lundi 17 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2104847 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SEVAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 20 septembre 2021, 12 mai et 8 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Séval, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 mars 2021 par laquelle la préfète de la Gironde a refusé de faire droit à la demande du maire d'Arcachon tendant à ce que M. A, agent de police municipale, soit autorisé à porter en service une arme de poing, à savoir un pistolet semi-automatique 9 mm de catégorie B 1° ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer l'autorisation de port d'arme sollicitée ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable dès lors que, contrairement à ce qui est soutenu en défense, la décision implicite de rejet de son recours gracieux est née le 21 juillet 2021 de sorte que le délai de recours contentieux de deux mois n'était pas expiré à la date d'enregistrement de la requête le 20 septembre 2021 ;
- la décision contestée est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que la simple circonstance qu'il soit mentionné au fichier des antécédents judiciaires pour des faits de violence en date du 26 juin 2020, sans tenir compte des éléments du dossier et de sa personnalité, ne saurait établir que son comportement ne serait pas compatible avec le port d'une arme de catégorie B ;
- elle est disproportionnée ;
- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que la préfète n'a pas tenu compte de la décision judiciaire ordonnant l'exclusion de la mention de la condamnation au bulletin n°2 de son casier judiciaire ; en application de l'article 230-8 du code de procédure pénale, la dispense d'inscription au bulletin n°2 du casier judiciaire emporte effacement de la mention au traitement des données à caractère personnel ;
- en application de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, c'est à tort que l'administration a pris une décision défavorable à son encontre sur la base d'une mention figurant au fichier des antécédents judiciaires.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable pour tardiveté ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 9 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 9 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure,
- le code de procédure pénale,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Passerieux, rapporteure,
- les conclusions de M. Dufour, rapporteur public,
- et les observations de Me Séval, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, policier municipal à Arcachon, demande l'annulation de la décision du 2 mars 2021 par laquelle la préfète de la Gironde a refusé de faire droit à la demande du maire d'Arcachon tendant à ce qu'il soit autorisé à porter en service une arme de poing, à savoir un pistolet semi-automatique 9 mm de catégorie B 1.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 114-1 du code de la sécurité intérieure, dans sa rédaction applicable : " I. - Les décisions administratives () d'autorisation, d'agrément ou d'habilitation, prévues par des dispositions législatives ou réglementaires, concernant soit les emplois publics participant à l'exercice des missions de souveraineté de l'Etat, soit les emplois publics ou privés relevant du domaine de la sécurité ou de la défense, soit les emplois privés ou activités privées réglementées relevant des domaines des jeux, paris et courses, soit l'accès à des zones protégées en raison de l'activité qui s'y exerce, soit l'utilisation de matériels ou produits présentant un caractère dangereux, peuvent être précédées d'enquêtes administratives destinées à vérifier que le comportement des personnes physiques ou morales intéressées n'est pas incompatible avec l'exercice des fonctions ou des missions envisagées. / Ces enquêtes peuvent donner lieu à la consultation de traitements automatisés de données à caractère personnel relevant de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification. Les conditions dans lesquelles les personnes intéressées sont informées de cette consultation sont précisées par décret. () ". Aux termes de l'article L. 511-5 du même code : " Les agents de police municipale peuvent être autorisés nominativement par le représentant de l'Etat dans le département, sur demande motivée du maire, à porter une arme, sous réserve de l'existence d'une convention de coordination des interventions de la police municipale et des forces de sécurité de l'Etat, prévue par la section 2 du chapitre II du présent titre. "
3. En l'espèce, pour estimer que le comportement de M. A était incompatible avec le port d'une arme de catégorie B et refuser de lui délivrer l'autorisation sollicitée, la préfète de la Gironde s'est fondée sur la circonstance que ce dernier est connu du fichier des antécédents judiciaires pour des faits de violence commis le 26 juin 2020. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné le 9 novembre 2020, soit cinq mois avant la date de la décision contestée, par jugement du tribunal correctionnel de Bordeaux à une peine de 3 mois d'emprisonnement délictuel avec sursis probatoire total pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. S'il est exact que les violences commises le 26 juin 2020 sont intervenues dans le cadre d'une altercation conjugale ayant occasionné des violences réciproques, d'une part, il ressort du procès-verbal d'audition de M. A en date du 8 juillet 2020 que celui-ci n'a pas souhaité déposer plainte à l'encontre de son ex-compagne et, d'autre part, il ressort du certificat médical en date du 27 juin 2020 produit par le requérant que les lésions constatées sur ce dernier, à savoir des dermabrasions et un hématome millimétrique de la partie interne de la lèvre inférieure gauche, n'ont entrainé aucune incapacité totale de travail pour l'intéressé. Par ailleurs, il ressort du procès-verbal d'audition de l'ex-compagne du requérant, en date du 27 juin 2020 que ce dernier a parfois des difficultés à maîtriser son comportement et peut se montrer violent lorsqu'il est en colère. Les circonstances invoquées par le requérant tenant à ce qu'il a immédiatement assumé les faits, en acceptant d'être jugé selon la procédure de reconnaissance préalable de culpabilité, à ce que sa précédente compagne atteste qu'il n'a jamais été violent avec elle, à ce qu'il a reçu plusieurs distinctions lorsqu'il travaillait au sein de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris, et, enfin, à