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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2103496

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2103496

mercredi 21 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2103496
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP CORNILLE - FOUCHET - MANETTI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 juillet 2021, complétées de pièces le 4 août 2021 et d'un mémoire le 7 avril 2022, ce dernier non communiqué, M. C B, représenté par Me Cornille, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 mai 2021 par lequel le maire de Bordeaux a accordé un permis de construire à la société civile immobilière (SCI) CBMC pour la surélévation d'une maison d'habitation située 86 avenue d'Arès ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Bordeaux la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- le dossier de permis est incomplet et méconnait les articles R. 431-4, R. 431-8 et R. 431-10 du code de l'urbanisme ;

- le projet méconnait l'article 2.1.5. du règlement de la zone UP 1 du plan local d'urbanisme dès lors qu'il ne permet pas la conservation et la mise en valeur du bâtiment puisqu'il ne conserve que la façade existante, laquelle sera au demeurant modifiée, et aboutit à la création d'une construction nouvelle ; la construction protégée est donc altérée et non améliorée ; en outre, le projet aboutit à quasiment tripler a surface de planchers, ce qui est également interdit par l'article considéré en ce qui concerne les extensions adossées aux constructions protégées ;

- le projet méconnait l'article 2.2.1 du règlement de la zone UP 1 du plan local d'urbanisme dès lors qu'il n'est pas adapté au caractère des lieux avoisinants ;

- le projet méconnait les articles 1.4.1.2 et 1.4.1.3 du règlement de la zone UP 1 relatifs au stationnement des véhicules motorisés, dès lors qu'il ne prévoit pas les quatre places de stationnement requises par des articles.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 février 2022, la SCI CBMC, représentée par Me Lourme, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à l'application de l'article R. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et en tout état de cause à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est manifestement irrecevable, d'une part à défaut de qualité pour agir dès lors que M. B n'a pas justifié de son identité et de son titre de propriété en application des dispositions de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme, et d'autre part à défaut d'intérêt à agir ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 octobre 2021, la commune de Bordeaux, représentée par Me Tanon Lopes, conclut au rejet de la requête et à ce que M. B lui verse une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est manifestement irrecevable, d'une part à défaut de qualité pour agir dès lors que M. B n'a pas justifié de son identité en application des dispositions de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme, et d'autre part à défaut d'intérêt à agir ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 25 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 avril 2022.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pouget, président,

- les conclusions de M. Vaquero, rapporteur public

- les observations de Me Gournay, substituant Me Cornille, pour M. B

- les observations de Me Tanon Lopes pour la commune de Bordeaux,

- et les observations de Me Lourme pour la SCI CBMC.

Une note en délibéré présentée par M. B a été enregistrée le 8 juin 2023.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile immobilière CBMC a déposé le 22 mars 2021 une demande de permis de construire en vue de la surélévation d'une maison d'habitation existante pour la création de deux logements sur une parcelle cadastrée 63 section IU n° 18, située 86 avenue d'Arès à Bordeaux. Par un arrêté du 12 mai 2021, le maire de Bordeaux a fait droit à cette demande et a délivré un permis de construire n° PC 033 063 21 Z0149 assorti de prescriptions. M. B, voisin immédiat du projet, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 mai 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 10 décembre 2020 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la commune et notifié à l'autorité préfectorale le 16 décembre 2020, le maire de la commune de Bordeaux a consenti à M. Stéphane Gomot, conseiller municipal délégué auprès de M. D A pour le droit des sols et permis de densifier et signataire de l'arrêté attaqué, une délégation de signature aux fins notamment de se prononcer sur les demandes de permis de construire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages () ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. ".

4. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la notice descriptive présente avec suffisamment de précision l'insertion du projet dans son environnement, évoquant notamment un tissu dense d'échoppes, proche de la clinique Saint Augustin. Elle est accompagnée d'un plan de situation aérien et d'un plan de masse, permettant de visualiser les abords du projet et les constructions voisines. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme doit être écarté.

