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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2103796

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2103796

jeudi 12 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2103796
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantCOSTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 juillet 2021, Mme A H épouse F, représentée par Me Coste, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er juin 2021 par laquelle la préfète de la Gironde lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa demande en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence à défaut de délégation de signature régulièrement publiée ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle est entrée en France de façon régulière, résidait en France avec son époux depuis trois mois à la date de la décision attaquée, et le mariage et la vie commune étaient antérieurs de plus de six mois ;

- elle ne peut retourner en Ukraine où elle craint la réaction de son ex époux ;

- la décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2021, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme I.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A H épouse F, née en 1974 et de nationalité ukrainienne, demande l'annulation de la décision du 1er juin 2021 par laquelle la préfète de la Gironde lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour.

2. En premier lieu, la préfète de la Gironde, par un arrêté du 5 mai 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n°33-2021-086 du même jour, a donné délégation à M. E B, chef du bureau de l'admission au séjour des étrangers, signataire de la décision en litige, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. D, directeur des migrations et de l'intégration et de Mme C G, directrice adjointe, toutes décisions et courriers relevant des missions de la direction des migrations et de l'intégration et notamment toutes décisions de refus de délivrance de titres de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte faute de délégation de signature régulièrement publiée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article L. 412-1 de ce code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que, comme l'expose la décision attaquée, la requérante ne justifie pas du visa de long séjour prévu par les dispositions combinées des articles L. 412-1 et L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, nonobstant la circonstance qu'elle est entrée régulièrement en France, la préfète de la Gironde pouvait légalement refuser de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de conjoint d'un ressortissant français et n'a ainsi pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. "

6. Il ressort des pièces du dossier que si Mme H épouse F a épousé un ressortissant français le 24 décembre 2020, le mariage a eu lieu non pas en France, mais en Ukraine. Par ailleurs, et alors qu'elle soutient sans l'établir être entrée en France le 15 février 2021, les éléments produits au dossier ne permettent pas d'établir l'ancienneté de la communauté de vie de six mois à la date de la décision contestée du 1er juin 2021. Par suite, c'est à bon droit que la préfète lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

8. Il ressort de ce qui a été énoncé au point 6 que si la requérante s'est mariée avec un ressortissant français le 24 décembre 2020 en Ukraine, elle n'établit pas l'ancienneté de la communauté de vie avec ce dernier. Elle n'établit pas davantage, ni même n'allègue, avoir noué des liens sociaux d'une particulière intensité sur le territoire français. Dans ces conditions, la préfète de la Gironde n'a pas méconnu les stipulations précitées en refusant de lui délivrer un titre de séjour et n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de la requérante.

9. En cinquième et dernier lieu, le refus de titre de séjour contesté n'implique pas par lui-même que Mme H épouse F retourne en Ukraine. Par suite, le moyen tiré de ce qu'elle ne pourrait y retourner, du fait notamment des menaces de mort de son ex époux, est inopérant et doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme H épouse F doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme H J F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A H J F et à la préfète de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 20 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

Mme Lahitte, conseillère,

M. Bongrain, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2023.

La présidente-rapporteure,

F. I

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

A. LAHITTE

La greffière,

C. SCHIANO

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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