mercredi 18 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2104092 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL HMS ATLANTIQUE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 août 2021, et par un mémoire en réplique enregistré le 6 janvier 2023, la SCI 3S, représentée par la SELAS Cazamajour et Urbanlaw, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 juin 2021 par lequel la maire de la commune de Lanton a rejeté sa demande de permis de construire modificatif n° PC 033 229 18K0074 M03 ;
2°) d'enjoindre à la maire de la commune de Lanton de lui délivrer le permis de construire modificatif sollicité dans un délai de huit jours, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Lanton la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence en l'absence de justification de la délégation de signature conforme à l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales ;
- il n'est pas suffisamment motivé, en méconnaissance des articles L. 424-3, R. 424-5 et A. 424-4 du code de l'urbanisme ;
- l'intégrité et la probité du signataire de la décision attaquée doivent être interrogées dans la mesure où il est bénéficiaire d'un permis de construire pour une parcelle classée en zone inconstructible dans le plan de prévention des risques d'incendie ;
- l'arrêté méconnaît l'article UC-2 du plan local d'urbanisme (PLU) ; l'augmentation de la surface d'emprise de la pool-house induite par la modification apportée au projet initial revêt un caractère mineur et doit être analysée comme une adaptation mineure autorisée par les dispositions de l'article L. 153-2 du code de l'urbanisme ;
- le projet est conforme à l'article UC-7 du plan local d'urbanisme ; en tout état de cause, le permis de construire aurait dû être accordé avec une adaptation mineure ;
- l'arrêté en litige n'établit pas de dépassement de la limite d'emprise au sol ; en tout état de cause, l'emprise supplémentaire qui résulterait de la modification proposée est constitutive d'une adaptation mineure, de sorte que la commune de Lanton n'est pas fondée à lui opposer la méconnaissance de l'article UC-9 du PLU.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 novembre 2022, la commune de Lanton, représentée par le cabinet HMS Atlantique avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SCI 3S sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pinturault,
- les conclusions de M. Josserand, rapporteur public,
- les observations de Me Lapprand, représentant la SCI 3S,
- les observations de Me Cordier-Amour, représentant la commune de Lanton.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté n° PC 033 229 18 K0074 du 11 octobre 2018, le maire de la commune de Lanton a délivré à la SCI 3S un permis de construire pour l'édification d'une maison individuelle sur la parcelle n° BW 133, située 24 avenue de la Moutchalette, dont elle est propriétaire dans cette commune. Après acceptation puis rejet de deux demandes de permis modificatif, le 1er avril 2020, la SCI 3 S a présenté une nouvelle demande de permis de construire modificatif (PCM), enregistrée sous le n° PC 033 229 18K0074 M03, comportant une modification de l'implantation de la piscine, un changement des menuiseries de la façade nord, la création d'une chatière sur la façade est et la suppression des auvents des annexes. Par un arrêté du 23 juin 2021, la commune de Lanton a refusé de faire droit à cette demande. Par la présente requête, la SCI 3S demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions en annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal () ".
3. L'arrêté en litige a été signé par M. B A, adjoint à la maire de la commune de Lanton à qui, par un arrêté du 10 juillet 2020, publié au recueil des actes administratifs de la commune et dont ampliation a été reçue en préfecture le 20 juillet 2020, la maire de cette commune a donné délégation à l'effet de signer les décisions prises en matière d'urbanisme, notamment les actes pris dans cette matière et portant refus ou décision défavorable. Le moyen tiré du défaut de compétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-4 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. () ". L'article R. 424-5 de ce code précise : " () Si la décision comporte rejet de la demande, si elle est assortie de prescriptions ou s'il s'agit d'un sursis à statuer, elle doit être motivée () ". Selon l'article A. 424-4 du même code, si le permis est refusé, " l'arrêté précise les circonstances de droit et de fait qui motivent la décision () ".
