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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2104662

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2104662

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2104662
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantDEFRADAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 10 septembre 2021, 6 et 13 septembre 2022 et le 2 janvier 2023, la commune de Blanquefort, représentée par Me Sagalovitsch, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 mai 2021 par lequel le préfet de la Gironde a autorisé la société Carrières et matériaux du grand ouest (CMGO) à exploiter sur le territoire de Blanquefort une installation de stockage de déchets inertes et une station de transit, regroupement ou tri de déchets non dangereux inertes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la légalité externe,

- le signataire de l'arrêté attaqué n'est pas compétent en l'absence de délégation de signature ;

- l'étude d'impact est entachée d'insuffisances qui ont nui à l'information complète de la population et ont exercé une influence sur la décision :

• elle est insuffisante dans sa description des aspects pertinents de l'état initial de l'environnement, en méconnaissance de l'article R. 122-5 du code de l'environnement ; tout d'abord, les études et inventaires sur lesquels s'appuie le dossier de demande sont trop anciens, dès lors que l'inventaire a été réalisé entre juillet 2015 et mars 2016, complété en 2017 par deux passages terrain et en 2019 par un avis complémentaire concernant uniquement les enjeux du projet sur la faune piscicole, alors qu'il aurait fallu réaliser des inventaires faunistiques saisonniers ; ensuite, les études sont insuffisantes car elles omettent de mentionner un certain nombre d'espèces présentes sur site ; enfin, l'étude d'impact ne tient pas compte des connexions fortes entre le terrain d'assiette du projet et les espaces situés à proximité immédiate, notamment la Réserve naturelle de Bruges et les plans d'eaux Florimond et Padouens, et alors même que le terrain d'assiette du projet est inclus dans une Zone Naturelle d'Intérêt Ecologique, Faunistique et Floristique (ZNIEFF) de type 2 " Marais du Médoc de Blanquefort à Macau " et dans une Zone d'Importance pour la Conservation des Oiseaux (ZICO) " Marais du Nord de Bordeaux et marais du bordelais, Marais d'Ambès et de Saint-Louis-de-Montferrand " ;

• elle est insuffisante dans sa description des incidences notables du projet sur l'environnement ; d'abord, la recréation d'une zone humide à l'issue de l'exploitation est hypothétique ; ensuite, les incidences notables du projet sur la faune et la flore ont été minimisées par le pétitionnaire, qui n'a pas sollicité de dérogation espèce protégée, a sous-évalué les incidences sur les herbiers de la Grande Naïade et sur l'invasion du site par l'herbe de la pampa et la Jussie ; enfin, l'analyse de l'impact sur la ressource en eau est insuffisante, qu'il s'agisse de l'impact sur le cours d'eau La Jalle de la Lande ou de l'impact sur la qualité des eaux de la nappe alluviale ;

• l'étude d'impact ne comporte pas de description des solutions de substitution raisonnables et d'indication des principales raisons du choix effectué, en l'absence d'analyse de sites alternatifs ;

• l'étude d'impact ne décrit pas les mesures prévues pour éviter les effets négatifs notables sur l'environnement, réduire les effets qui ne peuvent être évités et compenser les effets qui n'ont pu être ni évités ni significativement réduits ;

• l'étude d'impact ne prend pas en compte l'impact sur les zones Natura 2000 La Garonne et Réseau hydrographique de Saint-Médard en Jalles et d'Eysines ;

S'agissant de la légalité interne,

- le projet n'est pas conforme au PLUi de Bordeaux Métropole, en méconnaissance des articles L. 152-1 du code de l'urbanisme et L. 181-9 du code de l'environnement alors applicable ; le projet est situé en zone Nb zone naturelle réservoir de biodiversité du règlement du PLU, et l'article 1.3.4 du règlement de la zone Nb prévoit, s'agissant des installations classées, qu'elles sont autorisées à condition d'être compatibles avec la vocation de la zone, en termes de voisinage, d'environnement et de paysage ; le PLUi de Bordeaux Métropole prévoit expressément la préservation des milieux humides, en particulier dans les dispositions relatives aux continuités écologiques et/ou patrimoine bâti et paysager ; les règles du PLUi doivent être interprétées au regard des orientations du document d'orientation et d'objectifs (DOO) du SCOT de l'aire métropolitaine bordelaise, et en particulier celles visant à " protéger le socle agricole, naturel et forestier ", le site étant identifié comme un espace naturel majeur à protéger, " structurer le territoire à partir de la trame bleue ", alors que les éléments identifiés à proximité du site comme continuités écologiques à protéger font partie de la trame bleue, " affirmer les qualités et fonctionnalités des paysages de l'aire métropolitaine bordelaise " en ce qui concerne la trame verte, étant ici précisé que le site du projet se trouve au cœur d'une zone importante en matière de liaisons écologiques et d'itinérance douce, " soutenir des agricultures de projets de nature au service des territoires " ; enfin, il faut également tenir compte pour apprécier la vocation de la zone de la stratégie menée sur le secteur par les différentes collectivités intéressées depuis l'arrêt de l'exploitation de l'ancienne gravière en 2013 ;

