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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2104063

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2104063

jeudi 1 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2104063
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL HMS ATLANTIQUE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 5 août 2021, 26 septembre et 8 décembre 2022 (non communiqué pour ce-dernier), M. A B, représenté par Me Julie Noël, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n°2021/2142 du 30 juin 2021 par lequel le président de Bordeaux Métropole l'a exclu temporairement de ses fonctions pour une durée de trois jours ;

2°) d'enjoindre à Bordeaux Métropole de retirer l'arrêté en litige de son dossier et de supprimer toute mention y faisant référence dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de Bordeaux Métropole la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté n'est pas compétent en l'absence de délégation de signature régulièrement publiée ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée ; elle est peu compréhensible ;

- les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis ; il n'a pas quitté le territoire de Bordeaux Métropole muni de matériel appartenant à la collectivité le 1er juin 2018 ; il n'a pas utilisé de matériel appartenant à Bordeaux Métropole pour des fins personnelles durant les horaires de service mais en dehors de ceux-ci ; il bénéficiait d'une autorisation à cette fin ; il n'a jamais acheté de pièces détachées mais simplement recueilli des devis qu'il n'a pas signés ; les montants des réparations sont justifiés ;

- les faits ne sont pas fautifs ; les dysfonctionnements relevés concernent l'ensemble du service ;

- la sanction est disproportionnée dès lors que ses évaluations sont bonnes et qu'il n'a pas d'antécédent disciplinaire.

Par des mémoires en défense enregistrés le 19 août, 25 octobre et 7 décembre 2022, Bordeaux Métropole, représentée par le cabinet HMS Atlantique conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. B.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 9 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 9 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n°89-677 du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bongrain,

- les conclusions de M. Naud, rapporteur public,

- les observations de Me Latour, représentant M. B,

- et celles de Me Safar, représentant Bordeaux Métropole.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, adjoint technique principal de 1ère classe, exerce les fonctions de mécanicien auprès de Bordeaux Métropole depuis le 1er janvier 2016 au sein du service territorial espace verts et propreté n°5 situé à Mérignac. Par un arrêté n°2021/2142 du 30 juin 2021, dont il demande l'annulation, le président de Bordeaux Métropole l'a exclu temporairement de ses fonctions pour une durée de trois jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que par un arrêté n°2020/BM 1072 du 14 septembre 2020, affiché du 17 septembre au 17 novembre 2020, le président de Bordeaux Métropole a donné délégation à Jean-François Egron, vice-président en charge des ressources humaines et de l'administration générale, aux fins de signer les décisions à caractère disciplinaire (du 1er au 4ème groupe). Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination () L'avis de cet organisme de même que la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés ". Aux termes du 2° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. Il résulte de ces dispositions que l'autorité qui prononce une sanction disciplinaire a l'obligation de préciser elle-même, dans sa décision, les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre de l'agent intéressé, de sorte que celui-ci puisse, à la seule lecture de la décision qui lui est notifiée, connaître les motifs de la sanction qui le frappe.

5. L'arrêté en litige vise les dispositions de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et du décret du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux. Il expose que M. B a utilisé à des fins autres que professionnelles du matériel appartenant à Bordeaux Métropole, a menti à sa hiérarchie, a procédé à la réparation de véhicules personnels sur le lieu et sur le temps de travail et a acheté des pièces détachées pour un montant supérieur à l'activité tracée caractérisant un défaut de probité. Dans ces conditions, l'arrêté n°2021/2142 du 30 juin 2021 est suffisamment motivé.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ". Aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes () Premier groupe : l'avertissement ; / le blâme ; / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours () ".

7. L'autorité investie du pouvoir disciplinaire, à laquelle il incombe d'établir les faits sur le fondement desquels elle inflige une sanction à un agent public, peut apporter la preuve de ces faits devant le juge administratif par tout moyen, notamment en relatant elle-même des agissements imputés à l'agent qu'elle a constatés ou qui lui ont été rapportés. Il appartient au juge administratif de vérifier la matérialité des faits qui ont motivé les mesures adoptées par l'administration.

