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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2104766

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2104766

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2104766
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS SEBAN NOUVELLE AQUITAINE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Sous le n°2104766, par une requête et des mémoires enregistrés les 16 septembre 2021, 9 août et 10 novembre 2022 (non communiqué pour ce-dernier), Mme A B, représentée par Me Julie Noël, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 avril 2021 par laquelle le maire de la commune de Lédat a refusé de faire droit à sa demande d'octroi de la nouvelle bonification indiciaire depuis le 1er avril 2017 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Lédat de lui verser la nouvelle bonification indiciaire à compter du 1er janvier 2017 dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge la commune de Lédat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'elle remplit les conditions prévues par le point 41 de l'annexe visée à l'article 1er du décret du 3 juillet 2006 portant attribution de la nouvelle bonification indiciaire à certains personnels de la fonction publique territoriale pour se voir octroyer la nouvelle bonification indiciaire à compter du 1er avril 2017.

Par des mémoires en défense enregistrés les 28 avril et 7 octobre 2022, la commune de Lédat, représentée par Me Damien Simon, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

Elle fait valoir que le moyen soulevé n'est pas fondé.

Par ordonnance du 10 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 10 novembre 2022.

II. Sous le n°2200723, par une requête et des mémoires enregistrés les 8 février, 9 août et 10 novembre 2022 (non communiqué pour ce-dernier), Mme A B, représentée par Me Julie Noël demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Lédat à lui verser la somme de 4 373,20 euros en réparation des préjudices subis en raison de l'absence de versement de la nouvelle bonification indiciaire, assortie des intérêts au taux légal depuis le 12 octobre 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Lédat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- en s'abstenant de lui octroyer la nouvelle bonification indiciaire la commune de Lédat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ; elle remplit les conditions prévues par le point 41 de l'annexe visée à l'article 1er du décret du 3 juillet 2006 portant attribution de la nouvelle bonification indiciaire à certains personnels de la fonction publique territoriale pour se voir octroyer la nouvelle bonification indiciaire à compter du 1er avril 2017 ; la mesure est empreinte de discrimination dès lors qu'un autre agent stagiaire bénéficie de la nouvelle bonification indiciaire ;

- son préjudice matériel et économique s'élève à la somme de 2 873,20 euros ;

- son préjudice moral peut être évalué à la somme de 1 500 euros.

Par des mémoires en défense enregistrés les 28 avril et 7 octobre 2022, la commune de Lédat représentée par Me Damien Simon, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 10 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 10 novembre 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n°93-863 du 18 juin 1993 relatif aux conditions de mise en œuvre de la nouvelle bonification indiciaire dans la fonction publique territoriale ;

- le décret n°2006-779 du 3 juillet 2006 portant attribution de la nouvelle bonification indiciaire à certains personnels de la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bongrain,

- les conclusions de M. Naud, rapporteur public,

- les observations de Me Latour, représentant Mme B,

- et celles de Me Jacquier, représentant la commune de Lédat.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, adjointe technique territoriale principale de 2ème classe, a été recrutée par la commune de Lédat (Lot-et-Garonne) pour exercer des fonctions d'agent des écoles et d'entretien à temps complet. Par un courrier du 10 mars 2021, réceptionné le lendemain, l'intéressée a sollicité l'octroi de la nouvelle bonification indiciaire à compter du 1er avril 2017. Par une décision du 19 avril 2021, dont elle demande l'annulation par une première requête enregistrée sous le n°2104766, le maire de la commune de Lédat a refusé de faire droit à sa demande. Par une seconde requête enregistrée sous le n°2200723, Mme B demande au tribunal de condamner la commune de Lédat à lui verser la somme globale de 4 373,20 euros en réparation des préjudices subis en raison de l'absence de versement de la nouvelle bonification indiciaire.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2104766 et 2200723 concernent la situation d'un même agent public. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes du I de l'article 27 de la loi du 18 janvier 1991 portant dispositions relatives à la santé publique et aux assurances sociales : " La nouvelle bonification indiciaire des fonctionnaires et des militaires, instituée à compter du 1er août 1990, est attribuée pour certains emplois comportant une responsabilité ou une technicité particulière dans des conditions fixées par décret ". L'article 1er du décret du 3 juillet 2006 portant attribution de la nouvelle bonification indiciaire à certains personnels de la fonction publique territoriale dispose : " Une nouvelle bonification indiciaire, prise en compte pour le calcul de la retraite, est versée mensuellement aux fonctionnaires territoriaux exerçant une des fonctions figurant en annexe au présent décret ". Le tableau 4 annexé à ce décret, intitulé " fonctions impliquant une technicité et une polyvalence particulières liées à l'exercice dans certaines collectivités ou dans leurs établissements publics assimilés " mentionne en point 41 que dix points d'indice majoré sont attribués aux agents exerçant des " Fonctions polyvalentes liées à l'entretien, à la salubrité, à la conduite de véhicules et à des tâches techniques dans les communes de moins de 2000 habitants et dans des établissement publics locaux assimilables à une commune de moins de 2000 habitants (selon les critères prévus par le décret n° 2000-954 du 22 septembre 2000 relatif aux emplois fonctionnels dans les établissements publics) ou à des tâches techniques au sein d'un monument historique ".

4. Il ressort des pièces du dossier et notamment de la fiche de poste de Mme B que celle-ci est chargée de la garderie des enfants, de la surveillance du réfectoire, du ménage des locaux ainsi que de l'entretien des espaces verts et bâtiments communaux lors des vacances scolaires. Ces fonctions ne peuvent être regardées comme constituant l'exercice de fonctions polyvalentes liées à l'entretien, à la salubrité, à la conduite de véhicules et à des tâches techniques dans une commune de moins de 2 000 habitants. Dans ces conditions, en refusant d'octroyer la nouvelle bonification indiciaire à Mme B, le maire de la commune de Lédat n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 19 avril 2021 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par la requérante, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent être accueillies.

Sur les conclusions indemnitaires :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 5 que Mme B ne remplissait pas les conditions pour se voir octroyer la nouvelle bonification indiciaire. Par suite, l'absence de versement de cette indemnité ne constitue pas une faute de nature à engager la responsabilité de la commune de Lédat.

8. En second lieu, Mme B soutient être victime de discrimination dès lors qu'un autre agent stagiaire aurait obtenu le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire. Il n'est toutefois ni justifié, ni même allégué que cet agent exercerait les mêmes fonctions que l'intéressée. En tout état de cause, Mme B, dont la demande tend à l'octroi d'un avantage illégal en application des dispositions citées au point 3, ne peut utilement se prévaloir d'une éventuelle rupture d'égalité de traitement. Dans ces conditions, l'absence de versement de la nouvelle bonification indiciaire ne constitue pas, en l'absence de toute précision, un élément de nature à établir une quelconque discrimination.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

11. Les dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par Mme B soit mise à la charge de la commune de Lédat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme que demande la collectivité sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°2104766 et 2200723 sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Lédat présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Lédat.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

Mme Lahitte, conseillère,

M. Bongrain, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

Le rapporteur,

A. BONGRAIN

La présidente,

F. MUNOZ-PAUZIÈSLa greffière,

C. SCHIANO

La République mande et ordonne au préfet de Lot-et-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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