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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2104629

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2104629

mercredi 6 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2104629
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantTHOUY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 septembre 2021, et par un mémoire en réplique enregistré le 21 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Tandonnet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 mai 2021 par lequel le maire de la commune de Saint-Macaire lui a délivré un certificat d'urbanisme négatif pour la construction d'une maison individuelle située au 10 chemin du Viaduc, ensemble la décision par laquelle cette autorité a implicitement rejeté le recours gracieux qu'il a formé contre cette décision le 12 juin 2021 ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Saint-Macaire de lui délivrer le certificat d'urbanisme sollicité, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Macaire la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la condamner aux entiers dépens.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'une erreur de fait et d'appréciation en ce que sa parcelle ne se situe pas dans la zone dite " zone rouge ", dans laquelle le plan de prévention des risques inondation interdit les constructions nouvelles ;

- la constructibilité de son terrain résulte d'un certificat d'urbanisme qui lui avait été délivré le 15 janvier 2010 ;

- le maire n'est pas fondé à substituer, au motif retenu dans la décision contestée, celui tiré de l'existence d'un risque pour la sécurité au titre de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense enregistrés les 26 juin et 23 octobre 2022, la commune de Saint-Macaire, représentée par Me Thouy et Vidal, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés ;

- à titre subsidiaire, au moyen retenu dans la décision litigieuse, peut être substitué celui tiré de l'existence d'un risque pour la sécurité publique, sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pinturault,

- les conclusions de M. Josserand, rapporteur public,

- et les observations de Me Vidal, représentant la commune de Saint-Macaire.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B est propriétaire dans la commune de Saint-Macaire d'un terrain cadastré n° A-567, situé rue du Port Nava. Le 2 avril 2021, il a demandé au maire de cette commune la délivrance d'un certificat d'urbanisme opérationnel pour la construction, sur cette parcelle, d'une maison d'habitation individuelle. Par un arrêté du 21 mai 2021, le maire a refusé de lui délivrer ce certificat au motif que la parcelle est située en zone rouge du plan de prévention des risques d'inondation (PPRI) qui interdit toute construction nouvelle à usage d'habitation. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 152-7 du code de l'urbanisme : " Après l'expiration d'un délai d'un an à compter, soit de l'approbation du plan local d'urbanisme soit, s'il s'agit d'une servitude d'utilité publique nouvelle définie à l'article L. 151-43, de son institution, seules les servitudes annexées au plan ou publiées sur le portail national de l'urbanisme prévu à l'article L. 133-1 peuvent être opposées aux demandes d'autorisation d'occupation du sol () ". Selon l'article R. 151-34 de ce code : " Dans les zones U, AU, A et N les documents graphiques du règlement font apparaître, s'il y a lieu : / 1° Les secteurs où () l'existence de risques naturels, de risques miniers ou de risques technologiques justifient que soient soumises à des conditions spéciales les constructions et installations de toute nature, permanentes ou non, les plantations, dépôts, affouillements, forages et exhaussements des sols () ". Aux termes de l'article 18 des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de la communauté de communes du Sud-Gironde, à laquelle appartient la commune de Saint-Macaire : " le plan de prévention du risque inondation vaut servitude d'utilité publique et est annexé au PLUi. Les secteurs concernés, reportés sur le document graphique n° 3.2.9., sont soumis aux dispositions du règlement de ce dernier. Les contraintes et limitations qu'il prévoit s'appliquent en complément ou en substitution des éventuelles règles spécifiques prévues dans chacune des zones U, AU, A et N, et prévalent sur ces dernières. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 1er du titre Ier du règlement du plan de prévention du risque inondation de la vallée de la Garonne, qui a été approuvé par un arrêté préfectoral du 17 décembre 2001 : " Le présent règlement s'applique à la partie du territoire délimité par le plan de zonage du P.P.R. () Pour les besoins du présent règlement, le territoire de la commune est divisé en trois zones : / Une zone rouge qui la zone d'expansion de la crue centennale devant être absolument préservée ; / Une zone bleue qui est la zone inondable des centres bourgs historiques et des abords immédiats des parties actuellement urbanisées où le niveau de l'eau atteint 1 mètre maximum. La construction y est autorisée sous réserve de conditions de réalisation, d'utilisation ou d'exploitation ; / une zone blanche sans risque prévisible, ou pour laquelle le risque est jugé acceptable, sa probabilité d'occurrence et les dommages éventuels étant négligeables. ". Selon le rapport de présentation du PPRI : " Est classé en zone rouge tout territoire communal soumis à l'aléa inondation : () - sous une hauteur d'eau de la crue de référence supérieur à 1 m d'eau en zone urbanisée () ". Selon le chapitre 1 du titre II de ce règlement : " La zone rouge inclut la zone la plus exposée, où les inondations exceptionnelles sont redoutables, notamment en raison des hauteurs d'eau atteintes ou des vitesses élevées d'écoulement des eaux (). / La zone rouge est inconstructible. ". L'article 1.1. de ce chapitre précise : " Sont interdits : tous travaux, constructions, clôtures pleines, installations, dépôts et activités de quelque nature qu'ils soient, à l'exclusion de ceux visés à l'article 1.2. ". Les constructions de maison individuelle à usage d'habitation ne font pas parties des travaux ou constructions admis dans cette zone au titre de l'article 1.2.