ce que ses supérieurs hiérarchiques attestent de son professionnalisme, ne permettent pas d'établir que la préfète aurait commis une erreur d'appréciation en considérant que les faits de violence commis le 26 juin 2020, soit huit mois avant la date de la décision contestée, sont incompatibles avec le port d'une arme de catégorie B. Par ailleurs, l'exclusion de la mention de la condamnation prononcée à l'encontre de M. A du bulletin n°2 de son casier judiciaire ne s'oppose pas à ce qu'il puisse être tenu compte de ces faits de violence pour refuser d'autoriser l'intéressé à porter une arme de catégorie B. Enfin, si M. A soutient que le juge de l'application des peines a prononcé, par jugement du 17 mars 2022 postérieur à la date de la décision contestée, le non avènement anticipé de la peine prononcée le 9 novembre 2020 à son encontre, cette circonstance est sans influence sur l'appréciation du comportement de l'intéressé au regard du port d'une arme de catégorie B. Par suite, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation et de l'erreur de droit doivent être écartés.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 230-8 du code de procédure pénale, dans sa rédaction applicable : " Le traitement des données à caractère personnel est opéré sous le contrôle du procureur de la République territorialement compétent, qui, d'office ou à la demande de la personne concernée, ordonne qu'elles soient effacées, complétées ou rectifiées, notamment en cas de requalification judiciaire, ou qu'elles fassent l'objet d'une mention. La rectification pour requalification judiciaire est de droit. Le procureur de la République se prononce dans un délai de deux mois sur les suites qu'il convient de donner aux demandes qui lui sont adressées. La personne concernée peut former cette demande sans délai à la suite d'une décision devenue définitive de relaxe, d'acquittement, de condamnation avec dispense de peine ou dispense de mention au casier judiciaire, de non-lieu ou de classement sans suite. Dans les autres cas, la personne ne peut former sa demande, à peine d'irrecevabilité, que lorsque ne figure plus aucune mention de nature pénale dans le bulletin n° 2 de son casier judiciaire. En cas de décision de relaxe ou d'acquittement devenue définitive, les données à caractère personnel concernant les personnes mises en cause sont effacées, sauf si le procureur de la République en prescrit le maintien, auquel cas elles font l'objet d'une mention. Lorsque le procureur de la République prescrit le maintien des données à caractère personnel relatives à une personne ayant bénéficié d'une décision de relaxe ou d'acquittement devenue définitive, il en avise la personne concernée. En cas de décision de non-lieu ou de classement sans suite, les données à caractère personnel concernant les personnes mises en cause font l'objet d'une mention, sauf si le procureur de la République ordonne l'effacement des données à caractère personnel. Lorsque les données à caractère personnel relatives à la personne concernée font l'objet d'une mention, elles ne peuvent faire l'objet d'une consultation dans le cadre des enquêtes administratives prévues aux articles L. 114-1 et L. 234-1 à L. 234-3 du code de la sécurité intérieure et à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995 d'orientation et de programmation relative à la sécurité. Les décisions du procureur de la République prévues au présent alinéa ordonnant le maintien ou l'effacement des données à caractère personnel ou ordonnant qu'elles fassent l'objet d'une mention sont prises pour des raisons liées à la finalité du fichier au regard de la nature ou des circonstances de commission de l'infraction ou de la personnalité de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 40-29 du même code, dans sa rédaction applicable : " I. - Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, aux articles L. 114-1, L. 114-2, L. 211-11-1, L. 234-1 et L. 234-2 du code de la sécurité intérieure et à l'article L. 4123-9-1 du code de la défense, les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : / 1° Les personnels de la police et de la gendarmerie habilités selon les modalités prévues au 1° et au 2° du I de l'article R. 40-28 ; / 2° Les agents individuellement désignés et spécialement habilités des services spécialisés de renseignement mentionnés à l'article R. 234-2 du code de la sécurité intérieure ; / 3° Les agents du service à compétence nationale dénommé " service national des enquêtes administratives de sécurité ", individuellement désignés et spécialement habilités par le directeur général de la police nationale ; / 4° Les agents du service à compétence nationale dénommé " Commandement spécialisé pour la sécurité nucléaire ", individuellement désignés et spécialement habilités par le directeur général de la gendarmerie nationale ; / 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat. () ".
5. En l'espèce, si M. A soutient qu'en application de l'article 230-8 du code de procédure pénale, la dispense d'inscription au bulletin n°2 du casier judiciaire emporte effacement de la mention au traitement des données à caractère personnel, il ressort de la décision du 11 octobre 2022 du chef de la division des fichiers de la gendarmerie nationale produite par le requérant que les données nominatives le concernant ont été maintenues sur instructions du procureur de la République près le tribunal judiciaire de Bordeaux dans le traitement d'antécédents judiciaires de la gendarmerie pour les faits de violence commis le 26 juin 2020, avec mention des suites judiciaires. Par ailleurs, il ne résulte pas des dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale citées au point précédent dans leur rédaction applicable en l'espèce que la préfète ne pouvait pas prendre de décision défavorable à l'encontre de l'intéressée sur la base de la mention de sa condamnation maintenue au fichier des antécédents judiciaires. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 2 mars 2021 doivent être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 19 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Delvolvé, président,
Mme Mounic, première conseillère,
Mme Passerieux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2023.
La rapporteure,
C. PASSERIEUX
Le président,
Ph. DELVOLVÉ
La greffière,
L. SIXDENIERS
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2104847
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026