- l'arrêté méconnait l'interdiction de porter atteinte à la conservation des espèces protégées, en méconnaissance du 4° de l'article L. 181-3 du code de l'environnement, et une demande de dérogation aux interdictions posées à l'article L. 411-1 du code de l'environnement était nécessaire ;

- le projet porte une atteinte excessive aux intérêts mentionnées à l'article L. 511-1 du code de l'environnement :

• s'agissant de l'atteinte à la commodité du voisinage et à la santé publique, le projet engendrera une circulation supplémentaire de camions à proximité immédiate du plan d'eau sur lequel est aménagé la base sportive nautique et qui accueille également l'association des pêcheurs, et la haie que le pétitionnaire prévoit d'aménager pour limiter la visibilité des camions n'empêchera pas une pollution sonore et atmosphérique ;

• il porte atteinte à l'environnement, à la protection des eaux et aux paysage ;

• s'agissant de l'atteinte à la sécurité publique, le projet est situé en zone rouge du plan de prévention du risque inondation du secteur Garonne Agglomération bordelaise.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 juillet et 21 novembre 2022, la société Carrières et matériaux du grand ouest (CMGO), représentée par Me Defradas, demande au tribunal :

1°) à titre principal de rejeter la requête :

2°) à titre subsidiaire, de surseoir à statuer pour une durée de 6 mois pour permettre la notification au tribunal d'une autorisation modificative de la préfète de la Gironde régularisant l'arrêté préfectoral d'autorisation environnementale du 12 mai 2021 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Blanquefort la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle fait valoir que les moyens de la requête de la commune de Blanquefort ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 juillet, 5 octobre et 21 novembre 2022, le préfet de la région Aquitaine, préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens soulevés par la commune de Blanquefort ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Munoz-Pauziès ;

- les conclusions de M. Bongrain, rapporteur public ;

- les observations de Me Richardeau, représentant la commune de Blanquefort, et de Me Defredas, représentant la société Carrières et matériaux du grand ouest (CMGO).

La commune de Blanquefort a déposé une note en délibéré, enregistrée le 26 septembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. De 1994 à 2013, la société Carrières et matériaux du grand ouest (CMGO) a exploité une gravière en eau sur le territoire de la commune de Blanquefort (Gironde). Le site de la gravière a fait l'objet d'un procès-verbal de récolement de fin de travaux de remise en état le 9 octobre 2013, et d'un arrêté préfectoral de levée des garanties financières en date du 10 décembre 2013. L'extraction des graves a entraîné la création de deux plans d'eau.

2. En 2019, la société CMGO a déposé auprès des services de la préfecture de la Gironde une demande tendant à être autorisée à exercer sur le même site, une activité de stockage de déchets inertes. Le dossier a été soumis à enquête publique du 28 décembre 2020 au 29 janvier 2021, et par l'arrêté du 12 mai 2021 dont la commune de Blanquefort demande l'annulation, le préfet de la Gironde a autorisé la société CMGO à exploiter sur le territoire de Blanquefort une installation de stockage de déchets inertes et une station de transit, regroupement ou tri de déchets non dangereux inertes.

Sur la légalité externe :

En ce qui concerne la compétence du signataire de l'arrêté contesté :

3. Par arrêté du 5 mai 2021, régulièrement publié au recueil des actes de la préfecture du même jour, le préfet de la Gironde a donné délégation à M. Christophe Noël du Payrat, secrétaire général de la préfecture de la Gironde, à l'effet de signer " tous arrêtés () concernant les attributions de l'Etat dans le département de la Gironde ", à l'exception de certaines matières dont ne relève pas l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 12 mai 2021 doit être écarté.

En ce qui concerne l'étude d'impact :

4. Aux termes de l'article R.122-5 du code de l'environnement : " I. Le contenu de l'étude d'impact est proportionné à la sensibilité environnementale de la zone susceptible d'être affectée par le projet, à l'importance et la nature des travaux, installations, ouvrages, ou autres interventions dans le milieu naturel ou le paysage projetés et à leurs incidences prévisibles sur l'environnement ou la santé humaine. / II. En application du 2° du II de l'article L. 122-3, l'étude d'impact comporte les éléments suivants, en fonction des caractéristiques spécifiques du projet et du type d'incidences sur l'environnement qu'il est susceptible de produire : () 3° Une description des aspects pertinents de l'état actuel de l'environnement, dénommée "scénario de référence", et de leur évolution en cas de mise en œuvre du projet ainsi qu'un aperçu de l'évolution probable de l'environnement en l'absence de mise en œuvre du projet, dans la mesure où les changements naturels par rapport au scénario de référence peuvent être évalués moyennant un effort raisonnable sur la base des informations environnementales et des connaissances scientifiques disponibles ; () 5° Une description des incidences notables que le projet est susceptible d'avoir sur l'environnement résultant, entre autres : () d) Des risques pour la santé humaine, pour le patrimoine culturel ou pour l'environnement ; () 6° Une description des incidences négatives notables attendues du projet sur l'environnement qui résultent de la vulnérabilité du projet à des risques d'accidents ou de catastrophes majeurs en rapport avec le projet concerné. Cette description comprend le cas échéant les mesures envisagées pour éviter ou réduire les incidences négatives notables de ces événements sur l'environnement et le détail de la préparation et de la réponse envisagée à ces situations d'urgence ; / 7° Une description des solutions de substitution raisonnables qui ont été examinées par le maître d'ouvrage, en fonction du projet proposé et de ses caractéristiques spécifiques, et une indication des principales raisons du choix effectué, notamment une comparaison des incidences sur l'environnement et la santé humaine ; / 8° Les mesures prévues par le maître de l'ouvrage pour : / - éviter les effets négatifs notables du projet sur l'environnement ou la santé humaine et réduire les effets n'ayant pu être évités ; / - compenser, lorsque cela est possible, les effets négatifs notables du projet sur l'environnement ou la santé humaine qui n'ont pu être ni évités ni suffisamment réduits. S'il n'est pas possible de compenser ces effets, le maître d'ouvrage justifie cette impossibilité. () ".

