lundi 30 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2103378 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL HMS ATLANTIQUE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 5 juillet et 28 novembre 2021, 2 septembre et 18 octobre 2022, M. D C, représenté par Me Rousseau, avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le maire de la commune de Lège-Cap Ferret a implicitement refusé de faire droit à sa demande tendant au retrait de l'arrêté du 10 juin 2016 portant autorisation d'occupation temporaire (AOT) de la cabane ostréicole n° 97 accordée à M. A pendant une durée de six mois, renouvelée par avenants successifs ;
2°) d'enjoindre au maire de Lège-Cap Ferret de retirer l'autorisation d'occupation temporaire d'une cabane ostréicole accordée à M. A ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Lège-Cap Ferret une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable dès lors que, d'une part, l'autorisation d'occupation temporaire (AOT) en litige doit être regardée comme un acte administratif unilatéral et non comme un contrat et, d'autre part, il justifie d'une qualité et d'un intérêt à agir suffisants ;
- il est fondé à solliciter le retrait de l'autorisation d'occupation temporaire (AOT) litigieuse dès lors que son titulaire, M. A, ne respecte pas les obligations mises à sa charge ; à cet égard, ce dernier s'approprie à titre privatif les dépendances du domaine public sur lesquelles il ne dispose pas d'un droit exclusif de jouissance et entrepose différents obstacles sur le domaine public, ce qui prive le requérant d'un accès direct au bassin d'Arcachon depuis sa propriété et empêche l'accès des tiers au sentier côtier ;
- le maire de Lège-Cap Ferret aurait dû retirer l'AOT litigieuse dès lors que les travaux effectués par M. A sur le terrain en question ne sont pas conformes à l'arrêté du 3 septembre 2018 portant non-opposition à déclarable de travaux ; à cet égard, les travaux n'ont pas été réalisés à l'identique de l'état existant ; par ailleurs, ces travaux doivent être analysés comme la mise en œuvre d'une construction nouvelle nécessitant le dépôt d'une demande de permis de construire ;
- après avoir constaté que, d'une part, deux fenêtres supplémentaires avaient été construites sur la cabane litigieuse, en méconnaissance des dispositions du code de l'urbanisme applicables et, d'autre part, la couleur prévue pour le bâtiment n'avait pas été respectée, le maire de Lège-Cap Ferret était en situation de compétence liée pour retirer l'AOT en litige ;
- la commission de gestion n'a pas été consultée préalablement à l'attribution de la cabane n°97 à M. A.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 octobre et 15 décembre 2021, 4 et 21 octobre 2022, la commune de Lège-Cap Ferret, représentée par le cabinet Cazcarra et Jeanneau Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors qu'elle se présente sous la forme d'un recours pour excès de pouvoir et non d'un recours de plein contentieux alors que le titre d'occupation temporaire en litige doit être regardé comme une convention d'occupation temporaire du domaine public ; à cet égard, le refus d'une personne publique de retirer un contrat ne constitue pas un acte détachable de ce contrat ; par suite, la requête est tardive et les moyens soulevés sont irrecevables ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 24 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 7 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Passerieux, rapporteure,
- les conclusions de Mme Patard, rapporteure publique,
- les observations de Me Bertin, représentant M. C,
- et les observations de Me Lefort, représentant la commune de Lège-Cap Ferret.
Considérant ce qui suit :
1. En vertu d'une convention de gestion conclue avec l'Etat, renouvelée en dernier lieu le 13 juillet 2012, la commune de Lège-Cap-Ferret gère les villages ostréicoles situés sur son territoire qui dépendent du domaine public maritime. Elle attribue notamment, à ce titre, les autorisations d'occupation temporaire (AOT) des cabanes d'habitation. M. A bénéficie depuis le 10 juin 2016 d'une autorisation temporaire d'occuper la cabane n° 97 située au lieu-dit " Le Canon " pour une durée de six mois, renouvelée par plusieurs avenants successifs. M. C, propriétaire de la parcelle cadastrée section KL n° 216, située 9 place Max Dubroc - Le Canon, voisine de la cabane ostréicole n° 97 a, par courrier du 25 mars 2021 demandé au maire de Lège-Cap Ferret, d'une part, de mettre en demeure M. A de remettre en état les dépendances du domaine public extérieures à la cabane n° 97 ou à défaut d'effectuer les travaux aux frais de ce dernier, et, d'autre part, de procéder au retrait de l'AOT accordée à celui-ci. Le silence gardé par le maire de Lège-Cap Ferret sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le maire de Lège-Cap Ferret a implicitement refusé de faire droit à sa demande tendant au retrait de l'AOT accordée à M. A.
