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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2102199

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2102199

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2102199
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDUBARRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 avril 2021, Mme A D, agissant en qualité de représentante légale de sa fille B C et représentée par Me Dubarry, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du conseil de discipline du lycée Nicolas Brémontier du 19 janvier 2021 infligeant à sa fille une sanction d'exclusion définitive du lycée sans sursis, confirmée par la décision de la rectrice de l'académie de Bordeaux du 18 mars 2021 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de mettre les dépens à la charge de l'Etat.

Elle soutient que :

- les modalités de convocation au conseil de discipline ne lui ont pas permis de préparer sa défense et les stipulations de l'article 6 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CESDH) ont été méconnues ;

- le contradictoire n'a pas été respecté dès lors que le dossier du conseil de discipline ne faisait pas apparaître les éléments échangés avec l'élève et sa mère ;

- la décision repose sur des faits qui n'ont pas été établis ;

- le principe de la présomption d'innocence a été méconnu ;

- la décision est disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 février 2023, la rectrice de l'académie de Bordeaux conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- les moyens tirés de l'irrégularité de la sanction prise par le conseil de discipline du lycée sont inopérants dès lors qu'en vertu de l'article R. 511-49 du code de l'éducation, celle-ci a fait l'objet d'un recours administratif préalable et que la décision de la rectrice s'est substituée entièrement à la procédure suivie devant le conseil de discipline et la décision prise par ce dernier ;

- les autres moyens ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 mai 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'éducation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fazi-Leblanc, première conseillère,

- les conclusions de M. Willem, rapporteur public,

- et les observations de Me Salles, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Reprochant à Melle Sérine C, élève de seconde au lycée Nicolas Brémontier à Bordeaux, d'avoir commis un vol lors de son stage en milieu professionnel, le chef d'établissement du lycée a engagé à son endroit une procédure disciplinaire. Le conseil de discipline a prononcé la sanction de l'exclusion définitive sans sursis le 19 janvier 2021. Saisie du recours préalable obligatoire prévu à l'article R. 511-49 du code de l'éducation, la rectrice de l'académie de Bordeaux a maintenu cette sanction, par décision du 18 mars 2021.

Mme D, agissant en qualité de représentante légale de Melle C, doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision de la rectrice du 18 mars 2021 qui s'est substituée à celle du conseil de discipline.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Mme D ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 mai 2021, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'éducation : " Les obligations des élèves consistent dans l'accomplissement des tâches inhérentes à leurs études ; elles incluent l'assiduité et le respect des règles de fonctionnement et de la vie collective des établissements. ". Aux termes de l'article R. 511-13 : " I.- Dans les collèges et lycées relevant du ministre chargé de l'éducation, les sanctions qui peuvent être prononcées à l'encontre des élèves sont les suivantes : 1° L'avertissement ; 2° Le blâme ; 3° La mesure de responsabilisation ; 4° L'exclusion temporaire de la classe. Pendant l'accomplissement de la sanction, l'élève est accueilli dans l'établissement. La durée de cette exclusion ne peut excéder huit jours ; 5° L'exclusion temporaire de l'établissement ou de l'un de ses services annexes. La durée de cette exclusion ne peut excéder huit jours ; 6° L'exclusion définitive de l'établissement ou de l'un de ses services annexes. () ". Aux termes de l'article R. 511-49 du même code : " Toute décision du conseil de discipline de l'établissement ou du conseil de discipline départemental peut être déférée au recteur de l'académie, dans un délai de huit jours à compter de sa notification écrite, soit par le représentant légal de l'élève, ou par ce dernier s'il est majeur, soit par le chef d'établissement. / Le recteur d'académie décide après avis d'une commission académique. ".

4. Pour prononcer la sanction de l'exclusion définitive de Melle C du lycée Nicolas Brémontier, la rectrice de l'académie de Bordeaux s'est fondée sur le motif que celle-ci aurait, le mardi 8 novembre 2020, volé la carte bleue d'une employée du centre commercial dans lequel elle effectuait son stage professionnel. A l'appui de sa décision, la rectrice verse au dossier un mail non signé dont l'auteur supposé serait le responsable dudit centre et qui indique que sa collaboratrice a constaté ce jour-là, à la pause déjeuner, qu'elle n'avait plus sa carte bleue, alors même que Melle C était partie un peu plus tôt dans la matinée, qu'aucun autre employé n'avait quitté les lieux, que les explications données par Melle C pour expliquer son absence le jour du vol et les jours qui ont suivis ont été confuses et qu'elle a admis avoir menti en indiquant qu'elle avait un rendez-vous médical l'après-midi du mardi 8 novembre. Toutefois, ces éléments ne sauraient suffire à imputer avec certitude un vol à Melle C, qui ne l'a jamais reconnu. Dès lors, l'exactitude matérielle des faits, qui ne ressort pas des pièces du dossier, n'est pas établie.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision de la rectrice de l'académie de Bordeaux notifiée le 18 mars 2021 confirmant la sanction d'exclusion définitive sans sursis de Melle C du lycée Nicolas Brémontier à Bordeaux doit être annulée.

Sur la condamnation de l'Etat aux dépens :

6. L'instruction n'a pas donné lieu à expertise, par suite, il n'y a pas lieu de condamner l'Etat au paiement de dépens.

Sur les frais d'instance :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par Mme D et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de se prononcer sur la demande d'aide juridictionnelle de

Mme D.

Article 2 : La décision du 18 mars 2021 est annulée.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Bordeaux.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Ferrari, président,

Mme E et Fazi-Leblanc, premières conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

La rapporteure,

S. FAZI-LEBLANC

Le président,

D. FERRARI La greffière,

E. SOURIS

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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