jeudi 22 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2101988 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP GUEDON MEYER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, et un mémoire, enregistrés le 21 avril 2021 et le 7 septembre 2022, Mme B G, représentée par Me Meyer, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 19 février 2021 du ministre du travail en tant qu'elle annule la décision du 8 septembre 2020 par laquelle l'inspectrice du travail a refusé d'autoriser son licenciement ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les faits retenus par le ministre ne sont ni établis, ni de nature à justifier un licenciement.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 juin 2021, l'association départementale des combattants prisonniers de guerre de la Gironde, représentée par la SELARL Guérin et Delas, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que cette requête n'est pas fondée.
La procédure a été communiquée au ministre du travail qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Wohlschlegel, première conseillère ;
- les conclusions de M. Willem, rapporteur public ;
- et les observations de Me Meyer, représentant Mme G, et de Me Guerard, représentant l'association départementale des combattants prisonniers de guerre de la Gironde.
Considérant ce qui suit :
1. Mme G a été recrutée par l'association départementale des combattants prisonniers de guerre de la Gironde à compter du 3 mai 1994 pour y exercer en dernier lieu les fonctions d'éducatrice spécialisée. Elle exerçait un mandat de membre titulaire au comité social et économique depuis le 29 janvier 2019, et de représentante de la section syndicale CGT depuis le 19 février 2020. Le 7 juillet 2020, l'association a demandé à l'inspectrice du travail l'autorisation de la licencier pour motif disciplinaire. Par décision du 8 septembre 2020, l'inspectrice du travail a refusé d'accorder cette autorisation. Mme G demande au tribunal d'annuler la décision de la ministre du travail du 19 février 2021 en tant qu'elle annule la décision de l'inspectrice du travail.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. D'une part, en vertu des dispositions du code du travail, les salariés légalement investis de fonctions représentatives bénéficient, dans l'intérêt de l'ensemble des salariés qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle. Lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, ce licenciement ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail, et le cas échéant au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi.
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 1152-1 du code du travail : " Aucun salarié ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. ". Aux termes de l'article L. 1152-5 du même code : " Tout salarié ayant procédé à des agissements de harcèlement moral est passible d'une sanction disciplinaire. ".
4. Il résulte des dispositions de l'article L. 1152-1 du code du travail que le harcèlement moral se caractérise par des agissements répétés ayant pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte aux droits et à la dignité du salarié, d'altérer sa santé ou de compromettre son avenir professionnel. Il s'en déduit que, pour apprécier si des agissements sont constitutifs d'un harcèlement moral, l'inspecteur du travail doit, sous le contrôle du juge administratif, tenir compte des comportements respectifs du salarié auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et du salarié susceptible d'en être victime, indépendamment du comportement de l'employeur.
En ce qui concerne la matérialité des faits :
5. A la suite d'une alerte lancée le 6 janvier 2020 à l'initiative de Mme G, faisant état de difficultés organisationnelles, de discriminations et de différences salariales, deux cabinets d'expertise ont été mandatés par le comité social et économique pour conduire une enquête sur l'existence éventuelle de risques psychosociaux au sein de la structure. Les conclusions de l'un de ces rapports ont fait apparaître l'existence de faits de harcèlement moral commis par une même salariée. L'employeur ayant reçu par ailleurs les 13, 14, 17, 19 et 20 mai 2020 six témoignages de la part de Mmes H, C, Moustie, Jordan-Meille, E et F, dénonçant des faits de harcèlement moral commis à leur encontre par Mme G, il a diligenté une enquête complémentaire qui a été réalisée les 11 et 12 juin 2020 par M. A et qui conduit à l'audition de ces six personnes et de Mme G.
