mercredi 21 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2102403 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP CORNILLE - FOUCHET - MANETTI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 12 mai 2021, le 14 octobre 2021 et le 19 janvier 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, M. B C, représenté par Me Cornille, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 décembre 2020 par lequel le maire de Bordeaux a refusé de lui délivrer un permis d'aménager portant sur la création de trois lots à bâtir sur la parcelle cadastrée section VR n° 2 située 11 rue Deveaux, ainsi que la décision du 3 mars 2021 portant rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à cette autorité, à titre principal, de lui délivrer le permis d'aménager sollicité et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Bordeaux la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté n'est pas motivé, en méconnaissance des dispositions des articles L. 424-3 et L. 421-6 du code de l'urbanisme ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 2.4.1.1 du règlement de la zone UM34 dès lors que le projet s'insère harmonieusement dans son environnement ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 2.4.4.4 de ce règlement dès lors que l'abattage des arbres qu'impliquera la réalisation du lotissement, d'une part, et qu'implique la réalisation des parties communes, d'autre part, ne s'appuient pas sur les caractéristiques du site préexistant ;
- la personne ayant signé le mémoire en défense ne justifie pas d'une délégation de signature pour ce faire.
Par deux mémoires en défense enregistrés le 24 juin et le 7 décembre 2021, la commune de Bordeaux conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la signataire du mémoire en défense ne justifie pas de sa compétence ; l'arrêté de délégation produit par la commune n'a pas été publié au titre de l'article L. 2122-29 du code général des collectivités territoriales ;
- l'arrêté contesté n'est pas suffisamment motivé, en méconnaissance des dispositions des articles L. 424-3 et L. 421-6 du code de l'urbanisme ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 2.4.1.1 du règlement de la zone UM34 du plan local d'urbanisme dès lors que, au stade du permis d'aménager, la commune ignore la superficie des constructions et leur aménagement paysager, que le projet correspond aux caractéristiques de la zone, le secteur étant dépourvu d'intérêt paysager, et que la parcelle ne présente pas un boisement de qualité ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 2.4.4.4 du même règlement dès lors qu'aucune disposition n'interdit l'abattage des arbres, que le projet prévoit une compensation des arbres à abattre, que la parcelle n'est pas particulièrement boisée et notamment en son centre, et que la création de la voie d'accès prend en compte les particularités du terrain d'assiette.
Par une ordonnance du 19 octobre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Josserand,
- les conclusions de M. Vaquero, rapporteur public,
- les observations de Me Gournay, représentant M. C,
- et les observations de Mme D, représentant la commune de Bordeaux.
Une note en délibéré présentée pour M. C a été enregistrée le 8 juin 2023.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 décembre 2020 par lequel le maire de Bordeaux a refusé de lui délivrer un permis d'aménager portant sur la création de trois lots à bâtir sur la parcelle cadastrée section VR n° 2 située 11 rue Deveaux, ainsi que la décision du 3 mars 2021 portant rejet de son recours gracieux
Sur la recevabilité des écritures en défense :
2. Aux termes de l'article R. 414-3 du CJA : " Les caractéristiques techniques de l'application mentionnée à l'article R. 414-1 et du téléservice mentionné à l'article R. 414-2 garantissent la fiabilité de l'identification des parties ou de leur mandataire () ". Aux termes de l'article R. 414-4 du même code : " L'identification de l'auteur de la requête, selon les modalités prévues par l'arrêté mentionné à l'article R. 414-3, vaut signature pour l'application des dispositions du présent code ". Aux termes de l'article R. 611-8-1 du même code : " Les dispositions de l'article R. 414-4 sont applicables à l'identification de l'auteur d'un mémoire en défense ". En vertu de ces dispositions, lorsqu'une partie adresse au tribunal administratif un mémoire ou des pièces par l'intermédiaire de l'application informatique dénommée " Télérecours ", son identification selon les modalités prévues pour le fonctionnement de cette application vaut signature pour l'application des dispositions du code de justice administrative.
3. Il ressort des pièces du dossier que le mémoire en défense enregistré le 24 juin 2021 a été adressé à la juridiction par la commune de Bordeaux par la voie de l'application informatique " Télérecours " prévue par l'article R. 414-1 précité du code de justice administrative. L'identification de la commune de Bordeaux valant signature, il n'y a pas lieu de s'interroger sur la compétence de la personne ayant apposé sa signature manuscrite sur le mémoire en défense, étant observé qu'il n'est pas soutenu qu'elle serait frauduleuse. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 19 avril 2021, Mme A E, adjointe au maire et signataire du mémoire en défense, a reçu délégation pour défendre la commune devant toute juridiction compétente. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à demander que le mémoire en défense devrait être écarté des débats.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
4. Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. () "
5. Il résulte des termes de l'arrêté attaqué qu'après avoir visé et rappelé les règles prévues aux articles 2.4.1.1 et 2.4.4.4 du règlement de la zone UM34 dont il cite l'intitulé, il indique d'une part que le projet, qui amputera considérablement l'espace boisé existant couvrant le terrain d'assiette, n'est pas adapté au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants, et d'autre part que l'aménagement de la voie d'accès desservant les différents lots ne permet pas de maintenir des arbres participant à la qualité du paysage et que la division et les travaux impliqueront également l'abattage d'arbres, de sorte que le projet ne s'appuie pas sur les composantes du site préexistant, qui constitue un cœur d'îlot vert. Dans ces conditions, l'arrêté est suffisamment motivé en fait et en droit et le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme doit par suite être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
6. Il résulte des dispositions du code de l'urbanisme que les lotissements, qui constituent des opérations d'aménagement ayant pour but l'implantation de constructions, doivent respecter les règles tendant à la maîtrise de l'occupation des sols édictées par le code de l'urbanisme ou les documents locaux d'urbanisme, même s'ils n'ont pour objet ou pour effet, à un stade où il n'existe pas encore de projet concret de construction, que de permettre le détachement d'un lot d'une unité foncière. Il appartient, en conséquence, à l'autorité compétente de refuser le permis d'aménager sollicité ou de s'opposer à la déclaration préalable notamment lorsque, compte tenu de ses caractéristiques telles qu'elles ressortent des pièces du dossier qui lui est soumis, un projet de lotissement permet l'implantation de constructions dont la compatibilité avec les règles d'urbanisme ne pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises.
