mercredi 7 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2101960 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL HMS ATLANTIQUE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée sous le n° 2101960 et des mémoires enregistrés le 20 avril 2021, le 29 juillet 2021 et le 13 juillet 2022, la société Imosfer, représentée par la SELAS Cazamajour et Urbanlaw, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2020 par lequel le maire de la commune de Lège-Cap Ferret a délivré à la société Les Sirènes un permis de construire pour la réalisation de travaux sur une construction existante, sur un terrain situé 27 avenue du Monument Saliens, sur la parcelle cadastrée section LH n° 308, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2021 par lequel le maire de la commune de Lège-Cap Ferret a délivré un nouveau permis de construire à la société Les Sirènes portant sur la même parcelle ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Lège-Cap-Ferret et de la société Les Sirènes la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de les condamner aux entiers dépens.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- le dossier de demande de permis de construire est incomplet ;
- il révèle une fraude ;
- le permis de construire méconnait les dispositions de l'article UA 3 du règlement de la zone UA du plan local d'urbanisme de la commune de Lège-Cap Ferret ;
- il méconnait les dispositions de l'article UA 9 du règlement de la zone UA du plan local d'urbanisme de la commune de Lège-Cap Ferret ;
- il méconnait les dispositions de l'article UA 12 du règlement de la zone UA du plan local d'urbanisme de la commune de Lège-Cap Ferret ;
- il méconnait la cote de seuil prévue par le plan de prévention des risques de submersion marine.
Par deux mémoires en défense enregistrés le 24 juin 2022 et le 4 août 2022, la commune de Lège-Cap Ferret, représentée par le cabinet Cazcarra et Jeanneau avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la société Imosfer au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par la société requérante n'est fondé.
Par des mémoires en défense enregistrés le 21 juin 2021, le 21 juin 2022 et le 7 septembre 2022, la société Les Sirènes, représentée par Me Achou-Lepage, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à l'application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et, en tout état de cause, à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société Imosfer au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est devenue sans objet,
- elle est irrecevable à défaut d'intérêt pour agir de la société requérante, de qualité pour agir et de capacité pour agir,
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par ordonnance du 8 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 26 septembre 2022.
II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2104248 et des mémoires enregistrés le 16 août 2021, le 15 juin 2022 et le 13 juillet 2022, la société Imosfer, représentée par la SELAS Cazamajour et Urbanlaw, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2021 par lequel le maire de la commune de Lège-Cap-Ferret a délivré un permis de construire à la société Les Sirènes ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Lège-Cap-Ferret la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- le dossier de demande de permis de construire est incomplet ;
- il révèle une fraude ;
- le permis de construire méconnait les dispositions de l'article UA 3 du règlement de la zone UA du plan local d'urbanisme de la commune de Lège-Cap Ferret ;
- il méconnait les dispositions de l'article UA 9 du règlement de la zone UA du plan local d'urbanisme de la commune de Lège-Cap-Ferret ;
- il méconnait les dispositions de l'article UA 12 du règlement de la zone UA du plan local d'urbanisme de la commune de Lège-Cap Ferret ;
- il méconnait la cote de seuil prévue par le plan de prévention des risques de submersion marine.
Par des mémoires en défense enregistrés le 15 novembre 2021, le 29 juin 2022 et le 7 septembre 2022, la société Les Sirènes, représentée par Me Achou-Lepage, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à l'application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et, en tout état de cause, à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société Imosfer au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est devenue sans objet,
- elle est irrecevable à défaut d'intérêt pour agir de la société requérante, de qualité pour agir et de capacité pour agir,
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 24 juin 2022 et le 4 août 2022, la commune de Lège-Cap-Ferret, représentée par Cazcarra et Jeanneau avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la société Imosfer au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par la société requérante n'est fondé.
Par ordonnance du 8 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 26 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Frézet,
- les conclusions de M. Vaquero, rapporteur public,
- les observations de Me Caparros, représentant la société Imosfer,
- les observations de Me Corder-Amour, représentant la commune de Lège-Cap-Ferret,
- et les observations de Me Achou-Lepage, représentant la société Les Sirènes.