5. Les inexactitudes, omissions ou insuffisances d'une étude d'impact ne sont susceptibles de vicier la procédure et donc d'entraîner l'illégalité de la décision prise au vu de cette étude que si elles ont pu avoir pour effet de nuire à l'information complète de la population ou si elles ont été de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative.

S'agissant de la description des aspects pertinents de l'état actuel de l'environnement ou "scénario de référence"

6. Il résulte de l'instruction que l'étude d'impact comprend un chapitre II, intitulé " Aspects pertinents de l'état actuel et scénarios d'évolution ", qui décrit longuement l'état du site, des habitats, de la flore et de la faune. S'agissant de la sensibilité écologique des terrains, l'étude d'impact décrit les différentes formes d'habitat, en évalue les enjeux et énumère les espèces présentes sur le site en mettant en évidence leur intérêt patrimonial et en évaluant leur sensibilité. Elle relève notamment qu'une espèce végétale protégée a été observée, la Grande naïade Najas marina, située dans la partie orientale du plan d'eau, ce qui a conduit à la diminution de l'emprise de l'installation, et dresse un tableau des espèces faunistiques présentes, en évaluant leur sensibilité.

7. En premier lieu, la commune de Blanquefort soutient que les études et l'inventaire sur lesquels s'appuie l'étude d'impact sont trop anciens. Toutefois, l'étude d'impact en cause, réalisée en juillet 2020, est fondée sur une étude intitulée " Projet de génie écologique Création d'une zone humide - Marais de Florimond - Blanquefort (33) - Etat initial et Programme Opérationnel ", réalisée par le bureau d'études Kairos Compensation entre juillet 2015 et mars 2016 et jointe à l'étude d'impact. Une étude faune-flore complémentaire, intitulée " Expertise de la faune, de la flore et des habitats naturels " a été réalisée en 2018 par M. B, ingénieur horticole et écologue naturaliste, sur la base de données documentaires mais également de relevés sur le terrain, effectués les 20 juin et 22 septembre 2017, qui sont venues confirmer des études antérieures réalisées de 2008 à 2012. Enfin, à la suite d'une demande de complément de la DREAL, les enjeux du projet ont fait l'objet d'un avis complémentaire de M. B portant sur la faune piscicole, publié en annexe 7 de l'étude d'impact. La commune requérante ne démontre pas que l'évolution récente de la faune et la flore présentes sur le site aurait rendu les études obsolètes et imposé la réalisation d'études complémentaires.

8. En deuxième lieu, une étude d'impact n'a pas à recenser de manière exhaustive toutes les espèces présentes sur le site, mais doit examiner les caractéristiques essentielles du milieu en cause. En l'espèce, l'étude faune-flore annexée à l'étude d'impact recense plus de 150 espèces animales sur le site. La commune de Blanquefort soutient tout d'abord que l'étude faune-flore est erronée s'agissant du brochet, dès lors que l'analyse du site réalisée en janvier 2021 par Bordeaux Métropole dans le cadre du projet de Parc des Jalles met en évidence sa présence. Toutefois, l'étude faune-flore ne conclut pas à l'absence du brochet sur le site, mais à l'absence de zone de frayères et de zones de croissance de cette espèce. La commune soutient également que l'étude faune-flore est muette s'agissant de la présence de chiroptères, de la genette, du vison d'Europe et de la loutre d'Europe. Toutefois, l'étude relève " concernant les chiroptères, le plan d'eau correspond sans doute à un territoire de chasse, mais évidemment pas à l'existence possible de gite ". S'agissant de la genette et du vison d'Europe, la commune ne produit aucun document attestant de leur présence sur le site. Si l'évaluation environnementale réalisée en janvier 2021 par Bordeaux Métropole dans le cadre de la création du Parc des Jalles fait état de la présence de la Loutre d'Europe, elle ne précise nullement que cela concernerait le terrain d'assiette du projet, d'une superficie d'un peu plus de 13 hectares alors que le Parc des Jalles couvre plus de 6 000 hectares répartis sur 9 communes. Enfin, la circonstance que le commissaire enquêteur a recommandé de réaliser un inventaire à chaque saison de l'année pour avoir une connaissances plus approfondies des espèces présentes sur le site, n'est pas de nature, à elle seule, à démontrer l'insuffisance de l'étude d'impact, tout comme celle, à la supposer même établie, que les densités des espèces envahissantes auraient été sous-évaluées.