4. D'abord, il ressort des pièces du dossier que la parcelle de M. B se situe au sud d'une voie publique dénommée " rue du Port de Nava ". Sur la carte de zonage qui est annexée au règlement du PPRI, il apparaît qu'à la longitude de la parcelle de M. B, la limite de la zone rouge de ce règlement va jusqu'au bord septentrional de cette voie et même au-delà, à l'est de l'intersection entre cette voie et un chemin rural qui y débouche, près de l'extrémité nord-est de la parcelle en litige. Ainsi, en dépit des affirmations du requérant, sa parcelle est en totalité englobée dans cette zone. Le document graphique 3.2.9. annexé au règlement du PLUi de la communauté de communes du Sud-Gironde, qui matérialise les contours du zonage du PPRI sur le plan cadastral de la commune, le corrobore également.

5. Ensuite, quand bien-même la parcelle se trouve en deçà de la courbe centennale, telle qu'elle a été tracée par un géomètre-expert sur un plan topographique de la commune établi à l'initiative de celle-ci en avril 2003, ce document ne revêt en lui-même aucune valeur normative. En outre, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la méthodologie suivie par l'auteur de ce document pour déterminer cette courbe fût conforme avec celle définie dans le rapport de présentation du PPRI, qui repose sur l'analyse statistique des crues dont, depuis 1913, le débit a excédé 4 000 m3/s au lieu-dit " Mas d'Agenais ". Dans ces conditions, aucune conséquence de droit ou de fait ne peut être utilement tirée de la circonstance que ce plan topographique présente un tracé de la courbe de crue centennale différent des pourtours du zonage du PPRI.

6. Enfin, M. B se prévaut de la circonstance que le plan de zonage du règlement de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine (AVAP) de la commune de Saint-Macaire inclut sa parcelle dans la zone constructible de cette commune et du fait que, dans un certificat d'urbanisme qui lui avait été délivré le 15 janvier 2010, sa parcelle avait été reconnue comme constructible, en tant que située dans la zone bleue du PPRI. Toutefois, le fait que la parcelle en question est incluse dans le secteur désigné comme constructible pour l'application des prescriptions contenues dans le règlement de l'AVAP est sans incidence pour l'application des contraintes et des limitations découlant du PPRI, ces deux règlements procédant de régimes légaux distincts, les conditions d'application de l'un étant donc sans incidence sur l'application de l'autre. Quant au certificat d'urbanisme qui avait été délivré à M. B en janvier 2010, il n'a pas eu d'autre effet que de cristalliser les règles opposables aux demandes d'autorisation d'urbanisme présentées dans un délai de dix-huit mois après sa délivrance. En conséquence, ses dispositions sont sans incidence pour apprécier la légalité de la présente décision, rendue sur une nouvelle demande de certificat d'urbanisme présentée après l'expiration de ce délai.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il y ait lieu d'examiner le motif dont la commune sollicite la substitution, que les conclusions en annulation de M. B ne peuvent qu'être rejetées, de même que, par voie de conséquence, celles présentées aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. D'une part, la présente requête n'a engendré aucuns dépens. Les conclusions présentées à ce titre par le requérant ne peuvent qu'être rejetées.

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Macaire la somme que réclame M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de ce dernier une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Saint-Macaire et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la commune de Saint-Macaire la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Saint-Macaire.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Cabanne, présidente,

M. Naud, premier conseiller,

M. Pinturault, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2023.

Le rapporteur,

M. PINTURAULT

La présidente,

C. CABANNELa greffière,

M-A. PRADAL

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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