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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2103469

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2103469

vendredi 16 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2103469
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantPRAXIOME BORDEAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 3 juillet 2021 et 12 août 2022, la SCI Château Meynard Consorts A doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision par laquelle le maire de la commune de Libourne a implicitement refusé d'abroger la délibération du 30 septembre 2014 par laquelle le conseil municipal de la commune de Libourne a approuvé l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine (AVAP) de Libourne, en tant qu'elle classe la propriété située 46 chemin de Belliquet sur le territoire de cette commune dans la catégorie " Les hôtels particuliers et châteaux viticoles fin XIXème siècle ".

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- le classement de la propriété située 46 chemin de Belliquet à Libourne au sein de la catégorie " Les hôtels particuliers et châteaux viticoles fin XIXème siècle " est erroné dès lors que cette propriété ne répond à aucun des six critères énoncés dans l'AVAP pour cette catégorie ; le corps des bâtiments principaux date au moins du XVIIIème siècle, sinon du XVIIème siècle ;

- alors que le gérant de la société vit dans la propriété depuis 2010, il n'a jamais été visité ni contacté par les responsables de la préparation de l'AVAP antérieurement au classement litigieux ;

- l'inclusion dans une certaine catégorie de l'AVAP impose certaines obligations aux propriétaires fonciers et peut être considérée comme augmentant la valeur cadastrale du bien ; cette inclusion présente ainsi des charges administratives injustifiées et des coûts ;

- deux représentants de l'Etat, à savoir un inspecteur et un géomètre des finances publiques, ont rétabli la propriété litigieuse au sein de la 5ème catégorie prévue à l'article 324 H du code général des impôts au sein de laquelle elle était classée lorsque le gérant de la société a acquis le château, en lieu et place de la catégorie 4M au sein de laquelle elle a été classée à la suite de l'approbation de l'AVAP ; ce-faisant, ils doivent être regardés comme ayant conclu que la propriété avait été classée à tort dans au sein de la catégorie " Les hôtels particuliers et châteaux viticoles fin XIXème siècle " de l'AVAP ;

- la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article L. 642-1 du code du patrimoine ;

- la propriété pourrait éventuellement être classée au sein de la catégorie " Les châteaux viticoles et maisons de plaisance du XVIIIème siècle " de l'AVAP.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2022, la commune de Libourne, représentée par Me Bach, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la société requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable pour défaut de production de la décision contestée, tardiveté, absence de conclusions et de moyens, et défaut de qualité à agir ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 12 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 12 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du patrimoine ;

- le code général des impôts ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Passerieux, rapporteure,

- les conclusions de M. Dufour, rapporteur public,

- les observations de M. A, représentant la SCI Château Meynard Consorts A,

- et les observations de Me Rouget, substituant Me Bach, représentant la commune de Libourne.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, gérant de la SCI Château Meynard Consorts A, dont le siège social est situé 46, chemin de Belliquet à Libourne, a demandé au maire de cette commune, par courrier du 22 avril 2021, d'abroger la délibération du 30 septembre 2014 par laquelle le conseil municipal de la commune de Libourne a approuvé l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine (AVAP) de Libourne, en tant qu'elle classe sa propriété située 46 chemin de Belliquet dans la catégorie " Les hôtels particuliers et châteaux viticoles fin XIXème siècle ". Le silence gardé par le maire de Libourne sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, la SCI Château Meynard Consorts A demande l'annulation de cette décision par laquelle le maire de Libourne a implicitement refusé de faire droit à sa demande d'abrogation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Lorsqu'il est saisi de conclusions aux fins d'annulation du refus d'abroger un acte réglementaire, le juge de l'excès de pouvoir est conduit à apprécier la légalité de l'acte réglementaire dont l'abrogation a été demandée au regard des règles applicables à la date de sa décision.