9. En troisième lieu, la commune soutient que l'étude d'impact ne tient pas compte des connexions fortes entre le terrain d'assiette du projet et les espaces situés à proximité immédiate, notamment la réserve naturelle de Bruges, alors même que le terrain d'assiette du projet est inclus dans une Zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) de type 2 " Marais du Médoc de Blanquefort à Macau " et dans une Zone d'importance pour la conservation des oiseaux (ZICO) " Marais du Nord de Bordeaux et marais du bordelais, Marais d'Ambès et de Saint-Louis-de-Montferrand ". Toutefois, l'étude d'impact tient compte de la présence, à 2,5 kilomètres du terrain d'assiette du projet, du marais de Bruges et comprend, p. 128, un tableau qui recense le type et la nature des effets de l'installation projetée (émissions sonores, vibrations, rejets d'eau et effets biotiques), ainsi que les raisons pour lesquelles ces effets ne sont pas susceptibles d'impacter les sites Natura 2000 " Marais de Bruges " et " Marais de Bruges, Blanquefort et Parempuyre ".

S'agissant de la description des incidences notables du projet sur l'environnement :

10. L'étude d'impact comprend un chapitre IV qui analyse les effets sur l'environnement du projet en cause, notamment sur les sites et le paysage, la faune, la flore, les milieux naturels et les équilibres biologiques et les eaux superficiels et souterraines.

11. En premier lieu, la commune de Blanquefort soutient que la recréation d'une zone humide à l'issue de l'exploitation du site n'est qu'hypothétique. Toutefois, l'étude d'impact prévoit de recréer, en lieu et place du plan d'eau existant, environ vingt hectares d'écosystème de zone humide sur une période d'une dizaine d'années. Dans son chapitre VII " conditions de remise en état des lieux ", l'étude décrit les objectifs et les modalités de création de cet écosystème, comprend un plan de phasage de l'opération, décrit précisément les aménagements envisagés et précise que le suivi écologique du site pendant les travaux, consistant en un suivi piézométrique, un suivi de la reprise de la végétation par orthophotographie, un suivi de la topographie prévisionnelle et un suivi écologique (faune et flore), sera effectué par un écologue une fois par an. L'article 9.3.3 de l'arrêté litigieux prévoit à cet égard la constitution d'un comité de suivi et la mise en œuvre de mesures coercitives au cas où les objectifs de création des zones humides ne seraient pas atteints.

12. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 5, l'étude d'impact relève notamment qu'une espèce végétale protégée a été observée, la Grande naïade, située dans la partie orientale du plan d'eau, ce qui a conduit à la diminution de l'emprise de l'installation et à la mise en place d'un suivi environnemental étendu aux plans d'eau voisins. L'étude mentionne également l'existence d'espèces envahissantes, les deux Jussie et l'herbe de la Pampa, et prévoit la mise en place d'une surveillance sur site. Si la commune de Blanquefort soutient que les incidences notables du projet sur la faune et la flore ont été minimisées par le pétitionnaire, notamment les incidences sur les herbiers de la Grande Naïade et l'invasion du site par l'herbe de la pampa et la Jussie, elle n'apporte pas d'élément au soutien de ses allégations.

13. En troisième lieu, l'étude d'impact relève que la Jalle de la Lande est entièrement située à l'extérieur de l'emprise du projet et que le projet n'aura aucun impact sur ce cours d'eau, de même que sur la nappe superficielle, dès lors que les matériaux utilisés pour le remblayage seront inertes et principalement composés de terres, argiles, limons et sols graveleux issus de chantiers de terrassement situés hors zone potentiellement polluée du département de la Gironde. En outre, elle prévoit la mise en place d'une surveillance des eaux superficielles et des eaux souterraines. Si la commune de Blanquefort soutient que l'impact sur la Jalle de la Lande et sur la qualité des eaux de la nappe alluviale n'a pas été analysé de façon suffisante, elle ne donne au tribunal aucune information sur les insuffisances dont elle entend ainsi se prévaloir.

S'agissant de la description des solutions de substitution raisonnables et l'indication des principales raisons du choix effectué:

14. L'étude d'impact comprend un chapitre VI, intitulé " Description des solutions de substitution raisonnables et indications des principales raisons du choix effectué. Le chapitre expose précisément les raisons pour lesquelles le site en cause s'est imposé, et notamment la quantité de stockage disponible, la grande proximité avec les centres de production des déchets du BTP de la moitié nord de la métropole de Bordeaux, la maîtrise foncière des terrains, la compatibilité du projet avec les documents d'urbanisme et d'aménagement, l'environnement (faible densité de population, impacts paysager et visuel limités) et les accès au site. En revanche, il ne présente pas les solutions alternatives envisagées, ainsi d'ailleurs que l'a relevé l'autorité environnementale dans son avis du 14 septembre 2020. Toutefois, le mémoire en réponse à cet avis, daté de novembre 2020 et donc antérieur à l'enquête publique, présente trois solutions alternatives : l'utilisation des filières d'enfouissement existantes en Gironde, la recherche d'un autre site et la mise en place d'un autre système de valorisation des déchets inertes, et explique pourquoi ces solutions ne peuvent être regardées comme de véritables alternatives. Si la commue requérante soutient que cette réponse est insuffisante au regard des exigences de l'article R. 122-5 du Code de l'environnement, elle n'apporte pas d'élément au soutien de ces allégations. Il s'ensuit que le moyen tiré du caractère insuffisant des solutions de substitution dont il n'est pas justifié qu'il aurait pu avoir pour effet de nuire à l'information complète de la population ou qu'il aurait été de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative, doit être écarté.