Une note en délibéré produite pour la société Imosfer, enregistrée le 31 mai 2023, n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. Le 13 août 2020, la société Les Sirènes a déposé une demande de permis de construire pour la réalisation de travaux sur une construction existante, sur un terrain situé 27 avenue du Monument Saliens à Lège-Cap Ferret, sur la parcelle cadastrée section LH n° 308. Par une décision du 2 novembre 2020, le maire de la commune de Lège-Cap-Ferret a délivré le permis de construire sollicité, sous réserve du respect de certaines prescriptions. Le 24 décembre 2020, la société Imosfer a exercé un recours gracieux contre cet arrêté, qui a donné naissance à une décision implicite de rejet. Par un arrêté du 25 mai 2021, intervenu en cours d'instance, la même autorité a délivré à la société Les Sirènes un nouveau permis de construire. Par les présents recours, la société Imosfer demande l'annulation des arrêtés du 2 novembre 2020 et du 25 mai 2021 ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.
Sur la jonction :
2. Les deux requêtes susvisées enregistrées sous les n°s 2101960 et 2104248, qui ont trait à une même opération immobilière et présentent à juger des questions semblables, ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
En ce qui concerne l'exception de non-lieu à statuer :
3. L'autorité compétente, saisie d'une demande en ce sens, peut délivrer au titulaire d'un permis de construire en cours de validité un permis modificatif, tant que la construction que ce permis autorise n'est pas achevée, dès lors que les modifications envisagées n'apportent pas à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Saisi d'un recours à leur encontre, il appartient au juge de l'excès de pouvoir de donner aux décisions administratives qui lui sont déférées leur exacte qualification.
4. D'une part, par un arrêté du 2 novembre 2020, le maire de la commune de Lège-Cap-Ferret a délivré à la société Les Sirènes un permis de construire pour la démolition d'appentis, la réfection de la couverture avec suppression du débord de toit et la surélévation du bâtiment avec création d'une terrasse, sur un terrain situé 27 avenue Monument Saliens, sur la parcelle cadastrée section LH n° 308. D'autre part, par un arrêté du 25 mai 2021, la même autorité a délivré, pour la même société pétitionnaire et sur la même parcelle, un permis de construire pour la démolition d'un appentis en bois et d'un abri, la réfection totale de la couverture et la surélévation partielle du bâtiment ainsi que le bardage et le changement de menuiseries.
5. Il ressort des pièces des dossiers que les travaux autorisés par le permis de construire du 2 novembre 2020 n'étaient pas achevés à la date d'édiction du second arrêté contesté du 25 mai 2021. Par ailleurs, au vu du contenu des dossiers de demande évoqués ci-dessus, l'arrêté du 25 mai 2021 autorise le même pétitionnaire à réaliser un projet identique à celui autorisé le 2 novembre 2020, à l'exception de quelques modifications qui ne sauraient être regardées comme apportant au projet initial un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Dans ces conditions, le permis de construire du 25 mai 2021 doit être regardé comme un permis de construire modificatif et non comme un nouveau permis.
6. En tout état de cause, le permis de construire du 25 mai 2021 ne saurait avoir eu pour effet de retirer implicitement le permis de construire délivré le 2 novembre 2020 dès lors que les dispositions de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme disposent que la délivrance antérieure d'une autorisation d'urbanisme sur un terrain donné ne fait pas obstacle au dépôt par le même bénéficiaire de ladite autorisation d'une nouvelle demande d'autorisation visant le même terrain, et que dans ce cas, le dépôt de cette nouvelle demande d'autorisation n'emporte pas retrait implicite de l'autorisation précédemment délivrée. Par suite, le litige conserve son objet et l'exception de non-lieu à statuer doit être écartée.
En ce qui concerne l'intérêt à agir de la société requérante :
7. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. / Le présent article n'est pas applicable aux décisions contestées par le pétitionnaire ".
8. Il résulte des dispositions précitées qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
9. Il ressort des pièces du dossier que la société Imosfer est propriétaire d'un immeuble situé 11 rue des Mouettes, sur une parcelle contiguë à celle du projet en cause. Il ressort également des pièces du dossier que la nature du projet litigieux, consistant notamment en une surélévation d'une construction, va nécessairement accentuer la co-visibilité entre les constructions voisines et donc les nuisances qui peuvent en résulter. La société requérante justifie, dans ces conditions, d'un intérêt à agir contre les permis de construire attaqués. La fin de non-recevoir opposée à cet égard doit donc être écartée.
