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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2103361

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2103361

jeudi 4 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2103361
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL CAROLINE LAVEISSIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 2 juillet 2021 et les 13 juin et 25 août 2022, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, Mme C A, représentée par Me Caroline Laveissière, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 avril 2021 par lequel le président du département de la Gironde a mis fin à la concession de logement dont elle bénéficiait au sein du collège Nelson Mandela de Floirac ;

2°) d'enjoindre au département de la Gironde de réaffecter le logement n°171 du collège Nelson Mandela à un adjoint technique territorial des établissements d'enseignement et d'y loger, par nécessité absolue de service, Mme A ;

3°) de mettre à la charge du département de la Gironde une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté du 13 avril 2021 est signé par une autorité incompétente en l'absence de délégation de signature ;

- il est entaché de vices de procédure, en l'absence de rapport du chef d'établissement devant le conseil d'administration, de proposition du conseil d'administration et de mention dans cette proposition de l'emploi, de la situation et de la consistance du bien et des conditions financières de la concession ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnait l'article R. 216-18 du code de l'éducation, qui prévoit que l'occupant du logement dont la concession prend fin en est informé au moins trois mois à l'avance ;

- il méconnait l'article R.2124-65 du code général de la propriété des personnes publiques, dès lors que les fonctions occupées par Mme A et ayant justifié la concession de logement par nécessité absolue de service n'ont pas évolué ;

- il est entaché d'erreurs de fait et d'appréciation dès lors que la nécessité absolue de service pour la concession de logement à un quatrième personnel de l'Etat n'est pas établie ; cette attribution résulte d'éléments étrangers au service ;

- elle est victime d'une discrimination, car seul son état de santé la distingue de l'autre adjoint technique territorial, qui a conservé son logement.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 8 avril et 29 juillet 2022, le département de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 15 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 29 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'éducation ;

- le code de la propriété des personnes publiques ;

- la loi n° 90-1067 du 28 novembre 1990 relative à la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F,

- les conclusions de M. Naud, rapporteur public,

- les observations de Me Roncin pour Mme A, présente,

- et celles de M. D, juriste, pour le département de la Gironde.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, agent d'entretien dans le cadre d'emploi des adjoints techniques territoriaux des établissements d'enseignement au sein du collège Nelson Mandela à Floirac, bénéficiait, aux termes d'un arrêté du président du conseil général de la Gironde du 4 novembre 2014, de la concession d'un logement au sein du collège. Par courrier du 23 mars 2021, elle a été informée de ce que le conseil d'administration du collège avait décidé le 4 février 2021 d'affecter le logement qu'elle occupait au poste de principal adjoint, et par délibération du 12 avril 2021, la commission permanente du conseil départemental de la Gironde a approuvé la nouvelle affectation des logements de fonction du collège Nelson Mandela. Par arrêté du 13 avril 2021, le président du département de la Gironde a mis fin à la concession de logement dont bénéficiait Mme A. La requérante, dans le dernier état de ses conclusions, demande l'annulation de l'arrêté du président du département de la Gironde du 13 avril 2021.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. D'une part, s'agissant des concessions de logements attribuées par les collectivités locales à des agents de l'Etat, aux termes de l'article R.2124-78 du code général de la propriété des personnes publiques : " Les conditions d'attribution de concessions de logement par les régions, les départements et, le cas échéant, les communes et les groupements de communes aux personnels de l'Etat employés dans les établissements publics locaux d'enseignement sont fixées par les dispositions des articles R. 216-4 à R. 216-19 du code de l'éducation. ". Aux termes de l'article R.216-4 du code de l'éducation : " Dans les établissements publics locaux d'enseignement relevant de leur compétence (), la région, le département ou, le cas échéant, la commune ou le groupement de communes attribue les concessions de logement aux personnels de l'Etat exerçant certaines fonctions, dans les conditions fixées par la présente section. / Les concessions de logement sont attribuées par nécessité absolue ou utilité de service () ". L'article R. 216-5 dispose : " Dans les conditions fixées au premier alinéa de l'article R. 94 du code du domaine de l'Etat, sont logés par nécessité absolue de service les personnels appartenant aux catégories suivantes : / 1° Les personnels de direction, d'administration, de gestion et d'éducation, dans les limites fixées à l'article R. 216-6, selon l'importance de l'établissement ; / 2° Les personnels de santé, dans les conditions définies à l'article R. 216-7 ; / 3° Dans les établissements publics locaux d'enseignement et de formation professionnelle agricoles mentionnés à l'article L. 815-1 du code rural et de la pêche maritime, les personnels responsables d'une exploitation agricole et ceux chargés des élevages et des cultures, dans les conditions définies à l'article R. 216-8. ". Et l'article R 216-6 : " Le nombre des personnels mentionnés au 1° de l'article R. 216-5 et logés par nécessité absolue de service est fixé selon un classement pondéré des établissements : () - de 801 à 1 200 points : 4 () ". Aux termes de l'article R.216-9 : " Dans les conditions fixées au deuxième alinéa de l'article R. 94 du code du domaine de l'Etat, peuvent être logés par utilité de service, dans la limite des logements disponibles après application des articles R. 216-5 à R. 216-8, les personnels occupant les emplois dont la liste est proposée par le conseil d'administration de l'établissement sur rapport du chef d'établissement. ". Selon l'article R. 216-16 du même code, le conseil d'administration de l'établissement d'enseignement propose, sur le rapport du chef d'établissement, les emplois dont les titulaires bénéficient d'une concession de logement par nécessité absolue de service ou par utilité de service, la situation et la consistance des locaux concédés ainsi que les conditions financières de chaque concession. En vertu de l'article R. 216-17 du même code, la collectivité territoriale de rattachement délibère sur les propositions faites par le conseil d'administration. Enfin, aux termes de l'article R.216-18 : " La concession ou la convention d'occupation prend fin en cas d'aliénation, de nouvelle affectation ou de désaffectation du logement. L'occupant du logement en est informé au moins trois mois à l'avance. () ".

