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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2102238

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2102238

mercredi 15 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2102238
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantFERNANDEZ-BEGAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 22 avril 2021, enregistrée le 28 avril 2023 au greffe du tribunal administratif de Bordeaux, le président de la 5ème chambre du tribunal administratif de Toulouse a transmis le dossier de la requête présentée par Mme C.

Par une requête et un mémoire enregistrés les 15 janvier 2020 et 7 mars 2021, Mme A C, demande au tribunal, dans ses dernières écritures :

1°) d'annuler l'avis des sommes à payer émis le 15 novembre 2019 pour un montant de 9 403,33 euros, ainsi que la décision du 26 décembre 2019 par laquelle le directeur général de l'agence de l'eau Adour-Garonne a rejeté son recours gracieux ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au directeur général de l'agence de l'eau Adour-Garonne de prendre un nouvel arrêté annulant la totalité de l'indu réclamé et à titre subsidiaire, de l'annuler partiellement et enfin, à titre infiniment subsidiaire, de prendre une nouvelle décision dans le sens du jugement à intervenir et d'assortir ces injonctions d'une astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de la décharger du paiement de la somme de 9 403,33 euros ;

4°) de mettre à la charge de l'agence de l'eau Adour-Garonne la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- sa requête est recevable ;

- le titre exécutoire ne comporte pas les bases légales de la liquidation ;

- les informations mentionnées ne sont pas suffisantes et elles n'étaient mentionnées dans aucune autre pièce ;

- elle est fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité du décret n° 2018-1119 du 10 décembre 2018, en ce qu'il n'a pas prévu de mesures transitoires pour éviter une atteinte excessive aux intérêts privés en cause ; les simulations effectuées précédemment donnaient des résultats sans rapport avec le montant qui lui a été finalement réclamé ;

- elle est fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de l'arrêté du 10 décembre 2018, qui reporte la date d'entrée en vigueur du régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel au 1er janvier 2020, remettant ainsi en cause, de façon rétroactive et donc illégale, la situation financière des agents bénéficiaires de ce régime indemnitaire depuis le 1er janvier 2018 ;

- elle est fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de l'article 1er du décret n° 2003-799 du 25 août 2003, qui réserve la perception de l'indemnité de sujétion spéciale aux seuls agents titulaires de la fonction publique et en exclut les agents stagiaires anciennement contractuels, en méconnaissance du principe de non-discrimination tel que défini par la clause 4 de l'accord-cadre annexé à la directive 1999/70/CE du 28 juin 1999, telle qu'interprétée par la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne ; cette discrimination est prohibée par par l'article 2 du traité sur l'Union européenne ; ces dispositions méconnaissent également l'article 225-1 du code pénal en instituant une discrimination fondée sur l'origine ;

- le refus de lui attribuer l'indemnité de sujétion spéciale durant son année de stage est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et de l'article 28 du décret n° 94-874 du 7 octobre 1994 ;

- l'agence de l'eau Adour-Garonne a méconnu le principe général du droit de continuité de la carrière des agents et a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la créance trouve exclusivement sa cause dans une carence de l'agence de l'eau, dès lors qu'elle a continué à la rémunérer en tant que contractuelle pendant plus d'un an alors qu'elle était fonctionnaire stagiaire.

Par des mémoires enregistrés les 17 avril 2020 et 7 avril 2022, l'agence de l'eau Adour-Garonne, représentée par Me Fernandez-Bégault, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme C la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la requête est tardive et qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- décret n° 2009-1558 du 15 décembre 2009 ;

- le décret n° 2005-631 du 30 mai 2005 ;

-le décret n° 2003-799 du 25 août 2003 ;

- le décret n° 94-874 du 7 octobre 1994 ;

- l'arrêté du 1er juillet 2013 fixant la liste des personnes morales de droit public relevant des administrations publiques mentionnées au 4° de l'article 1er du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme de Paz,

- les conclusions de Mme Jaouën, rapporteure publique,

- et les observations de et les observations de Me Denilauler, représentant l'agence de l'eau Adour-Garonne.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a été recrutée en qualité d'ingénieure contractuelle au sein de l'agence de l'eau Adour-Garonne par un contrat à durée indéterminée. Dans le cadre du dispositif de " déprécarisation " mis en place par la loi n°2012-347 du 12 mars 2012 relative à l'accès à l'emploi de titulaire et à l'amélioration des conditions d'emploi des agents contractuels dans la fonction publique, à la lutte contre les discriminations et portant diverses dispositions relatives à la fonction publique, Mme C a réussi le concours des ingénieurs des travaux publics de l'Etat au titre de l'année 2019. Par un arrêté du 23 octobre 2019, elle a été nommée ingénieure des travaux publics de l'Etat stagiaire à compter du 29 septembre 2018. Estimant que sa titularisation remettait en cause les rémunérations perçues en tant qu'agent contractuel, le directeur général de l'agence de l'eau Adour-Garonne a émis le 15 novembre 2019 un titre de perception d'un montant de 9 403,33 euros. Mme C demande au tribunal d'annuler ce titre, ainsi que la décision du 26 décembre 2019 rejetant son recours gracieux et de la décharger de la somme réclamée.