S'agissant des mesures relatives à la séquence éviter-réduire-compenser :

15. Le chapitre IV de l'étude d'impact, consacré à l'analyse des effets sur l'environnement et des mesures pour éviter, réduire et compenser ces effets (ERC), décrit précisément la liste des effets du projet en termes d'impact visuel sur les sites et paysages, d'atteinte à la faune, la flore, les milieux naturels et les équilibres biologiques, de commodité du voisinage, d'impact sur les eaux superficielles et souterraines, la santé et la sécurité publique, de dangers et de gêne liés au transport de matériaux et d'effets liés aux déchets, et les mesures prévues pour remédier aux nuisances. Ces effets et les mesures de compensation sont en outre résumés dans deux tableaux, le premier relatif aux effets directs et indirects, temporaires et permanents, et le second relatif aux mesures prévues pour éviter, réduire et compenser. La commune de Blanquefort soutient que les mesures ERC sont d'ordre général et manquent de précision quant à leur réalisation, et fait valoir que Bordeaux Metropole a proposé dans son avis, au titre des mesures d'évitement, de procéder au réemploi des déchets inertes produits par les chantiers dans les projets urbains comprenant des espaces verts, dans une logique d'économie circulaire, dans le respect du plan régional de prévention et de gestion des déchets, qui prévoit que le réemploi et la réutilisation sur d'autres chantiers sont les modes de traitement à privilégier dans la hiérarchie des modes de traitement des déchets inertes du BTP. Toutefois, et comme le précise l'étude d'impact, cette hiérarchie est respectée, dès lors que le stockage envisagé sur le site ne concerne que des déchets ultimes, c'est-à-dire insusceptibles d'être réemployés ou valorisés.

S'agissant de la prise en compte de l'impact sur les zones Natura 2000 :

16. La commune de Blanquefort soutient que l'impact sur les masses d'eau et affectant le fonctionnement hydraulique des sites Natura 2000 La Garonne et Réseau hydrographique de Saint-Médard en Jalles et d'Eysines n'a pas été pris en compte. Toutefois, l'étude d'impact tient compte de la présence, à plus de deux kilomètres du terrain d'assiette du projet, de ces deux sites Natura 2000 et comprend un tableau qui recense le type et la nature des effets de l'installation projetée (émissions sonores, vibrations, rejets d'eau et effets biotiques), ainsi que les raisons pour lesquelles ces effets ne sont pas susceptibles d'impacter les sites Natura 2000 en cause. La commune requérante ne soutient ni même n'allègue que ces constatations seraient erronées, et le moyen doit être écarté.

Sur la légalité interne :

En ce qui concerne le respect des règles d'urbanisme :

17. Aux termes de l'article L. 152-1 du code de l'urbanisme, relatif au plan local d'urbanisme : " L'exécution par toute personne publique ou privée de tous travaux, constructions, aménagements, plantations, affouillements ou exhaussements des sols, et ouverture d'installations classées appartenant aux catégories déterminées dans le plan sont conformes au règlement et à ses documents graphiques./ Ces travaux ou opérations sont, en outre, compatibles, lorsqu'elles existent, avec les orientations d'aménagement et de programmation ". Aux termes du I de l'article L. 514-6 du code de l'environnement : " la compatibilité d'une installation classée avec les dispositions d'un schéma de cohérence territoriale, d'un plan local d'urbanisme, d'un plan d'occupation des sols ou d'une carte communale est appréciée à la date de l'autorisation, de l'enregistrement ou de la déclaration () ".

18. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au juge du plein contentieux des installations classées de se prononcer sur la légalité de l'autorisation d'exploiter au regard des règles d'urbanisme légalement applicables à la date de sa délivrance.

19. Le terrain d'assiette du projet est situé en zone Nb du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de Bordeaux Métropole, " zone naturelle réservoir de biodiversité ". Aux termes de l'article 1.3.4.2 du règlement de la zone Nb du PLUi de Bordeaux Métropole : " Installations classées / Les nouvelles occupations et utilisations du sol soumises au régime des installations classées au titre du Code de l'environnement sont autorisées, dès lors qu'elles sont compatibles avec la vocation de la zone, notamment en termes de voisinage, d'environnement et de paysage, et répondent aux besoins des usagers et habitants, sous réserve des dispositions de l'article R.111-2 du Code de l'urbanisme ". Aux termes de l'article 1.3.4.4 Affouillements et exhaussements : " Les affouillements et les exhaussements sont autorisés dès lors : / - qu'ils sont liés aux travaux nécessaires à la protection contre les inondations, les risques et les nuisances ; / - ou qu'ils sont liés à la restauration de zones humides ou à la valorisation écologique des milieux naturels, ou à la valorisation des ressources naturelles du sol et du sous-sol ".

