jeudi 30 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2101513 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | ALBRESPY AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et une pièce, enregistrés le 24 mars 2021, le 2 juin 2022 et le 4 juillet 2022, la SCEA Greffier Claude et Bernard, représentée par Me Albrespy, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 1er octobre 2020 par laquelle la directrice de l'Etablissement national des produits de l'agriculture et de la mer (FranceAgriMer) a décidé qu'aucune aide à la restructuration du vignoble ne pouvait lui être versée pour la parcelle ZE0041 et la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à FranceAgriMer de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de FranceAgriMer une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision n'a été précédée d'aucune demande d'observation préalable, en méconnaissance des articles L122-1 et L122-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; elle est fondée sur la circonstance que le plan collectif de la SCEA portait sur des superficies, s'agissant des sous-parcelles ZE 0041, de 0,9296 ha et de 0,6606 ha, et que les opérations de contrôle n'ont retenu que 0,3275 ha et 0,2328 ha, alors que le rapport de contrôle retient des superficies de 0,9766 ha et 0,5184 ha, très proches de celles déclarées ;
- les parcelles sont plantées conformément aux superficies demandées, comme en atteste le constat d'huissier produit et les bons de livraison de Colombard B ;
- l'aide ne doit pas être calculée sur la seule base de 5 800 euros/ha, mais doit comporter une aide " arrachage ", une " indemnité pour perte de recettes " et une majoration de 250 euros/ha dès lors que la SCEA est bien détentrice du contrat d'assurance requis.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2022, FranceAgriMer conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 5 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le règlement UE n° 1308/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 ;
- le règlement délégué (UE) 2016/1149 de la Commission du 15 avril 2016 complétant le règlement (UE) n°1308/2013 du Parlement européen et du Conseil en ce qui concerne les programmes nationaux de soutien au secteur vitivinicole ;
- le règlement (UE) 2016/1150 de la Commission du 15 avril 2016 ;
- le décret n°2018-787 du 11 septembre 2018 ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- la décision INTV-GPASV-2019-21 du 6 septembre 2019 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Naud, rapporteur public,
- et les observations de Me Albrespy, représentant la SCEA Greffier Claude et Bernard.
La SCEA Greffier Claude et Bernard a produit une note en délibéré, enregistrée le 18 mars 2023.
Considérant ce qui suit :
1. La SCEA Greffier Claude et Bernard a déposé le 14 avril 2020 une demande d'aide à la restructuration du vignoble au titre de la campagne 2019/2020 portant sur deux parcelles, l'une cadastrée ZE005 et l'autre ZE0041, pour la plantation de vignes dans le cadre d'un plan de restructuration collectif. Elle demande l'annulation de la décision du 1er octobre 2020 par laquelle la directrice de l'Etablissement national des produits de l'agriculture et de la mer (FranceAgriMer) a décidé qu'aucune aide à la restructuration du vignoble ne pouvait lui être versée pour la parcelle ZE0041, en raison de la sous-réalisation des opérations subventionnées.
2. Aux termes de l'article 3.2.1 " Actions de plantation " de la décision du directeur général de FranceAgriMer INTV-GPASV-2019-21 du 6 septembre 2019 : " Le taux de reprise de la plantation, vérifié lors du contrôle des demandes de paiement, doit atteindre au moins 80% () Le non-respect du taux de reprise minimal de 80 % conduit au rejet de l'opération ". Aux termes de l'article 14.1 " Sanctions de sous-réalisation pour les opérations " de cette décision : " () - si l'écart imputable au contrôle sur place est supérieur à 50 % de la superficie approuvée diminuée de l'écart imputable au contrôle administratif, aucune aide n'est accordée pour l'opération () ".
