mercredi 4 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2103451 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | BRON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 juillet 2021 et 16 février 2022, Mme C B, épouse A, représentée par Me Bron, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 février 2021 par lequel le maire de la commune de Libourne ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par la société Santosha Libourne, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Libourne la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la condamner aux dépens.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- le dossier de déclaration préalable est incomplet ;
- le projet aurait dû faire l'objet d'un permis de construire ;
- il méconnaît les articles A.2-3.1 et A.2-3.2 de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine (AVAP) ;
- il méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et l'article 63 du règlement sanitaire départemental de la Gironde.
Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés le 17 décembre 2021 et le 9 août 2023, et un mémoire du 30 juin 2023, qui n'a pas été communiqué, la commune de Libourne, représentée par Me Boissy, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté et du non-respect de l'obligation posée par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;
- aucun des moyens soulevés par les requérants n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Frézet,
- les conclusions de M. Josserand, rapporteur public,
- les observations de Me Bron, représentant Mme A,
- et les observations de Me Dubois, représentant la commune de Libourne.
Considérant ce qui suit :
1. Le 16 décembre 2020, la société Santosha Libourne a déposé un dossier de déclaration préalable pour la réalisation de travaux d'aménagement d'un immeuble en restaurant emportant la modification de la façade et pose d'un tuyau d'extraction d'air sur la toiture sur un terrain situé 59-3 rue Abel Boireau, sur les parcelles cadastrées section CO n°s 229 et 230. Par un arrêté du 5 février 2021, le maire de la commune de Libourne ne s'est pas opposé à cette déclaration, tout en l'assortissant de prescriptions. Par un courrier du 15 mars 2021, Mme B, épouse A, a exercé un recours gracieux contre cet arrêté, qui a donné naissance à une décision implicite de rejet. Par le présent recours, Mme A demande l'annulation de l'arrêté du 5 février 2021 et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
En ce qui concerne la tardiveté :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 410-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Pour l'application du présent titre, on entend par : / 1° Recours administratif : la réclamation adressée à l'administration en vue de régler un différend né d'une décision administrative ; / 2° Recours gracieux : le recours administratif adressé à l'administration qui a pris la décision contestée ; () ". Aux termes de l'article L. 231-1 du même code : " Le silence gardé pendant deux mois par l'administration sur une demande vaut décision d'acceptation. ".
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". Aux termes de l'article L. 411-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai. () ".
4. La commune de Libourne soutient que la lettre adressée par Mme A à la mairie, réceptionnée le 25 mars 2021, ne constitue pas un recours gracieux et qu'elle n'a donc pas pu proroger le délai de recours contentieux, de sorte que la requête est tardive. Toutefois, il ressort des termes de cette lettre qu'elle avait pour objet de faire annuler par le maire de Libourne sa décision de non opposition à déclaration préalable du 5 février 2021. Ainsi, et contrairement aux allégations de la commune, cette lettre présentait le caractère d'un recours gracieux dirigé contre l'arrêté du 5 février 2021. En l'absence de réponse de l'administration, une décision implicite de rejet de ce recours gracieux est donc née le 25 mai 2021, soit deux mois après sa réception par la commune de Libourne, en application de l'article L. 231-1 précité du code des relations entre le public et l'administration. Le délai de recours a ainsi recommencé à courir à compter de cette date. En tout état de cause, l'autorité administrative ne justifie pas du respect des modalités d'affichage de la déclaration préalable sur le terrain, conformément aux exigences de l'article R. 424-15 du code de l'urbanisme. Par suite, la requête, enregistrée au greffe du tribunal le 7 juillet 2021, n'est pas tardive et la fin de non-recevoir opposée à ce titre doit être écartée.
En ce qui concerne la notification des recours :
5. Aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. Cette notification doit également être effectuée dans les mêmes conditions en cas de demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant un certificat d'urbanisme, ou une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code. L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. / La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. / La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux. ".
S'agissant du recours gracieux :
6. Il ressort des pièces du dossier que par une lettre recommandée avec accusé de réception, Mme A a informé la société pétitionnaire de son recours gracieux à l'encontre de la décision de non opposition à déclaration préalable du 5 février 2021. Il en ressort également que cette lettre, dont il n'est pas contesté qu'elle était accompagnée d'une copie du texte intégral du recours, a été envoyée à son destinataire le 29 mars 2021, soit moins de 15 jours après l'exercice du recours gracieux.
S'agissant du recours contentieux :
7. Il ressort des pièces du dossier que par une lettre recommandée avec accusé de réception, Mme A a informé la société pétitionnaire et la commune de Libourne de son recours contentieux à l'encontre de la décision de non opposition à déclaration préalable du 5 février 2021. Il en ressort également que cette lettre, dont il n'est pas contesté qu'elle était accompagnée d'une copie du texte intégral du recours, a été envoyée à ses destinataires le 8 juillet 2021, soit moins de 15 jours après l'introduction de la requête, enregistrée au greffe le 7 juillet.
