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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2102962

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2102962

mercredi 21 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2102962
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantTASTET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 15 juin 2021 et le 15 février 2022, la Fédération départementale de pêche et de protection du milieu aquatique (FDAAPPMA) 33 et la Fédération des sociétés pour l'étude, la protection et l'aménagement de la nature dans le Sud-Ouest section Gironde (SEPANSO Gironde), représentés par Me Tastet, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 avril 2021 par lequel le maire de la commune de Rauzan a délivré un permis d'aménager, sous réserve du respect de certaines prescriptions, à la coopérative d'utilisation de matériel agricole vitivinicole de l'Engranne pour une installation de stockage d'effluents vinicoles sur un terrain situé Moulin de Scassefort ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Rauzan et de la coopérative d'utilisation de matériel agricole vitivinicole de l'Engranne une somme de 5 000 euros chacune au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'enquête publique est illégale ;

- le permis d'aménager méconnait les dispositions de l'article R. 562-14-I du code de l'environnement ;

- le dossier de demande du permis d'aménager est incomplet ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnait le principe de précaution ;

- il méconnait l'orientation 1.3 du SCoT du Grand Libournais ;

- il méconnait les objectifs de la directive cadre européenne ;

- la révision du plan local d'urbanisme est illégale.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 janvier 2022, le 28 janvier 2022, le 2 mars 2022 et le 31 mars 2022, ces deux derniers n'ayant pas été communiqués, la coopérative d'utilisation de matériel agricole vitivinicole (CUMA) de l'Engranne, représentée par Me Queron, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge des requérantes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre les entiers dépens.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que les requérants n'ont pas d'intérêt pour agir ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense enregistrés le 28 janvier 2022, le 2 mars 2022 et le 31 mars 2022, ces deux derniers n'ayant pas été communiqués, la commune de Rauzan, représentée par Me Queron, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge des requérantes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre les entiers dépens.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que les requérants n'ont pas d'intérêt pour agir ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 15 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 3 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Frézet,

- les conclusions de M. Vaquero, rapporteur public,

- les observations de Me Baltazar, représentant la commune de Rauzan et la CUMA Vitivinicole.

Considérant ce qui suit :

1. Le 22 janvier 2021, la coopérative d'utilisation de matériel agricole vitivinicole de l'Engranne a déposé une demande de permis d'aménager pour une installation de stockage d'effluents vinicoles sur un terrain situé Moulin de Scassefort, sur la parcelle cadastrée section ZI n° 123. Par un arrêté du 16 avril 2021, le maire de la commune de Rauzan a fait droit à cette demande. Par le présent recours, la Fédération départementale de pêche et de protection du milieu aquatique (FDAAPPMA) et la Fédération des sociétés pour l'étude, la protection et l'aménagement de la nature dans le Sud-Ouest section Gironde (SEPANSO Gironde) demandent l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 562-14 du code de l'environnement : " I. Le système d'endiguement est soumis à une autorisation en application des articles L. 214-3 et R. 214-1, dont la demande est présentée par l'autorité désignée au II de l'article R. 562-12. () ".

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et en particulier de la déclaration de projet emportant mise en comptabilité n° 2 du plan local d'urbanisme de la commune de Rauzan, que le projet collectif de collecte et traitement des effluents repose sur l'usage croisé d'un bassin (ou lagune) de stockage des effluents. Le bassin ou la lagune de stockage sert à pré-épurer les effluents par aération prolongée et ozonation avant leur envoi pour traitement vers la station d'épuration. Il s'ensuit que la lagune du projet ne peut être regardée comme un système d'endiguement au sens des dispositions précitées dès lors que, contrairement à ce dernier qui vise à lutter contre les inondations, elle a pour but de contenir les effluents dans le but de les dépolluer. Il s'ensuit que le projet n'entre pas dans le champ d'application des dispositions de l'article R. 562-14 du code de l'environnement. Le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit donc être écarté comme inopérant.