En ce qui concerne la qualité pour agir de la société requérante :
10. Aux termes de l'article 227-6 du code de commerce applicable aux sociétés par action simplifiée : " La société est représentée à l'égard des tiers par un président désigné dans les conditions prévues par les statuts. Le président est investi des pouvoirs les plus étendus pour agir en toute circonstance au nom de la société dans la limite de l'objet social. () ".
11. La requête de la société par action simplifiée Imosfer indiquant qu'elle est présentée par ses représentants légaux, elle doit être regardée comme ayant nécessairement entendu viser ainsi son président. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la société pétitionnaire et tirée du défaut de qualité pour agir ne peut être accueillie.
En ce qui concerne la capacité pour agir de la société requérante :
12. La société Imosfer, de par la personnalité morale dont elle bénéficie, est capable d'ester en justice, sans que son objet social ait une incidence à cet égard. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense à ce titre doit être écartée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le cadre d'examen du litige :
13. D'une part, aux termes de l'article L. 600-5-2 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'un permis modificatif, une décision modificative ou une mesure de régularisation intervient au cours d'une instance portant sur un recours dirigé contre le permis de construire, de démolir ou d'aménager initialement délivré ou contre la décision de non-opposition à déclaration préalable initialement obtenue et que ce permis modificatif, cette décision modificative ou cette mesure de régularisation ont été communiqués aux parties à cette instance, la légalité de cet acte ne peut être contestée par les parties que dans le cadre de cette même instance. ".
14. Le permis de construire modificatif du 25 mai 2021 ayant été délivré au cours de l'une des deux instances, il y a lieu de statuer, dans le cadre des deux mêmes instances jointes, sur les conclusions aux fins d'annulation de ce permis de construire modificatif, présentées par les requérants dans le dernier état de leurs écritures enregistrées sous le n° 2101960, ainsi qu'il a été exposé au point 1 du présent jugement.
15. D'autre part, lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. La circonstance qu'une autorisation d'urbanisme soit entachée d'une illégalité externe, notamment d'incompétence, ne fait pas obstacle à une telle régularisation. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.
16. Dès lors, les moyens de la requête enregistrée sous le n° 2101960 dirigés contre l'arrêté du 2 novembre 2020 du maire de la commune de Lège-Cap-Ferret doivent être examinés en tenant compte de la régularisation des illégalités résultant le cas échéant de la délivrance, le 25 mai 2021, du permis de construire modificatif susmentionné.
En ce qui concerne les moyens soulevés :
17. En premier lieux, aux termes de l'article 3.1 du règlement de la zone UA du plan local d'urbanisme de la commune de Lège-Cap-Ferret : " Pour être constructible tout terrain doit avoir accès à une voie publique ou privée soit directement soit par l'intermédiaire d'un passage aménagé sur fonds voisins. / Les accès doivent être adaptés à la destination et à l'importance de l'opération qu'ils desservent. () ". Aux termes de l'article 6.5 du même règlement : " Sont considérés comme accès, les passages non ouverts à la circulation publique qui permettent la liaison automobile entre un terrain et la voie ou le cas échéant l'emprise publique qui le dessert. / L'accès peut donc être, selon le cas, un linéaire de façade du terrain (portail) ou de construction (porche), ou bien un espace de circulation (bande de terrain, servitude de passage, desserte interne de parking). ".
18. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la notice architecturale du dossier de demande d'autorisation, que la parcelle litigieuse est enclavée et se trouve en seconde ligne de la parcelle cadastrée section LH n° 307. Il n'y a pas de servitude directe depuis la rue et il est prévu que l'accès aux futurs bureaux se fera via la parcelle cadastrée section LH n° 90, appartenant également à la société pétitionnaire. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment du plan de masse, que l'accès prévu pour permettre la liaison entre les parcelles est exclusivement piétonnier et ne permettra pas la liaison automobile entre le terrain d'assiette et la voie de desserte. Par suite, le terrain du projet ne peut être regardé comme disposant d'un accès, au sens des dispositions précitées, à une voie publique par l'intermédiaire d'un passage aménagé sur fonds voisins, de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3.1 du règlement de la zone UA du plan local d'urbanisme de Lège-Cap Ferret doit être accueilli.