3. L'article L. 642-1 du code du patrimoine, en vigueur avant la publication de la loi du 7 juillet 2016 relative à la liberté de création, à l'architecture et au patrimoine, prévoit que l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine " a pour objet de promouvoir la mise en valeur du patrimoine bâti et des espaces dans le respect du développement durable. Elle est fondée sur un diagnostic architectural, patrimonial et environnementale, prenant en compte les orientations du projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme, afin de garantir la qualité architecturale des constructions existantes et à venir ainsi que l'aménagement des espaces. / L'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine a le caractère de servitude d'utilité publique. " Aux termes de l'article L. 631-1 du code du patrimoine, dans sa rédaction issue de la même loi du 7 juillet 2016 : " Sont classés au titre des sites patrimoniaux remarquables les villes, villages ou quartiers dont la conservation, la restauration, la réhabilitation ou la mise en valeur présente, au point de vue historique, architectural, archéologique, artistique ou paysager, un intérêt public. / Peuvent être classés, au même titre, les espaces ruraux et les paysages qui forment avec ces villes, villages ou quartiers un ensemble cohérent ou qui sont susceptibles de contribuer à leur conservation ou à leur mise en valeur. / Le classement au titre des sites patrimoniaux remarquables a le caractère de servitude d'utilité publique affectant l'utilisation des sols dans un but de protection, de conservation et de mise en valeur du patrimoine culturel. () ". Aux termes de l'article L. 631-4 du même code : " I.- Le plan de valorisation de l'architecture et du patrimoine a le caractère de servitude d'utilité publique. Il comprend : / () / 2° Un règlement comprenant / () b) Des règles relatives à la conservation ou à la mise en valeur du patrimoine bâti et des espaces naturels ou urbains ; / c) La délimitation des immeubles, espaces publics, monuments, sites, cours et jardins, l'identification des plantations et mobiliers urbains à protéger et à conserver, à mettre en valeur ou à requalifier pour des motifs d'ordre culturel, historique ou architectural et les prescriptions permettant d'assurer leur conservation ou leur restauration ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient aux auteurs du règlement d'une aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine, devenue, en application des dispositions précitées de l'article 114 de la loi du 7 juillet 2016, site patrimonial remarquable, de déterminer les classements à retenir pour le territoire concerné par ce document, en tenant compte de l'intérêt historique, architectural, archéologique, artistique ou paysager que présente la conservation, la restauration, la réhabilitation ou la mise en valeur des sites qu'il comporte et de fixer, en conséquence, les prescriptions permettant d'en assurer la conservation ou la restauration. Cette appréciation ne peut, en principe, être censurée par le juge administratif que dans le cas où elle serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

5. En l'espèce, selon le chapitre D.2 du règlement du secteur des hameaux et des châteaux de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine de Libourne, relatif aux bâtiments existants anciens (avant 1950) hormis échoppes : " En dehors des échoppes, qui font l'objet du chapitre 1 de ce règlement, les autres types architecturaux d'intérêt patrimonial qui ont été identifiés sur le territoire de la ville de Libourne dans le cadre de l'AVAP font l'objet de ce chapitre 2. Pour chacun de ces types, ont été établies des fiches synthétiques qui permettent d'en saisir les principales qualités, et donc d'en maintenir plus facilement le caractère lors d'éventuels projets d'aménagement. Ces fiches sont accompagnées d'une carte de Libourne indiquant schématiquement les endroits où chaque type se rencontre le plus fréquemment. Les différents types décrits sont les suivants : () - les hôtels particuliers et châteaux viticoles fin XIXème siècle ". Selon la fiche typologique relative aux hôtels particuliers et châteaux viticoles de la fin du XIXème siècle insérée dans le rapport de présentation de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine de Libourne, catégorie à laquelle renvoie expressément le règlement : " Dans la seconde moitié du XIXème siècle, les châteaux viticoles et les hôtels particuliers urbains, avec jardins ou parcs, se réfèrent aux mêmes modèles : / Un corps de logis de quatre façades pour la plupart des châteaux d'époque classique, couverts en ardoises à quatre pentes, parfois mansardés. / Sur les angles, souvent des tourelles d'inspiration classique ou médiévale. / Les communs, lorsqu'ils existent, sont des bâtiments séparés, ce qui n'était pas le cas dans les châteaux viticoles du XVIIIème siècle. / Ces châteaux et hôtels particuliers sont souvent construits sur de grandes parcelles donnant directement sur les axes d'entrée de la ville ".