3. La demande déposée le 14 avril 2020 au titre de la " modification d'une vigne et replantation " portait sur 2,8547 ha en cépage Semillon B sur la parcelle ZE 005 et 1,6906 ha en cépage Colombard B sur la parcelle ZE 0041. Le 14 avril 2020, FranceAgriMer a approuvé la demande d'aide. Cette demande a fait l'objet d'une modification le 24 juillet 2020, afin de ramener les surfaces respectivement à 2,6479 ha et 1,5902 ha, et une nouvelle décision d'approbation de la demande est intervenue le 24 juillet 2020, précisant que la demande de paiement devait intervenir entre le 9 juin et le 17 septembre 2020. La société Greffier Claude et Bernard a présenté sa demande de paiement le 29 juillet 2020, laquelle portait sur ces deux parcelles, la seconde étant divisée en deux sous-parcelles de 0,9296 ha et 0,6606 ha. Par courrier du 18 août 2020, la SCEA Greffier Claude et Bernard a été informée de la réalisation d'un contrôle sur place le 19 août 2020, au cours duquel le contrôleur a constaté que la première des sous-parcelles présentait un taux de reprise des plants de 46 %. FranceAgriMer a retenu comme surface éligible, s'agissant de la parcelle ZE 0041, la seule surface de la seconde sous-parcelle, et constaté qu'elle représentait 35,23 % de la surface déclarée, soit une sous-réalisation de 64,77 %. Par la décision attaquée du 1er octobre 2020, FranceAgriMer a refusé toute aide pour la parcelle ZE 0041.
4. En premier lieu, aux termes de l'article L121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. " Aux termes de l'article L122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales () ". Enfin, l'article L122-2 du même code dispose : " Les mesures mentionnées à l'article L. 121-1 à caractère de sanction ne peuvent intervenir qu'après que la personne en cause a été informée des griefs formulés à son encontre et a été mise à même de demander la communication du dossier la concernant. "
5. La décision contestée, qui ne constitue pas une sanction mais se borne à tirer les conséquences du constat du défaut de respect des conditions d'octroi de l'aide, fait suite à une demande tendant au versement de l'aide. Par suite, FranceAgriMer n'était pas tenu de suivre une procédure contradictoire, et le moyen tiré de ce que la décision attaquée n'a pas été précédée d'une telle procédure doit être écarté comme inopérant.
6. En deuxième lieu, la SCEA Greffier soutient que la décision est entachée d'erreurs, dès lors qu'elle est fondée sur la circonstance que la demande portait, s'agissant des sous-parcelles de la parcelle ZE 0041, sur des superficies de 0,9296 ha et de 0,6606 ha, que les opérations de contrôle n'ont retenu, aux termes de la " Fiche détail parcelles ", que 0,3275 ha et 0,2328 ha, alors que le rapport de contrôle retient lui des superficies de 0,9766 ha et 0,5184 ha, très proches de celles déclarées. Toutefois, les chiffres de la " Fiche détail parcelles ", établie au vu des résultats du contrôle réalisé sur place le 19 août 2020, ne sont pas ceux de la surface des parcelles, mais de la surface retenue éligible à l'issue du constat, lors de ce contrôle, de ce que le taux de reprise des plants de l'une des sous-parcelles n'était que de 46 %, ce qui rendait la surface de cette sous-parcelle inéligible. Par suite, les erreurs invoquées ne sont pas avérées.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 6.2.4 " Délai d'exécution des opérations " de la décision du directeur général de FranceAgriMer INTV-GPASV-2019-21 du 6 septembre 2019 : " Les opérations doivent être réalisées au cours de la campagne viticole 2019-2020. / Le bénéficiaire s'engage à terminer toutes les opérations de restructuration, y compris les actions complémentaires à une plantation au plus tard le 31 juillet 2020 ".
