jeudi 1 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2102885 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL CABINET COUDRAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 juin 2021, la société Noz " Lons ", représentée par la Selarl Cabinet Coudray, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 février 2021 par laquelle l'agence de service et de paiement a rejeté sa demande d'aide à l'embauche des jeunes (A) concernant M. B C et la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique ;
2°) d'enjoindre à l'Agence de services et de paiement de lui verser l'aide sollicitée, ou à défaut de réexaminer sa demande, dans le délai d'un mois à compter du jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'agence de service et de paiement la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
- la décision signée par voie dématérialisée ne mentionne pas le nom, le prénom et la qualité du signataire ;
- la décision est entachée d'incompétence à défaut d'identification de son auteur ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- le salarié était éligible à l'aide, il était âgé de moins de 26 ans et percevait une rémunération inférieure à deux fois le montant horaire du Smic à la date de conclusion du contrat ; elle a bénéficié d'un contrat conclu en CDD postérieurement au 1er août 2020 pour une durée supérieure à trois mois ;
- le critère de la durée du contrat ne s'apprécie pas à la date de sa conclusion ; le contrat conclu a été prorogé par voie d'avenants successifs portant son terme au 31 janvier 2021, soit une durée supérieure à trois mois ;
- la position de la direction régionale de Nouvelle-Aquitaine est contraire à celle des autres directions.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2021, l'agence de services et de paiement conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête qui n'identifie pas la personne physique représentant la SELARL Cabinet Coudray est irrecevable ;
- les moyens soulevés par Société Noz Lons ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 2020-982 du 5 août 2020 instituant une aide à l'embauche des jeunes de moins de 26 ans ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de M. Willem, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société Noz Lons a sollicité, auprès de l'Agence de services et de paiement (ASP), le bénéfice d'une aide à l'embauche des jeunes de moins de 26 ans, pour la conclusion d'un contrat à durée déterminée du 28 septembre 2020 avec un salarié né le 23 octobre 2001. Par une décision notifiée le 27 janvier 2021, l'Agence de services et de paiement a rejeté cette demande. La société Noz Lons a formé un recours hiérarchique contre cette décision le 8 février 2021, qui a été implicitement rejeté. Par la présente requête, la société Noz Lons demande au tribunal l'annulation de ces décisions.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article R. 431-2 du code de justice administrative : " Les requêtes et les mémoires doivent, à peine d'irrecevabilité, être présentés soit par un avocat, soit par un avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, lorsque les conclusions de la demande tendent au paiement d'une somme d'argent, à la décharge ou à la réduction de sommes dont le paiement est réclamé au requérant ou à la solution d'un litige né d'un contrat () ". Aux termes de l'article R. 414-1-1 du même code : " Les caractéristiques techniques de l'application mentionnée à l'article R. 414-1 garantissent la fiabilité de l'identification des parties ou de leur mandataire, l'intégrité des documents adressés ainsi que la sécurité et la confidentialité des échanges entre les parties et la juridiction. Elles permettent également d'établir de manière certaine la date et l'heure de la mise à disposition d'un document ainsi que celles de sa première consultation par son destinataire. Un arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, définit ces caractéristiques, les exigences techniques qui doivent être respectées par les utilisateurs de l'application et les modalités d'inscription dans l'application des personnes mentionnées à l'article R. 414-1 ". Aux termes de l'article R. 414-2 du même code : " L'identification de l'auteur de la requête, selon les modalités prévues par l'arrêté mentionné à l'article R. 414-1, vaut signature pour l'application des dispositions du présent code. / Toutefois, lorsque la requête n'a pas fait l'objet d'une signature électronique au sens du second alinéa de l'article 1367 du code civil, le requérant ou son mandataire peut, en cas de nécessité, être tenu de produire un exemplaire de sa requête revêtu de sa signature manuscrite ". Aux termes de l'article 9 de l'arrêté susvisé du 2 mai 2018 : " La définition des droits d'accès à l'application Télérecours des personnes exerçant leurs fonctions au sein d'un cabinet d'avocats ou d'une administration relève exclusivement de la responsabilité des autorités compétentes au sein du cabinet ou de l'administration. L'application Télérecours permet de paramétrer les droits d'accès des personnes habilitées à s'y connecter selon, d'une part, les fonctionnalités qu'elles sont autorisées à utiliser et, d'autre part, les dossiers auxquels elles sont autorisées à accéder. Les fonctionnalités que les personnes sont autorisées à utiliser en tout ou partie comprennent la consultation de l'application, la préparation de la transmission de documents, la validation de la transmission de documents ainsi que la gestion des profils des différents utilisateurs et le paramétrage des subdivisions permettant l'accès aux dossiers ".