20. Il résulte de ces dispositions que les installations classées sont autorisées en zone Nb à condition d'être compatibles, et non conformes, avec la vocation de la zone.

21. Le projet litigieux porte sur le remblayage d'une ancienne gravière actuellement en eau, accompagné de la recréation d'une zone humide à l'issue de l'exploitation du site. A cet égard, l'étude d'impact précise qu'il s'agit de recréer, en lieu et place du plan d'eau existant, environ vingt hectares d'écosystème de zone humide, et décrit les modalités de création et de suivi de cet écosystème. Si la société demandait initialement une autorisation d'exploiter d'une durée de dix ans, l'arrêté contesté a réduit cette durée à sept ans, ce délai comprenant la remise en état du site et la recréation de la zone humide. Par ailleurs, à l'issue de l'enquête publique, l'emprise du projet est passée de 19,5 ha à 13,4 ha pour éviter de porter atteinte à la Grande naïade, espèce végétale présente sur la partie orientale du plan d'eau, et aux canards plongeurs, présents sur la même zone, la surface à remblayer a été diminuée de 5 ha, afin d'éviter d'affecter des zones constituant des frayères pour certains poissons, et le sens de remblaiement a été modifié afin de limiter dans le temps le risque de turbidité de l'eau du côté de l'herbier de la Grande naïade. De plus, afin de ne pas déranger les oiseaux hivernants, les activités de remblayage seront suspendues de mi-décembre à mi-février. L'inspection des installations classées, dans son avis du 15 avril 2021 à destination du conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologique, précise que le service eau et nature de la direction départementale des territoires et de la mer a relevé que le projet entrainait la recréation d'une zone humide, et le service d'aménagement urbain de cette même direction a estimé que le projet respectait les documents d'urbanisme. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que le projet ne serait pas compatible avec la vocation de la zone, quand bien même le règlement du PLU doit être interprété en tenant compte du document d'orientation et d'objectifs du SCOT du SCOT de l'aire métropolitaine bordelais et de la stratégie des différentes collectivités intéressées. De même, dès lors que le projet emporte création d'une zone humide, il n'est pas incompatible avec l'article 1.3.4.4 du règlement de la zone Nb.

22. Par ailleurs, si la commune de Blanquefort soutient que le plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole prévoit expressément la préservation des milieux humides, en particulier dans les dispositions relatives aux continuités écologiques et/ou au patrimoine bâti et paysager, elle ne mentionne pas les dispositions du plan local d'urbanisme dont elle entend ainsi se prévaloir et ne permet dès lors pas au tribunal d'apprécier la portée et le bien-fondé de ce moyen.

En ce qui concerne la dérogation " espèces protégées " :

23. Aux termes de l'article L. 181-3 du code de l'environnement : " () II. L'autorisation environnementale ne peut être accordée que si les mesures qu'elle comporte assurent également : / () 4° Le respect des conditions, fixées au 4° du I de l'article L. 411-2, de délivrance de la dérogation aux interdictions édictées pour la conservation de sites d'intérêt géologique, d'habitats naturels, des espèces animales non domestiques ou végétales non cultivées et de leurs habitats, lorsque l'autorisation environnementale tient lieu de cette dérogation () ". Aux termes de l'article L. 411-1 de ce code : " I. - Lorsqu'un intérêt scientifique particulier, le rôle essentiel dans l'écosystème ou les nécessités de la préservation du patrimoine naturel justifient la conservation de sites d'intérêt géologique, d'habitats naturels, d'espèces animales non domestiques ou végétales non cultivées et de leurs habitats, sont interdits : / 1° La destruction ou l'enlèvement des oeufs ou des nids, la mutilation, la destruction, la capture ou l'enlèvement, la perturbation intentionnelle, la naturalisation d'animaux de ces espèces ou, qu'ils soient vivants ou morts, leur transport, leur colportage, leur utilisation, leur détention, leur mise en vente, leur vente ou leur achat ; / 2° La destruction, la coupe, la mutilation, l'arrachage, la cueillette ou l'enlèvement de végétaux de ces espèces, de leurs fructifications ou de toute autre forme prise par ces espèces au cours de leur cycle biologique, leur transport, leur colportage, leur utilisation, leur mise en vente, leur vente ou leur achat, la détention de spécimens prélevés dans le milieu naturel ; / 3° La destruction, l'altération ou la dégradation de ces habitats naturels ou de ces habitats d'espèces () ". Le I de l'article L. 411-2 du même code renvoie à un décret en Conseil d'Etat la détermination des conditions dans lesquelles sont fixées, notamment : " 4° La délivrance de dérogations aux interdictions mentionnées aux 1°, 2° et 3° de l'article L. 411-1, à condition qu'il n'existe pas d'autre solution satisfaisante, pouvant être évaluée par une tierce expertise menée, à la demande de l'autorité compétente, par un organisme extérieur choisi en accord avec elle, aux frais du pétitionnaire, et que la dérogation ne nuise pas au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées dans leur aire de répartition naturelle : () / a) Dans l'intérêt de la protection de la faune et de la flore sauvages et de la conservation des habitats naturels () c) Dans l'intérêt de la santé et de la sécurité publiques ou pour d'autres raisons impératives d'intérêt public majeur, y compris de nature sociale ou économique, et pour des motifs qui comporteraient des conséquences bénéfiques primordiales pour l'environnement () ". Aux termes de l'article R. 411-1 du même code : " Les listes des espèces animales non domestiques et des espèces végétales non cultivées faisant l'objet des interdictions définies par l'article L. 411-1 sont établies par arrêté conjoint du ministre chargé de la protection de la nature et soit du ministre chargé de l'agriculture, soit, lorsqu'il s'agit d'espèces marines, du ministre chargé des pêches maritimes. / Les espèces sont indiquées par le nom de l'espèce ou de la sous-espèce ou par l'ensemble des espèces appartenant à un taxon supérieur ou à une partie désignée de ce taxon. " Les arrêtés du 20 janvier 1982 et du 29 octobre 2009 des ministres chargés de l'agriculture et de l'environnement fixent, respectivement, la liste des végétaux et des oiseaux protégés sur l'ensemble du territoire et les modalités de leur protection.