6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que les documents PC 6 et PC 7 du dossier de demande, composés de photographies prises à des distances différentes, permettent de situer le terrain dans son environnement, et que les angles des prises de vues sont reportés sur le plan de masse. En outre, et en considération du fait qu'aucune disposition ni aucun principe n'impose de traiter l'insertion du projet depuis les parcelles voisines, M. B n'est pas fondé à soutenir que le service instructeur n'aurait pas été en mesure, au moyen de ces documents, juxtaposés aux photographies aériennes et aux plans de masse, d'appréhender l'insertion du projet dans son environnement et notamment par rapport à sa maison d'habitation, quand bien même celle-ci n'apparaît pas sur les clichés photographiques. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 2.1.5 du règlement, relatif aux constructions existantes, de la zone UP1 du plan local d'urbanisme : " () a) Constructions protégées : / Les constructions protégées au titre du présent PLU en application du Code de l'urbanisme sont des constructions à préserver et à mettre en valeur pour des motifs d'ordre architectural, urbain, historique et / ou culturel. Elles sont repérées sur les plans au 1/1000° dits "ville de pierre" par des traits rouges ou verts passant devant les constructions, plans permettant l'application des dispositions particulières prises au titre de la protection du patrimoine bâti. / Les travaux sur les constructions protégées doivent respecter les prescriptions règlementaires des articles du présent règlement écrit et des plans au 1/1000° dits "ville de pierre". Ils doivent assurer la conservation et la mise en valeur des clôtures, des bâtiments, des structures, des matériaux, des éléments et des décors qui les caractérisent et qui leur confèrent une valeur architecturale, urbaine, historique et/ou culturelle. / Ne sont pas autorisés les travaux qui mettent en danger la stabilité des constructions protégées, les travaux de démolition complète, les travaux de démolition partielle qui consistent à ne conserver que les façades sauf dans le cas où la construction fait l'objet d'une procédure d'insalubrité et/ou de péril irrémédiable. / Toutefois, () les travaux de surélévation et/ou d'extension peuvent être autorisés s'ils améliorent la qualité des constructions protégées, leur aspect extérieur, leur insertion dans le paysage urbain et/ou dans l'environnement. / Les travaux d'extension adossée aux constructions protégées ne peuvent conduire à doubler la surface de plancher des constructions protégées ". Le plan au 1/1000 dit " ville de pierre " relatif aux zones UP1 et UP2 du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole identifie la propriété de la SCI " CBMC " comme une construction dont la façade est protégée compte tenu de sa localisation dans un ensemble de maisons ou échoppes en pierre d'architecture traditionnel.

8. Il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux consiste en l'extension et la surélévation d'une maison en R+1 en vue de la réalisation de deux logements, affectant principalement la partie de toiture et des murs latéraux, avec un impact visuel limité. Ainsi, l'aspect de la façade sur rue n'est pas modifié par le projet, la toiture étant simplement prolongée vers l'arrière en tuiles romanes identiques à l'existant, avec la création de deux ouvertures non visibles depuis la voie publique, sans insertion de volet ou de dispositif de protection solaire. Le différentiel de hauteur de faitage de 1,5 m entre l'existant et le projet ne changera pas la perception du bâtiment depuis la rue. Par ailleurs, si le projet prévoit l'installation d'un bardage métallique sur la partie arrière de la construction, côté jardin, et la création de fenêtres en rez-de-jardin, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette façade arrière présenterait un intérêt architectural particulier contribuant à la valeur architecturale du bâtiment et serait ainsi couverte par la protection " ville de pierre ", ni que les modifications apportées seraient de nature à nuire à la qualité générale du bâtiment. En outre, il ressort des pièces du dossier que le ravalement des pierres de la façade côté rue et la rénovation des menuiseries et ouvertures existantes sont en revanche de nature à assurer la conservation et la mise en valeur de la construction et de ses éléments architecturaux de caractère, sans les altérer.

9. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier, notamment des documents A 1 et A 2 du dossier de demande de permis de construire, que le projet prévoit la conservation notamment des murs latéraux, des sols et planchers aux niveaux R et R+ 1, ainsi que de la toiture côté rue, prolongée en tuiles romanes, seuls faisant l'objet d'une démolition le pan de toiture descendant et la façade Sud, côté jardin. Par suite, les travaux de démolition partielle envisagés, qui ne consistent pas en la seule conservation d'une façade, ne peuvent être regardés comme créant une construction nouvelle alors même qu'ils emportent création d'un logement supplémentaire.

10. Enfin, le projet ne peut être regardé comme une " extension adossée " à la construction protégée au sens du dernier alinéa des dispositions précitées dès lors qu'il consiste en une surélévation sans augmentation de l'emprise bâtie. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il aboutit à un quasi triplement de la surface de plancher en méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 2.2.1 du règlement de la zone UP1, relatif à l'emprise bâtie, du plan local d'urbanisme de Bordeaux métropole : " Les emprises 100, 50 et 0 figurant ci-dessous sont portées aux plans au 1/1000° dits "ville de pierre". () / "Emprise 0" : Aucune emprise bâtie nouvelle n'est autorisée () La surélévation, la réhabilitation et/ou le changement de destination des constructions existantes sont autorisés dès lors qu'ils sont adaptés au caractère des lieux avoisinants ".

12. Il ressort du plan de zonage " ville de pierre " relatif aux zones UP1 et UP2 du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole que la construction projetée se situe en " emprise 100 ". Par suite, M. B ne peut utilement se prévaloir de ce que la surélévation de la construction projetée ne serait pas adaptée au caractère des lieux avoisinants en méconnaissance des dispositions précitées, lesquelles sont applicables aux seules constructions situées en emprise 0. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 2.2.1 du règlement de la zone UP1 du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole doit donc être écarté comme inopérant.

13. En cinquième lieu, aux termes de l'article 1.4.1.3 du règlement de la zone UP1 du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole : " Les normes de stationnement indiquées dans le tableau ci-après s'appliquent aux constructions nouvelles, constructions existantes et changements de destination. Dans ces deux derniers cas, les normes s'appliquent conformément aux conditions définies dans les " modalités pour les constructions existantes et les changements de destination " fixées au " 1.4.1.2. Modalités de calcul des places de stationnement " ci-dessus ". Aux termes de l'article 1.4.1.2 du règlement de la même zone : " () - Modalités pour les constructions existantes avant l'approbation du PLU 3.1 et les changements de destination : / De manière générale, les normes de stationnement ne sont pas applicables si l'augmentation de la surface de plancher après travaux n'excède pas 40 m². Dès lors que les normes s'appliquent, elles le sont sur la seule surface de plancher créée, déduction faite de 40 m². () ". En vertu de l'article 1.4.1.3 précité, les habitations situées en secteur 3 comportent une place au minimum pour 65 m2 de surface de plancher, sans que le nombre minimum de places imposé pour le total de l'opération soit inférieur à une place par logement et supérieur à deux places par logement.

14. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du formulaire " Cerfa " de demande de permis de construire, que le projet litigieux, situé en secteur UP1 3L35, prévoit la création d'un logement, portant à deux le nombre de ceux-ci. Il résulte par ailleurs des dispositions précitées que le projet, qui crée 101 m2 de surface de plancher dont il convient de déduire 40 m2, implique la création d'une place de stationnement nouvelle en vertu des dispositions précitées. Or, il est constant que ledit projet prévoit de porter le nombre de stationnements de un à trois. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des dispositions des articles 1.4.1.2 et 1.4.1.3 du règlement de la zone UP1 du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole. Ce moyen doit donc être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté litigieux.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Bordeaux, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B des sommes de 800 euros à verser respectivement à la commune de Bordeaux et à la société CBMC sur le fondement des mêmes dispositions.

DECIDE

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera une somme de 800 euros à la commune de Bordeaux et une somme de 800 euros à la société CBMC en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à la commune de Bordeaux et à la société civile immobilière CBMC.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2023 à laquelle siégeaient :

M. Pouget, président,

M. Josserand, conseiller,

M. Frézet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2023.

Le président rapporteur,

L. POUGET

L'assesseur le plus ancien,

L. JOSSERAND

La greffière,

M-A. PRADAL

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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