mercredi 24 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2102064 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | DESCOUBES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 26 avril 2021, le 20 décembre 2021 et le 5 janvier 2022, ainsi qu'un mémoire et des pièces complémentaires non communiqués, enregistrés le 13 janvier 2022, M. A B, représenté par Me Descoubès, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 janvier 2021 par lequel la préfète de la Gironde a déclaré cessible, au profit de Bordeaux Métropole, les emprises nécessaires à la constitution d'une réserve foncière en vue de la réalisation d'une opération d'aménagement sur le secteur de Bourdieu Cassy-Vigney, à Saint-Médard-en-Jalles ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de condamner l'Etat aux dépens.
Il soutient que :
- l'arrêté portant déclaration d'utilité publique est entaché d'un vice de procédure dès lors que le commissaire-enquêteur n'était pas impartial ;
- il est insuffisamment motivé ;
- l'arrêté de cessibilité méconnait les dispositions des articles 13 et 29 de la loi du 22 janvier 2018 de programmation des finances publiques pour les années 2018 à 2022 ;
- il est entaché d'un détournement de pouvoir ;
- il méconnait les dispositions de l'article R. 123-5 du code de l'environnement ;
- il est insuffisamment motivé ;
- l'opération n'est pas d'utilité publique dès lors que le coût du projet est excessif et que l'initiative privée propose une alternative répondant aux objectifs de la métropole.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 novembre 2021, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.
Par des mémoires en défense enregistrés le 27 octobre 2021, le 22 décembre 2021, et le 12 janvier 2022, Bordeaux Métropole, représenté par Me Sagalovitsch, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.
Par une ordonnance du 5 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 13 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'environnement ;
- le code de l'expropriation pour cause d'utilité publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Frézet,
- les conclusions de M. Vaquero, rapporteur public,
- et les observations de Me Richardeau, représentant Bordeaux Métropole.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 21 septembre 2017, le préfet de la Gironde a déclaré d'utilité publique, au bénéfice de Bordeaux Métropole, le projet de constitution d'une réserve foncière en vue de la réalisation d'une opération d'aménagement sur le secteur du Bourdieu-Cassy-Vigney à Saint-Médard-en-Jalles. Par un arrêté du 6 janvier 2021, dont M. B demande l'annulation, la préfète de la Gironde a déclaré cessibles, au profit de Bordeaux Métropole, les emprises nécessaires à la constitution de cette réserve foncière.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté de cessibilité du 6 janvier 2021 :
2. En premier lieu, l'arrêté de cessibilité attaqué n'est pas au nombre des décisions qui doivent être motivées en application des articles L. 211-2 et L. 211-3 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de son insuffisance de motivation doit être écarté comme inopérant.
3. En deuxième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir, à l'encontre de l'arrêté de cessibilité du 6 janvier 2021, d'une méconnaissance des dispositions de l'article R. 123-5 du code de l'environnement ayant pour objet, en cas d'ouverture d'une enquête unique valant enquête d'utilité publique et parcellaire, d'habiliter le président du tribunal administratif ou son délégué à procéder à la désignation d'un commissaire enquêteur, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier qu'en l'espèce si les deux enquêtes ont été menées simultanément, il n'y a pas eu d'enquête unique. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 123-5 du code de l'environnement doit donc être écarté.
4. En troisième lieu, les dispositions des articles 13 et 29 de la loi du 22 janvier 2018 de programmation pour les finances publiques pour les années 2018 à 2022, qui servent de base légale à l'édiction d'arrêtés préfectoraux fixant le niveau maximal annuel des dépenses réelles de fonctionnement de collectivités territoriales, ne sont pas applicables aux arrêtés de cessibilité, de sorte que le moyen tiré de leur méconnaissance ne peut être utilement invoqué et doit, par conséquent, être écarté.
5. En quatrième lieu, la circonstance que le commissaire enquêteur ait émis un avis défavorable quant à l'utilité publique du projet de constitution d'une réserve foncière sur le secteur du Bourdieu-Cassy-Vigney n'est pas de nature, contrairement à ce que soutient le requérant, à caractériser un " détournement de pouvoir " dès lors que cet avis ne lie pas l'autorité expropriante, et alors au demeurant que la cessibilité des parcelles a recueilli des avis favorables du commissaire enquêteur, le 16 décembre 2016 et le 8 novembre 2019. Le moyen doit donc être écarté.
En ce qui concerne la légalité, invoquée par voie d'exception, de l'arrêté du 21 septembre 2017 portant déclaration d'utilité publique :
6. En premier lieu, en vertu de l'article L. 211-3 du code des relations entre le public et l'administration, doivent " être motivées les décisions administratives individuelles qui dérogent aux règles générales fixées par la loi ou le règlement ".
7. Un acte déclaratif d'utilité publique ne présente pas le caractère d'une décision administrative individuelle et n'a pas, par suite, à être motivé. Dès lors, la circonstance que l'arrêté préfectoral déclarant d'utilité publique le projet de constitution de réserve foncière en vue de la réalisation d'une opération d'aménagement sur le secteur du Bourdieu-Cassy-Vigney à Saint-Médard-en-Jalles ne comporterait qu'une motivation insuffisante est sans influence sur sa légalité, de sorte que le moyen doit être écarté comme inopérant.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 111-1 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête sont désignés dans les conditions prévues à l'article R. 123-5 du code de l'environnement ". Aux termes de l'article R. 123-4 du code de l'environnement : " Ne peuvent être désignés comme commissaire enquêteur ou membre d'une commission d'enquête les personnes intéressées au projet, plan ou programme soit à titre personnel, soit en raison des fonctions qu'elles exercent ou ont exercées depuis moins de cinq ans, notamment au sein de la collectivité, de l'organisme ou du service qui assure la maîtrise d'ouvrage, la maîtrise d'œuvre ou le contrôle du projet, plan ou programme soumis à enquête, ou au sein d'associations ou organismes directement concernés par cette opération. / Avant sa désignation, chaque commissaire enquêteur ou membre d'une commission d'enquête indique au président du tribunal administratif les activités exercées au titre de ses fonctions précédentes ou en cours qui pourraient être jugées incompatibles avec les fonctions de commissaire enquêteur en application de l'article L. 123-5, et signe une déclaration sur l'honneur attestant qu'il n'a pas d'intérêt personnel au projet, plan ou programme. / Le manquement à cette règle constitue un motif de radiation de la liste d'aptitude de commissaire enquêteur. ". Il résulte de ces dispositions que la personne choisie comme commissaire enquêteur pour une enquête préalable à un arrêté de cessibilité ne doit ni appartenir à l'administration expropriante, ni participer à son contrôle, ni avoir aucun intérêt à l'opération.
