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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2103160

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2103160

jeudi 4 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2103160
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantVIGREUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 juin 2021, Mme C A, représentée par Me Vigreux, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er octobre 2020 par lequel la présidente du centre intercommunal d'action sociale (CIAS) du Fronsadais l'a placée en disponibilité d'office dans l'attente de l'avis du comité médical supérieur et a implicitement refusé de lui accorder le bénéfice d'un congé de longue maladie, ainsi que la décision implicite de rejet du recours gracieux formé contre cet arrêté ;

2°) d'annuler la décision du 19 avril 2021 par laquelle la présidente du CIAS l'a maintenue en disponibilité d'office après l'avis du comité médical supérieur et a donc implicitement rejeté sa demande de congé de longue maladie ;

3°) d'enjoindre au CIAS de procéder au réexamen de sa situation, s'agissant de son placement en congé de longue maladie, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge du CIAS du Fronsadais la somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- alors que la décision refusant d'octroyer un congé de longue maladie doit être motivée, l'arrêté du 1er octobre 2020 ne contient aucune motivation si ce n'est la volonté de saisir le comité médical ; le courrier du 19 avril 2021 de transmission de l'avis du comité médical supérieur, à supposer qu'il puisse être qualifié de décision, n'est pas motivé et ne fait que se référer à l'avis joint lequel n'est pas davantage motivé s'agissant des raisons qui expliqueraient pourquoi sa pathologie ne serait pas suffisamment grave ;

- l'avis du comité médical supérieur ne fait pas état de sa composition régulière au regard de sa pathologie, en méconnaissance de l'article 8 du décret du 14 mars 1986 ;

- les décisions attaquées sont entachées d'erreurs de droit et d'appréciation dès lors que la dépression est une maladie mentale qui ouvre droit à l'octroi d'un congé de longue maladie, en application de l'arrêté du 14 mars 1986 ; l'expert a conclu qu'elle avait besoin de soins et que son état de santé justifiait l'octroi d'un congé de longue maladie et le comité médical a également rendu un avis favorable à ce placement ; au regard de l'ensemble des avis médicaux concordants, sa dépression présente un caractère de gravité certaine, qui la rend inapte à la reprise immédiate de ses fonctions et qui nécessite des soins, ouvrant droit à un congé de longue maladie.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 juin 2022, le CIAS du Fronsadais, représenté par Me Scaillierez, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par la requérante n'est fondé.

Par ordonnance du 30 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 29 août 2022.

Par une décision du 5 mai 2021, la requérante a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n°86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires ;

- le décret n°87-602 du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 14 mars 1986 relatif à la liste des maladies donnant droit à l'octroi de congés de longue maladie ;

- l'arrêté du 30 juillet 1987 relatif à la liste indicative des maladies pouvant ouvrir droit à un congé de longue maladie (régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux) ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B ,

- les conclusions de M. Naud, rapporteur public,

- les observations de Me Vigreux, représentant Mme A,

- et celles de Me Raux représentant le CIAS du Fronsadais.

Une note en délibérée a été enregistrée pour Mme A le 24 avril 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A exerce ses fonctions d'agent social de 2ème classe titulaire au sein du CIAS du Fronsadais depuis le 1er juin 2017. Elle a été placée en congé de maladie ordinaire à compter du 19 mars 2019. Par courrier reçu le 21 novembre 2019, Mme A a demandé à bénéficier d'un congé de longue maladie à compter du 19 mars 2019 et à ce que le comité médical départemental soit saisi à ce titre. Lors de sa séance du 3 juin 2020, le comité médical a émis un avis favorable à l'attribution d'un congé de longue maladie.

2. La présidente du CIAS, a d'une part, saisi le comité médical supérieur afin de contester l'avis rendu par le comité départemental de la Gironde du 3 juin 2020 et d'autre part, placé Mme A, par un arrêté du 9 juillet 2020, en position d'activité à compter du 20 mars 2020 avec paiement du demi-traitement à titre conservatoire.