8. En application de ces dispositions, les opérations de plantation devaient être achevées au plus tard le 31 juillet 2020. Si la SCEA Greffier soutient que les parcelles ont bien été plantées conformément à ses déclarations, toutefois, les bons de livraison des plants et le constat d'huissier en date du 12 mars 2021 qu'elle produit n'établissent pas qu'à la date du 31 juillet 2020, elle avait réalisé les opérations de plantation.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 4 " Montant de l'aide " de la décision du directeur général de FranceAgriMer INTV-GPASV-2019-21 du 6 septembre 2019 : " le montant total de l'aide ne peut pas dépasser 50% des coûts réels de la restructuration et 100 des pertes de recette./ Le montant de l'aide pour la participation aux coûts de la restructuration est calculé sur la base d'un barême strandard de coûts unitaires établi suite à une étude effectuée par un organisme indépendant de FrancreAgriMer. () L'indemnisation pour pertes de recettes n'est pas due : () / Lorsque l'arrachage n'est pas compris dans le plan de restructuration./ Une majoration est également appliquée à toute opération de restructuration aidée telle que définie aux points 6.2.2) et 6.2.3), dès lors que le demandeur a souscrit l'assurance contre les phénomènes climatiques défavorables ou contre les intempéries évoquées au point 2.1). / Les montants forfaitaires de l'aide figuent en annexe I de la présente décision ". Aux termes de l'article 2.1 de la même décision : " Pour bénéficier d'une majoration de l'aide à la restrucrturation au titre de la souscription d'une assurance contre les phénomènes climatiques défavorables ou contre les intempéries, sont admissibles les bénéficiaires ayant souscrit, pour l'année 2019 et pour l'ensemble de l'atelier viticole en production une assurance qui appartient à l'une des catégories suivantes : / assurance multirisque climatique sur récolte / assurance sur récoltes pour au moins les risques grêle et/ou gel. L'ensemble de l'atelier viticole en production est considéré comme assuré dès lors que l'écart entre la superficie assurée en vignes à raisin de cuve et la superficie récoltée en 2019 déclarée au casier viticole informatisé est inférieur ou égal à 10% en valeur absolue. Tout écart supérieur à 10 % conduit au rejet de la majoration ". L'annexe I, intitulée " montant forfaitaire des aides à la restructuration ou reconversion du vignoble ", prévoit, dans le cadre d'une restructuration collective, 4 800 euros/ha pour une opération de plantation, 300 euros/ha pour l'arrachage, ainsi qu'une indemnité de perte de recettes de 4 500 euros/ha et une majoration assurance de 250 euros/ha.
10. La " fiche détail parcelles " annexée à la décision contestée mentionne une aide globale de 5 800 euros/ha. La société requérante soutient que l'aide doit comporter en outre une aide " arrachage ", une " indemnité pour perte de recettes " et une majoration de 250 euros/ha au titre de la majoration assurance.
11. D'une part, la société requérante produit une " Notification de résultat de contrôle préalable à l'arrachage de vigne 2016/2017 en vue d'une restructuration du vignoble " du 28 décembre 2016 s'agissant de la parcelle ZE0041 et une " Notification du résultat du contrôle préalable à l'arrachage de vigne 2018/2019 " du 2 janvier 2019 s'agissant de la parcelle ZE 005, rendues suite à ses demandes d'arrachage préalable, et soutient que c'est à tort que FranceAgriMer s'est fondée, pour ne pas retenir l'aide à l'arrachage et l'indemnité pour perte de recettes dans le calcul du montant de l'aide à l'hectare, sur la circonstance que la société n'aurait pas déposé de demande d'arrachage préalable. Toutefois, les parcelles en cause ont été arrachées les 13 mars et 3 avril 2020. Or, en application de l'article 9 de la décision INTV-GPASV-2018-26 du 28 novembre 2018, les parcelles à arracher et utilisées ultérieurement dans une demande d'aide à la restructuration doivent, lorsque l'arrachage se déroule entre le 1er août 2019 et le 31 juillet 2020, faire l'objet d'une demande déposée par voie électronique entre le 8 janvier 2019 et le 17 décembre 2019. Il est constant que la SCEA Greffier Claude et Bernard n'a déposé aucune demande d'arrachage préalable en 2019, et c'est à bon droit que FranceAgriMer a exclu l'aide à l'arrachage du montant de l'aide versée.
12. D'autre part, s'agissant de la majoration assurance, il ressort des pièces du dossier que dans sa déclaration de récolte au casier viticole informatisé pour l'année 2019, la société a déclaré une surface de 55,6024 ha, et que, dans le formulaire Cerfa dédié à l'assurance pour la récolte 2019, elle a mentionné une surface assurée de 69,57 ha, supérieure de plus de 10 % à sa déclaration de récolte. Si la SCEA Greffier produit une attestation d'assurance, ce document mentionne une surface, encore différente, de 48,44 ha. En application de l'article 2.1 rappelé au point 9, c'est donc à bon droit que FranceAgriMer a refusé à la société requérante le bénéfice de la majoration assurance.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la SCEA Greffier Claude et Bernard doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCEA Greffier Claude et Bernard est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCEA Greffier Claude et Bernard et à l'Etablissement national des produits de l'agriculture et de la mer.
Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Munoz-Pauziès, présidente,
Mme Lahitte, conseillère,
M. Bongrain, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.
La présidente-rapporteure,
F. A
L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,
A. LAHITTE
La greffière,
A. BEGORRE
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026