5. L'arrêté contesté a été pris sur le fondement, notamment, des articles UC-2, UC-7 et UC-9 du plan local d'urbanisme (PLU). Ses motifs exposent que l'annexe envisagée représente une superficie d'emprise supérieure à la limite définie par l'article UC-2, que la pergola envisagée dans le prolongement de la pool-house n'est implantée ni en limite séparative ni en recul minimal de trois mètres par rapport à la limite séparative en méconnaissance de l'article UC-7 et que les modifications envisagées impliquent une augmentation de l'emprise totale supérieure à 30 % de la superficie totale du terrain, en méconnaissance de l'article UC-9. L'arrêté comporte ainsi l'exposé des considérations de fait et de droit qui le fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
6. En troisième lieu, et d'une part, aux termes de l'article UC-2 du PLU de la commune de Lanton : " () En zones UC () les constructions annexes sont autorisées à condition qu'elles ne génèrent pas plus de 50 m² d'emprise au sol () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que la demande de PCM présentée par la SCI 3S implique la construction, dans la continuité de la pool-house initialement envisagée et accolée à celle-ci, d'une pergola de 34,2 m², alors que, dans l'état initial du projet, cette pool-house, composée d'un local technique pour la piscine de 8,76 m² et d'une terrasse couverte de 20,11 m², cumulée avec une annexe de 21,30 m² destinée à servir de bureau, représentait déjà une emprise au sol de 50,77 m². Les modifications apportées dans la demande litigieuse portent ainsi l'emprise totale des annexes à l'habitation principale à plus de 80 m². Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la commune aurait commis une erreur de droit ou de fait, en considérant que la demande de permis de construire modificatif ne respecte pas l'article UC-2 du PLU.
8. D'autre part, aux termes de l'article L 152-3 du code de l'urbanisme : " Les règles et servitudes définies par un plan local d'urbanisme : / 1° Peuvent faire l'objet d'adaptations mineures rendues nécessaires par la nature du sol, la configuration des parcelles ou le caractère des constructions avoisinantes ; / 2° Ne peuvent faire l'objet d'aucune autre dérogation que celles prévues par les dispositions de la présente sous-section. ".
9. En l'espèce, la création de la pergola que comporte le projet litigieux implique un dépassement de plus de 30 m² de l'emprise maximale autorisée par l'article UC-7 du PLU pour les annexes aux habitations principales. Si, dans la notice jointe à sa demande de PCM, la requérante fait valoir que le terrain d'assiette se trouvant en limite de zone naturelle, l'existence d'une rupture nette entre la " zone architecturale " et " la zone naturelle " exclut toute atteinte aux lieux, par ailleurs bâtis vers l'ouest, cette seule circonstance, au regard de l'ampleur du dépassement de la limite d'emprise bâtie, n'apparaît pas suffisante pour justifier qu'il soit dérogé à cette limitation. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas davantage fondée à soutenir que la maire de la commune de Lanton aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage des dispositions de l'article L. 152-3 du code de l'urbanisme.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article UC-7 du PLU : " () En zone UC, les constructions peuvent être implantées en ordre semi-continu et discontinu () En cas d'implantation en recul, la distance de recul doit être au moins égale à 3 mètres. / Les annexes isolées, sous réserve que leur superficie totale n'excède pas 20 m² de surface de plancher et que leur hauteur n'excède pas 3,50 mètres au faîtage, peuvent être implantées en limites séparatives ou en recul minimal de 1 mètre des limites séparatives latérales et de fond de parcelle. / Les annexes isolées, dont la superficie totale est comprise entre 20 m² et 50 m² de surface de plancher doivent être implantées à 3 mètres des limites séparatives latérales et de fond de parcelle, et leur hauteur ne soit pas excéder 3,50 mètres au faîtage. / Les piscines non couvertes doivent être implantées en recul minimal de 3 mètres des limites séparatives ".