3. D'autre part, s'agissant des concessions de logements attribuées aux agents des collectivités locales, aux termes de l'article 21 de la loi du 28 novembre 1990, alors en vigueur : " Les organes délibérants des collectivités territoriales et de leurs établissements publics fixent la liste des emplois pour lesquels un logement de fonction peut être attribué gratuitement ou moyennant une redevance par la collectivité ou l'établissement public concerné, en raison notamment des contraintes liées à l'exercice de ces emplois. / L'attribution des logements de fonction aux personnels techniciens, ouvriers et de service exerçant dans un établissement public local d'enseignement ou aux personnels exerçant dans un établissement public local de formation dans les domaines du sport, de la jeunesse et de l'éducation populaire fait l'objet d'une proposition préalable du conseil d'administration de l'établissement précisant les emplois dont les titulaires peuvent bénéficier de l'attribution d'un logement, gratuitement ou moyennant une redevance, la situation et les caractéristiques des locaux concernés. / La délibération précise les avantages accessoires liés à l'usage du logement. / Les décisions individuelles sont prises en application de cette délibération par l'autorité territoriale ayant le pouvoir de nomination () ".

4. En premier lieu, par arrêté du 3 octobre 2018, le président du conseil départemental a donné délégation à M. E B, chef du service du patrimoine immobilier, signataire de l'arrêté litigieux, à l'effet de signer, notamment, les actes relatifs à l'occupation du domaine public, notamment l'octroi des concessions de logements. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il résulte du compte rendu du conseil d'administration du collège Nelson Mandela du 4 février 2021, que le chef d'établissement a présenté un rapport sur la répartition des logements de fonction pour l'année 2021- 2022 et que, par délibération du même jour, le conseil d'administration a proposé la nouvelle répartition, laquelle a été adoptée par délibération du 12 avril 2021 de la commission permanente du conseil départemental de la Gironde. La requérante soutient que la délibération du conseil d'administration du 4 février 2021 ne fait pas mention des emplois concernés par les concessions de logements, de la situation, des caractéristiques des locaux concernés et des conditions financières des concessions, en méconnaissance des dispositions de l'article 21 de la loi du 28 novembre 1990. Toutefois, d'une part, il ressort de la lecture de cette délibération qu'elle mentionne les emplois concernés, qui sont les emplois de principal, de principal adjoint, de gestionnaire, de CPE, et d'agent de maintenance. D'autre part, le seul objet de cette délibération étant de proposer une modification de la répartition des logements selon les emplois, afin de mettre un logement à la disposition du principal adjoint, sans revenir sur la situation et les caractéristiques des locaux concernés ni sur les conditions financières des concessions, elle n'avait pas à mentionner ces éléments qui demeurent inchangés. Par suite, les moyens tirés des vices de procédure qui entacheraient l'arrêté du 13 avril 2021 doivent être écartés.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ".

7. Il résulte des dispositions de l'article 21 de la loi du 28 novembre 1990, alors en vigueur, qu'il appartient à l'organe délibérant de la collectivité territoriale de rattachement de l'établissement public local d'enseignement d'arrêter la liste des emplois dont les titulaires bénéficient d'une concession de logement par nécessité absolue de service ou par utilité de service. Les personnels techniciens, ouvriers et de service ne sauraient être regardés comme bénéficiant d'un droit à être logés dans l'établissement par nécessité absolue de service ou utilité de service que dans la mesure où leur emploi figure sur une liste arrêtée par l'organe délibérant de la collectivité territoriale de rattachement.