19. En second lieu, aux termes de l'article 12.1 du règlement de la zone UA du plan local d'urbanisme de la commune de Lège-Cap Ferret : " Les places réservées au stationnement des véhicules doivent correspondre aux besoins des constructions admises dans la zone et être aménagées sur le terrain d'assiette du projet (par conséquent en dehors des voies ouvertes à la circulation et autres emprises publiques). Les aires de stationnement sont à la charge exclusive du pétitionnaire et doivent être réalisées sur le terrain d'assiette du projet. / Lorsque le règlement impose la réalisation d'aires de stationnement, ces dernières peuvent être réalisées sur le terrain d'assiette du projet ou dans son environnement immédiat, en dehors, en toute hypothèse des voies ouvertes à la circulation et autres emprises publiques. () ".
20. En l'espèce, le projet consiste en la réhabilitation d'un atelier en local de stockage au rez-de-chaussée et une surélévation partielle pour accueillir des bureaux non destinés à recevoir du public. La surface des locaux de stockage est de 81 m2 et celle des bureaux de 42,30 m2. Alors même que le projet aura nécessairement pour effet d'accueillir des salariés, il n'est prévu la création d'aucune place de stationnement. Dans ces conditions, en se bornant à évoquer des places de stationnement disponibles sur les parcelles voisines cadastrées section LH n°s 90 et 91 et tout au long de l'avenue du Monument Saliens, la société pétitionnaire n'établit pas que le projet comporte des places réservées au stationnement des véhicules correspondant aux besoins de la construction. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 12.1 du règlement de la zone UA du plan local d'urbanisme de la commune de Lège-Cap-Ferret doit être accueilli.
21. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'apparaît en l'état de l'instruction susceptible de fonder l'annulation des décisions attaquées.
22. Il résulte de ce qui précède que la société Imosfer est fondée à demander l'annulation des arrêtés du 2 novembre 2020 et du 25 mai 2021 du maire de la commune de Lège-Cap-Ferret, ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.
Sur l'application des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :
23. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé ". Aux termes de l'article L 600-5-1 du même code : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".
24. Pour l'application de ces dispositions, un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.
25. A supposer même que la méconnaissance des règles de stationnement prévues à l'article 12.1 du règlement de la zone UA du plan local d'urbanisme de la commune de Lège-Cap-Ferret puisse faire l'objet d'une régularisation, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet, eu égard à la configuration parcellaire des lieux, ne peut être rendu accessible depuis la voie publique par une liaison automobile, ainsi que le prévoit l'article 3.1 du règlement de la zone UA du plan local d'urbanisme de la commune de Lège-Cap-Ferret. Dans ces conditions, le vice relevé au point 17, qui met en cause la nature même du projet, n'est pas susceptible de faire l'objet d'une mesure de régularisation en application des articles L. 600-5 ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.
Sur les conclusions relatives aux frais liés au litige :
26. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de de la société Imosfer, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société Les Sirènes et la commune de Lège-Cap-Ferret demandent au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Lège-Cap-Ferret et de la société Les Sirènes la somme de 800 euros chacune au bénéfice de la société Imosfer sur le fondement des mêmes dispositions.
Sur les conclusions relatives aux dépens :
27. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".
28. La présente instance n'a donné lieu à aucun dépens. Par suite, les conclusions présentées par la société requérante tendant à ce que le paiement des entiers dépens soit mis à la charge de la commune de Lège-Cap-Ferret et de la société Les Sirènes doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les arrêtés du 2 novembre 2020 et du 25 mai 2021 du maire de la commune de Lège-Cap-Ferret et la décision implicite de rejet du recours gracieux de la société Imosfer sont annulés.
Article 2 : La commune de Lège-Cap-Ferret et la société Les Sirènes verseront chacune la somme de 800 euros à la société Imosfer au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Imosfer, à la commune de Lège-Cap-Ferret et à la société Les Sirènes.
Délibéré après l'audience du 24 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pouget, président,
M. Josserand, conseiller,
M. Frézet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.
Le rapporteur,
C. FREZET
Le président,
L. POUGET La greffière,
S. FERMIN
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Nos 2101960
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026