vendredi 16 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2103588 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | BALTAZAR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 juillet 2021, Mme A C, représentée par Me Baltazar, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 juillet 2021 par lequel le maire de Bordeaux a suspendu, pour une durée de 15 jours, l'autorisation d'occupation du domaine public qui lui avait été accordée le 21 juin 2021 pour exploiter une terrasse rue Camille Sauvageau ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Bordeaux une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été précédé d'une procédure contradictoire ;
- il constitue une atteinte au principe d'illégalité, dès lors qu'il existe une différence de traitement avec d'autres établissements installés dans le même périmètre, et en particulier dans la même rue, de même configuration, qui ont installé une terrasse extérieure sur la chaussée ;
- il est entaché d'un défaut de base légale ; elle ignore quelle faute lui est reprochée ; s'il s'agit de l'installation d'une terrasse rue Berrouet, un tel fait ne saurait justifier la sanction qui lui a été infligée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2022, la commune de Bordeaux conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 12 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 12 octobre 2022.
En application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, le tribunal a adressé le 2 mai 2023 à Mme C une demande de pièce pour compléter l'instruction. Une pièce, réceptionnée le 17 mai 2023, n'a pas été communiquée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Passerieux, rapporteure,
- les conclusions de M. Dufour, rapporteur public,
- les observations de Me Lagarde, substituant Me Baltazar, représentant Mme C,
- et les observations de Mme E, représentant la commune de Bordeaux.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, gérante de la société Sauvageau, qui exploite le restaurant " Pizz'A Papa ", à l'angle de la rue Berrouet et du 97 de la rue Sauvageau, à Bordeaux, a sollicité, par courriers des 4 février 2019, 26 février 2019 et 9 janvier 2020, l'autorisation de conserver une terrasse implantée sans autorisation, sur la chaussée de la rue Berrouet. Par décisions des 4 et 11 mars 2019, confirmées le 23 janvier 2020, le maire de la commune de Bordeaux a rejeté ces demandes. Par jugement n° 2000667 du 22 mars 2022, le tribunal administratif de Bordeaux a, d'une part, annulé la décision du 11 mars 2019 pour incompétence et, d'autre part, confirmé la légalité de la décision du 23 janvier 2020. Par courriel du 10 mai 2021, Mme C a demandé à bénéficier du régime dérogatoire relatif à l'extension des terrasses durant la crise sanitaire. Par décision du 21 juin 2021, l'adjointe au maire de Bordeaux a, d'une part, autorisé Mme C à occuper le domaine public à titre provisoire pour exploiter une terrasse rue Camille Sauvageau et, d'autre part, lui a demandé de libérer la terrasse implantée sur la chaussée de la rue Berrouet. Puis, par arrêté du 9 juillet 2021, après avoir constaté le maintien de l'exploitation de la terrasse située rue Berrouet, le maire de Bordeaux a suspendu, pour une durée de 15 jours, l'autorisation d'occupation du domaine public qui avait été accordée le 21 juin 2021 à Mme C pour exploiter une terrasse rue Camille Sauvageau. Mme C a sollicité, par courrier du 12 juillet 2021, la communication des motifs de la décision du 21 juin 2021. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de l'arrêté du 9 juillet 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal. () ".
3. Mme D B, adjointe au maire de Bordeaux en charge des commerces, des marchés et des animations de proximité, qui a signé l'arrêté du 9 juillet 2021, bénéficiait, par arrêté du maire de Bordeaux du 5 mai 2021, reçu à la préfecture de la Gironde le 11 mai 2021 et régulièrement affiché le même jour sur les emplacements officiels, d'une délégation de signature à l'effet de signer " tous les actes relevant de son champ de délégation et notamment dans le domaine de l'occupation du domaine public, des terrasses, à l'exception des documents qui ont fait l'objet d'une délégation à un directeur général ou un directeur ". Il n'est pas établi ni même allégué que l'arrêté contesté relèverait de cette dernière hypothèse. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté du 9 juillet 2021 portant suspension d'une autorisation d'occupation du domaine public pour l'exploitation d'une terrasse doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 2° Infligent une sanction ; () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Relèvent des dispositions précitées les décisions par lesquelles l'autorité en charge de la gestion du domaine public retire ou suspend une autorisation d'occupation dudit domaine en vue de sanctionner le titulaire de cette autorisation.
5. En l'espèce, l'arrêté du 9 juillet 2021, qui suspend pour une durée de 15 jours l'autorisation d'occupation du domaine public qui avait été accordée le 21 juin 2021 à Mme C pour exploiter une terrasse rue Camille Sauvageau, vise les articles L. 2212-2 à L. 2212-5 du code général des collectivités territoriales, l'arrêté municipal du 12 février 2013 portant règlement municipal de police administrative - gestion de l'occupation du domaine public - commerces et immeubles, et notamment son article 8 et l'arrêté municipal du 7 mai 2021 portant modification du règlement municipal de police administrative et nouvelles dispositions permettant l'attribution de nouvelles surfaces commerciales. L'arrêté précise, d'une part, que durant l'année 2020, les services de la ville ont procédé au démantèlement du platelage mis en place sans autorisation rue Berrouet, d'autre part, qu'il a été demandé à la requérante par courrier du 21 juin 2021 de retirer la terrasse installée rue Berrouet et que cette dernière a été informée qu'en cas contraire il existait un risque de suppression de la terrasse autorisée rue Camille Sauvageau et, enfin, qu'il a été constaté le 7 juillet 2021 que l'intéressée persistait à exploiter la terrasse rue Berrouet. L'arrêté mentionne enfin qu'il " importe de prendre toutes les mesures de nature à assurer l'ordre et la sécurité publique ". Dans ces conditions, l'arrêté du 9 juillet 2021 comporte l'énoncé des motifs de fait et de droit sur lesquels il se fonde. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté contesté serait insuffisamment motivé.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ".