8. L'annexe à la délibération de la commission permanente du 12 avril 2021 prévoit, s'agissant du collège Nelson Mandela de Floirac, cinq bénéficiaires d'une concession de logement : le principal, le gestionnaire, le principal adjoint, le CPE et un agent membre du cadre d'emploi des adjoints techniques territoriaux des établissements d'enseignement. Ainsi, le département de la Gironde n'est pas fondé à soutenir que l'emploi de Mme A ne figurait plus sur la liste des emplois ouvrant droit à l'attribution d'un logement pour nécessité de service, et le moyen tiré du défaut de motivation est opérant.

9. L'arrêté du 13 avril 2021 mettant fin à la concession de logement dont bénéficiait Mme A ne mentionne pas les éléments de fait qui en constituent le fondement. Si le département fait valoir que l'intéressée a été informée des raisons qui ont motivé le changement d'affectation du logement dont elle disposait par un courrier du 8 février 2021 du principal du collège Nelson Mandela, ainsi que par un courrier du 23 mars 2021 du président du conseil départemental, l'arrêté litigieux ne fait aucune référence à ces courriers. Par suite, Mme A est fondée à soutenir que l'arrêté du 13 avril 2021 est insuffisamment motivé et doit, pour ce motif, être annulé.

10. En quatrième lieu, Mme A ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article R.216-18 du code de l'éducation, qui sont relatives aux concessions de logement attribuées à des fonctionnaires de l'Etat. En tout état de cause, par courrier du 23 mars 2021, le président du département de la Gironde l'a informée de ce qu'il allait être mis fin à la concession de logement dont elle bénéficiait à compter du 31 juillet 2021, et le moyen tiré de la méconnaissance du délai mentionné à l'article R. 216-18 du code de l'éducation doit être écarté.

11. En cinquième lieu, la fin de la concession de logement dont bénéficiait Mme A est justifiée, non par le changement de fonctions de l'intéressée, mais par la volonté de l'établissement et du département de la Gironde d'affecter quatre des cinq logements de fonction à des fonctionnaires de l'Etat appartenant aux personnels de direction, d'administration, de gestion et d'éducation, conformément aux dispositions de l'article R. 216-6 du code de l'éducation. Par suite, le moyen tiré par Mme A de ce que les fonctions qui avaient justifiées la concession de logement n'ont pas changé est inopérant. L'affectation de quatre logements aux personnels de direction, d'administration, de gestion et d'éducation découlant de l'application de l'article R. 216-6 du code de l'éducation, les moyens tirés de ce que la nécessité absolue de service ne serait pas établie et que l'attribution de ce logement à un fonctionnaire de l'Etat résulterait d'éléments étrangers au service, doivent également être écartés.

12. En sixième lieu, si Mme A soutient qu'un des trois logements de fonction concédés aux personnels de l'Etat avant l'adoption de la délibération du 12 avril 2021 ne serait pas effectivement occupé par un agent de l'Etat, le conseiller principal d'éducation ayant refusé d'y loger, une telle circonstance, en tout état de cause, ne ressort pas des pièces du dossier.

13. En septième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la délibération du 4 février 2021 du conseil d'administration du collège Nelson Mandela, que le seul logement désormais attribué au sein du collège à un agent du cadre d'emploi des adjoints techniques territoriaux des établissements d'enseignement est attribué à un agent de maintenance, dont la présence sur place est considérée comme présentant un intérêt certain pour la bonne marche du service, eu égard aux exigences de sécurité. Mme A, qui n'est pas agent de maintenance mais agent d'entretien, n'est ainsi pas fondée à soutenir qu'elle est victime de discrimination en raison de son état de santé et que la décision serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

14. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 13 avril 2021 doit être annulé, au seul motif de son insuffisante motivation.

Sur les conclusions aux fin d'injonction :

15. Eu égard au motif de l'annulation de l'arrêté du 13 avril 2021 prononcée ci-dessus, le présent jugement n'implique pas que le département de la Gironde réaffecte le logement n°171 du collège Nelson Mandela à un adjoint technique territorial des établissements d'enseignement et le réattribue à Mme A. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de la Gironde, au profit de Mme A, la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du président du département de la Gironde du 13 avril 2021 est annulé.

Article 2 : Le département de la Gironde versera à Mme A la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au département de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

Mme Lahitte, conseillère,

M. Bongrain, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.

La présidente-rapporteure,

F. F

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

A. LAHITTE

La greffière,

C. SCHIANO

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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