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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2104057

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2104057

lundi 17 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2104057
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP LE GALL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 août 2021 et 1er août 2022, M. A B, représenté par Me Le Gall, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 mars 2021 par lequel le maire de la commune de Mauzac-et-Grand-Castang a refusé de lui accorder un permis de construire une maison d'habitation individuelle sur un terrain situé à " Le Grand Bois " sur le territoire de cette commune, ensemble la décision du 8 juin 2021 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de Mauzac-et-Grand-Castang de lui délivrer, sous astreinte, le permis de construire sollicité ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Mauzac-et-Grand-Castang la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa demande de régularisation ne comporte pas d'élément nouveau, mais concerne uniquement l'existant ;

- il est fondé à se prévaloir des dispositions de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme ;

- la commune de Mauzac-et-Grand-Castang dispose d'une borne incendie à proximité de sa parcelle, ce qui permet de garantir sa sécurité ainsi que celle des usagers ; à cet égard, la commune ne peut se prévaloir de sa propre turpitude dès lors que l'indisponibilité du puisard est due à une absence d'entretien qui lui est imputable ;

- il est fondé à se prévaloir des dispositions de l'article L. 161-4 du code de l'urbanisme dès lors que, d'une part, le projet litigieux concerne une réfection et, d'autre part, il bénéficiait auparavant du statut d'agriculteur.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 mai et 14 septembre 2022, la commune de Mauzac-et-Grand-Castang, représentée par la SELARL Franz Touche Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 23 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 21 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Passerieux, rapporteure,

- les conclusions de M. Dufour, rapporteur public,

- et les observations de Me Touche, représentant la commune de Mauzac-et-Grand-Castang.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 24 mars 2021, le maire de la commune de Mauzac-et-Grand-Castang a refusé de délivrer à M. B un permis de construire une maison d'habitation individuelle de plain-pied de 146 m² sur un terrain situé à " Le Grand Bois " sur le territoire de cette commune. Le 8 juin 2021, cette même autorité a rejeté le recours gracieux formé par M. B contre cet arrêté. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable : " Lorsqu'une construction est achevée depuis plus de dix ans, le refus de permis de construire ou la décision d'opposition à déclaration préalable ne peut être fondé sur l'irrégularité de la construction initiale au regard du droit de l'urbanisme. / Les dispositions du premier alinéa ne sont pas applicables : () / 5° Lorsque la construction a été réalisée sans qu'aucun permis de construire n'ait été obtenu alors que celui-ci était requis ; () ". Il résulte de ces dispositions que peuvent bénéficier de la prescription administrative ainsi définie les travaux réalisés, depuis plus de dix ans, lors de la construction primitive ou à l'occasion des modifications apportées à celle-ci, sous réserve qu'ils n'aient pas été réalisés sans permis de construire en méconnaissance des prescriptions légales alors applicables.

3. En l'espèce, il est constant que M. B a construit en 1988 une remise forestière sur le terrain d'assiette du projet litigieux sans obtenir de permis de construire, alors même qu'une telle autorisation était requise pour cette construction, ainsi qu'il ressort notamment de l'arrêté du 5 août 1988 par lequel le préfet de la Dordogne a refusé de délivrer à l'intéressé un permis de construire une remise forestière sur le terrain situé à " Le Grand Bois ". Par suite, et sans qu'y fasse obstacle la circonstance que la demande de permis de construire en litige aurait été déposée afin de régulariser cette construction existante, laquelle a été réalisée sans qu'aucun permis de construire n'ait été obtenu alors que celui-ci était requis, M. B n'est pas fondé à se prévaloir de la prescription administrative définie par les dispositions de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 161-4 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable : " La carte communale délimite les secteurs où les constructions sont autorisées et les secteurs où les constructions ne sont pas admises, à l'exception : / 1° De l'adaptation, du changement de destination, de la réfection ou de l'extension des constructions existantes ainsi que de l'édification d'annexes à proximité d'un bâtiment existant ; / 2° Des constructions et installations nécessaires : () b) A l'exploitation agricole ou forestière, à la transformation, au conditionnement et à la commercialisation des produits agricoles lorsque ces activités constituent le prolongement de l'acte de production ; (). / Les constructions et installations mentionnées au 2° ne peuvent être autorisées que lorsqu'elles ne sont pas incompatibles avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière sur le terrain sur lequel elles sont implantées et qu'elles ne portent pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels ou des paysages. / Les constructions et installations mentionnées aux b et d du même 2° sont soumises à l'avis de la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers. ". Aux termes de l'article R. 161-4 du même code : " Le ou les documents graphiques délimitent les secteurs où les constructions sont autorisées et ceux où les constructions ne peuvent pas être autorisées, à l'exception de celles mentionnées à l'article L. 161-4. () ".

