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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2103527

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2103527

lundi 9 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2103527
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBOULE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, des mémoires et pièces complémentaires enregistrés les 12 juillet 2021, 19 avril et 12 mai 2022 sous le n° 2103527, M. B A, représenté par Me Boule, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de la préfète de la Gironde du 23 mars 2021 ordonnant la saisie par les services de police de toutes les armes, munitions et leurs éléments en sa possession quelle que soit leur catégorie, lui interdisant d'acquérir ou de détenir des armes, munitions et leurs éléments quelle que soit leur catégorie, inscrivant cette interdiction au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA) et confiant la conservation des armes et munitions saisies pendant une durée maximale de douze mois au service de police territorialement compétent ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui restituer les armes et munitions saisies.

Il soutient que le motif de l'arrêté attaqué selon lequel il serait instable et fragile, qu'il semblerait nourrir un sentiment de persécution et d'injustice laissant craindre une action individuelle potentiellement dangereuse pour lui-même et pour autrui si ses armes restaient en sa possession, est entaché d'une erreur de fait, dès lors qu'il n'est étayé par aucun élément médical et qu'il ne correspond pas à la réalité au regard de sa situation professionnelle et de son état de santé tel que décrit par trois attestations médicales.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 avril 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable par application de l'article R. 411-1 du code de justice administrative, en l'absence de moyens de légalité interne ou externe ;

- à titre subsidiaire, l'arrêté attaqué est légal.

Par ordonnance du 19 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 19 mai 2022.

M. A a produit un mémoire complémentaire, enregistré après clôture de l'instruction, le 4 novembre 2022, qui n'a pas été communiqué.

II. Par une requête, des mémoires et pièces complémentaires enregistrés les 7, 8, 9, 13, 14, 25 avril, 21 juin, 14 novembre et 8 décembre 2022 sous le n° 2201982, M. B A, représenté par Me Boule, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de la préfète de la Gironde du 24 mars 2022 ordonnant la saisie définitive des armes et munitions lui appartenant, prévoyant la vente ou la cession de ces armes et munitions et lui interdisant d'acquérir ou de détenir des armes, munitions et leurs éléments quelle que soit leur catégorie ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui restituer les armes et munitions saisies.

Il soutient que :

- les motifs de l'arrêté attaqué sont entachés d'une erreur de fait, dès lors qu'il n'est étayé par aucun élément médical et qu'il ne correspond pas à la réalité au regard de sa situation professionnelle et de son état de santé tel que décrit par trois attestations médicales.

- cet arrêté est discriminatoire ;

- il fait l'objet d'un comportement abusif de l'administration qui n'en finit pas de le harceler.

Par un mémoire enregistré le 5 décembre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable par application de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;

- les moyens présentés par M. A ne sont pas fondés.

L'instruction est close est intervenue trois jours francs avant la date de l'audience, en application de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Molina-Andréo, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Passerieux, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. A raison d'une agression à l'arme blanche dont M. B A a déclaré avoir été victime le 10 mars 2021, les services de police ont procédé à une enquête et ont auditionné l'intéressé. Par un rapport du 19 mars 2021 adressé à la préfète de la Gironde, la commissaire divisionnaire de la direction départementale de la sécurité publique de la Gironde a estimé, qu'au vu du " danger grave et immédiat " que M. A représenterait pour lui-même ou pour autrui, une saisie conservatoire des quinze armes à feu lui appartenant, " permettrait d'éviter tout drame et d'effectuer sereinement les vérifications utiles quant à l'état de santé mentale de l'intéressé ". Au vu de ce rapport, la préfète de la Gironde a, par décision du 23 mars 2021, ordonné la saisie par les services de police de toutes les armes, munitions et leurs éléments en possession de M. A quelle que soit leur catégorie, interdit à ce dernier d'acquérir ou de détenir des armes, munitions et leurs éléments en possession quelle que soit leur catégorie, inscrit cette interdiction au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA) et confié la conservation des armes et munitions saisies pendant une durée maximale de douze mois au service de police territorialement compétent. Par décision du 24 mars 2022, la préfète de la Gironde a ordonné la saisie définitive des armes et munitions appartenant à M. A, a prévu que ses armes et munitions soient vendues aux enchères ou cédées à un commerçant autorisé et que le produit de la vente bénéficie au propriétaire, enfin a confirmé l'interdiction d'acquérir ou de détenir des armes, munitions et leurs éléments quelle que soit leur catégorie. Par les présentes requêtes, M. A demande l'annulation de ces arrêtés des 23 mars 2021 et 24 mars 2022.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2103527 et 2201982 concernent la situation d'un même requérant et présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions en annulation :

3. Aux termes de l'article L. 312-7 du code de la sécurité intérieure : " Si le comportement ou l'état de santé d'une personne détentrice d'armes, de munitions et de leurs éléments présente un danger grave pour elle-même ou pour autrui, le représentant de l'Etat dans le département peut lui ordonner, sans formalité préalable ni procédure contradictoire, de les remettre à l'autorité administrative, quelle que soit leur catégorie. ". Aux termes de l'article L. 312-9 du même code : " La conservation de l'arme, des munitions et de leurs éléments remis ou saisis est confiée pendant une durée maximale d'un an aux services de la police nationale ou de la gendarmerie nationale territorialement compétents. (). ". Aux termes de l'article L. 312-10 du même code : " Il est interdit aux personnes dont l'arme, les munitions et leurs éléments ont été saisis en application de l'article L. 312-7 ou de l'article L. 312-9 d'acquérir ou de détenir des armes, munitions et leurs éléments, quelle que soit leur catégorie. / () ".

