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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2102998

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2102998

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2102998
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL HMS ATLANTIQUE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 juin 2021 et le 25 août 2022, Mme B A, représentée par Me Noel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 décembre 2020 par lequel la maire de Lanton a fixé la date de consolidation de son état de santé à la suite de l'accident de service survenu le 10 septembre 2019 ;

2°) d'enjoindre au maire de Lanton de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Lanton une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé ;

- la commission départementale de réforme était irrégulièrement composée, dès lors qu'elle ne comportait pas de psychiatre ;

- l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 juin et 29 septembre 2022, la commune de Lanton, représentée par le cabinet Cazcarra et Jeanneau avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 30 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Naud, rapporteur public,

- les observations de Me Noel, représentant Mme A, présente,

- et celles de Me Safar, représentant la commune de Lanton.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, attachée territoriale, a été recrutée par la commune de Lanton à compter du 1er octobre 2016 en qualité de directrice générale adjointe des services, puis affectée, à compter du 14 janvier 2019, sur un poste de chargée de mission rattaché au directeur général des services. A la suite d'une altercation le 5 août 2019 avec le directeur général des services, Mme A a sollicité un entretien avec l'adjointe déléguée aux ressources humaines, au dialogue social et à l'administration générale, laquelle l'a reçue le 8 août 2019. A l'issue de cet entretien, l'adjointe a dressé un compte-rendu du 9 août suivant, faisant état des propos tenus par Mme A lors de cette entrevue. Par courrier du 14 août 2019, Mme A a été convoquée pour un entretien qui devait se dérouler le 11 septembre 2019, et par courriel du 9 septembre 2019, dont l'intéressée n'a pris connaissance que le lendemain, le directeur général des services l'a informée de ce qu'elle devait se présenter à cet entretien seule.

2. Le 10 septembre 2019, à la lecture de ce courriel, Mme A a été prise d'un malaise et a été placée en congé maladie jusqu'au 20 septembre 2019. Par un premier arrêté du 16 décembre 2020, la maire de Lanton a reconnu l'accident survenu le 10 septembre 2019 imputable au service. Par un second arrêté du même jour, dont Mme A demande l'annulation, la maire de Lanton a fixé la date de consolidation de son état de santé à la suite de cet accident de service au 10 septembre 2019.

3. En premier lieu, l'arrêté contesté vise les textes législatifs et réglementaires qui en constituent le fondement ainsi que l'arrêté du même jour portant reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident du 10 septembre 2019, et mentionne le procès-verbal du la commission départementale de réforme du 2 décembre 2020 qui fixe la date de consolidation au 10 septembre 2019. Il est par suite, en tout état de cause, suffisamment motivé.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 16 de l'arrêté du 4 août 2004 : " La commission de réforme doit être saisie de tous témoignages, rapports et constatations propres à éclairer son avis. Elle peut faire procéder à toutes mesures d'instructions, enquêtes et expertises qu'elle estime nécessaires. Dix jours au moins avant la réunion de la commission, le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de son dossier, dont la partie médicale peut lui être communiquée, sur sa demande, ou par l'intermédiaire d'un médecin ; il peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux. La commission entend le fonctionnaire, qui peut se faire assister d'un médecin de son choix. Il peut aussi se faire assister par un conseiller ". En vertu des dispositions de l'article 3 du même arrêté, la commission de réforme comprend " 1. Deux praticiens de médecine générale, auxquels est adjoint, s'il y a lieu, pour l'examen des cas relevant de sa compétence, un médecin spécialiste qui participe aux débats mais ne prend pas part aux votes () ".

5. Il résulte de ces dispositions que doit être présent, au sein de la commission de réforme appelée à statuer sur l'imputabilité au service de la maladie contractée par un agent, en plus des deux praticiens de médecine générale, un médecin spécialiste de la pathologie invoquée par l'agent qui, s'il participe aux échanges de la commission, ne prend pas part au vote de son avis.

6. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de cette décision ou s'il a privé l'intéressé d'une garantie.

7. En l'espèce, comme le fait valoir la requérante, la commission qui a siégé le 2 décembre 2020 ne comprenait pas de médecin psychiatre. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la commission de réforme disposait du certificat médical rédigé par un psychiatre en date du 29 juin 2020, du certificat d'une psychologue clinicienne du 13 août 2020, ainsi que d'un rapport d'expertise récent établi par un psychiatre ayant examiné Mme A en août 2020. Par suite, l'absence de médecin spécialiste en psychiatrie au sein de la commission n'a pas privé l'intéressée de la garantie que constitue pour l'agent le fait que la commission de réforme soit éclairée par un médecin spécialiste de sa pathologie.

8. En dernier lieu, la date de consolidation de l'état de santé correspond au moment où l'état de santé est non pas guéri, mais stabilisé, ce qui permet d'évaluer le cas échéant l'incapacité permanente en résultant et de faire courir le délai de prescription. Ainsi, la date de consolidation de l'état de santé ne marque nullement la fin des conséquences et des soins liés à l'accident, lesquels doivent être pris en charge par l'employeur. Dès lors, en faisant valoir que l'accident a déclenché un stress post-traumatique qui s'est traduit par des troubles anxieux et des symptômes dépressifs, sans alléguer que ces troubles continueraient d'évoluer défavorablement, la requérante n'établit pas que la décision litigieuse fixant la date de consolidation au 10 septembre 2019 serait entachée d'erreur d'appréciation.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées sur ce même fondement par la commune de Lanton.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Lanton tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Lanton.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

Mme Lahitte, conseillère,

M. Bongrain, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

La présidente-rapporteure,

F. C

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

A. LAHITTE

La greffière,

A. BEGORRE

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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