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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2105236

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2105236

lundi 30 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2105236
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantTANDONNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 7 octobre 2021 et 26 août 2022, M. B A, représenté par Me Delmouly, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le maire de Sainte-Livrade-sur-Lot a implicitement rejeté le 24 août 2021 sa demande tendant à la réalisation de travaux de suppression de poteaux et piquets implantés par un tiers sur l'assiette de la voie communale dénommée rue du Moulin de Mazières ;

2°) d'enjoindre à la commune de Sainte-Livrade-sur-Lot de faire procéder à la suppression des poteaux et piquets installés rue du Moulin de Mazières, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Sainte-Livrade-sur-Lot la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est illégale, en cela qu'il incombe au maire de faire application de son pouvoir de police de la circulation tel que défini aux articles L. 2213-1 et L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales et de procéder à la suppression de tous les obstacles mis en place par un tiers sur une voirie communale afin d'assurer la commodité de passage ;

- la présence des plots et piquets métalliques qui réduit la voierie à moins de trois mètres compromet la desserte des habitations et le passage des véhicules de lutte contre l'incendie, portant ainsi atteinte à la sécurité publique.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 juin 2022, la commune de Sainte-Livrade-sur-Lot représentée par Me Tandonnet, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 21 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mounic, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Patard, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier en date du 24 juin 2021, notifié le 28 juin 2021, M. B A, propriétaire d'une maison d'habitation cadastrée section AO, parcelle n°6, desservie par la voie communale dénommée rue du Moulin de Mazières a demandé au maire de la commune de Sainte-Livrade-sur-Lot de réaliser des travaux de suppression des poteaux et piquets implantés par un tiers sur l'assiette de cette voie communale. Par la présente requête, il demande l'annulation de 1a décision implicite de rejet de sa demande, née le 28 août 2021 du silence gardé pendant deux mois par la commune.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé () de la police municipale () ". Aux termes de l'article L. 2212-2 du même code : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : / 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques, ce qui comprend le nettoiement, l'éclairage, l'enlèvement des encombrements, la démolition ou la réparation des édifices et monuments funéraires menaçant ruine, l'interdiction de rien exposer aux fenêtres ou autres parties des édifices qui puisse nuire par sa chute ou celle de rien jeter qui puisse endommager les passants ou causer des exhalaisons nuisibles ainsi que le soin de réprimer les dépôts, déversements, déjections, projections de toute matière ou objet de nature à nuire, en quelque manière que ce soit, à la sûreté ou à la commodité du passage ou à la propreté des voies susmentionnées ". Aux termes de l'article L. 2213-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire exerce la police de la circulation sur les routes nationales, les routes départementales et les voies de communication à l'intérieur des agglomérations, sous réserve des pouvoirs dévolus au représentant de l'Etat dans le département sur les routes à grande circulation ". Dans l'exercice des pouvoirs de police qui lui sont ainsi confiés, il appartient au maire de prendre les mesures nécessaires pour concilier les droits de l'ensemble des usagers de la voie publique et les contraintes liées, le cas échéant, à la circulation et au stationnement de leurs véhicules. La police de la circulation, comme celle du stationnement doit être exercée en vue d'assurer dans de meilleures conditions de sécurité, de commodité et d'agrément la circulation de l'ensemble des usagers des voies publiques.

3. D'autre part, aux termes de l'article 4 de l'arrêté du 31 janvier 1986 relatif à la protection contre l'incendie des bâtiments d'habitation : " Pour l'application de l'article 3 ci-avant, les voies d'accès sont définies comme suit : / A. - Voie utilisable par les engins des services de secours et de lutte contre l'incendie (voie engins). / La voie engins est une voie dont la chaussée répond aux caractéristiques suivantes quel que soit le sens de la circulation suivant lequel elle est abordée à partir de la voie publique : / Largeur : 3 mètres, bandes réservées au stationnement exclues ; / () ".

4. Il est constant que les deux poteaux installés sur la voie communale aux limites de la parcelle cadastrée AO n°329 ainsi que les piquets métalliques de l'autre côté de la voie et dont le requérant demande à ce qu'ils soient enlevés, n'ont pas été installés par la commune mais probablement par un riverain pour éviter que les véhicules n'abiment le mur d'enceinte de la propriété. Il ressort des pièces du dossier que ces poteaux et piquets réduisent respectivement la largeur de la voie à 2,45 et 2,78m, ce que constate le procès-verbal de constat d'huissier du 27 décembre 2021 et sont de nature à entraver l'accès des véhicules de secours qui en application des dispositions précitées de l'article 4 de l'arrêté du 31 janvier 1986 relatif à la protection contre l'incendie des bâtiments d'habitation, ne peuvent emprunter que des voies d'une largeur d'au moins trois mètres. En outre, il ressort également des pièces du dossier que la voirie est déjà particulièrement étroite et bien que la circulation soit réservée aux seuls riverains, la circulation est à double sens, les poteaux nuisant ainsi au passage et notamment aux manœuvres des véhicules. Enfin, la commune n'est pas fondée à soutenir que ces poteaux participeraient à la sécurité de la voirie en contribuant à la réduction de la vitesse des véhicules dès lors qu'il ne s'agit pas d'aménagements homologués. Par suite, en refusant de procéder à l'enlèvement de ces poteaux et piquets, alors qu'ils portent atteinte à la sécurité et à la circulation et que leur implantation est manifestement irrégulière, le maire de la commune a méconnu ses obligations en matière de police de la voirie telles qu'établies par les articles précités. Par suite, le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision du 28 août 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction

5. L'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au maire de la commune de Sainte-Livrade-sur-Lot de procéder dans le délai de deux mois à la réalisation de travaux de suppression des poteaux et piquets implantés par un tiers sur l'assiette de la voie communale. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance

6. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune la somme de 1 500 euros à verser à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Sainte-Livrade-sur- Lot sur le fondement des mêmes dispositions.

DECIDE :

Article 1er : La décision implicite de rejet du 28 août 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Sainte-Livrade-sur-Lot de procéder à la réalisation de travaux de suppression des poteaux et piquets implantés par un tiers sur l'assiette de la voie communale dénommée rue du Moulin de Mazières, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : La commune versera la somme de 1 500 euros à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au maire de la commune de Sainte-Livrade-sur-Lot.

Délibéré après l'audience du 16 octobre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Delvolvé, président,

Mme Mounic, première conseillère,

Mme Passerieux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 30 octobre 2023.

La rapporteure,

S. MOUNIC

Le président,

Ph. DELVOLVÉLe greffier,

A. PONTACQ

La République mande et ordonne au préfet de Lot-et-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

N°2105236

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