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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2104287

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2104287

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2104287
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantBALTAZAR

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Sous le n°2104287, par une requête enregistrée le 18 août 2021, M. B C, représenté par Me Marie-Christine Baltazar, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n°2021/03127 par lequel le président de Bordeaux Métropole l'a suspendu de ses fonctions, ensemble le rejet implicite de son recours gracieux ;

2°) d'annuler la décision du 30 juin 2021 par laquelle le président de Bordeaux Métropole a modifié son affectation ;

3°) de mettre à la charge de Bordeaux Métropole une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté n°2021/03127 :

- il n'est pas suffisamment motivé ;

- le président de Bordeaux Métropole a entaché sa décision d'erreur d'appréciation dès lors que le manquement qui est lui est reproché ne remplit pas le critère de gravité prévu par l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

En ce qui concerne la décision du 30 juin 2021 :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un détournement de procédure, d'une erreur de droit ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 août 2022, Bordeaux Métropole conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 24 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 26 septembre 2022.

Les parties ont été informées, le 2 mai 2023, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision du 30 juin 2021 qui constitue une mesure d'ordre intérieur insusceptible de recours.

II. Sous le n°2104854, par une requête enregistrée le 20 septembre 2021, M. B C, représenté par Me Marie-Christine Baltazar, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n°2021/2800 du 21 juillet 2021 par lequel le président de Bordeaux Métropole l'a exclu temporairement de ses fonctions pour une durée de trois jours ;

2°) d'enjoindre à Bordeaux Métropole de reconstituer sa carrière ;

3°) de mettre à la charge de Bordeaux Métropole une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a pas été informé de la possibilité d'effectuer des copies de son dossier, son droit d'accès était restreint aux horaires de bureau et soumis à demande écrite ; il a obtenu communication de son dossier le 20 août 2021, après l'édiction de la décision en litige ; il n'a ainsi pas pu présenter utilement d'observations ; les documents qui lui ont été transmis sont incomplets ; la note du 14 décembre 2020, visée par l'arrêté en litige, ne lui a pas été communiquée ;

- l'arrêté en litige n'est pas suffisamment motivé ;

- les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis : il s'est soumis à un test PCR ; il n'a pas agressé son supérieur hiérarchique ;

- la sanction est disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 août 2022, Bordeaux Métropole conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 24 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 26 septembre 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bongrain,

- les conclusions de M. Naud, rapporteur public,

- les observations de Me Lagarde, représentant M. C, présent,

- et celles de Mme A, représentant Bordeaux Métropole.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, adjoint technique principal de 1ère classe, exerce les fonctions d'agent d'équipe voirie au sein de Bordeaux Métropole. L'intéressé a fait l'objet d'une mesure de suspension, prononcée par un arrêté n°2021/03127 notifié le 8 mars 2021, ainsi que d'un changement d'affectation à compter du 5 juillet 2021, dont M. C demande l'annulation par une première requête enregistrée sous le n°2104287. Par un arrêté n°2021/2800 du 21 juillet 2021, dont M. C demande l'annulation par une seconde requête enregistrée sous le n°2104854, le président de Bordeaux Métropole l'a exclu temporairement de ses fonctions pour une durée de trois jours.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2104287 et 2104854 présentées par M. C présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision du 30 juin 2021 :

3. Les mesures prises à l'égard d'agents publics qui, compte tenu de leurs effets, ne peuvent être regardées comme leur faisant grief, constituent de simples mesures d'ordre intérieur insusceptibles de recours. Il en va ainsi des mesures qui, tout en modifiant leur affectation ou les tâches qu'ils ont à accomplir, ne portent pas atteinte aux droits et prérogatives qu'ils tiennent de leur statut ou à l'exercice de leurs droits et libertés fondamentaux, ni n'emportent perte de responsabilités ou de rémunération. Le recours contre une telle mesure, à moins qu'elle ne traduise une discrimination, est irrecevable, alors même que la mesure de changement d'affectation aurait été prise pour des motifs tenant au comportement de l'agent public concerné.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. C, adjoint technique principal de 1ère classe, exerçait les fonctions d'agent d'équipe voirie au sein du service territorial n°4. Par une décision du 30 juin 2021, le président de Bordeaux Métropole a modifié provisoirement la situation de l'intéressé en l'affectant, sur des fonctions analogues, au sein du service territorial n°3. Dans ces conditions, compte-tenu de ses effets, la modification de l'affectation de M. C doit être regardée comme une mesure d'ordre intérieur et n'est ainsi pas susceptible de recours. Par suite, les conclusions à fins d'annulation de la décision du 30 juin 2021, irrecevables, doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté n°2021/03127 portant suspension :