7. En premier lieu, aux termes de l'article 2.4.1.1 du règlement de la zone UM34 : " La situation des constructions, leur architecture, leurs dimensions et leur aspect extérieur doivent être adaptés au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Il résulte de ces dispositions que si la construction projetée porte atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente doit refuser de délivrer l'autorisation d'urbanisme sollicitée ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel ou urbain de nature à fonder le refus d'une autorisation d'urbanisme ou les prescriptions spéciales accompagnant sa délivrance, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel ou urbain sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
8. Il ressort des pièces du dossier que le lotissement projeté est implanté en zone UM34 du plan local d'urbanisme, constituée d'un mélange hétérogène de maison de ville moderne sans charme particulier, d'ensembles immobiliers de logements collectifs et d'échoppes en pierre comme celle implantée sur la parcelle voisine issue du même tènement d'origine. Il ressort également des pièces du dossier que le projet prévoit la division d'une parcelle d'une superficie de 2 004 m² boisée et enherbée en trois lots d'une superficie de 570, 424 et 305 m² destinés à abriter chacun une maison d'habitation. Compte-tenu des caractéristiques des ouvrages prévus au stade du permis d'aménager, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet, qui prévoit la compensation de tous les arbres à abattre, porterait atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants. Par suite, M. C est fondé à soutenir que l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article 2.4.1.1 du règlement de la zone UM34.
9. En second lieu, aux termes de l'article 2.4.4.4 du règlement de la zone UM34 relatif à l'aménagement paysager et plantations : " Sont considérés comme : - arbres de petit développement : les sujets de 4 à 8m de hauteur à l'âge adulte ; / - arbres de moyen développement : les sujets de 8 à 15 m de hauteur à l'âge adulte ; / - arbres de grand développement : les sujets de plus de 15 m de hauteur à l'âge adulte. / Le projet paysager doit s'appuyer sur les caractéristiques du projet de construction (proportions) et les composantes du site préexistant, en tenant compte notamment de l'implantation des constructions avoisinantes, de la forme de la parcelle, de la topographie, des arbres qui participent à la qualité du paysage. / Pour les constructions neuves, les EPT requis réglementairement doivent, a minima, comporter un arbre de petit développement pour 40 m² d'espace en pleine terre et/ou un arbre de moyen développement pour 80 m². / Toutefois, un projet paysager différent peut être autorisé dès lors que, de manière cumulative : / - il s'appuie sur les masses végétales existantes ; / - il comporte des strates diversifiées (arbres de petit, moyen et/ou de grand développement) et d'essences variées privilégiant les espèces endogènes, dépolluantes et non-allergènes ; / - il comprend un espace d'agrément d'un seul tenant ouvert aux usagers de l'opération. / Lorsqu'un arbre de moyen ou grand développement est coupé lors du projet, un sujet qui aura un gabarit équivalent à l'âge adulte doit être replanté sur le terrain, sous réserve de la conformité aux règles de droit civil et sauf disposition différente liée à une autorisation de défrichement au titre du code forestier. / Le traitement des espaces affétés au projet doit être soigné () ".
10. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des hypothèses d'implantation des futures constructions, que l'édification même des trois maisons n'impliquera pas l'abattage d'arbres. Et si la commune fait valoir que la maison implantée sur le lot n° 1 sera édifiée dans l'emprise du houppier d'un arbre, il ne ressort cependant pas des pièces du dossier, au stade du permis d'aménager, que le projet ne pourrait être réalisé sans porter atteinte aux arbres présents sur la parcelle et à leur système racinaire. En revanche, il ressort également des pièces du dossier que le permis d'aménager sollicité prévoit la création d'une voie interne longeant la limite de propriété Sud en lieu et place d'un garage à démolir, et qui, d'une largeur de 3,5 mètres pour une longueur d'environ trente mètres prolongée par un chemin desservant le jardin du lot n° 1, entraînera l'abattage de pas moins de sept arbres de moyenne et haute tige sur les quatorze présents sur la parcelle. Si ces arbres apparaissent mal entretenus et si le projet prévoit leur compensation par un nombre identique d'arbres de haute et moyenne tige sur les différents lots, il ressort cependant des pièces du dossier que l'abattage de la moitié des arbres présents sur la parcelle pour le seul aménagement d'une voie de taille réduite ne saurait être regardé comme s'appuyant sur les composantes du site préexistant, d'autant qu'il n'est pas allégué ni ne ressort des pièces du dossier qu'aucune autre option n'était envisageable. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le maire a méconnu les dispositions de l'article 2.4.4.4 du règlement de la zone UM34. Il résulte de l'instruction que le maire de Bordeaux aurait pris la même décision en son fondant sur ce seul motif, lequel suffit à justifier légalement cette décision.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation, de même que les conclusions à fin d'injonction, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Bordeaux, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la commune de Bordeaux.
Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pouget, président,
M. Josserand, conseiller,
M. Frézet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2023.
Le rapporteur,
L. JOSSERAND
Le président,
L. POUGET
La greffière,
M-A PRADAL
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026