5. Il résulte de ces dispositions que les documents graphiques des cartes communales délimitent les secteurs où les constructions ne peuvent être autorisées, à l'exception des constructions et installations nécessaires, notamment, à l'exploitation agricole ou forestière. Pour vérifier que la construction ou l'installation projetée est nécessaire à cette exploitation, l'autorité administrative compétente doit s'assurer au préalable, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de la réalité de l'exploitation agricole ou forestière, au sens de ces dispositions, laquelle est caractérisée par l'exercice effectif d'une activité agricole ou forestière d'une consistance suffisante.

6. En l'espèce, il est constant que le terrain d'assiette du projet litigieux est situé en zone N non constructible de la carte communale. D'une part, il ressort de la notice de terrain jointe au dossier de demande de permis de construire en litige que M. B a déposé une demande de permis de construire en vue de la régularisation d'une construction existante et non sa réfection, au sens du 1° de l'article L. 161-4 précité. D'autre part, en se bornant à produire un extrait d'inscription au registre du commerce et des sociétés en date du 7 février 1995 pour une activité de bûcheron, débardeur, travaux agricoles, parcs et jardins, terrassement agricole ainsi qu'un courrier de la MSA Dordogne en date du 22 mars 1993, M. B, qui n'apporte aucune précision quant aux conditions concrètes de son activité actuelle, ne saurait être regardé comme établissant que la construction litigeuse, laquelle a au demeurant une vocation d'habitation selon les termes mêmes de l'intéressé, serait, à la date de la décision attaquée, nécessaire à une exploitation agricole effective au sens du 2° de l'article L. 161-4 précité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. "

8. En vertu de ces dispositions, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modification nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

9. En l'espèce, le maire de la commune de Mauzac-et-Grand-Castang a refusé de délivrer un permis de construire au requérant au motif que la demande de permis a pour objet la construction d'une maison d'habitation dans un secteur où la sécurité incendie n'est pas assurée et que, ce faisant, le projet est de nature à porter atteinte à la sécurité publique.

10. Il ressort du procès-verbal de constat en date du 3 août 2021 établi à la demande de M. B qu'une borne à incendie ainsi que trois vannes AEP sont situées à proximité de la parcelle du requérant cadastrée section B n° 121, terrain d'assiette du projet litigieux. Toutefois, il ressort de la liste annexée à l'arrêté du 19 mai 2022 du maire de la commune de Mauzac-et-Grand-Castang portant sur la défense extérieure contre l'incendie faisant état de l'ensemble des points d'eau incendie (PEI), dressée à suite d'un contrôle technique des PEI 2020, que celui situé au niveau de la route de Grand Castang dans l'enceinte grillagée et à proximité du terrain en litige est indisponible dès lors que son débit est inférieur à 30 mètres cube par heure, soit le débit minimal fixé par le règlement départemental de la défense extérieure contre l'incendie approuvé par arrêté du préfet de la Dordogne du 20 juin 2018. L'indisponibilité de ce PEI n'est pas due, contrairement à ce qui est soutenu par le requérant, à un défaut d'entretien imputable à la commune mais aux caractéristiques de ce PEI, à savoir son débit et son volume. Or, il est constant que le terrain d'assiette du projet litigieux est situé au sein d'un vaste espace boisé, au demeurant inconstructible, qui est soumis à un fort risque d'incendie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 24 mars 2021 et de la décision du 8 juin 2021 doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Mauzac-et-Grand-Castang qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B le paiement d'une somme de 1 500 euros au profit de la commune de Mauzac-et-Grand-Castang sur le même fondement.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera la somme de 1 500 euros à la commune de Mauzac-et-Grand-Castang au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Mauzac-et-Grand-Castang.

Délibéré après l'audience du 19 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Delvolvé, président,

Mme Mounic, première conseillère,

Mme Passerieux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2023.

La rapporteure,

C. PASSERIEUX

Le président,

Ph. DELVOLVÉ

La greffière,

L. SIXDENIERS

La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2104057

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