5. En premier lieu, la mesure de suspension est une mesure conservatoire prise dans l'intérêt du service et ne constitue pas une sanction disciplinaire. N'étant pas au nombre des décisions qui doivent être motivées en application du code des relations entre le public et l'administration, le moyen tiré de ce qu'elle n'est pas suffisamment motivée, inopérant, doit être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. / Le fonctionnaire suspendu conserve son traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement et les prestations familiales obligatoires. Sa situation doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois. / Si, à l'expiration d'un délai de quatre mois, aucune décision n'a été prise par l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire, le fonctionnaire qui ne fait pas l'objet de poursuites pénales est rétabli dans ses fonctions. S'il fait l'objet de poursuites pénales et que les mesures décidées par l'autorité judicaire ou l'intérêt du service n'y font pas obstacle, il est également rétabli dans ses fonctions à l'expiration du même délai. Lorsque, sur décision motivée, il n'est pas rétabli dans ses fonctions, il peut être affecté provisoirement par l'autorité investie du pouvoir de nomination, sous réserve de l'intérêt du service, dans un emploi compatible avec les obligations du contrôle judiciaire auquel il est, le cas échéant, soumis. A défaut, il peut être détaché d'office, à titre provisoire, dans un autre corps ou cadre d'emplois pour occuper un emploi compatible avec de telles obligations. L'affectation provisoire ou le détachement provisoire prend fin lorsque la situation du fonctionnaire est définitivement réglée par l'administration ou lorsque l'évolution des poursuites pénales rend impossible sa prolongation. / Le magistrat ayant ordonné le contrôle judiciaire et le procureur de la République sont informés des mesures prises à l'égard du fonctionnaire. La commission administrative paritaire de chaque catégorie compétente pour le corps ou cadre d'emplois d'origine du fonctionnaire est également tenue informée de ces mesures () ".

7. Il ressort des pièces du dossier qu'il est reproché à M. C d'avoir adopté au cours d'une réunion, le 3 mars 2021, une attitude véhémente à l'égard de ses collègues et supérieurs hiérarchiques, en tenant des propos déplacés et en hurlant. Il est également fait état d'une menace envers un collègue, le même jour au moyen d'un couteau. Dans ces conditions, le président de Bordeaux Métropole n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation en estimant que la gravité des faits imputés à l'intéressé justifiait la mesure de suspension en litige.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté n°2021/03127, ensemble le rejet implicite du recours gracieux doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté n°2021/2800 portant exclusion :

9. En premier lieu, aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " () Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes et à l'assistance de défenseurs de son choix. L'administration doit informer le fonctionnaire de son droit à communication du dossier. Aucune sanction disciplinaire autre que celles classées dans le premier groupe par les dispositions statutaires relatives aux fonctions publiques de l'Etat, territoriale et hospitalière ne peut être prononcée sans consultation préalable d'un organisme siégeant en conseil de discipline dans lequel le personnel est représenté () ".

10. Si le droit à la communication du dossier comporte pour l'agent intéressé celui d'en prendre copie, à moins que sa demande ne présente un caractère abusif, ces dispositions n'imposent pas à l'administration d'informer l'agent de son droit à prendre copie de son dossier.

11. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 17 février 2021, le président de Bordeaux Métropole a informé M. C de son intention de l'exclure temporairement de ses fonctions pour une durée de trois jours en raison de son comportement inapproprié et l'a invité à présenter des observations dans un délai de dix jours. Ce même courrier propose à l'intéressé de prendre connaissance de son dossier, auprès de la direction de la vie administrative et de la qualité de vie au travail, aux heures d'ouverture des bureaux, éventuellement assisté de la personne de son choix après avoir formulé une demande écrite. Or, M. C n'a pas entendu faire usage de cette faculté avant de présenter ses observations par lettre du 25 février 2021, de sorte que celui-ci ne peut utilement se prévaloir de ce qu'il n'aurait pas pu se défendre utilement en raison des éléments incomplets figurant dans son dossier. Si par un courrier du 2 juillet 2021, M. C a, par l'intermédiaire de son conseil, sollicité la communication de son dossier, ce courrier fait suite au changement d'affectation prononcé le 30 juin 2021. Bordeaux Métropole a par ailleurs répondu à cette demande en réitérant sa proposition de consultation sur place du dossier. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie doit être écarté.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " () Aucune sanction disciplinaire autre que celles classées dans le premier groupe par les dispositions statutaires relatives aux fonctions publiques de l'Etat, territoriale et hospitalière ne peut être prononcée sans consultation préalable d'un organisme siégeant en conseil de discipline dans lequel le personnel est représenté. / L'avis de cet organisme de même que la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés ".

13. Il résulte de ces dispositions que l'autorité qui prononce une sanction disciplinaire a l'obligation de préciser elle-même, dans sa décision, les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre de l'agent intéressé, de sorte que celui-ci puisse, à la seule lecture de la décision qui lui est notifiée, connaître les motifs de la sanction qui le frappe.

14. L'arrêté en litige, qui vise notamment les dispositions de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, expose que M. C a agressé verbalement son supérieur hiérarchique, a adopté une attitude menaçante à son égard et a eu un comportement négligent et délétère dans un contexte sanitaire complexe. Dans ces conditions, le président de Bordeaux Métropole a suffisamment motivé l'arrêté en litige.

15. En troisième lieu, aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ". L'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale dispose que : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / Premier groupe :/ l'avertissement ;/ le blâme ;/ l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours () ".

16. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes. A cet égard, les faits constatés par le juge pénal et qui commandent nécessairement le dispositif d'un jugement ayant acquis force de chose jugée s'imposent à l'administration comme au juge administratif.

17. M. C conteste la matérialité des faits reprochés et le caractère disproportionné de la sanction disciplinaire prise à son encontre.

18. S'agissant de l'attitude menaçante de M. C envers son supérieur hiérarchique, il ressort des pièces du dossier que par un jugement du 11 janvier 2022, le tribunal de police de Bordeaux l'a condamné à une amende contraventionnelle de cent euros pour menace réitérée de violences le 19 novembre 2020 envers M. D, supérieur hiérarchique de M. C. Par suite, ces faits sont établis.

19. S'agissant du comportement négligent et délétère de l'intéressé dans un contexte sanitaire complexe, il ressort des pièces du dossier que M. C a présenté, le 5 novembre 2020, des maux de tête et de la toux, symptômes faisant suspecter une potentielle infection au covid-19. En dépit de la demande de son supérieur hiérarchique, l'intéressé a refusé de se soumettre à un test de dépistage, ainsi qu'il le reconnaît dans les observations formulées le 25 février 2021. En outre, M. C a déclaré, en des termes inélégants, ne pas se préoccuper de la santé de ses collègues. Dans ces conditions, et compte-tenu du contexte sanitaire lors de l'incident, l'attitude de M. C était inappropriée.

20. Enfin, compte-tenu des faits reprochés à l'intéressé, le président de Bordeaux Métropole n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation en lui infligeant une exclusion temporaire de fonctions de trois jours, sanction du premier groupe.

21. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté n°2021/2800 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

22. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

23. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

24. Les dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les sommes demandées par M. C soient mises à la charge de Bordeaux Métropole, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°2104287 et 2104854 sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à Bordeaux Métropole.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023 , à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

Mme Lahitte, conseillère,

M. Bongrain, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.

Le rapporteur,

A. BONGRAIN

La présidente,

F. MUNOZ-PAUZIÈS La greffière,

C. SCHIANO

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2104287

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