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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2101423

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2101423

lundi 20 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2101423
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantAARPI BARATA CHARBONNEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 22 mars et 26 octobre 2021, M. E D, représenté par Me Taste-Denise, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 21 janvier 2021 par laquelle le conseil municipal de Saint-Mayme-de-Pereyrol a décidé de faire valoir, par intervention en propre du Grand Périgueux ou via l'établissement public foncier, son droit de préemption sur le hangar et les terrains A ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Mayme-de-Pereyrol la somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que la décision contestée ne constitue pas une simple manifestation d'intention mais l'exercice d'un droit de préemption ;

- la décision contestée est entachée d'incompétence dès lors que, d'une part, la commune a délégué le droit de préemption urbain à l'établissement public foncier de Nouvelle-Aquitaine (EPFNA), et, d'autre part, le droit de préemption a été dévolu de plein droit à l'établissement public de coopération communale (EPCI) du Grand Périgueux ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- aucune zone de préemption n'a été préalablement délimitée par la commune ;

- l'exercice du droit de préemption n'est pas justifié par un réel projet d'aménagement au sens de l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 juillet 2021 et 8 septembre 2022, la commune de Saint-Mayme-de-Pereyrol, représentée par Me Charbonnet, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable, le requérant ne justifiant pas d'un intérêt à agir dès lors que la décision contestée ne constitue pas un acte faisant grief ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 12 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 12 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Passerieux, conseillère,

- les conclusions de M. Dufour, rapporteur public,

- les observations de Me Mesplede, représentant M. D,

- et les observations de Me Barata, représentant la commune de Saint-Mayme-de-Pereyrol.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 21 janvier 2021, le conseil municipal de Saint-Mayme-de-Pereyrol a décidé de faire valoir, par intervention en propre du Grand Périgueux ou via l'établissement public foncier, son droit de préemption sur le hangar et les terrains A, situés sur le territoire de cette commune. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de cette délibération.

Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, par délibération du 6 février 2020, le conseil communautaire du Grand Périgueux a décidé, de première part, d'instituer le droit de préemption urbain prévu aux articles L. 211-1 et suivants et L. 213-1 et suivants du code de l'urbanisme sur toutes les zones urbaines et à urbaniser du territoire du Grand Périgueux, couvertes par le plan local d'urbanisme intercommunal et, de seconde part, que les communes membres ainsi que l'établissement public foncier de Nouvelle-Aquitaine (EPFNA) ont la faculté de demander la subdélégation de l'exercice de ce droit à leur profit à l'occasion de l'aliénation d'un bien, cette subdélégation devant être consentie au cas par cas, par décision expresse du président du conseil communautaire, en sa qualité de délégataire du droit de préemption urbain. Cette délibération précise qu'en pratique, elle ne modifiera pas le circuit actuel des déclarations d'intention d'aliéner qui " continueront à arriver en premier lieu dans les communes, lesquelles feront part de leur souhait ou non de préemption, et les transmettront ensuite au Grand Périgueux ".

3. D'autre part, par arrêté du 9 février 2021, la communauté d'agglomération le Grand Périgueux a décidé de donner subdélégation à l'EPFNA pour exercer le droit de préemption à l'occasion de la vente du bien situé 110 route de la Forge, sur les parcelles cadastrées section C n°0581, 0582, 0812, 0984, 0986 et 0989 appartenant aux consorts A, sur le territoire de la commune de Saint-Mayme-de-Pereyrol, laquelle fait partie de l'établissement public de coopération intercommunale du Grand Périgueux.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de la réception en mairie, le 21 décembre 2020, de la déclaration d'intention d'aliéner déposée par les consorts A concernant le bien leur appartenant situé 110 route de la Forge, le conseil municipal de Saint-Mayme-de-Pereyrol a, par délibération du 21 janvier 2021, " fait valoir son droit de préemption sur le hangar et les terrains A par intervention en propre du Grand Périgueux, ou via l'établissement public foncier ". Il résulte de l'application de la délibération du 6 février 2020 citée au point 2 que, ce faisant, et malgré les termes employés, le conseil municipal ne peut qu'être regardé comme ayant entendu faire part de son souhait de préemption concernant les terrains en question. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'intervention de cette délibération municipale, et après avoir sollicité, par courrier du 16 février 2021, des renseignements complémentaires en application de l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme, le directeur général de l'EPFNA a, par décision du 15 juillet 2021, décidé d'exercer le droit de préemption sur le bien ayant fait l'objet d'une déclaration d'intention d'aliéner, situé au 110 route de la Forge. Par suite, et dès lors que le simple souhait de préemption ne vaut pas exercice du droit de préemption, la délibération contestée ne saurait, par elle-même, faire grief au requérant.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée par la commune de Saint-Mayme-de-Pereyrol et de rejeter les conclusions de la requête de M. D comme étant irrecevables, dès lors qu'elles sont dirigées contre un acte insusceptible de recours pour excès de pouvoir.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Mayme-de-Pereyrol, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que réclame M. D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. D la somme de 1 500 euros à verser à la commune de Saint-Mayme-de-Pereyrol sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : M. D versera à la commune de Saint-Mayme-de-Pereyrol la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à la commune de Saint-Mayme-de-Pereyrol, à Mme C A veuve B, à M. G A et à M. F A..

Délibéré après l'audience du 6 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Delvolvé, président,

Mme Mounic, première conseillère,

Mme Passerieux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2023.

La rapporteure,

C. PASSERIEUX

Le président,

Ph. DELVOLVÉ

La greffière,

L. SIXDENIERS

La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2101423

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