4. En deuxième lieu, les dispositions des articles R. 441-1 et suivants du code de l'urbanisme énumèrent de façon limitative les informations devant figurer sur une demande de permis d'aménager et les documents qui doivent y être joints. Les requérants ne peuvent donc utilement se borner à soutenir que le projet ne contenait pas d'éléments suffisamment précis sur l'impact environnemental du projet et les risques hydrauliques dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que n'aient pas été jointes au dossier de demande de permis d'aménager l'ensemble des pièces exigées par les dispositions pertinentes du code de l'urbanisme. Le moyen tiré de l'insuffisance du dossier de permis d'aménager doit donc être écarté.

5. En troisième lieu, les requérantes ne peuvent utilement se prévaloir de l'illégalité de l'avis du commissaire enquêteur du 19 mars 2021 et de celle de l'étude d'impact hydraulique réalisée dans le cadre de la procédure de la déclaration de projet emportant mise en comptabilité du plan local d'urbanisme de Rauzan, dès lors que celle-ci ne forme pas, avec le permis d'aménager contesté, une opération complexe.

6. En quatrième lieu, le moyen tiré de ce que le plan local d'urbanisme modifié classant la parcelle d'assiette du projet en zone naturelle Nt " destinée à accueillir des installations de traitement d'effluents vinicoles " méconnaitrait le schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires (SRADDET) Nouvelle Aquitaine approuvé le 27 mars 2020, le Schéma de cohérence territoriale (SCoT) du Grand Libournais approuvé le 6 octobre 2016, le Schéma Directeur d'aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) Adour Garonne 2016-2021 et le Schéma d'aménagement et de gestion des eaux (SAGE) " nappes profondes de la Gironde " de 2013, n'est pas assorti de précisions permettant d'apprécier le bien-fondé. Il en va de même pour les moyens tirés de la méconnaissance l'orientation 1.3 du SCoT du Grand Libournais et des objectifs de la directive cadre européenne. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport de présentation de la modification en litige du document d'urbanisme que le projet répond aux objectifs stratégiques 2.2 et 2.4 du SRADDET consistant à " préserver et valoriser les milieux naturels, les espaces agricoles, forestier et garantir la ressource en eau " et à " mettre la prévention des déchets au cœur du modèle de production et de consommation ". Ainsi que le précise le rapport, la création au Moulin de Scassefort d'un sous-secteur Nt dans la zone Ns permettant l'implantation d'installations de traitement des effluents vinicoles ne remet en cause aucune des orientations du projet d'aménagement et de développement durable. En outre, alors que le SCoT du Grand Libournais prescrit notamment de " contrôler l'implantation et l'extension d'activités potentiellement polluantes () afin de garantir la qualité des eaux ", le projet vise précisément à assurer une meilleure qualité des eaux souterraines et superficielles et apparaît donc compatible avec l'objectif du SCoT de " maîtriser et réduire les pollutions d'origine domestique, industrielle et agricole ". Il s'en suit que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la modification du plan local l'urbanisme doit, en ses différentes branches, être écarté

7. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ". Ces dispositions ne visent que les constructions qui, par leur situation ou leurs dimensions, sont de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique et non les activités qui y sont exploitées, lesquelles relèvent d'une législation distincte.