6. Il ressort du témoignage de Mme E, éducatrice spécialisée et collègue de Mme G, que cette dernière " repasse derrière elle auprès des résidents pour faire à sa manière ", s'immisce dans les échanges avec les résidents pour finir par l'exclure de la conversation, fait des remarques négatives et dévalorisantes sur sa manière de faire son travail et sur sa silhouette devant les résidents, et n'applique pas les décisions prises en réunion, manipule les résidents parfois au détriment de leur projet d'accompagnement. Il ressort du témoignage de Mme C, cadre intermédiaire, que Mme G la regarde de manière méprisante, remet en cause de façon permanente ses actes et prises de position, tient des propos provocants en public, appose directement ses commentaires par écrit sur les compte-rendus de réunion auxquels elle n'assiste pas, lorsqu'ils sont affichés, se plaint continuellement des plannings et du fonctionnement de la structure sans faire de proposition, déforme ses propos et lui présente des faits de manière volontairement alarmiste lorsqu'elle est de permanence pour la mettre en difficulté. Mme H, responsable de la paie, explique que Mme G use la direction et ses collègues, s'immisce partout, veut tout savoir, tient des propos flous, contradictoires et déstabilisants, et utilise des collègues pour contester les bulletins de salaire chaque mois. Mme F, directrice de l'association, atteste que Mme G lui envoie des mails à minuit et deux heures du matin avec copie à l'inspecteur du travail, conteste systématiquement les lois, des circulaires, notamment la nécessité de mettre en place un plan de continuité Covid, la nouvelle organisation du foyer d'hébergement qu'elle avait pourtant approuvé quelques heures auparavant, qu'elle cherche les dysfonctionnements, qu'elle s'emploie à contrecarrer toutes les décisions et à semer le doute avec des argumentations très floues, qu'elle conteste les décisions prises en réunion et fait remettre les questions à l'ordre du jour quand les réponses apportées ne lui conviennent pas, qu'elle adopte en permanence une démarche négative, qu'elle veut clôturer les débats à sa place et avoir le dernier mot, qu'elle dramatise volontairement l'urgence des situations pendant les astreintes, et qu'elle fait exprès de parler doucement pour la mettre en difficulté par rapport à son handicap auditif.
7. Dans son rapport, M. A ajoute que Mme H a indiqué être harcelée chaque mois depuis trois ans à chaque période de paie, que Mme F a précisé être occupée à 100% de son temps par les questions, courriers, mails, fausses urgences, demandes d'enquête, interventions et oppositions constantes de Mme G depuis janvier 2020, que Mme C se sent sur le qui-vive chaque jour, et que Mme E semble la plus impactée par le comportement de l'intéressée. Il recommande que les six personnes concernées ne soient plus en contact avec l'intéressée et que cinq d'entre elles bénéficient d'un accompagnement médical.
8. Enfin, il ressort de l'attestation de M. D, psychologue clinicien employé par l'association, que " les postures d'opposition, de refus, de désaccord (de Mme G) systématiques et autres contestations tout aussi fréquentes, associées à une perception très persécutive du fonctionnement institutionnel, constituent l'essentiel du mode d'intervention de Mme G ".
9. Contrairement à ce que soutient Mme G, il résulte de l'ensemble de ces éléments concordants que ces comportements, qui ne sont motivés par aucun souci d'efficacité professionnelle, qui se constatent de manière quasiment quotidienne, et qui ont pour effet de nuire au positionnement professionnel des personnes concernées et de provoquer chez elles une anxiété permanente et une atteinte à leur santé caractérisent des faits de harcèlement moral. Par suite, la ministre du travail a pu à bon droit estimer que l'inspectrice du travail avait commis une erreur d'appréciation en estimant que les faits de harcèlement moral reprochés à Mme G n'étaient pas établis, et annuler sa décision du 8 septembre 2020 pour ce motif.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme G, de même que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme G est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B G, à l'association départementale des combattants prisonniers de guerre de la Gironde et au ministre du travail.
Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Ferrari, président,
Mme J et Mme I, premières conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.
La rapporteure,
E. J
Le président,
D. FERRARI La greffière,
C. POTTIER
La République mande et ordonne au ministre du travail, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2101988
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026