mercredi 21 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2102980 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | DESCRIAUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 16 juin 2021, le 5 juillet 2021, le 5 janvier 2022, le 18 janvier 2022, le 8 août 2022, le 18 août 2022, le 2 octobre 2022 et le 7 novembre 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le syndicat des copropriétaires de l'immeuble situé 9 rue du Mascaret à Bordeaux, représenté par Me Descriaux, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2020 par lequel le maire de la commune de Bordeaux, au nom de l'Etat, a délivré un permis de construire à la société Paludate, ensemble les décisions implicites de rejet de ses recours gracieux et hiérarchiques ;
2°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2022 par lequel le maire de la commune de Bordeaux, au nom de l'Etat, a délivré un permis de construire modificatif à la société Paludate ;
3°) de mettre à la charge de la société Paludate et de l'Etat la somme de 16 440 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine de l'architecte des bâtiments de France ;
- il méconnait les dispositions de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme ;
- le dossier de permis de construire est incomplet ;
- l'arrêté méconnait les dispositions de l'article 2.2.1 du règlement de la zone UP 27 du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole ;
- il méconnait les dispositions de l'article 2.4 du règlement de la zone UP 27 du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole ;
- il méconnait les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
Par deux mémoires en défense enregistrés le 29 août 2022 et le 17 octobre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête ou, à défaut, à l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par le syndicat requérant n'est fondé.
Par des mémoires en défense enregistrés le 12 octobre 2021, le 21 juin 2022 et le 6 octobre 2022, la société Paludate, représentée par Me Palmieri, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et, en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que le syndicat requérant n'a pas d'intérêt pour agir ;
- aucun des moyens soulevés par le syndicat requérant n'est fondé.
Par un mémoire enregistré le 4 janvier 2022, la société Paludate, représentée par Me Palmieri, conclut à la condamnation du syndicat requérant à lui verser une indemnité de 1 628 698 euros en application de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme.
La commune de Bordeaux, représentée par Me Berard, a produit une pièce enregistrée le 3 octobre 2022.
Par une ordonnance du 17 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 7 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- code du patrimoine ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Frézet,
- les conclusions de M. Vaquero, rapporteur public,
- les observations de Me Descriaux, représentant le syndicat des copropriétaires de l'immeuble situé 9 rue du Mascaret,
- et les observations de Me Berard, représentant la commune de Bordeaux.
Considérant ce qui suit :
1. Le 28 juillet 2020, la société Paludate a déposé une demande de permis de construire pour la construction d'un immeuble de bureaux en R+5 avec conservation de l'immeuble en pierre, sur un terrain situé 70 à 72 quai de Paludate, sur la parcelle cadastrée section BS n° 122. Par un arrêté du 22 décembre 2020, le maire de la commune de Bordeaux a accordé à la société Paludate, au nom de l'Etat, le permis de construire sollicité, contre lequel le syndicat des copropriétaires de l'immeuble situé 9 rue du Mascaret a exercé un recours gracieux auprès du maire et un recours hiérarchique auprès de la préfète de la Gironde, qui ont donné naissance à des décisions implicites de rejet. Par un arrêté du 14 juin 2022, le maire de la commune de Bordeaux a accordé à la société Paludate, au nom de l'Etat, un permis de construire modificatif comportant des précisions en terme de cotation, de matériaux et d'implantation par rapport aux limites séparatives. Par le présent recours, le syndicat des copropriétaires de l'immeuble situé 9 rue du Mascaret demande l'annulation des arrêtés du 22 décembre 2020 et du 14 juin 2022 ainsi que des décisions implicites de rejet de ses recours gracieux et hiérarchique.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou règlementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.
3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 7 juillet 2020, le maire de Bordeaux a consenti à M. Stéphane Gomot, conseiller municipal, une délégation de signature en matière d'autorisation d'urbanisme, aux fins notamment de se prononcer sur les demandes de permis de construire. Cet arrêté, affiché et notifié en préfecture le 9 juillet 2020, a été publié au recueil des actes administratifs de la commune. En outre, aucune disposition législative ni règlementaire n'interdit au maire d'utiliser le mécanisme de la délégation lorsque la décision prise au nom de l'Etat émane du maire de la commune. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté du 22 décembre 2020 doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 621-30 du code du patrimoine : " () II. - La protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, situé dans un périmètre délimité par l'autorité administrative dans les conditions fixées à l'article L. 621-31 () En l'absence de périmètre délimité, la protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, visible du monument historique ou visible en même temps que lui et situé à moins de cinq cents mètres de celui-ci. () ". Aux termes de l'article L. 621-32 du même code : " Les travaux susceptibles de modifier l'aspect extérieur d'un immeuble, bâti ou non bâti, protégé au titre des abords sont soumis à une autorisation préalable. / L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur d'un monument historique ou des abords. / Lorsqu'elle porte sur des travaux soumis à formalité au titre du code de l'urbanisme ou au titre du code de l'environnement, l'autorisation prévue au présent article est délivrée dans les conditions et selon les modalités de recours prévues aux articles L. 632-2 et L. 632-2-1. ". L'article R. 425-1 du code de l'urbanisme ajoute que : " Lorsque le projet est situé dans les abords des monuments historiques, le permis de construire, le permis d'aménager, le permis de démolir ou la décision prise sur la déclaration préalable tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 621-32 du code du patrimoine si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, le cas échéant assorti de prescriptions motivées. ". Enfin, l'article R. 423-11 du code de l'urbanisme précise : " Lorsque la décision est subordonnée à l'accord ou à l'avis de l'architecte des bâtiments de France, le maire lui transmet un dossier dans la semaine qui suit le dépôt. ".
