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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2102507

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2102507

mercredi 8 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2102507
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL CAROLINE LAVEISSIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 19 mai et 16 décembre 2021, Mme B A, représentée par la SELARL Caroline Laveissière, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 20 122,19 euros résultant de la saisie administrative à tiers détenteur du 16 novembre 2020 ou, à défaut, la décharge partielle de cette obligation de payer à hauteur de 13 174 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la juridiction administrative est compétente pour connaître de ce litige ;

- sa requête est recevable ;

- la saisie administrative à tiers détenteur ne mentionne par les bases de liquidation ;

- elle n'a pas reçu copie des titres de perception correspondant à la somme mentionnée dans l'avis à tiers détenteur avant le 24 juillet 2020 ;

- l'administration ne justifie pas de la réalité et du montant de la créance en cause ;

- la créance était partiellement prescrite à la date de notification de la saisie administrative à tiers détenteur, par application de la prescription biennale prévue à l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000.

Par des mémoires en défense enregistrés les 21 septembre 2021 et 7 janvier 2022, l'école nationale supérieure d'arts et métiers (ENSAM) conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que, d'une part, la requérante n'a pas présenté de réclamation préalable dans un délai de deux mois à compter de la notification de la saisie administrative à tiers détenteur et d'autre part, à supposer que cela ait été le cas, la requête, qui a été présentée après l'expiration du délai de recours contentieux, est tardive ;

- aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le livre des procédures fiscales ;

- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Denys, rapporteure ;

- et les conclusions de Mme Jaouën, rapporteure publique.

Une note en délibéré présentée pour Mme A a été enregistrée le 25 janvier 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 20 122,19 euros résultant de la saisie administrative à tiers détenteur du 16 novembre 2020 émise par l'agent comptable de l'ENSAM et notifiée à la caisse régionale du crédit agricole mutuel (CRCAM) en vue du recouvrement d'un indu de traitement ou, à défaut, de prononcer la décharge partielle de cette obligation de payer à hauteur de 13 174 euros.

Sur le cadre juridique :

2. Aux termes de l'article 119 du décret susvisé du 7 novembre 2012 : " Les actes de poursuites, délivrés pour le recouvrement des titres de perception () peuvent faire l'objet de la part des redevables d'une contestation conformément aux articles L. 281 et R. 281-1 et suivants du même livre () ". Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " ()/ Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; 2° () sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution () ". Il résulte de ces dispositions qu'un acte de poursuite diligenté pour la récupération par l'État d'un indu de traitement d'un agent public peut être contesté, d'une part, devant le juge de l'exécution, pour les contestations de la régularité formelle de cet acte et, d'autre part, devant le juge compétent pour connaître du contentieux du bien-fondé de la créance, pour les contestations portant sur l'obligation de payer, le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et l'exigibilité de la somme réclamée.

Sur les moyens invoqués :

3. En premier lieu, il n'appartient pas au juge administratif de connaître d'une contestation relative à la régularité en la forme de l'acte de poursuite, qui ressortit de la compétence du juge de l'exécution et, par voie de conséquence, de celle des juridictions judiciaires. Par suite, le moyen tiré de l'absence de la mention des bases de liquidation dans la saisie administrative à tiers détenteur du 16 novembre 2020, qui porte sur la régularité en la forme d'un acte de poursuite, ne peut être utilement invoqué par Mme A, à l'appui de la contestation, portée devant le juge administratif, de son obligation de payer.

4. En deuxième lieu, à la supposer établie, la circonstance que Mme A n'ait été destinataire des titres de perception, correspondant à la somme mentionnée dans la saisie administrative à tiers détenteur, que le 24 juillet 2020 est par elle-même sans incidence sur la possibilité pour le comptable public de poursuivre le recouvrement de l'indu de traitement en cause.

5. En troisième lieu, si Mme A fait valoir que la réalité et le montant de la créance ne sont pas établis, un tel moyen, qui a pour objet de remettre en cause le bien-fondé de la créance, ne peut être utilement présenté à l'appui d'une demande de décharge de l'obligation de payer la somme dont le paiement est réclamé par une mesure de recouvrement forcé.

6. En dernier lieu, il est constant que Mme A a, le 24 juillet 2020, reçu notification de l'ensemble des titres exécutoires comportant l'indication des voies et délais de recours et dont le recouvrement est poursuivi par la saisie à tiers détenteur en litige. Mme A n'ayant pas contesté ces titres exécutoires dans le délai de recours contentieux, ils sont devenus définitifs. Dès lors, la requérante ne peut utilement se prévaloir du moyen tiré de la prescription de l'action en répétition au regard des dispositions de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations qui constitue un moyen relatif au bien-fondé de la créance et non un moyen relatif à l'exigibilité de la dette.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par l'ENSAM, que Mme A n'est pas fondée à contester l'acte de poursuite en litige. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et l'école nationale supérieure d'arts et métiers.

Délibéré après l'audience du 25 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Mariller, présidente,

- Mme De Paz, première conseillère,

- Mme Denys, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2023.

La rapporteure,

A. DENYS

La présidente,

C. MARILLER

La greffière,

I. MONTANGON

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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