6. Il ressort des pièces du dossier que la propriété située 46, chemin de Belliquet à Libourne, appartenant à la SCI Château Meynard Consorts A, est composée d'un château viticole entouré d'un vaste parc. Il ressort des photographies jointes au dossier, et sans qu'y fasse obstacle la circonstance que ces photographies auraient été prises postérieurement à l'adoption de la délibération du 30 septembre 2014 dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la construction aurait été modifiée entre temps, que deux tours rectangulaires, couvertes d'un toit en ardoise à quatre pentes, sont positionnées aux angles de la façade ouest de ce château, en surplomb du reste de la propriété. Il est constant que, si l'implantation du bâtiment central est plus ancienne, ces deux tours rectangulaires d'une superficie d'environ 72 m² chacune, lesquelles ont vocation à représenter les principaux éléments d'architecture du château ainsi que le fait valoir le maitre d'œuvre en charge de l'élaboration de l'AVAP dans un courriel en date du 5 mai 2022, ont été construites à la fin du XIXème siècle. Par ailleurs, il ressort des cartographies jointes au dossier que le château Meynard, situé sur une grande parcelle, est desservi par le chemin de Belliquet, lequel donne sur l'avenue du Port du Roy, qui permet de rejoindre le centre-ville de Libourne. De plus, si la société requérante fait valoir que deux représentants de l'Etat, à savoir un inspecteur et un géomètre des finances publiques, auraient rétabli sa propriété au sein de la 5ème catégorie prévue à l'article 324 H du code général des impôts au sein de laquelle elle était classée avant l'approbation de l'AVAP, en lieu et place de la catégorie 4M au sein de laquelle elle avait été classée ensuite, elle ne l'établit pas, à supposer qu'une telle circonstance puisse avoir une quelconque incidence sur le classement en litige. En outre, la circonstance qu'aucune photographie du château Meynard ne soit insérée au sein de la fiche typologique du rapport de présentation de l'AVAP relative aux hôtels particuliers et châteaux viticoles de la fin du XIXème siècle est sans incidence dès lors que les photographies insérées dans ces fiches n'ont pas une visée exhaustive mais ont uniquement vocation à illustrer chacune des catégories identifiées. Enfin, la société requérante n'est pas davantage fondée à soutenir que les châteaux situés à proximité du château Meynard ne seraient pas classés au sein de la catégorie des hôtels particuliers et châteaux viticoles du XIXème siècle dès lors qu'il ressort de la carte représentant les onze propriétés relevant de cette catégorie qu'elles sont situées au sein d'un espace étendu. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le classement de sa propriété au sein de la catégorie des hôtels particuliers et châteaux viticoles serait entaché d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ou méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 642-1 du code du patrimoine.

7. En deuxième lieu, si la société requérante soutient que son gérant n'a jamais été contacté par les services municipaux antérieurement au classement de sa propriété au sein de l'AVAP dans la catégorie des hôtels particuliers et châteaux viticoles du XIXème siècle, elle n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé, s'agissant notamment des dispositions qui auraient été, ce-faisant, méconnues. En tout état de cause, il appartenait à la société requérante de faire valoir ses observations concernant le classement de sa propriété durant l'enquête publique qui s'est déroulée du 14 octobre au 15 novembre 2013 avant l'adoption de la délibération du 30 septembre 2014. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que la SCI Château Meynard Consorts A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le maire de Libourne a implicitement refusé de faire droit à sa demande d'abrogation de la délibération du 30 septembre 2014 par laquelle le conseil municipal de la commune de Libourne a approuvé l'AVAP de Libourne, en tant qu'elle classe la propriété située 46 chemin de Belliquet dans la catégorie " Les hôtels particuliers et châteaux viticoles fin XIXème siècle ".

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la SCI Château Meynard Consorts A la somme que la commune de Libourne demande sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de la SCI Château Meynard Consorts A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Libourne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Château Meynard Consorts A et à la commune de Libourne.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Delvolvé, président,

Mme Mounic, première conseillère,

Mme Passerieux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2023.

La rapporteure,

C. PASSERIEUX

Le président,

Ph. DELVOLVÉ

La greffière,

L. SIXDENIERS

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2103469

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