5. Il est constant que l'immeuble concerné par le projet se situe dans le périmètre délimité des abords des monuments historiques que sont la gare Saint-Jean et la passerelle Saint Jean dite passerelle Eiffel. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que le permis de construire du 22 décembre 2020 a reçu un avis favorable avec prescriptions de l'architecte des bâtiments de France le 31 août 2020. De même, le permis de construire du 14 juin 2022 a reçu un avis favorable de la même autorité le 7 janvier 2022. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; / b) Soit, en cas d'indivision, par un ou plusieurs co-indivisaires ou leur mandataire ; / c) Soit par une personne ayant qualité pour bénéficier de l'expropriation pour cause d'utilité publique. ", et selon l'article R. 431-35 du même code : " La déclaration comporte également l'attestation du ou des déclarants qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R*423-1 pour déposer une déclaration préalable. ".
7. Il résulte de ces dispositions que sous réserve de la fraude, dès lors que le pétitionnaire fournit l'attestation, prévue à l'article R. 431-35 du code de l'urbanisme, selon laquelle il remplit les conditions définies à l'article R. 423-1 pour déposer une demande de permis, il doit être regardé comme ayant qualité pour présenter cette demande sans que l'autorité administrative puisse exiger de lui la production d'un document établissant soit qu'il est seul propriétaire du mur mitoyen, soit qu'il a l'accord de l'autre copropriétaire de ce mur. En l'espèce, il n'est pas contesté que le pétitionnaire ait fourni l'attestation prévue à l'article R. 431-35 permettant la délivrance de l'autorisation d'urbanisme sous réserve du droit des tiers, sans que l'administration doive procéder à une instruction supplémentaire. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la notice du permis de construire modificatif, que le projet ne prendra pas appui sur les murs mitoyens existants, qui seront conservés dans leur totalité. La même notice ajoute qu'un protocole particulier a été mis en place pour conserver les murs mitoyens existants. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme doit donc être écarté.
8. En quatrième lieu, la circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
9. Aux termes de l'article R. 431-7 du code de l'urbanisme : " Sont joints à la demande de permis de construire : / a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; / b) Le projet architectural défini par l'article L. 431-2 et comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 431-8 à R. 431-12. ". Aux termes de l'article L. 431-2 de ce code : " Le projet architectural définit, par des plans et documents écrits, l'implantation des bâtiments, leur composition, leur organisation et l'expression de leur volume ainsi que le choix des matériaux et des couleurs. / Il précise, par des documents graphiques ou photographiques, l'insertion dans l'environnement et l'impact visuel des bâtiments ainsi que le traitement de leurs accès et de leurs abords. ". Aux termes de l'article R. 431-8 du même code : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages (). ".
10. Il ressort des pièces du dossier que la notice du permis de construire modificatif comporte un passage dédié aux " Abords " du projet, et qui précise que trois anciennes écuries aujourd'hui affectées aux services communaux constituent la limite Est du site. Elle précise aussi qu'en fond de parcelle, au Sud, la copropriété située 9 rue du Mascaret se développe en mitoyenneté et qu'elle est composée de trois bâtiments, dont le " moulin de Saigon ". La même notice comporte également un passage sur les matériaux employés et le paysage, permettant amplement d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement. En outre, la pièce PCM 06 comporte des documents graphiques matérialisant le projet depuis différents points de vue, notamment depuis la rue du Mascaret et la rue de Saigon, tandis que les pièces PCM07/08 comportent des photographies de l'environnement proche et lointain. Une dizaine de photographies figurent dans les pièces du dossier de permis de construire modificatif, tandis que l'entrée du parking est matérialisée sur différentes pièces, comme le plan de masse et le plan de coupe. Le dossier répond ainsi aux exigences des dispositions précitées.
11. Aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. () ".
12. Il ressort des pièces du dossier que le dossier de demande du permis de construire modificatif comporte deux plans de masse, l'un faisant figurer les longueurs et profondeurs du projet, l'autre indiquant les différentes hauteurs, de sorte que, contrairement aux allégations du syndicat requérant, les trois dimensions de la construction sont clairement exposées.
13. Aux termes de l'article R. 451-4 du code de l'urbanisme : " Lorsque l'immeuble est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le dossier joint à la demande comprend en outre la description des moyens mis en œuvre dans la démolition pour éviter toute atteinte au patrimoine protégé. ". Aux termes de l'article R. 431-14 du même code : " Lorsque le projet porte sur des travaux nécessaires à la réalisation d'une opération de restauration immobilière au sens de l'article L. 313-4 ou sur un immeuble inscrit au titre des monuments historiques, sur un immeuble situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, la notice mentionnée à l'article R. 431-8 indique en outre les matériaux utilisés et les modalités d'exécution des travaux ".
14. D'une part, il est constant que le projet en litige se situe dans les abords de monuments historiques. Le dossier de demande de permis de construire modificatif, et notamment la pièce PCM-27-A2, comporte plusieurs photographies des bâtiments à démolir, tandis que le document Cerfa précise que la toiture existante de l'immeuble du XIXe siècle sera déposée afin de pouvoir élever le bâtiment de 2 niveaux supplémentaires, que la façade sur cour sera reconstruite à partir des pierres d'origine et que la construction d'une façade en pierre semi-porteuse permettra de restituer une composition rythmée de pilastres et d'accorder la disposition des ouvertures avec les travées redessinées. La notice architecturale détaille en outre avec précision les matériaux utilisés. Enfin, si le dossier de demande de permis de construire ne mentionne pas les modalités d'exécution des travaux, le syndicat requérant ne démontre pas que cette insuffisance a été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
15. D'autre part, la notice indique expressément que la façade en pierre de l'immeuble du XIXe siècle sera conservée en l'état et le passe cocher mis en valeur. La pièce PCM-27-A2 comporte des indications similaires et précise que le passage cocher mettra ainsi en perspective la continuité de patios jardinés depuis la rue et installera une logique de cour arrière déjà présente dans le quartier. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que le dossier de permis de construire comporte des incohérences.
16. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de permis de construire doit être écarté en toutes ses branches.
17. En cinquième lieu, d'une part, l'article 2.2.1 du règlement applicable à la zone UP 27 du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole dispose que pour le secteur C, le retrait latéral et le retrait fond de parcelle doit être supérieur ou égal à 4 mètres. En revanche, s'agissant de façade aveugle, celle-ci doit être à l'alignement.
18. Le syndicat requérant soutient que les façades Sud et Est du projet de construction méconnaissent les règles de retrait des dispositions de l'article 2.2.1 du règlement applicable à la zone UP 27 du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment du plan de masse et du plan de coupe, que si plusieurs façades de la construction ne sont pas situées à plus de 4 mètres de la limite séparative, en fond de parcelle pour la façade Sud et sur les limites latérales pour les façades Est et Ouest, les façades dont il s'agit sont dites aveugles car dépourvues de toutes baies, sans que la circonstance qu'elles bénéficient d'une terrasse ait une incidence à cet égard. Le retrait imposé par les dispositions précitées ne leur sont donc pas applicables. Il ressort également des pièces du dossier que les autres façades respectent un retrait latéral et un retrait de fond supérieur à 4 mètres. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 2.2.1 du règlement applicable à la zone UP 27 du plan local d'urbanisme de Bordeaux métropole doit être écarté.
19. D'autre part, selon l'article 2.1.3 du règlement applicable à la zone UP 27 du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole, " la hauteur H d'une construction est la différence d'altitude mesurée verticalement entre, d'une part, le niveau du sol avant travaux ou, le cas échéant, le niveau de la voie ou de l'emprise publique (VEP) et d'autre part, un point spécifique de la construction. ". Selon l'article 2.3.4 du même règlement, " () Dans les zones susceptibles d'être exposées au risque inondation repérées au plan de zonage : / - les hauteurs maximum des constructions sont définies à partir de la cote de seuil fixée pour assurer la protection contre le risque inondation, / () ". L'article 2.2.1 du même règlement précise que la hauteur totale des constructions ne peut dépasser 36 mètres et la hauteur des façades en zone C, 18 mètres. La réalisation d'un niveau d'attique, obligatoirement en retrait de 2,50 m est possible.