24. Il résulte de ces dispositions que la destruction ou la perturbation des espèces animales concernées, ainsi que la destruction ou la dégradation de leurs habitats, sont interdites. Toutefois, l'autorité administrative peut déroger à ces interdictions dès lors que sont remplies trois conditions distinctes et cumulatives tenant d'une part, à l'absence de solution alternative satisfaisante, d'autre part, à la condition de ne pas nuire au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées dans leur aire de répartition naturelle et, enfin, à la justification de la dérogation par l'un des cinq motifs limitativement énumérés et parmi lesquels figure le fait que le projet réponde, par sa nature et compte tenu des intérêts économiques et sociaux en jeu, à une raison impérative d'intérêt public majeur.

25. Le système de protection des espèces résultant des dispositions citées ci-dessus, qui concerne les espèces de végétaux et d'oiseaux figurant sur les listes fixées par les arrêtés du 20 janvier 1982 et du 29 octobre 2009, impose d'examiner si l'obtention d'une dérogation est nécessaire dès lors que des spécimens de l'espèce concernée sont présents dans la zone du projet, sans que l'applicabilité du régime de protection dépende, à ce stade, ni du nombre de ces spécimens, ni de l'état de conservation des espèces protégées présentes.

26. Le pétitionnaire doit obtenir une dérogation " espèces protégées " si le risque que le projet comporte pour les espèces protégées est suffisamment caractérisé. A ce titre, les mesures d'évitement et de réduction des atteintes portées aux espèces protégées proposées par le pétitionnaire doivent être prises en compte. Dans l'hypothèse où les mesures d'évitement et de réduction proposées présentent, sous le contrôle de l'administration, des garanties d'effectivité telles qu'elles permettent de diminuer le risque pour les espèces au point qu'il apparaisse comme n'étant pas suffisamment caractérisé, il n'est pas nécessaire de solliciter une dérogation " espèces protégées ".

27. Sont présentes sur le terrain d'assiette du projet une espèce végétale protégée, la Grande naïade, et des espèces de canards qui seraient elles aussi protégées. Toutefois, à supposer même que ces espèces figurent sur les listes d'espèces protégées mentionnées à l'article R. 411-1 du code de l'environnement, il résulte de l'instruction qu'à l'issue de l'enquête publique, l'emprise du projet est passée de 19,5 ha à 13,4 ha pour éviter de porter atteinte à la Grande naïade, espèce végétale présente sur la partie orientale du plan d'eau, et aux canards plongeurs, présents sur la même zone, la surface à remblayer a été diminuée de 5 ha, afin d'éviter d'affecter des zones constituant des frayères pour certains poissons, et le sens de remblaiement a été modifié afin de limiter dans le temps le risque de turbidité de l'eau du côté de l'herbier de la Grande naïade. De plus, l'arrêté contesté prévoit que les activités de remblayage seront suspendues de mi-décembre à mi-février, afin de ne pas déranger les oiseaux hivernants. Ainsi, ces mesures présentent des garanties d'effectivité telles qu'elles permettent de diminuer le risque pour les espèces en cause, qui n'apparait pas suffisamment caractérisée. Si la commune de Blanquefort fait valoir le risque pour les frayères de brochet, toutefois, l'étude faune-flore conclut à l'absence de zone de frayères du brochet sur le site. Enfin, ainsi qu'il a été dit au point 8 du présent arrêt, aucune pièce ne vient attester de la présence sur le site de la loutre d'Europe et du vison d'Europe. Par suite, aucune dérogation " espèces protégées " n'était nécessaire, et le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l'atteinte aux intérêts mentionnées à l'article L. 511-1 du code de l'environnement :

28. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'environnement : " Sont soumis aux dispositions du présent titre les usines, ateliers, dépôts, chantiers et, d'une manière générale, les installations exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l'agriculture, soit pour la protection de la nature, de l'environnement et des paysages, soit pour l'utilisation économe des sols naturels, agricoles ou forestiers, soit pour l'utilisation rationnelle de l'énergie, soit pour la conservation des sites et des monuments ainsi que des éléments du patrimoine archéologique. () ". Aux termes de l'article L. 181-3 du même code : " I. - L'autorisation environnementale ne peut être accordée que si les mesures qu'elle comporte assurent la prévention des dangers ou inconvénients pour les intérêts mentionnés aux articles L. 211-1 et L. 511-1, selon les cas ".

