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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2105108

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2105108

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2105108
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantGRELLETY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 octobre 2021, M. B A, représenté par Me Grellety, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 septembre 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Cadillac l'a suspendu sans traitement à compter du 15 septembre 2021 ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier de Cadillac de régulariser sa situation administrative et son droit à traitement depuis le 15 septembre 2021 ainsi que de considérer que la période à compter du 15 septembre 2021 est une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés et pour les droit acquis au titre de son ancienneté ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Cadillac la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- la décision contestée a été signée par une autorité incompétente en l'absence de délégation de signature ; la règle du parallélisme des formes avec la signature du contrat de travail n'est pas respectée ;

- elle méconnaît les dispositions des articles 1-C.2 de la loi du 5 août 2021 dès lors que son contrat de travail a été suspendu sans qu'il n'ait pu bénéficier d'un entretien préalable ou qu'une solution amiable n'ait été recherchée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 14 III de la loi du 5 août 2021 dès lors qu'il n'a pu bénéficier d'un entretien destiné à l'informer, sans délai, des conséquences qu'emportent l'interdiction d'exercer son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation ;

- les dispositions de la loi du 5 août 2021 ont été prises sans avis du conseil commun de la fonction publique, comme le préconisait pourtant le Conseil d'Etat ;

- le conseil de discipline n'a pas été saisi avant l'édiction de la décision contestée, alors qu'elle constitue une sanction, en méconnaissance des dispositions de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983, de l'article 16 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, et des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision de suspension du contrat de travail, sans rémunération, est contraire aux articles 5 et 11 du préambule de la Constitution ;

- faute d'avoir interrogé la médecine du travail sur son état vaccinal, son employeur ne pouvait prononcer la suspension de son contrat de travail.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2022, le centre hospitalier de Cadillac, représenté par Me Clément, conclut au rejet de la requête de M. A et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à sa charge sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le centre hospitalier de Cadillac fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

Par ordonnance du 18 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 22 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- l'ordonnance n°58-1067 du 7 novembre 1958 ;

- le pacte international relatif aux droits civils et politiques ;

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention d'Oviedo du 4 avril 1997 ;

- le règlement 2021/953 du 14 juin 2021 ;

- la directive 2001/20/CE du 4 avril 2001 ;

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 16 janvier 1986 ;

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;

- le décret n°2021-1059 du 7 août 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Naud, rapporteur public,

- et les observations de Me Lesson, représentant le centre hospitalier de Cadillac.

Une note en délibéré a été présentée par le centre hospitalier de Cadillac le 12 septembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A exerce ses fonctions d'infirmier en soins généraux et spécialisés au sein du centre hospitalier de Cadillac. Par un arrêté du 15 septembre 2021, le directeur du centre hospitalier de Cadillac l'a suspendu de ses fonctions à compter du 15 septembre 2021 jusqu'à la présentation des justificatifs requis pour l'exercice de ses fonctions et a suspendu sa rémunération. M. A a saisi le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux sur le fondement de l'article L.521-1 du code de justice administrative, lequel a rejeté sa requête pour défaut de doute sérieux par ordonnance n°2105234 du 3 novembre 2021. M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 15 septembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : 1° Les personnes exerçant leur activité dans : a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique ainsi que les hôpitaux des armées mentionnés à l'article L. 6147-7 du même code () ". Aux termes de l'article 13 de cette loi : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent 1°, peut être présenté, pour sa durée de validité, le certificat de rétablissement prévu au second alinéa du II de l'article 12. Avant la fin de validité de ce certificat, les personnes concernées présentent le justificatif prévu au premier alinéa du présent 1°. / Un décret détermine les conditions d'acceptation de justificatifs de vaccination, établis par des organismes étrangers, attestant de la satisfaction aux critères requis pour le certificat mentionné au même premier alinéa ; / 2° Ne pas être soumises à cette obligation en présentant un certificat médical de contre-indication. Ce certificat peut, le cas échéant, comprendre une date de validité. / II. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 justifient avoir satisfait à l'obligation prévue au même I ou ne pas y être soumises auprès de leur employeur lorsqu'elles sont salariées ou agents publics. () III. - Le certificat médical de contre-indication mentionné au 2° du I du présent article peut être contrôlé par le médecin conseil de l'organisme d'assurance maladie auquel est rattachée la personne concernée. Ce contrôle prend en compte les antécédents médicaux de la personne et l'évolution de sa situation médicale et du motif de contre-indication, au regard des recommandations formulées par les autorités sanitaires. / IV. - Les employeurs et les agences régionales de santé peuvent conserver les résultats des vérifications de satisfaction à l'obligation vaccinale contre la covid-19 opérées en application du deuxième alinéa du II, jusqu'à la fin de l'obligation vaccinale. / Les employeurs et les agences régionales de santé s'assurent de la conservation sécurisée de ces documents et, à la fin de l'obligation vaccinale, de la bonne destruction de ces derniers. / V. - Les employeurs sont chargés de contrôler le respect de l'obligation prévue au I de l'article 12 par les personnes placées sous leur responsabilité. ". Aux termes de l'article 14 de cette loi : " I. - A. - A compter du lendemain de la publication de la présente loi et jusqu'au 14 septembre 2021 inclus, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12 ou le résultat, pour sa durée de validité, de l'examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 prévu par le même décret. / B. - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent B, à compter du 15 septembre 2021 et jusqu'au 15 octobre 2021 inclus, sont autorisées à exercer leur activité les personnes mentionnées au I de l'article 12 qui, dans le cadre d'un schéma vaccinal comprenant plusieurs doses, justifient de l'administration d'au moins une des doses requises par le décret mentionné au II du même article 12, sous réserve de présenter le résultat, pour sa durée de validité, de l'examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 prévu par le même décret. () III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit. / La dernière phrase du deuxième alinéa du présent III est d'ordre public. Lorsque le contrat à durée déterminée d'un agent public non titulaire est suspendu en application du premier alinéa du présent III, le contrat prend fin au terme prévu si ce dernier intervient au cours de la période de suspension ".

