jeudi 23 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2101792 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | BATAIL |
Vu la procédure suivante :
A une requête enregistrée le 9 avril 2021, Mme D C, agissant en qualité de représentante légale de son fils B C et représentée A Me Batail, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 5 février 2021 A laquelle la rectrice de l'académie de Bordeaux a maintenu la sanction de l'exclusion définitive du collège sans sursis, infligée à son fils B A le conseil de discipline le 3 décembre 2020 ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 000 euros ainsi que les intérêts au taux légal à compter de la décision à intervenir, en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi ainsi que son fils ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est disproportionnée, la sanction d'exclusion définitive sans sursis n'est pas proportionnée au manquement et elle ne tient pas compte des troubles dont il est atteint ;
- la décision méconnaît le principe d'individualisation de la sanction, elle ne tient pas compte du degré de responsabilité de l'élève ni de sa personnalité ;
- elle lui a causé un préjudice moral et doit être indemnisée à ce titre.
A un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2022, la rectrice de l'académie de Bordeaux conclut au rejet de la requête et soutient que :
- les conclusions relatives à la demande indemnitaires sont irrecevables dès lors qu'aucune réclamation préalable n'a été formulée en ce sens à l'administration ;
- les autres moyens soulevés A Mme C ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55% A une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 19 mai 2021.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;
- le code de l'éducation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fazi-Leblanc, première conseillère ;
- et les conclusions de M. Willem, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Reprochant à B C, né le 2 octobre 2006 et scolarisé en classe de 3ème au collège de l'Estey à Saint-Jean d'Illac au cours de l'année scolaire 2020/2021, d'avoir, le 20 novembre 2020, demandé à la conseillère principale d'éducation de se taire, d'une manière grossière, alors que celle-ci le reprenait sur son attitude, la cheffe d'établissement a engagé une procédure disciplinaire à son encontre. Elle l'en a informé, ainsi que sa mère, Marianne C, le 23 novembre 2020 et, le même jour, lui a interdit l'accès au collège à titre conservatoire. Le conseil de discipline a prononcé la sanction de l'exclusion définitive sans sursis le 3 décembre 2020. Saisie du recours préalable obligatoire prévu à l'article R. 511-49 du code de l'éducation, la rectrice de l'académie de Bordeaux a maintenu la sanction, A décision du 5 février 2021 reçue le 11 février 2021. Mme C, en qualité de représentante de son fils mineur, demande l'annulation de cette décision et une indemnisation pour le préjudice moral qu'elle estime avoir subi, ainsi que son fils.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " () Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise A l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". Il résulte de ces dispositions, qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle A le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable. En revanche, les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tendant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle.
3. Comme le fait valoir la rectrice de l'académie de Bordeaux, Mme C ne lui a pas adressé de demande tendant à l'obtention d'une somme d'argent en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de la sanction d'exclusion définitive sans sursis infligée à son fils B. Ainsi, au jour du présent jugement, aucune décision prise A la rectrice de l'académie de Bordeaux rejetant la demande indemnitaire de la requérante n'est intervenue. A suite, les conclusions de Mme C tendant à la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 1000 euros en réparation du préjudice subi sont irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'éducation : " Les obligations des élèves consistent dans l'accomplissement des tâches inhérentes à leurs études ; elles incluent l'assiduité et le respect des règles de fonctionnement et de la vie collective des établissements. ". Aux termes de l'article R. 511-49 du même code : " Toute décision du conseil de discipline de l'établissement ou du conseil de discipline départemental peut être déférée au recteur de l'académie, dans un délai de huit jours à compter de sa notification écrite, soit A le représentant légal de l'élève, ou A ce dernier s'il est majeur, soit A le chef d'établissement. / Le recteur d'académie décide après avis d'une commission académique. ". Aux termes de l'article R. 511-13 : " I.- Dans les collèges et lycées relevant du ministre chargé de l'éducation, les sanctions qui peuvent être prononcées à l'encontre des élèves sont les suivantes : 1° L'avertissement ; 2° Le blâme ; 3° La mesure de responsabilisation ; 4° L'exclusion temporaire de la classe. Pendant l'accomplissement de la sanction, l'élève est accueilli dans l'établissement. La durée de cette exclusion ne peut excéder huit jours ; 5° L'exclusion temporaire de l'établissement ou de l'un de ses services annexes. La durée de cette exclusion ne peut excéder huit jours ; 6° L'exclusion définitive de l'établissement ou de l'un de ses services annexes. () ".
5. Aux termes de l'article 8 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 : " La loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu'en vertu d'une loi établie et promulguée antérieurement au délit, et légalement appliquée ". Le principe d'individualisation des peines qui découle de cet article, s'il ne saurait interdire de fixer des règles assurant une répression effective des infractions, implique qu'une sanction administrative ayant le caractère d'une punition ne puisse être appliquée que si l'autorité compétente la prononce expressément en tenant compte des circonstances propres à chaque espèce.
6. En l'espèce, les faits ne sont pas contestés. B et sa mère ont reconnu les propos grossiers prononcés à l'encontre de la conseillère principale d'éducation alors que celle-ci le reprenait sur son attitude. A ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le comportement d'Ewan est très perturbateur, qu'il nuit fortement à ses apprentissages et à ceux de toute sa classe, et, qu'ainsi qu'en atteste son bulletin scolaire, il a été averti à de nombreuses reprises de la nécessité d'améliorer son comportement. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier qu'Ewan est reconnu dysgraphique et précoce intellectuel, qu'il est suivi depuis novembre 2014 au centre médico-psychologique de l'enfant et de l'adolescent de Mérignac, que ses troubles sont connus de la direction de l'établissement dans lequel il est scolarisé depuis la 6ème , que Mme C a, le 5 août 2020, déposé un dossier auprès de la maison départementale des personnes handicapées de la Gironde pour solliciter pour B un parcours formation / scolarisation spécialisé, dossier pour lequel elle a obtenu une réponse positive le 4 décembre 2020, soit le lendemain du conseil de discipline pour une orientation vers le dispositif d'institution thérapeutique éducatif et pédagogique ainsi que le versement de l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé. Il ressort en outre des pièces du dossier que Mme C a signalé le 4 octobre 2020 à la rectrice d'académie les problèmes importants rencontrés A les enseignants pour faire face au comportement d'Ewan et les graves dysfonctionnements générés. Ainsi, au regard des circonstances de l'espèce, compte tenu des troubles reconnus d'Ewan et des demandes et signalements de Mme C, si les faits dont il s'est rendu coupable justifiaient une sanction susceptible d'aller jusqu'à l'exclusion de l'établissement, ils n'impliquaient pas, en eux-mêmes, l'application immédiate de la sanction la plus sévère prévue A le code de l'éducation, à savoir l'exclusion définitive sans l'assortir de sursis. A suite, en prononçant cette dernière à l'encontre d'Ewan, la rectrice de l'académie de Bordeaux a méconnu le principe d'individualisation de la sanction prévu notamment A l'article 8 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen et celle-ci doit, dès lors, être annulée sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
7. Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de 55 % A décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 19 mai 2021. A suite, son avocate, Me Batail, peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Batail renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Batail de la somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la rectrice de l'académie de Bordeaux en date du 5 février 2021 est annulée.
Article 2 : L'Etat versera à Me Batail une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à Me Batail et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressée pour information, à la rectrice de l'académie de Bordeaux.
Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :
Dominique Ferrari, président,
Mme F et Mme E, premières conseillères.
Rendu public A mise à disposition au greffe le 23 février 2023.
La rapporteure,
S. E
Le président,
D. FERRARILa greffière,
C. POTTIER
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026