11. Il ressort des pièces du dossier de demande de PCM que la pergola destinée à couvrir la piscine, d'une superficie totale de 34,5 m², n'est pas implantée le long de la limite séparative de fond de parcelle et présente par rapport à cette limite un recul en certains points inférieur à 1 mètre. D'une part, le projet ne constitue pas une annexe isolée de moins de 20 m², de sorte qu'elle doit être nécessairement implantée à trois mètres de la limite séparative. D'autre part, et en tout état de cause, la pergola n'est pas implantée exactement sur la limite séparative. La circonstance que la pergola présente un lien physique et fonctionnel avec la pool-house, à laquelle elle est accolée et qui a vocation à être employée en même temps que la piscine, n'implique pas en soi que soit écartée la règle d'implantation prévue par le PLU. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en considérant que la demande de permis de construire modificatif méconnaît les règles du PLU relatives à l'implantation des constructions, la maire de la commune de Lanton aurait commis une erreur de fait ou une erreur d'appréciation.
12. Si la requérante soutient que l'implantation de la pergola en suivant la limite séparative, qui est oblique, aurait détérioré les conditions d'insertion de ce bâtiment dans son environnement, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'édification au long de cette limite en respectant une distance au moins égale au retrait fixé par l'article UC-7, fût compromise par la configuration de la parcelle et des bâtiments environnants. Par suite, la requérante n'est pas davantage fondée à soutenir que la maire de Lanton a commis une erreur manifeste d'appréciation en n'accordant pas une adaptation mineure de la règle d'implantation fixée par le PLU, sur le fondement des dispositions de l'article L. 152-3 précitées.
13. En cinquième lieu, aux termes de l'article UC-9 du PLU : " En zone UC, l'emprise au sol des constructions ne doit pas excéder 30 % de la superficie totale du terrain () ". Dès lors que le terrain d'assiette du projet en litige présente une superficie de 698 m², l'application de cette règle implique que l'emprise au sol des constructions ne doit pas excéder 209,4 m².
14. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des surfaces de plancher mentionnées sur le plan d'assainissement ainsi que des descriptions données des nouvelles édifications projetées, que le projet, tel qu'il résulte de la modification en litige, implique la création d'une emprise au sol minimum de 292,09 m², ce qui excède de plus de 39 % la superficie d'emprise maximale autorisée.
15. Quand bien-même la surface d'emprise supplémentaire créée par rapport à l'état initial du projet ne procède que de l'adjonction de la pergola, il ne ressort pas des pièces du dossier que, le permis de construire modificatif aurait pu être accordé moyennant une adaptation mineure des servitudes d'urbanisme, sur le fondement de l'article L. 152-3 du code de l'urbanisme, alors même que les modifications en litige ont pour effet d'accroître, dans une proportion importante, l'écart entre l'emprise créée et la surface maximale d'emprise autorisée par le PLU.
16. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la maire de la commune de Lanton aurait commis une erreur de fait ou d'appréciation en considérant que son projet, tel qu'il résulte des modifications qui y sont apportées, n'est pas conforme avec les dispositions de l'article UB-9 du PLU, ni davantage à soutenir que la maire de la commune de Lanton aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne lui accordant sur ce point le bénéfice d'une adaptation mineure de cette règle au sens de l'article L. 152-3 du code de l'urbanisme.
17. En dernier lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'en prenant la décision contestée, l'auteur de l'arrêté en litige aurait tenté de préjudicier aux droits de la société requérante, ni que cette décision fût entachée de partialité. Le moyen tiré du détournement de pouvoir manque en fait.
18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SCI 3S doit être rejetée, y compris les conclusions qu'elle forme aux fins d'injonction et d'astreinte.
Sur les frais liés au litige :
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Lanton, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SCI 3S demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la SCI 3S une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Lanton et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCI 3S est rejetée.
Article 2 : La SCI 3S versera à la commune de Lanton la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI 3S et à la maire de la commune de Lanton.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Cabanne, président,
M. Pinturault, premier conseiller,
M. Frézet, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2023.
Le rapporteur,
M. PINTURAULT
La présidente,
C. CABANNELa greffière,
M.-A. PRADAL
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026