3. La requête présentée par la SELARL Cabinet Coudray a été adressée au greffe du tribunal administratif de Bordeaux conformément aux dispositions précitées de l'article R. 414-1 du code de justice administrative, au moyen de l'application informatique Télérecours qui garantit la fiabilité de l'identification du mandataire des parties. D'une part, l'identification de l'auteur de la requête vaut signature pour l'application des dispositions des articles R. 414-1-1 et suivants du code de justice administrative. Aucune signature manuscrite du mandataire n'est requise. D'autre part, il appartient au seul mandataire et sous sa seule responsabilité de s'assurer des habilitations des personnes exerçant des fonctions au sein du cabinet d'avocats de signer électroniquement des documents et d'adresser des requêtes en son nom à la juridiction. L'authentification du mandataire qui introduit une requête n'impose pas l'identification de l'avocat. Dès lors que le mandataire, qui peut être une personne physique ou une personne morale, en l'espèce une SELARL qui est exclusivement composée d'avocats, et que la requête est présentée par Télérecours, l'ASP n'est pas fondée à soutenir que cette requête devait être signée par un membre identifiable de la SELARL Cabinet Coudray. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par l'ASP ne peut être accueillie.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration (CRPA) : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Aux termes de l'article L. 212-2 du même code : " Sont dispensés de la signature de leur auteur, dès lors qu'ils comportent ses prénom, nom et qualité ainsi que la mention du service auquel celui-ci appartient, les actes suivants : / 1° Les décisions administratives qui sont notifiées au public par l'intermédiaire d'un téléservice conforme à l'article L. 112-9 et aux articles 9 à 12 de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives ainsi que les actes préparatoires à ces décisions ".
5. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée de l'ASP a été envoyée à la société Noz Lons par le biais de l'adresse mail " noe-noreply@asp-public.fr " et a été signée par l'Agence de services et de paiement. Cette décision ne comporte pas la signature de son auteur ni la mention du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. Par suite, la décision attaquée méconnaît les dispositions précitées des articles L.212-1 et L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". L'article L. 211-5 du même code prévoit que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
7. Si la décision attaquée comporte les considérations de fait qui en constituent le fondement, elle ne mentionne pas les textes dont il est fait application. Par suite, la décision est insuffisamment motivée.
8. En dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article 1er du décret n° 2020-982 du 5 août 2020 instituant une aide à l'embauche des jeunes de moins de 26 ans : " Les employeurs peuvent demander le bénéfice d'une aide pour l'embauche d'un salarié de moins de 26 ans dont la rémunération telle que prévue au contrat de travail est inférieure ou égale à deux fois le montant horaire du salaire minimum de croissance. Ces conditions s'apprécient à la date de conclusion du contrat. () Cette aide est attribuée sous réserve que les conditions cumulatives suivantes soient remplies : / 1° Le salarié est embauché en contrat de travail à durée indéterminée ou en contrat à durée déterminée d'une durée d'au moins trois mois ; / 2° La date de conclusion du contrat est comprise entre le 1er août 2020 et le 31 janvier 2021 () ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été recruté par la société Noz Lons en vertu d'un contrat initialement signé le 28 septembre 2020 pour une durée de sept jours mais dont la durée a été prolongée par un avenant du 4 octobre 2020, portant le terme du contrat initial au 3 janvier 2021, puis un second avenant du 3 janvier 2021 portant le terme du contrat au 24 janvier 2021. Il résulte des termes mêmes des dispositions précitées de l'article 1er du décret du 5 août 2020 que seules les conditions d'âge et de montant de la rémunération du salarié s'apprécient à la date de la signature du contrat de travail. Dès lors, les autres conditions s'apprécient à la date de la décision attaquée. Or il est constant qu'à la date de cette décision, le salarié était embauché en contrat de travail à durée déterminée d'une durée d'au moins trois mois. Dès lors, la société requérante est fondée à soutenir qu'à la date de la décision, elle remplissait la condition tenant à la durée prévue au 1° du 3ème alinéa de l'article 1er précité du décret n° 2020-982 du 5 août 2020.
10. Il résulte de ce qui précède que la société Noz Lons est fondée à demander l'annulation de la décision du 27 janvier 2021 et de la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Eu égard au motif d'annulation de la décision attaquée, il y a lieu d'enjoindre au président-directeur général de l'ASP de réexaminer la situation de la société Noz Lons dans le délai de 2 mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'ASP le versement à la société Noz Lons de la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 27 janvier 2021 de l'Agence de services et de paiement et la décision implicite de rejet du recours gracieux présenté le 8 février 2021 sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint à l'Agence de services et de paiement de réexaminer la situation de la société Noz Lons dans le délai de deux mois à compter du jugement.
Article 3 : L'agence de services et de paiement versera à la société Noz Lons la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la Société Noz Lons, à l'Agence de services et de paiement et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.
Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Dominique Ferrari, président,
- Mme Stéphanie Fazi-Leblanc, première conseillère,
- Mme Jeanne Patard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2023.
La rapporteure,
J. D
Le président,
D. FerrariLa greffière,
E. Souris
La République mande et ordonne au ministre du travail, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026