En ce qui concerne la décision du 23 mars 2021 :

4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué du 23 mars 2021 reprend, dans ses motifs, le rapport établi le 19 mars 2021 par la commissaire divisionnaire de la direction départementale de la sécurité publique (DDSP) de la Gironde, et transmis à la préfète de la Gironde. Ce rapport mentionne que dans le cadre de l'enquête faisant suite à l'agression du 10 mars 2021, M. A a été auditionné et a alors paru " être dans un état instable et fragile, nourrissant un sentiment de persécution et d'injustice qu'il attribue à la fois aux services de l'Etat (préfecture et police) et à des individus qui chercheraient à lui nuire du fait de l'engagement qu'il aurait contre la radicalisation ". Il ressort de ce rapport qu'alors que M. A se trouvait dans une situation professionnelle difficile à la suite des périodes de confinement liées à l'épidémie de Covid-19, il avait effectué une grève de la faim de 21 jours qu'il avait médiatisée localement. Il ressort également de ce rapport que M. A a tenu des propos selon lesquelles l'ouverture, par erreur, par les services de la Poste d'un courrier de la préfecture prolongeant son autorisation de détention d'armes à feu aurait pu avoir de graves répercussions, l'intéressé envisageant la possibilité qu'un individu mal intentionné vienne mettre un couteau sous la gorge de son épouse lors d'une ballade avec leur chien afin de l'obliger à donner ses armes et munitions. La commissaire divisionnaire relevait à ce titre un attrait de M. A pour la " couverture médiatique d'un évènement qui n'en est pas un (ouverture par erreur d'un courrier) ", la conduisant à craindre une " action individuelle potentiellement dangereuse pour lui-même ou pour autrui si ses armes lui étaient restituées ". Si, par jugement du tribunal correctionnel de Bordeaux du 27 octobre 2021, M. A a été relaxé des faits dont il était accusé de dénonciation mensongère à une autorité judiciaire ou administrative entrainant des recherches inutiles à raison des évènements du 10 mars 2021, au motif que le doute devait lui profiter, il ressort du rapport d'expertise médicale du 1er avril 2021 diligentée dans le cadre de l'enquête pénale, que l'intéressé, qui a déclaré ne pas être une victime et savoir se défendre, présente " des traits de personnalité obsessionnelle ". A cet égard, les certificats médicaux versés au dossier attestant d'un état de santé compatible avec la détention d'armes ne sont pas de nature, compte tenu des termes peu circonstanciés dans lesquels ils sont rédigés, à remettre en cause les faits précis et éléments médicaux précités traduisant, à la date de l'arrêté attaqué, un état psychique inquiétant. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur de fait ni d'erreur d'appréciation que la préfète de la Gironde a pu estimer que le comportement de M. A présentait, à cette date de l'arrêté contesté du 23 mars 2021, un danger grave pour lui-même ou pour autrui et pour ce motif, ordonner la saisie de toutes ses armes, munitions et leurs éléments en sa possession, ainsi que lui interdire d'acquérir et de détenir des armes, munitions et leurs éléments, quelle que soit leur catégorie.

En ce qui concerne la décision du 24 mars 2022 :

5. Il ressort des pièces du dossier et en particulier de l'arrêté attaqué du 24 mars 2022 que, pour estimer que le comportement de M. A laissait toujours craindre une utilisation dangereuse pour autrui des armes, éléments d'armes et munitions s'ils étaient laissés en sa possession, la préfète de la Gironde s'est notamment fondée sur la circonstance que la multiplication et le contenu des messages adressés par l'intéressé à l'administration postérieurement à l'arrêté du 23 mars 2021 permettaient de penser qu'il se trouvait toujours dans un état psychique proche de celui observé par la DDSP lors de son audition en mars 2021. Si le requérant soutient qu'il ne peut être " jugé sur des courriels maladroits ou agacés " et qu'il a invoqué à tort " des soins palliatifs liés à [un] cancer ", les pièces jointes ne permettent pas d'établir que son état psychique aurait favorablement évolué depuis l'arrêté du 23 mars 2021 et serait désormais compatible avec la détention d'armes à feu, alors que le certificat médical produit en date du 13 avril 2022 émane d'un médecin généraliste non spécialisé dans les troubles psychologiques et que le certificat produit en date 14 avril 2022, établi par une médecin psychiatre, se borne à attester de ce que " pour autant qu'[elle] en [a] eu connaissance ", les " antécédents psychologiques ne constituent pas une contre-indication à l'acquisition ou à la détention d'armes ". Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la préfète de la Gironde aurait commis une erreur de fait ou une erreur d'appréciation en considérant que l'état psychique de M. A justifiait, à la date de l'arrêté contesté du 24 mars 2022, une saisie définitive des armes et munitions en sa possession, doit être écarté.

6. La circonstance que la préfète de la Gironde ait pris en compte les propres déclarations de M. A faisant état de son mauvais état de santé, de sa situation de handicap et de son placement en soins palliatif à raison d'un cancer au poumon inopérable n'est pas constitutif d'une atteinte au principe de non-discrimination au handicap, dès lors que de tels éléments étaient de nature, dans les circonstances de l'espèce décrites aux points précédents, à accentuer un état de fragilité psychologique incompatible avec la détention d'armes.

7. Enfin, si M. A soutient qu'il fait l'objet d'un " comportement abusif " de l'administration qui " n'en finit pas de le harceler ", le détournement de pouvoir ainsi allégué n'est pas établi.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il y ait lieu d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense dans les deux dossiers, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés des 23 mars 2021 et 24 mars 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Delvolvé, président,

Mme Molina-Andréo, première conseillère,

Mme Mounic, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2023.

La rapporteure,

B. MOLINA-ANDRÉO Le président,

Ph. DELVOLVÉ

La greffière,

L. SIXDENIERS

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2103527 ;

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