3. Par un arrêté du 1er octobre 2020, la présidente du CIAS a retiré l'arrêté du 9 juillet 2020 et a placé Mme A en position de disponibilité d'office à compter du 20 mars 2020 à titre conservatoire dans l'attente de l'avis du comité médical supérieur. Par courrier du 5 décembre 2020, reçu le 7 décembre suivant, Mme A a exercé un recours gracieux à l'encontre de l'arrêté du 1er octobre 2020 la plaçant en disponibilité d'office en tant qu'il refuse de la placer en congé de longue maladie à compter du 20 mars 2020.

4. Par courrier du 19 avril 2021, le CIAS a informé l'intéressée que le comité médical supérieur avait émis, le 26 janvier 2021, un avis défavorable à l'octroi d'un congé de longue maladie, que le comité médical départemental serait saisi pour se prononcer sur une éventuelle reprise, et que le versement du demi-traitement serait dans l'attente maintenu. Le comité médical départemental, lors de sa séance du 22 septembre 2021 a conclu à l'inaptitude totale et définitive de l'agent à ses fonctions.

5. Par une ordonnance n°2106521 du 28 décembre 2021, le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté la requête de Mme A tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté du 1er octobre 2020 et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux ainsi que de la décision du 19 avril 2021 la maintenant en disponibilité d'office à la suite de l'avis du comité médical supérieur. Mme A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 1er octobre 2020, la décision implicite de rejet de son recours gracieux et la décision du 19 avril 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaires un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement pendant un an ; le traitement est réduit de moitié pendant les deux années qui suivent. L'intéressé conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. ". Il ressort de ces dispositions qu'un fonctionnaire a droit à des congés de longue maladie dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaires un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée.

7. En premier lieu, aux termes de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; ".

8. D'une part, la décision par laquelle l'autorité territoriale place un fonctionnaire en disponibilité d'office dans l'attente de l'avis du comité médical, compte tenu de l'expiration de ses droits à congés de maladie, n'entre dans aucune des hypothèses prévues par l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration, et ne constitue notamment pas une décision qui refuse un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir. Dans ces conditions, la décision du 1e octobre 2020 qui se borne à placer l'intéressée en position de disponibilité d'office à titre conservatoire, dans l'attente de l'avis du comité médical supérieur, n'avait pas à être motivée. En tout état de cause, cette décision vise les textes législatifs et réglementaires applicables, l'avis du comité médical départemental du 3 juin 2020 et mentionne que la dernière période d'attribution du congé de maladie ordinaire de la requérante étant arrivée à échéance, elle ne peut bénéficier d'une prolongation de son congé maladie. Enfin, la décision précise que la présidente du CIAS va saisir le comité médical supérieur de l'avis du comité médical départemental du 3 juin 2020 et qu'il est nécessaire d'attendre cet avis avant de se prononcer sur la demande de congé de longue maladie. Par suite, la décision est, en tout état de cause, suffisamment motivée et le moyen doit être écarté.

9. D'autre part, il ressort de la combinaison des dispositions citées aux points 6 et 7 que le refus d'un congé de longue maladie est au nombre des décisions qui refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir, et qui doivent être motivées. En l'espèce, la décision de la présidente du CIAS du 19 avril 2021 informe l'intéressée du sens de l'avis du comité médical supérieur. Le procès-verbal de la séance du 26 janvier 2021 du comité médical supérieur, qui est annexé à la décision du 19 avril 2021, mentionne la loi du 26 janvier 1984 et précise que " l'état de santé actuel de l'agent ne rentre pas dans les critères médicaux indiqués dans l'arrêté du 14 mars 1986 donnant droit à ce type de congés " et émet un " avis défavorable à l'octroi d'un congé longue maladie article 2, absence de critères de gravité, tout en ne souhaitant pas que l'agent soit mise en difficulté financière du fait de la rétroactivité ". Il ressort du courrier du 19 avril 2021 que la présidente du CIAS s'est approprié les termes de cet avis. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " Il est institué auprès du ministre chargé de la santé un comité médical supérieur comprenant, pour l'exercice des attributions définies à l'article suivant, deux sections : - une section de cinq membres compétente en ce qui concerne les maladies mentales ; - une section de huit membres compétente pour les autres maladies. Les membres du comité sont nommés pour une durée de trois ans par le ministre chargé de la santé () ". Aux termes de son article 9 : " Le comité médical supérieur, saisi par l'autorité administrative compétente, soit de son initiative, soit à la demande du fonctionnaire, peut être consulté sur les cas dans lesquels l'avis donné en premier ressort par le comité médical compétent est contesté. () ".