7. En l'espèce, Mme C soutient que l'arrêté contesté n'a pas été précédé d'une procédure contradictoire, en méconnaissance des dispositions précitées. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le courrier du 21 juin 2021 remis en mains propres à l'intéressée indique expressément, après avoir fait droit à la demande de la requérante tendant à occuper le domaine public à titre provisoire pour exploiter une terrasse rue Camille Sauvageau dans le contexte de la crise sanitaire, qu'il a été constaté que l'intéressée avait installé sans autorisation une terrasse rue Berrouet, en y fixant poteaux et gazon synthétique et que si les poteaux ont été retirés depuis ce constat, le gazon et le mobilier demeurent. Ce courrier rappelle que les services de la ville ont procédé à la fin de l'année 2020 au démantèlement du platelage que la requérante avait mis en place et qu'aucune autre nouvelle autorisation de terrasse ne lui a été accordée à cet emplacement. Enfin, ce courrier précise que l'autorité municipale demande à l'intéressée de " libérer dès à présent cette terrasse et de [se] limiter à la seule autorisation sur la rue Camille Sauvageau " et qu'à défaut, l'autorité municipale sera " dans l'obligation d'interdire toute la terrasse ". Dans ces conditions, Mme C doit être regardée comme ayant été suffisamment informée du manquement qui lui est reproché et de ce qu'une sanction était susceptible d'être prononcée à son encontre. En outre, l'intéressée ne précise pas les observations qu'elle n'aurait pas été en mesure de présenter. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir qu'elle aurait été privée d'une procédure contradictoire préalable à l'intervention de l'arrêté contesté, qui au demeurant prononce la suspension provisoire pendant une durée de quinze jours de l'autorisation d'occupation du domaine public dont elle bénéficiait.
8. En quatrième lieu, le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que l'autorité administrative règle de façon différente des situations différentes, ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général pourvu que, dans l'un et l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la décision qui l'établit et ne soit pas manifestement disproportionnée au regard des motifs susceptibles de la justifier.
9. En l'espèce, Mme C soutient que l'arrêté contesté, en tant qu'il confirme le refus de l'autoriser à implanter une terrasse rue Berrouet, porte atteinte au principe d'égalité. Toutefois, il ne ressort pas du constat d'huissier en date du 5 septembre 2019 produit par la requérante que l'établissement exploité par la société Sauvageau dont elle est la gérante serait placé, au regard de l'étroitesse à la fois de la rue Berrouet et des trottoirs de cette rue au droit et en face du restaurant " Pizz'A Papa ", dans la même situation que les autres commerces dont cette dernière se prévaut, en particulier les restaurants bénéficiant d'une terrasse rue Camille Sauvageau ou rue de la porte de la Monnaie. En outre, la différence de traitement résultant de cette différence de situation est en rapport avec l'objet même de l'arrêté contesté en tant qu'il confirme le refus d'installer une terrasse sur le domaine public et n'est pas manifestement disproportionnée au regard des motifs qui le justifie, tirés du maintien de l'ordre et de la sécurité publique. Par suite, Mme C n'est pas fondée à invoquer la méconnaissance du principe d'égalité.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de l'arrêté municipal du 12 février 2013 portant règlement municipal de police administrative : " Toutes infractions aux dispositions du présent arrêté, aux règles d'hygiène et de sécurité, aux obligations en matière de propreté et d'entretien des terrasses et du mobilier qui les compose, de tenue des chantiers, d'une manière générale toutes exploitations provoquant des nuisances sonores ou des troubles de l'ordre public, seront sanctionnées par des mesures administratives et pénales et soumises au paiement d'une redevance journalière établie selon le tarif en vigueur pour les occupations sans titre. Cette redevance ne donnera pas droit à autorisation. / Seront considérées comme infractions, toutes occupations du domaine public sans autorisation municipale, ou contraires aux lois ou règlements en vigueur. / Toute autorisation pourra être immédiatement retirée de plein droit en cas de violation des dispositions du présent arrêté ".
11. En l'espèce, d'une part, si Mme C soutient que l'arrêté contesté du 9 juillet 2021 est dépourvu de base légale, il ressort des termes mêmes de cet arrêté qu'il est notamment fondé sur les dispositions de l'article 8 de l'arrêté municipal du 12 février 2013 citées au point précédent et qu'il mentionne qu'il a été pris afin d'assurer l'ordre et la sécurité publique. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que, ainsi qu'il a été dit au point 1 du présent jugement, si Mme C a sollicité à plusieurs reprises l'autorisation de conserver une terrasse implantée sans autorisation sur la chaussée de la rue Berrouet, cette autorisation lui a toujours été refusée. Dans ces conditions, en décidant de suspendre pendant une durée de quinze jours l'autorisation d'occupation du domaine public qui avait été accordée le 21 juin 2021 à l'intéressée pour exploiter une terrasse rue Camille Sauvageau, le maire de Bordeaux n'a entaché sa décision ni d'erreur d'appréciation ni de disproportion. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 9 juillet 2021.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Bordeaux qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que réclame Mme C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la commune de Bordeaux.
Délibéré après l'audience du 22 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Delvolvé, président,
Mme Mounic, première conseillère,
Mme Passerieux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2023.
La rapporteure,
C. PASSERIEUX
Le président,
Ph. DELVOLVÉ
La greffière,
L. SIXDENIERS
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2103588
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026