20. Et aux termes de l'article 1.6 " définition des cotes de seuil " du règlement du plan de prévention des risques inondation de l'aire élargie de l'agglomération bordelaise applicables aux secteurs Bordeaux nord et sud : " Les cartes de cotes d'inondation () permettent de déterminer en fonction du zonage règlementaire la cote de seuil à prescrire. () / La cote utilisée dans le présent règlement aux fins de réduire la vulnérabilité des constructions, est à la fois différente des cotes des aléas, et calculée à partir de celles-ci. Cette cote représente le niveau, à partir duquel, devront être implantés notamment les planchers habitables des futures constructions, pour se prémunir du risque inondation considéré. / Autrement dit, elle correspond à une cote de seuil des constructions. ".
21. Le syndicat requérant soutient que la hauteur de la façade du projet de construction méconnaît les dispositions de l'article 2.2.1 du règlement applicable à la zone UP 27 du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet en litige est situé dans le périmètre du plan de prévention des risques inondation applicable à la commune de Bordeaux. La cartographie de l'aléa, révisée en décembre 2015, fixe le niveau d'eau maximum pour la rue Bobillot entre 5,25 et 5,50 mètres. Selon les modalités d'application du plan de prévention des risques inondation, telles qu'elles ont été définies par le préfet de la Gironde le 20 juillet 2016, la cote de seuil minimale se définit par la plus haute des valeurs retenues par classe de niveau d'eau. Conformément aux dispositions précitées du plan de prévention des risques inondation, la hauteur des façades du projet a été calculée à partir de la cote de seuil de 5,50, atteignant une hauteur de façade de 23,50 mètres (18 +5,50), ainsi que cela ressort du plan de façade. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 2.1.3 du règlement du PLU applicable à la zone UP27 doit être écarté dans toutes ses branches.
22. En sixième lieu, aux termes de l'article 2.4.1.1 du règlement applicable à la zone UP 27 du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole : " () Les édicules techniques en toiture terrasse doivent être intégrés à la toiture ou à défaut, en cas d'impossibilité technique, ils ne doivent pas dépasser la hauteur de façade de plus de 1,50 mètres et doivent être masqués par l'intermédiaire d'un traitement architectural en harmonie avec le caractère du bâtiment. ".
23. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier du plan des façades, que la façade sur laquelle se situe le local technique culmine, en incluant l'acrotère faisant garde-corps, à 26,90 mètres NGF, tandis que le local technique atteint quant à lui une hauteur de 28,40 mètres NGF. Ainsi, il ne dépasse pas la hauteur de façade de plus de 1,50 mètres, de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent doit être écarté.
24. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".
25. En l'espèce, si le syndicat requérant soutient que la construction projetée est de nature à porter une atteinte grave à la sécurité publique, il n'apporte pas suffisamment d'éléments concrets permettant d'établir la réalité du risque invoqué et ne peut se prévaloir des dispositions du projet de règlement du plan de prévention des risques inondations en cours de révision, inapplicables en l'espèce, alors qu'au demeurant la décision attaquée comporte une prescription interdisant, au titre du risque inondation, toute entrée d'eau sous la côte de 5,50 mètres NGF dans le parking en sous-sol.
26. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions présentées par le syndicat requérant tendant à l'annulation de l'arrêté du 22 décembre 2020 et celui du 14 juin 2022 ainsi que de la décision implicite de rejet de ses recours gracieux et hiérarchiques doivent être rejetées.
Sur les conclusions reconventionnelles tendant à la condamnation du syndicat des copropriétaires de l'immeuble situé 9 rue du Mascaret :
27. Aux termes de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager est mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts ".
28. Il ne résulte pas de l'instruction que les conclusions aux fins d'annulations présentées par le syndicat des copropriétaires de l'immeuble situé 9 rue du Mascaret aient été mises en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de sa part. Les conclusions indemnitaires présentées sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme doivent par suite être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais liés au litige :
29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat et de la société Paludate, qui ne sont pas, dans la présente instance, les parties perdantes, la somme que le syndicat requérant demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. En revanche il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du syndicat requérant, au titre des mêmes dispositions, une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Paludate et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête du syndicat des copropriétaires de l'immeuble situé 9 rue du Mascaret est rejetée.
Article 2 : Le syndicat des copropriétaires de l'immeuble situé 9 rue du Mascaret versera la somme de 1 500 euros à la société Paludate au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié au syndicat des copropriétaires de l'immeuble situé 9 rue du Mascaret, au préfet de la Gironde, à la société Paludate et à la commune de Bordeaux.
Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pouget, président,
M. Josserand, conseiller,
M. Frézet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2023.
Le rapporteur,
C. FREZET
Le président,
L. POUGET La greffière,
M.-A. PRADAL
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026