8. Il résulte de ce qui précède que les formalités prévues à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ont été régulièrement accomplies, de sorte que la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
9. En premier lieu, aux termes de l'article A.2-3.2 du règlement de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine de la ville de Libourne : " () / Les aspirateurs statiques et dynamiques visibles depuis l'espace public sont interdits. ".
10. Il ressort des pièces du dossier que le projet consiste en la réalisation de travaux d'aménagement d'un immeuble en restaurant emportant la modification de la façade et la pose d'un tuyau d'extraction d'air sur la toiture. Il en ressort également que le tuyau d'extraction d'air a vocation à courir le long de la toiture jusqu'à la façade du bâtiment situé sur l'esplanade François Mitterrand, qu'il surplombera. Ce conduit, qui doit être regardé comme un aspirateur au sens des dispositions précitées, sera dès lors visible depuis l'espace public, méconnaissant ainsi les dispositions citées au point précédent. Le moyen tiré de leur méconnaissance doit dès lors être accueilli.
11. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la déclaration comprend : () / c) Une représentation de l'aspect extérieur de la construction faisant apparaître les modifications projetées et si le projet a pour effet de modifier celui-ci ; () / Lorsque la déclaration porte sur un projet de création ou de modification d'une construction et que ce projet est visible depuis l'espace public ou que ce projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le dossier comprend également les documents mentionnés aux c et d de l'article R. 431-10. () ". Et aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : () / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. ".
12. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
13. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit précédemment, que le projet litigieux nécessite la mise en place d'un extracteur d'air dont le conduit court le long de la toiture pour aboutir jusqu'au-dessus de la façade située sur l'esplanade François Mitterrand. Or, si le conduit est représenté sur l'un des documents graphiques permettant d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement, il n'est pas représenté sur d'autres, et notamment celui destiné à exposer la façade telle qu'à l'issue des travaux. Une telle omission est de nature à avoir fausser l'appréciation portée par le service instructeur sur le projet dès lors que, comme dit au point 10, les dispositions de l'article 1.2-3.2 de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine de la ville de Libourne prohibent les aspirateurs visibles depuis l'espace public, tels que l'extracteur d'air en cause. Par suite, le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de demande de permis de construire doit être accueilli.
14. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 421-14 du code de l'urbanisme : " Sont soumis à permis de construire les travaux suivants, exécutés sur des constructions existantes, à l'exception des travaux d'entretien ou de réparations ordinaires : () / c) Les travaux ayant pour effet de modifier les structures porteuses ou la façade du bâtiment, lorsque ces travaux s'accompagnent d'un changement de destination entre les différentes destinations et sous-destinations définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28 ; / () ".
15. Il ressort des pièces du dossier que le projet consiste en l'aménagement d'un restaurant par le regroupement de deux bâtiments issus de deux parcelles distinctes. Il en ressort également, et notamment du document Cerfa issu du dossier de déclaration préalable, que le projet entraine un changement de destination des constructions existantes. Par ailleurs, le projet prévoit, outre l'ajout sur les façades d'enseignes lumineuses, d'un store banne et d'un lambrequin lesté, la démolition du mur séparant les deux bâtiments destinés à être rassemblés, dont il n'est pas contesté que, eu égard à son emplacement et à ses caractéristiques, il constitue une structure porteuse. Il résulte des dispositions énoncées au point précédent qu'eu égard au changement de destination de la construction existante et à la nature des travaux, ces derniers étaient soumis à l'obligation d'obtenir un permis de construire. Le moyen tiré du défaut de permis de construire doit donc être accueilli.
16. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Libourne du 5 février 2021 et de la décision implicite rejetant son recours gracieux. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est de nature, en l'état du dossier, à fonder cette annulation.
Sur les frais liés au litige :
17. La présente instance ne comporte pas de dépens. Par suite, les conclusions présentées par Mme A tendant à la condamnation de la commune de Libourne aux dépens doivent être rejetées.
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la requérante, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune de Libourne demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Libourne une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du maire de Libourne du 5 février 2021 et la décision de rejet du recours gracieux de Mme A sont annulés.
Article 2 : La commune de Libourne versera une somme de 1 500 euros à Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties doit être rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, épouse A, à la société Santosha Libourne et à la commune de Libourne.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Cabanne, présidente,
M. Pinturault, premier conseiller,
M. Frézet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2023.
Le rapporteur,
C. FREZET
La présidente,
C. CABANNE La greffière,
M.-A. PRADAL
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026