mardi 17 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2105204 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL BOISSY AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 octobre 2021 et le 26 mai 2023, Mme A B, représentée par Me Tastet, avocate, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'ordonner avant dire droit une expertise médicale pour évaluer les préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de l'accident sur la voie publique dont elle a été victime le 4 novembre 2019 ;
2°) de condamner solidairement la commune d'Arcachon et la société Eiffage route sud-ouest à la réparation de l'entier préjudice qu'elle estime avoir subi en raison de cet accident ;
3°) de mettre à la charge, solidairement, de la commune d'Arcachon et de la société Eiffage route sud-ouest une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable dès lors que la quittance de règlement qu'elle a signée ne constitue pas une transaction en l'absence de concession de la part de la société Eiffage ; cette quittance ne portait que sur le remboursement des frais médicaux liés à l'accident ; et elle n'a pas entendu renoncer à l'indemnisation de son entier préjudice ;
- la responsabilité de la commune d'Arcachon et de la société Eiffage est engagée solidairement en raison du défaut de signalisation du danger que représentaient les travaux exécutés par cette société ;
- sa chute a été provoquée par la présence d'un cordage de travaux non signalé et non visible ;
- la société Eiffage ne saurait s'exonérer de sa responsabilité en invoquant un manque de temps pour prendre les mesures nécessaires de signalisation ;
- elle n'a pas commis de faute d'imprudence ;
- une expertise est indispensable pour déterminer les postes de préjudices qu'il conviendra de réparer et les évaluer ;
- les frais d'expertise ne pourront être mis à sa charge étant donné son faible niveau de revenu.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 10 octobre 2022 et le 29 juin 2023, la commune d'Arcachon, représentée par Me Boissy, conclut :
1°) à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, au rejet de celle-ci ;
3°) et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme B et de la société Eiffage route sud-ouest une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requérante a conclu avec la société Eiffage route sud-ouest une quittance de règlement, qui fait obstacle à la recevabilité de la requête ;
- à titre subsidiaire, la requérante n'établit pas la matérialité du fait générateur du dommage dès lors qu'aucun élément ne vient prouver la réalité de la chute de la requérante à cet emplacement ;
- elle n'établit pas davantage de lien de causalité entre ses préjudices allégués et les travaux réalisés pour le compte de la commune ;
- la responsabilité de la commune ne saurait être engagée dès lors que la requérante ne démontre pas de faute de la commune dans le défaut de signalisation des travaux, et qu'elle a réalisé de façon tout à fait visible, sur un chantier qui avait débuté depuis plus de deux mois avant la chute présumée de la requérante ;
- la chute supposée de la requérante résulte des travaux entrepris par la société Eiffage à laquelle il appartenait, en application de l'article 31.4.1 du cahier des clauses administratives générales Travaux de 2009, d'assurer les bonnes mesures de signalisation ou de protection du chantier ;
- la requérante a manqué de vigilance, au regard de sa connaissance des lieux et de l'existence des travaux et de la pathologie chronique dont elle souffre ; cette faute est de nature à exonérer complètement la commune de sa responsabilité ;
- l'irrecevabilité de la requête, ou subsidiairement son caractère mal fondé, empêche le prononcé d'une mesure d'expertise ; en outre, les préjudices allégués par la requérante sont suffisamment connus.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 juin 2022, la société Eiffage route sud-ouest, représentée par Me Cachelou, conclut :
1°) à titre principal, à l'irrecevabilité et au rejet de la requête, et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme B une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
2°) à titre subsidiaire, à la condamnation de la commune d'Arcachon à la garantir de l'intégralité des condamnations qui pourraient être prononcées à son encontre et à ce qu'il soit mis à la charge de celle-ci une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requérante a signé une transaction par laquelle elle s'est engagée à renoncer à toute action relative à l'accident du 4 novembre 2019 ; par suite sa requête est irrecevable ;
- la requérante, tiers au contrat qu'elle a conclu avec la commune d'Arcachon, ne saurait engager sa responsabilité sur le fondement de la méconnaissance des documents contractuels ;
- la matérialité des faits n'est pas établie ;
- la présence des cordages sur le trottoir en cours de réfection, ainsi que le connaissait la requérante, et l'ensemble de la signalisation mise en place depuis le matin par l'entreprise pour sécuriser le chantier n'excèdent pas les sujétions auxquelles la requérante devait s'attendre alors qu'elle est domiciliée au droit des travaux ;
- seul le manque d'attention et de prudence de la requérante est à l'origine de sa chute ;
- sa responsabilité ne pouvant être retenue, les conclusions à fin d'expertise ne pourront qu'être rejetées ;
- les pièces du dossier permettent l'évaluation des préjudices corporels dont la requérante demande réparation, rendant inutile toute mesure d'expertise.
L'instruction a été close le 31 août 2023 par une ordonnance du même jour, les parties ayant été préalablement informées par courrier du 23 mars 2023 du calendrier prévisionnel d'instruction conformément aux dispositions combinées des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.
Un mémoire présenté pour la société Eiffage route sud-ouest a été enregistré le 13 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme de Gélas,
- les conclusions de Mme Champenois, rapporteure publique,
- les observations de Me Kesmaecker, représentant Mme B,
- les observations de Me Dubois, représentant la commune d'Arcachon,
- et les observations de Me Cachelou, représentant la société Eiffage route sud-ouest.