11. Aux termes de ses écritures, la requérante vise l'article 8 du décret du 14 mars 1986 et soutient que " l'avis du comité médical supérieur transmis à Mme A ne fait pas état de la composition régulière dudit comité () au regard de sa pathologie ". La circonstance que le procès-verbal de la séance du 26 janvier 2021 du comité médical supérieur ne mentionne pas la composition de cet organisme n'établit pas que ledit comité n'aurait pas été régulièrement composé et n'est pas, en elle-même, de nature à entacher d'irrégularité la procédure. En tout état de cause, Mme A ne fait état d'aucune méconnaissance qui l'aurait privée d'une garantie ou aurait exercé une influence sur le sens de la décision contestée. Par suite son moyen doit être écarté.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article 19 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux : " Le ministre chargé de la santé détermine par arrêté, après avis du comité médical supérieur, une liste indicative de maladies qui, si elles répondent en outre aux caractéristiques définies à l'article 57 (3°) de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 susvisée, peuvent ouvrir droit à un congé de longue maladie. Toutefois, le bénéfice d'un congé de longue maladie demandé pour une affection qui n'est pas inscrite sur la liste prévue à la phrase précédente peut être accordé après l'avis du comité médical compétent. ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 30 juillet 1987 relatif à la liste indicative des maladies pouvant ouvrir droit à un congé de longue maladie : " Les dispositions des articles 1er, 2 et 3 de l'arrêté du 14 mars 1986 relatif à la liste des maladies donnant droit à l'octroi de congés de longue maladie sont étendues aux fonctionnaires territoriaux. ". Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 14 mars 1986 relatif à la liste des maladies donnant droit à l'octroi de congés de longue maladie : " Les affections suivantes peuvent donner droit à un congé de longue maladie dans les conditions prévues aux articles 29 et 30 des décrets susvisés : () : - maladies mentales ; () ".

13. Une maladie, figurant sur la liste indicative de maladies citée au point précédent, peut ouvrir droit à un congé de longue maladie, si elle répond en outre aux caractéristiques définies à l'article 57 (3°) de la loi du 26 janvier 1984 précitée, à savoir si la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaire un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée.

14. Il est constant que Mme A est atteinte d'un état dépressif et que le comité médical départemental, saisi dans le cadre de sa demande d'octroi d'un congé de longue maladie, a conclu à " l'attribution d'un congé de longue maladie pour une durée de six mois + six mois à compter du 19 mars 2019 " sur le fondement de l'article 2 de l'arrêté du 14 mars 1986.

15. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que cet avis a été émis, notamment, à la suite des conclusions de l'expertise du docteur D du 10 mars 2020 lequel se borne à indiquer que Mme A " a besoin de soins et [que] son état justifie un congé de longue maladie ", sans pour autant se prononcer sur le caractère invalidant et de gravité confirmée de la pathologie dont elle est atteinte. Par ailleurs, aux termes de son procès-verbal de séance du 26 janvier 2021, le comité médical supérieur a conclu que l'état de santé de Mme A ne rentre pas dans les critères médicaux indiqués dans l'arrêté du 14 mars 1986 donnant droit à ce type de congés et a émis un avis défavorable à l'octroi d'un congé longue maladie " en l'absence de critères de gravité ". Enfin, Mme A n'apporte pas davantage d'élément médical permettant d'attester de ce que sa pathologie présente un caractère invalidant et de gravité confirmé. Dans ces conditions, Mme A n'établit pas qu'elle satisfait aux conditions posées par l'article 57 (3°) de la loi du 26 janvier 1984 et ses moyens tirés de ce que la décision lui refusant le bénéfice d'un congé de longue maladie est entachée d'erreurs de droit ou d'appréciation, doivent être écartés.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme A sont rejetées ainsi que ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par le CIAS du Fronsadais au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le CIAS du Fronsadais au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Aurore Vigreux et au centre intercommunal d'action sociale du Fronsadais.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023 , à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

Mme Lahitte, conseillère,

M. Bongrain, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.

La rapporteure,

A. B

La présidente,

F. MUNOZ-PAUZIÈSLa greffière,

C. SCHIANO

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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