29. Dans l'exercice de ses pouvoirs de police administrative en matière d'installations classées pour la protection de l'environnement, il appartient à l'autorité administrative d'assortir l'autorisation d'exploiter délivrée en application de l'article L. 512-1 du code de l'environnement des prescriptions de nature à assurer la protection des intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 du même code, en tenant compte des conditions d'installation et d'exploitation précisées par le pétitionnaire dans le dossier de demande, celles-ci comprenant notamment les engagements qu'il prend afin d'éviter, réduire et compenser les dangers ou inconvénients de son exploitation pour ces intérêts.

30. En premier lieu, la commune de Blanquefort soutient que le projet porte atteinte à la commodité du voisinage et à la santé publique, dès lors qu'il engendrera une circulation supplémentaire de camions à proximité immédiate du plan d'eau sur lequel est aménagé la base sportive nautique et qui accueille également l'association des pêcheurs. S'il résulte en effet de l'instruction que le projet entrainera 16 à 20 rotations de camions en moyenne par jour ouvré, toutefois, la société CMGO s'est engagée à planter une haie qui permettra de limiter l'envol des poussières et la visibilité pour les usagers du plan d'eau, et l'article 3.1.2 de l'arrêté contesté prescrit à la société de prendre toute disposition " pour que l'établissement ne soit pas à l'origine d'émission de poussières ou d'odeurs susceptibles d'incommoder le voisinage " et lui impose des mesure de surveillance de la qualité de l'air par la mise en place d'un réseau de suivi des retombées atmosphériques de poussières totale, effectuées trois mois après la mise en service puis au moins une fois par an par un organisme indépendant.

31. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 27 du présent arrêt, en raison notamment des évolutions apportées au projet postérieurement à l'enquête publique et aux prescriptions de l'arrêté contesté, notamment dans ses articles 9.1 et 9.2, les atteintes à la biodiversité et aux espèces protégées ne sont pas caractérisées.

32. En troisième lieu, la commune de Blanquefort soutient que l'installation est susceptible de nuire à la protection des eaux, en raison de l'insuffisance des mesures et prescriptions relatives aux matières entrantes sur le site. Toutefois, le projet en cause porte sur le stockage de déchets inertes, qui ne se décomposent pas, ne brulent pas et ne produisent aucune réaction chimique susceptible de nuire à l'environnement. La note de présentation non technique de la demande précise que la procédure d'acceptation des déchets inertes sur le site, et la vérification de leur caractère inerte, est réglementée par l'arrêté du 12 décembre 2014 relatif aux conditions d'admission des déchets inertes dans les installations relevant de la rubrique 2760-3. Cette procédure est décrite dans la demande d'autorisation et permet de contrôler strictement la nature inerte des déchets stockés, afin de limiter au maximum les risques de pollution.

33. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que, pendant les sept années d'exploitation, l'atteinte aux paysages sera faible, en raison notamment des prescriptions de l'article 2.3 de l'arrêté contesté.

34. En cinquième et dernier lieu, la commune de Blanquefort soutient qu'il existe un risque pour la sécurité publique, dès lors que le projet est situé en zone rouge du plan de prévention du risque inondation du secteur Garonne agglomération bordelaise. Toutefois, les conclusions des études hydrauliques reprises dans l'étude d'impact précisent que si le remblaiement du site par des matériaux inertes n'excède pas une cote altimétrique de 1,75 m A sur l'ensemble de la superficie, le remblaiement n'aura aucun impact sur les inondations. Or, le projet prévoit de remblayer à une cote inférieure à la cote des hautes eaux (qui correspond à la cote de débordement du plan d'eau). Le remblaiement n'excèdera donc pas la cote du talus périphérique du plan d'eau, strictement inférieure à 1,75 m A. L'étude d'impact conclut ainsi que le remblaiement n'aura aucun impact sur les inondations.

35. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 12 mai 2021 présentées par la commune de Blanquefort doivent être rejetées, ainsi que ses conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, sur le fondement de ces mêmes dispositions, de mettre à la charge de la commune, au profit de la CMGO, la somme de 2 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la commune de Blanquefort est rejetée.

Article 2 : La commune de Blanquefort versera à la CMGO la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Blanquefort, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la société Carrières et matériaux du grand ouest.

Une copie en sera adressée au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

M. Bilate, conseiller,

M. Bourdarie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.

La présidente-rapporteure

F. MUNOZ-PAUZIÈS

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau

X. BILATE

La greffière,

C. POTTIER

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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