9. Pour établir que le commissaire-enquêteur n'aurait pas été impartial, M. B fait valoir qu'il a dirigé pendant cinq ans la gendarmerie de la région Aquitaine et de la zone de défense Sud-Ouest, qu'il est vice-président du Diaconat de Bordeaux, association ayant reçu des subventions de la fondation Eiffage, émanation du groupe Eiffage Immobilier Atlantique qui a signé en 2004 un compromis de vente sur une parcelle située dans le terrain d'assiette du projet en cause, et que son épouse, avocate au barreau de Bordeaux, entretient des liens avec Bordeaux Métropole. Toutefois, la seule circonstance qu'un commissaire enquêteur ou les membres d'une commission d'enquête soient des agents publics de l'Etat ou d'anciens agents publics de l'Etat n'est pas de nature, par elle-même, à faire douter de leur impartialité dans le cadre d'une enquête menée à l'occasion d'une déclaration d'utilité publique. Par ailleurs, le fait, pour le commissaire enquêteur, d'être vice-président d'une association dont la mission, étrangère à l'opération en cause, est de venir en aide aux personnes en situation de détresse, n'est pas de nature à caractériser un défaut d'impartialité, alors même que ladite association aurait reçu une donation quelques années auparavant par la société Eiffage et aurait pour partenaire institutionnel Bordeaux Métropole. De même, la circonstance que la société Eiffage ait signé un compromis de vente en 2004 sur une parcelle figurant aujourd'hui au sein de l'emprise du projet ne saurait démontrer une quelconque partialité du commissaire enquêteur, alors au surplus que cette promesse de vente est caduque depuis 2005. En outre, la circonstance que son épouse, avocate, ait défendu Bordeaux Métropole lors d'une affaire devant la cour d'appel d'Agen en 2006 ne peut conduire à considérer que le commissaire enquêteur aurait un partis pris dans l'opération. Par suite, le moyen tiré du défaut d'impartialité du commissaire enquêteur doit être écarté.
10. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'opération d'aménagement sur le secteur de Bourdieu Cassy-Vigney, qui s'inscrit dans l'objectif métropolitain de développement de l'offre de logements et d'amélioration du cadre de vie des habitants, vise à préserver et mettre en valeur le parc du Bourdieu autour de son bâtiment emblématique, inscrit en 1981 sur la liste des monuments historiques, et à accroître le parc de logements sociaux de la commune sur un site stratégique pour le développement du centre-ville de Saint-Médard-en-Jalles. Il ne ressort pas des pièces du dossier que d'autres parcelles permettraient de réaliser l'opération projetée dans des conditions équivalentes, alors notamment qu'elle permettra de réhabiliter le parc, dégradé depuis la tempête de 1999 et dont le conservatoire botanique national Sud-Atlantique a estimé qu'il constitue une trame verte d'intérêt écologique au sein de l'agglomération bordelaise. Si M. B fait valoir que le projet concurrent qu'il porte aurait des avantages comparables pour la collectivité publique à un coût bien moindre, ce projet, qui suppose d'amputer le parc de plus du tiers de sa superficie, ne répond pas aux objectifs de la collectivité publique en termes de préservation et de valorisation de cet espace naturel exceptionnel, ni d'ailleurs en terme de diversité de l'offre de logements. En tout état de cause, à supposer même que l'initiative privée ne puisse être regardée comme défaillante comme le soutient le requérant dans la mesure où son projet permettrait la réalisation de constructions susceptibles de répondre aux besoins en logements et commerces, cette circonstance n'est pas de nature à faire obstacle à l'acquisition par Bordeaux Métropole des terrains nécessaires à l'opération projetée par la voie de l'expropriation. En outre, il n'est pas démontré que le coût de l'opération serait disproportionné par rapport aux avantages que la collectivité tirera de l'aménagement du site. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que les inconvénients et les atteintes portées à la propriété privée que M. B invoque seraient de nature à priver l'opération d'utilité publique, eu égard à l'intérêt qui s'attache à la réalisation du programme de logements envisagé et à l'aménagement et la préservation du parc du Bourdieu. Par suite, le moyen tiré du défaut d'utilité publique doit être écarté.
11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. En revanche il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Bordeaux Métropole et non compris dans les dépens.
13. La présente instance n'a pas donné lieu à dépens, par suite les conclusions de M. B tendant à la condamnation de l'Etat aux dépens doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : M. B versera une somme de 1 500 euros à Bordeaux Métropole en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B, au préfet de la Gironde et à Bordeaux Métropole.
Délibéré après l'audience du 10 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pouget, président,
M. Josserand, conseiller,
M. Frézet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2023.
Le rapporteur,
C. FREZET
Le président,
L. POUGET La greffière,
M-A. PRADAL
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026