8. Les requérantes soutiennent que le projet génère risques pour la sécurité et la salubrité publique compte tenu de son exposition aux inondations, et de son impact aggravant sur celles-ci. Elles se prévalent notamment d'un compte rendu de visite de terrain du syndicat mixte Eaux et Rivières de l'Entre 2 Mers (SMER-E2M), qui s'interroge sur les conséquences d'un tel projet située en zone inondable, ainsi que du schéma d'aménagement et de gestion des eaux (SAGE) de la Dordogne et de sa cartographie des zones humides et des zones d'expansion de crue. Ils font également valoir que la parcelle litigieuse est classée en zone naturelle et comprise dans le périmètre du site Natura 2000 réseau hydrographique de l'Engranne et de la zone d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) vallées et coteaux de l'Engranne. Ils se prévalent aussi de l'arrêté du 6 juillet 2020 par lequel le ministre de l'intérieur a constaté l'état de catastrophe naturelle sur la commune de Rauzan. Néanmoins, il ressort des pièces du dossier que le projet, élaboré avec le soutien de la communauté de communes Castillon-Pujols et autorisé par arrêté préfectoral du 9 avril 2020, a reçu l'avis favorable des services de la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL) le 11 mars 2021 et l'avis favorable, assorti de deux préconisations, du commissaire enquêteur le 19 mars 2021, à la suite de l'enquête publique conduite du 18 janvier au 19 février 2021 sur la mise en comptabilité du PLU pour le projet. Le projet retenu, parmi six options examinées de manière approfondie, présente l'intérêt de réutiliser, pour le rejet des effluents traités, une canalisation existante entre les bassins du Moulin de Scassefort et la Dordogne, limitant ainsi l'impact sur le site Natura 2000 de la vallée de l'Engranne sur environ 3 kilomètres. L'étude d'impact hydraulique du 30 novembre 2020 indique par ailleurs que le projet n'a pas d'impact significatif sur les crues débordantes de l'Engranne l'emprise de la zone inondable n'étant pas modifiée. Il en résulte également que le haut des digues entourant la lagune sera à une hauteur nettement supérieures à celle des plus hautes eaux en cas de crue centennale, la configuration du bassin évitant tout risque de déversement des effluents dans le champ d'inondation. En outre, le curage régulier des fossés entourant le site, la renaturation du bras mort de l'Engranne et la construction d'un déversoir de crues sont de nature à pallier l'extension des crues et à assurer la libre de circulation des eaux. Si l'avis de la Mission Régionale d'Autorité environnementale (MRAe) de Nouvelle-Aquitaine du 20 octobre 2020 comporte quelques points défavorables au projet, il ressort des pièces du dossier que la communauté de communes Castillon-Pujols a produit un mémoire en réponse faisant état de mesures compensatoires ou rectificatives aux insuffisances relevées par l'autorité environnementale dans son avis. Le permis d'aménager délivré comporte par ailleurs un nombre important de prescriptions visant à ne pas compromettre l'écoulement des eaux. Enfin, si les requérantes entendent contester l'étude hydraulique, elles ne démontrent pas son insuffisance par la simple production du courrier d'un ancien consultant en aménagement et urbanisme. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet caractériserait un risque pour la sécurité ou la salubrité publique. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance du principe de précaution doivent être écartés.

9. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 16 avril 2021 doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Rauzan et de la coopérative d'utilisation de matériel agricole vitivinicole de l'Engranne, qui ne sont pas, dans la présente instance, les parties perdantes, la somme que les requérantes demandent au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens. En revanche il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la Fédération départementale de pêche et de protection du milieu aquatique et de la Fédération des sociétés pour l'étude, la protection et l'aménagement de la nature dans le Sud-Ouest section Gironde, prises ensemble, une somme de 800 euros au titre des frais d'instance exposés par la commune de Rauzan et une somme de 800 au titre des frais d'instance exposés par la coopérative d'utilisation de matériel agricole vitivinicole de l'Engranne.

Sur les conclusions relatives aux dépens :

11. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

12. La présente instance n'a donné lieu à aucun dépens. Par suite, les conclusions présentées par la commune de Rauzan et la coopérative d'utilisation de matériel agricole vitivinicole de l'Engranne tendant à ce que le paiement des entiers dépens soit mis à la charge des requérants doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la Fédération départementale de pêche et de protection du milieu aquatique et la Fédération des sociétés pour l'étude, la protection et l'aménagement de la nature dans le Sud-Ouest section Gironde est rejetée.

Article 2 : La Fédération départementale de pêche et de protection du milieu aquatique et la Fédération des sociétés pour l'étude, la protection et l'aménagement de la nature dans le Sud-Ouest section Gironde, prises ensemble, verseront à la commune de Rauzan une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et à la coopérative d'utilisation de matériel agricole vitivinicole de l'Engranne une somme de 800 euros au même titre.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la Fédération départementale de pêche et de protection du milieu aquatique (FDAAPPMA), à la Fédération des sociétés pour l'étude, la protection et l'aménagement de la nature dans le Sud-Ouest (SEPANSO GIRONDE) section Gironde, à la commune de Rauzan et à la coopérative d'utilisation de matériel agricole vitivinicole de l'Engranne.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pouget, président,

M. Josserand, conseiller,

M. Frézet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2023.

Le rapporteur,

C. FREZET

Le président,

L. POUGET La greffière,

M.-A. PRADAL

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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