3. Il ressort du III de l'article 14 précité, lequel a fixé une procédure préalable à l'édiction d'une mesure de suspension, que l'employeur, qui constate que l'agent ne peut plus exercer son activité en application du I du même article, l'informe sans délai, avant de prononcer une telle mesure de suspension, des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation et le cas échéant d'utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le centre hospitalier de Cadillac a édicté une note de service, le 13 août 2021, ayant pour objet " Mise en œuvre de l'obligation vaccinale et du passe sanitaire dans les services et établissements de santé, sociaux et médico sociaux - Application au centre hospitalier de Cadillac " et a organisé une réunion d'information le 15 septembre 2021 à 13 heures. De plus, il est constant que M. A a également été destinataire, le 2 septembre 2021, de deux courriers l'informant, en application de la loi du 5 août 2021, d'une part, de la nécessité de présenter à compter du 15 septembre 2021, un certificat de statut vaccinal ou à défaut le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises et de la possibilité, jusqu'au 15 octobre 2021, de justifier avoir reçu au moins une des doses requises, d'autre part, des conséquences qu'emporte l'interdiction d'exercer en cas de non transmission des documents requis et enfin, de la nécessité de faire parvenir les justificatifs requis avant le 9 septembre 2021. Par courrier du 13 septembre 2021, M. A a adressé une réponse au directeur du centre hospitalier de Cadillac. S'il ressort de l'ensemble de ces éléments, qu'après avoir constaté que M. A ne pouvait plus exercer son activité dès lors qu'il n'a pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12, le centre hospitalier de Cadillac l'a personnellement informé, sans délai et préalablement à l'édiction de la mesure contestée, des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que M. A a été informé de la possibilité de régulariser sa situation en utilisant, le cas échéant, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. L'omission d'une telle information, qui a privé le requérant d'une garantie, constitue une irrégularité de nature à entacher la légalité de l'arrêté contesté.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer explicitement sur les autres moyens de la requête, que la décision du 15 septembre 2021 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. L'annulation de l'arrêté contesté implique seulement, eu égard au motif retenu, que le directeur du centre hospitalier de Cadillac procède au réexamen de la situation de M. A en l'informant de son droit à prendre, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au directeur du centre hospitalier de Cadillac d'y procéder dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le centre hospitalier de Cadillac demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du centre hospitalier de Cadillac une somme de 1 500 euros titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 15 septembre 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au centre hospitalier de Cadillac de réexaminer la situation de M. A, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le centre hospitalier de Cadillac versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions du centre hospitalier de Cadillac présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au centre hospitalier de Cadillac.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

Mme Lahitte, conseillère,

M. Bongrain, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La rapporteure,

A. C La présidente,

F. MUNOZ-PAUZIÈS

La greffière,

C. SCHIANO

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2105108

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