Sur la recevabilité de la requête :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

3. Il résulte de l'instruction que le titre exécutoire émis le 15 novembre 2019 comportait la mention des voies et délais de recours. Aucune pièce ne permet de connaître la date de notification de ce titre à Mme C. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'elle a eu connaissance de ce titre au plus tard à la date où elle a exercé un recours gracieux le 6 décembre 2019. Contrairement à ce que prétend l'agence de l'eau Adour-Garonne en défense, il résulte des termes du courrier du 6 décembre 2019, que celui-ci n'avait pas pour seul objet d'obtenir une remise totale de dette. Par suite, le délai de recours contentieux contre le titre précité, qui résulte de l'exercice du recours gracieux, a interrompu le délai de recours contentieux et Mme C disposait d'un délai de deux mois pour contester le titre exécutoire à compter de la notification de la décision du 26 décembre 2019 par laquelle le directeur général de l'agence de l'eau Adour-Garonne a rejeté son recours gracieux. Ainsi, sa requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Toulouse le 15 janvier 2020, l'a été dans ce délai et n'est pas tardive. Par suite, la fin de non-recevoir invoquée par l'agence de l'eau Adour-Garonne doit être écartée.

Sur les conclusions en annulation :

4. Aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut mettre en recouvrement une créance sans indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels elle se fonde pour mettre les sommes en cause à la charge de ce débiteur.

5. Le titre exécutoire du 15 novembre 2019 n'indique pas les bases, ni les éléments de calcul de la liquidation. Si la lettre d'accompagnement de ce titre, datée du 18 novembre 2019, précise les motifs, notamment qu'il correspond à la régularisation d'un trop perçu entre la situation de Mme C, de fonctionnaire titulaire, par rapport à sa situation de contractuel de droit public, elle ne contient pas d'indications précises et détaillées des sommes réclamées, notamment les mois concernés. Ni le titre, ni cette lettre ne permettaient à la requérante de connaître les bases et les éléments de calcul sur lesquels l'agence se fonde pour mettre les sommes en cause à sa charge. Par ailleurs, si l'agence de l'eau Adour-Garonne se prévaut d'un bulletin de paie " spécimen " de régularisation pour le mois de novembre 2019, toutefois ni le titre attaqué, ni le courrier d'accompagnement du 18 novembre 2019 ne font référence à ce bulletin de paie. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens, Mme C est fondée à soutenir que le titre exécutoire du 15 novembre 2019 est entaché d'une insuffisance de motivation.

6. Dans ces conditions et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens, Mme C est fondée à demander l'annulation du titre exécutoire du 15 novembre 2019 et de la décision du 26 décembre 2019 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions en décharge et en injonction :

7. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre, statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.

8. L'annulation du titre de perception du 15 novembre 2019 résultant seulement d'un vice de forme, n'implique pas, aucun des autres moyens invoqués n'étant susceptibles de la fonder, que Mme C soit déchargée de l'obligation de payer la somme dont le titre de perception en litige l'a constituée débitrice. Pour ce même motif, elle n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer et celles en injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de Mme C, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme que demande l'agence de l'eau Adour-Garonne au titre des frais liés à l'instance. En revanche, il y a lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'agence de l'eau Adour-Garonne une somme de 300 euros à verser à la requérante au titre de ses frais liés à l'instance.

DECIDE :

Article 1er : Le titre exécutoire du 15 novembre 2019 et la décision du 26 novembre 2019 sont annulés.

Article 2 : L'agence de l'Eau Adour-Garonne versera la somme de 300 euros à Mme C en applications de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C et les conclusions présentées par l'agence de l'eau Adour-Garonne au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à l'agence de l'eau Adour-Garonne.

Délibéré après l'audience du 25 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

- Mme Zucarrello président,

- Mme De Paz, première conseillère,

- Mme Denys, conseillère

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2023.

La rapporteure,

D. de PAZ

La présidente,

F. ZUCCARELLO

La greffière,

I. MONTANGON

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°2102238

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