comme une zone agglomérée ou un village. Il ressort également des vues aériennes du site internet " Géoportail " que ce terrain se situe à près de deux kilomètres du centre-ville d'Audenge. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme doit être écarté, le maire n'ayant commis à cet égard ni erreur de fait ni erreur d'appréciation.
9. Enfin, eu égard à ce qui a été dit au point 3, le motif de l'arrêté litigieux tenant à ce que le projet ne pouvait qu'être refusé en l'absence de saisine préalable de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites par le pétitionnaire est entaché d'une erreur de droit. Cependant, il ressort des pièces du dossier que le maire de la commune d'Audenge aurait pris la même décision en se fondant sur le motif tenant à la méconnaissance du premier alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté du 4 février 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Audenge, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société Courtalon-Djourovitch demande au titre des frais exposés par elle non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société requérante une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune d'Audenge et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête la SCI Courtalon-Djourovitch est rejetée.
Article 2 : La SCI Courtalon-Djourovitch versera la somme de 1 500 euros à la commune d'Audenge en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Courtalon-Djourovitch et à la commune d'Audenge.
Délibéré après l'audience du 5 avril 2023 à laquelle siégeaient :
M. Pouget, président,
M. Josserand, conseillère,
M. Frézet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2023.
Le président rapporteur,
L. POUGET
L'assesseur le plus ancien,
L. JOSSERAND
La greffière,
M-A. PRADAL
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026