Sur la recevabilité des conclusions aux fins d'annulation :
2. Il ressort des pièces du dossier que l'attribution des autorisations d'occupation des cabanes composant les villages ostréicoles du bassin d'Arcachon inclus dans le domaine public maritime, dont le lieu-dit " Le Canon ", découle de la mise en œuvre d'une procédure sélective dont les modalités sont fixées par un arrêté municipal du 18 juillet 2012 pris en application d'une convention de gestion conclue le 13 juillet 2012 entre l'Etat et la commune de Lège-Cap-Ferret sur le fondement des articles L. 2123-2 et R. 2123-3 du code général de la propriété des personnes publiques. Il en résulte qu'après publication d'un avis de vacance de la cabane à attribuer et recueil des candidatures concurrentes, le conseil municipal de Lège-Cap-Ferret a procédé au choix de l'attributaire après consultation d'une commission de gestion instaurée par la convention du 13 juillet 2012. Dès lors, bien que formalisée ensuite par un arrêté du maire, l'autorisation d'utilisation privative de la cabane délivrée au terme d'une procédure unique d'attribution constitue un contrat administratif. Il en va ainsi en l'espèce de l'autorisation d'occupation de la cabane n° 97 située au lieu-dit " Le Canon " attribuée le 10 juin 2016 à M. A, renouvelée par avenants successifs.
3. Un tiers à un contrat administratif susceptible d'être lésé dans ses intérêts de façon suffisamment directe et certaine par une décision refusant de faire droit à sa demande de mettre fin à l'exécution du contrat, est recevable à former devant le juge du contrat un recours de pleine juridiction tendant à ce qu'il soit mis fin à l'exécution du contrat. S'agissant d'un contrat conclu par une collectivité territoriale ou un groupement de collectivités territoriales, cette action devant le juge du contrat est également ouverte aux membres de l'organe délibérant de la collectivité territoriale ou du groupement de collectivités territoriales concerné ainsi qu'au représentant de l'Etat dans le département.
4. Les tiers ne peuvent utilement soulever, à l'appui de leurs conclusions tendant à ce qu'il soit mis fin à l'exécution du contrat, que des moyens tirés de ce que la personne publique contractante était tenue de mettre fin à son exécution du fait de dispositions législatives applicables aux contrats en cours, de ce que le contrat est entaché d'irrégularités qui sont de nature à faire obstacle à la poursuite de son exécution et que le juge devrait relever d'office ou encore de ce que la poursuite de l'exécution du contrat est manifestement contraire à l'intérêt général. A cet égard, les requérants peuvent se prévaloir d'inexécutions d'obligations contractuelles qui, par leur gravité, compromettent manifestement l'intérêt général. En revanche, ils ne peuvent se prévaloir d'aucune autre irrégularité, notamment pas celles tenant aux conditions et formes dans lesquelles la décision de refus a été prise. En outre, les moyens soulevés doivent, sauf lorsqu'ils le sont par le représentant de l'Etat dans le département ou par les membres de l'organe délibérant de la collectivité territoriale ou du groupement de collectivités territoriales compte-tenu des intérêts dont ils ont la charge, être en rapport direct avec l'intérêt lésé dont le tiers requérant se prévaut.
5. Malgré la fin de non-recevoir opposée par la commune de Lège-Cap Ferret à l'encontre des conclusions principales présentées par M. C, au motif que de telles conclusions sont irrecevables en application de qui a été rappelé aux points précédents, M. C, tiers au contrat d'occupation domaniale signé le 10 juin 2016 renouvelé par avenants successifs, sollicite expressément l'annulation pour excès de pouvoir de la décision par laquelle le maire de Lège-Cap Ferret a implicitement refusé de retirer cet acte. Dès lors, M. C ne saurait être regardé comme ayant entendu former, dans le cadre de la présente requête, un recours de pleine juridiction tendant à ce qu'il soit mis fin à l'exécution du contrat. A cet égard, et malgré les termes des écritures en défense, le requérant n'a pas entendu soutenir dans ses écritures, d'une part, qu'il serait lésé dans ses intérêts de façon suffisamment directe et certaine par la décision en litige, et, d'autre part, que la poursuite de l'exécution du contrat en cause serait manifestement contraire à l'intérêt général. En outre, il résulte de l'instruction que, par une requête enregistrée au greffe de ce tribunal le 9 mai 2023 sous le n° 2302443, M. C sollicite la résiliation de la convention en litige. Par suite, les conclusions par lesquelles M. C sollicite, dans la présente requête, l'annulation pour excès de pouvoir du refus du maire de retirer le contrat signé le 10 juin 2016, renouvelé par avenants successifs, sont irrecevables. La fin de non-recevoir opposée par la commune de Lège-Cap Ferret sur ce point doit ainsi être accueillie.
6. L'irrecevabilité des conclusions aux fins d'annulation présentées par M. C entraine, par voie de conséquence, l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'injonction qui en sont l'accessoire.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Lège-Cap-Ferret, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. C au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. C la somme demandée par la commune de Lège-Cap-Ferret sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Lège-Cap Ferret sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à la commune de Lège-Cap Ferret et à M. B A.
Délibéré après l'audience du 16 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Delvolvé, président,
Mme Mounic, première conseillère,
Mme Passerieux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2023.
La rapporteure,
C. PASSERIEUX
Le président,
Ph. DELVOLVÉ
Le greffier,
A. PONTACQ
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier
N°2103378
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026