Considérant ce qui suit :
1. Le 4 novembre 2019, Mme A B, alors âgée de soixante-dix ans, a été victime d'une chute devant son domicile, 19 boulevard du général Leclerc à Arcachon, qui lui a occasionné des blessures à son genou et à sa cheville gauche. Imputant sa chute à un défaut de signalisation d'un cordage de travaux présent sur le trottoir en cours de réfection, elle a sollicité l'indemnisation de ses préjudices le 6 novembre 2019 auprès de la société Eiffage route sud-ouest, chargée par la ville de l'exécution des travaux de réfection de la voirie, puis, le 5 mars 2020 et le 5 juillet 2021 à cette société et à la commune d'Arcachon. Par courrier en date du 20 juillet 2021, la société Eiffage route sud-ouest d'une part, et par courrier du 5 août 2021, la commune d'Arcachon d'autre part, ont refusé de faire droit à sa demande. Dans le cadre de la présente instance, Mme B demande, à titre principal, avant dire droit, de désigner un expert afin qu'il soit statué sur l'ensemble de ses préjudices résultant de cet accident, et, à titre subsidiaire, que la commune d'Arcachon et la société Eiffage soient condamnées solidairement à réparer les préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Il résulte de l'instruction que le 2 juin 2020, Mme B a signé avec la société Eiffage une " quittance de règlement ", par laquelle la société s'engageait à lui verser la somme de 162,70 euros " à titre d'indemnité, pour solde et sans réserve, pour remboursement des frais du sinistre lié à l'accident du 4 novembre 2019 boulevard Leclerc à Arcachon ". Moyennant ce paiement, Mme B s'est engagée à renoncer " à toute action quelle qu'elle soit et tient Eiffage route sud-ouest quitte et valablement déchargé de toutes choses passées et à venir relative au-dit accident et à ses conséquences sur lesquelles Mme B se déclare entièrement fixée ".
3. L'article L. 423-1 du code des relations entre le public et l'administration dispose : " Ainsi que le prévoit l'article 2044 du code civil et sous réserve qu'elle porte sur un objet licite et contienne des concessions réciproques et équilibrées, il peut être recouru à une transaction pour terminer une contestation née ou prévenir une contestation à naître avec l'administration. La transaction est formalisée par un contrat écrit. ".
4. Aux termes de l'article 2044 du code civil : " La transaction est un contrat par lequel les parties, par des concessions réciproques, terminent une contestation née, ou préviennent une contestation à naître. / Ce contrat doit être rédigé par écrit. ". Aux termes de l'article 2048 de ce même code : " Les transactions se renferment dans leur objet : la renonciation qui y est faite à tous droits, actions et prétentions, ne s'entend que de ce qui est relatif au différend qui y a donné lieu. ". Aux termes de l'article 2049 : " Les transactions ne règlent que les différends qui s'y trouvent compris, soit que les parties aient manifesté leur intention par des expressions spéciales ou générales, soit que l'on reconnaisse cette intention par une suite nécessaire de ce qui est exprimé. ". Aux termes de l'article 2052 : " La transaction fait obstacle à l'introduction ou à la poursuite entre les parties d'une action en justice ayant le même objet. ".
5. D'une part, Mme B soutient que la quittance de règlement conclue le 2 juin 2020 ne saurait lui être opposée dès lors que le montant de l'indemnité qui lui a été allouée est dérisoire et ne constitue pas une concession de nature à rendre valable la transaction. Toutefois, si les dispositions précitées de l'article 2044 du code civil exigent des concessions réciproques entre les parties, il ne résulte pas de l'instruction, et notamment des factures et des certificats médicaux produits relatifs aux préjudices dont elle a été victime en lien avec sa chute, que la somme de 162,97 euros concédée à Mme B par la société Eiffage route sud-ouest serait manifestement disproportionnée.
6. D'autre part, Mme B soutient que la quittance de règlement signée le 2 juin 2020, ne saurait lui être opposée dès lors que son recours, relatif à l'indemnisation de ses préjudices personnels, n'aurait pas le même objet que cette transaction, qui, selon elle, portait uniquement sur les frais engendrés par l'accident. Il résulte toutefois clairement des termes précités, au point 2, de la quittance de règlement litigieuse que le paiement de la somme de 162,97 euros par la société Eiffage à la requérante entraine quitus de toutes obligations relatives à l'accident du 4 novembre 2019 et aux conséquences dommageables qui en ont résulté pour elle, en ce compris les préjudices personnels.
7. Enfin, dès lors que Mme B recherche, dans le cadre de la présente instance, la condamnation solidaire de la société Eiffage route sud-ouest et de la commune d'Arcachon, cette dernière est fondée à invoquer la transaction conclue entre la requérante et la société, qui porte sur la même obligation.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la fin de non-recevoir opposée par la société Eiffage route sud-ouest et la commune d'Arcachon doit être accueillie. En conséquence, les conclusions de la requête tendant à la réalisation d'une expertise médicale et à la condamnation solidaire de la commune d'Arcachon et de la société Eiffage route sud-ouest doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Arcachon et de la société Eiffage, qui ne sont pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
10. Compte tenu de la situation économique de la partie perdante, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la société Eiffage et de la commune d'Arcachon présentées sur ce même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Arcachon et par la société Eiffage en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la commune d'Arcachon et à la société Eiffage route sud-ouest.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Chauvin, présidente,
Mme de Gélas, première conseillère,
Mme Ballanger, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.
La rapporteure,
C. DE GÉLASLa présidente,
A. CHAUVIN
La greffière,
C. JANIN
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026