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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2105339

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2105339

jeudi 1 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2105339
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantFILLIEUX - FASSEU AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 octobre 2021 et 9 juillet 2022, M. A C représenté par Me Marie-Christine Balthazar, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 juin 2021 par lequel le président du département de la Gironde l'a suspendu de ses fonctions, ensemble le rejet implicite de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au président du département de la Gironde de lui verser les primes et indemnités composant son régime indemnitaire du 31 juillet au 12 septembre 2021 ;

3°) de mettre à la charge du département de la Gironde une somme de 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté en litige n'est pas compétent en l'absence de délégation de signature ;

- le conseil de discipline n'a pas été saisi consécutivement à la mesure de suspension prise à son encontre ;

- l'arrêté ne mentionne aucun fait précis ;

- aucune faute grave ne peut lui être reprochée ;

- la mesure de suspension constitue un détournement de procédure dès lors qu'elle vise à permettre le déroulement d'une enquête.

Par des mémoires en défense enregistrés les 8 mars et 9 juin 2022, le département de la Gironde représenté par Me Laurent Fillieux, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête de M. C n'est pas recevable dès lors que l'intéressé a été placé en congé de maladie dès l'édiction de la mesure de suspension prononcée à son encontre ;

- le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige est inopérant ;

- aucun des autres moyens de la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 22 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 1er septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bongrain,

- les conclusions de M. Naud, rapporteur public,

- les observations de Me Lagarde et de M. C,

- et celles de Mme B, représentant le département de la Gironde.

Une note en délibéré présentée par le département de la Gironde a été enregistrée le 17 mai 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C a été recruté en 2013 par le département de la Gironde en qualité de chef du pôle d'atelier de maintenance de proximité d'Arlac (Gironde). Il a fait l'objet d'une première mesure de suspension le 2 février 2021 jusqu'au 26 avril 2021 pour des faits de détournement de matériel et de déclarations mensongères de déplacements. Aucune procédure disciplinaire n'a été engagée à raison de ces faits. Par un arrêté du 2 juin 2021, dont M. C demande l'annulation, le président du département de la Gironde a de nouveau procédé à la suspension de l'intéressé. Celui-ci ayant été placé en congé de maladie, un nouvel arrêté de suspension a été édicté le 16 juillet 2021.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. D'une part, aux termes de l'article 30 de loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline () Si, à l'expiration d'un délai de quatre mois, aucune décision n'a été prise par l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire, le fonctionnaire qui ne fait pas l'objet de poursuites pénales est rétabli dans ses fonctions () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions () ".

4. Il résulte des dispositions précitées que le fonctionnaire qui a fait l'objet d'une mesure de suspension est maintenu en position d'activité. Il a droit, en cette qualité, à des congés de maladie ou de longue maladie en cas de maladie dûment constatée le mettant dans l'impossibilité d'exercer les fonctions qu'il exercerait s'il n'était pas suspendu et bénéficie du régime de rémunération afférent à ces congés. En plaçant ce fonctionnaire en congé de maladie ou de longue maladie, l'autorité compétente met nécessairement fin à la mesure de suspension, sans préjudice de la possibilité pour elle de la décider à nouveau à l'issue du congé si les conditions prévues à l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 demeurent remplies.

5. En l'espèce, par un arrêté du 2 juin 2021 dont M. C demande l'annulation par la présente requête, le président du département de la Gironde l'a suspendu de ses fonctions. Toutefois, il est constant que l'intéressé a bénéficié le même jour d'un arrêt de travail, prolongé jusqu'au 30 juillet 2021. En plaçant ainsi l'intéressé en congé de maladie, l'autorité territoriale a, implicitement mais nécessairement, abrogé la mesure de suspension prise le 2 juin 2021, qui n'a ainsi reçu aucun commencement d'exécution. Dans ces conditions, la requête de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du 2 juin 2021 et enregistrée le 12 octobre 2021 était, dès son introduction sans objet. Par suite, les conclusions de l'intéressé aux fins d'annulation et d'injonction doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les frais liés au litige :

6. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

7. Les dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. C soit mise à la charge du département de la Gironde, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C la somme que demande le département sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le département de la Gironde sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au département de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

Mme Lahitte, conseillère,

M. Bongrain, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2023.

Le rapporteur,

A. BONGRAIN

La présidente,

F. MUNOZ-PAUZIÈS La greffière,

C. SCHIANO

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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