8. En ce qui concerne l'utilisation à des fins non professionnelles de matériel appartenant à Bordeaux Métropole ainsi que les mensonges de M. B, il est notamment fait référence à un emport de matériel professionnel en dehors du territoire de Bordeaux Métropole le 1er juin 2018. Il ressort du formulaire transmis le 4 janvier 2019 à la direction de la vie administrative et de la qualité de vie au travail (DVAQVT) que la chute, sur la chaussée, de la plaque d'immatriculation d'une des remorques du centre espaces verts de Mérignac a été à l'origine d'un accident sur le territoire de la commune de Saint-Jean-d'Illac. Or cette remorque était confiée à une équipe de trois agents dont M. B le 1er juin 2018 et la commune de Saint-Jean-d'Illac n'est pas membre de Bordeaux Métropole, révélant ainsi une utilisation du matériel métropolitain à des fins non professionnelles. Si l'intéressé, comme les autres agents de son équipe, soutient s'être rendu au parc du Vivier situé à Mérignac, à 14 kilomètres du lieu de l'accident, afin de récupérer une tondeuse, il est constant que ce matériel n'a pas été récupéré. En outre, le chef d'équipe du parc du Vivier indique n'avoir vu aucun des trois agents du centre espaces verts. Dans ces conditions, les faits d'utilisation à des fins non professionnelles de matériel métropolitain et de propos mensongers sont établis et fautifs.

9. En ce qui concerne l'utilisation régulière du matériel métropolitain aux fins notamment d'effectuer des réparations sur des véhicules personnels, M. B reconnaît ces faits mais conteste leur caractère fautif dès lors que cette pratique serait admise et que les réparations ont été effectuées en dehors des horaires de travail. Il ressort des pièces du dossier et notamment du rapport de l'enquête administrative que M. B a effectivement été autorisé à réparer des véhicules privés sur son lieu de travail, de sorte qu'il ne peut lui en être fait grief. Si Bordeaux Métropole fait valoir que ces réparations se déroulent durant le temps de travail de l'agent, elle ne produit aucun élément permettant d'étayer cette hypothèse.

10. En ce qui concerne l'achat de pièces, il est reproché à M. B d'avoir acheté des pièces détachées pour " un montant supérieur à l'activité tracée du service ". M. B conteste ces faits en faisant valoir, à l'appui de sa fiche de poste qu'il ne procède à aucun achat mais se borne à recueillir des devis auprès des fournisseurs, qui sont ensuite validés ou non par son supérieur hiérarchique, ce qui n'est pas contesté par Bordeaux Métropole. Dans ces conditions, et en l'absence de tout autre élément de nature à caractériser la faute reprochée à l'intéressé, les faits d'achats de pièces détachées pour " un montant supérieur à l'activité tracée du service " ne sont pas établis.

11. En dernier lieu, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

12. Il résulte de ce qui a été dit aux points 8 à 10 que seuls les faits d'emport de matériel métropolitain à des fins non professionnelles le 1er juin 2018 peuvent être retenus à l'encontre de M. B. Compte-tenu de leur gravité, et en dépit des évaluations positives de l'intéressé, ces faits pouvaient à eux-seuls justifier une exclusion temporaire de trois jours, qui ne présente ainsi aucun caractère disproportionné.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté n°2021/2142 du 30 juin 2021 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

15. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Bordeaux Métropole, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme demandée par Bordeaux Métropole au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de Bordeaux Métropole présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à Bordeaux Métropole.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

Mme Lahitte, conseillère,

M. Bongrain, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2023.

Le rapporteur,

A. BONGRAIN

La présidente,

F. MUNOZ-PAUZIÈSLa greffière,

C. SCHIANO

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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