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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2105380

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2105380

mercredi 20 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2105380
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantVIGREUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 6 octobre 2021, 19 janvier 2022 et 23 juin 2023, Mme C B, représentée par Me Vigreux, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 mai 2021 par laquelle la rectrice de l'académie de Bordeaux a refusé de reconnaître son accident du 10 février 2021 comme imputable au service ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de reconnaître l'imputabilité au service de cet accident ou, à défaut, l'imputabilité au service de sa maladie, avec toutes conséquences de droit, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la rectrice de l'académie de Bordeaux doit être réputée avoir acquiescé aux faits ;

- elle n'a pas été informée de ses droits ni des démarches à entreprendre pour obtenir la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident qu'elle a subi ;

- la décision attaquée ne comporte pas la mention des voies et délais de recours ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que la seule circonstance que l'accident déclaré s'est produit lors des vacances scolaires ne fait pas obstacle à ce qu'elle puisse bénéficier de la présomption d'imputabilité au service d'un accident prévu par l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 47-3 du décret du 14 mars 1986, dès lors que le délai de déclaration de son accident de travail est de quinze jours à compter de la date de sa constatation médicale, par un certificat du 8 avril 2021, et qu'elle justifie d'un motif légitime de nature à rendre inopposable la condition de délai prévue par ces dispositions ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

Par des mémoires en défense enregistrés les 5 juin et 11 juillet 2023, la rectrice de l'académie de Bordeaux conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Denys ;

- les conclusions de Mme Jaouën, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Vigreux, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, personnel de direction d'établissement d'enseignement ou de formation, exerce les fonctions de principale au sein du collège Dronne-Double, situé à Saint-Aulaye (24410). Elle a fait l'objet d'arrêts de travail, à compter du 25 février 2021, à la suite d'un incident survenu, le 10 février 2021, au cours d'une conversation téléphonique, avec son supérieur hiérarchique. Par une déclaration d'accident de service du 15 avril 2021, Mme B a demandé à la rectrice de l'académie de Bordeaux de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident qu'elle estime avoir subi le 10 février 2021. Par une décision du 26 mai 2021, cette autorité a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident en cause. Mme B demande l'annulation de cette décision.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la rectrice de l'académie n'a pas produit de mémoire en défense avant l'expiration du délai de trente jours imparti par la mise en demeure émise le 27 juin 2022 par le tribunal et que la clôture de l'instruction a été fixée, dans un premier temps et par une ordonnance du 30 septembre 2022, le 31 octobre suivant. Toutefois, il ressort des mêmes pièces que la partie défenderesse a produit un mémoire en défense le 5 juin 2023, qui a, dans l'intérêt de la bonne administration de la justice, été communiqué à la requérante. Cette communication a eu pour effet de rouvrir l'instruction. Il s'ensuit que la rectrice de l'académie de Bordeaux ne saurait être regardée comme ayant acquiescé aux faits exposés par Mme B.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, les circonstances que la décision attaquée ne comporte pas la mention des voies et délais de recours et que Mme B n'ait pas été informée de ses droits ni des démarches à entreprendre pour obtenir la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident qu'elle estime avoir subi, sont sans incidence sur la légalité de cette décision.

5. En second lieu, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, portant droits et obligations des fonctionnaires : " I. Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service () / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service () / II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service () ". Aux termes de l'article 47-2 du décret du 14 mars 1986 : " Pour obtenir un congé pour invalidité temporaire imputable au service, le fonctionnaire, ou son ayant-droit, adresse par tout moyen à son administration une déclaration d'accident de service, d'accident de trajet ou de maladie professionnelle accompagnée des pièces nécessaires pour établir ses droits. La déclaration comporte : 1° Un formulaire précisant les circonstances de l'accident ou de la maladie. Un formulaire type est mis en ligne sur le site internet du ministère chargé de la fonction publique et communiqué par l'administration à l'agent à sa demande ; 2° Un certificat médical indiquant la nature et le siège des lésions résultant de l'accident ou de la maladie ainsi que, s'il y a lieu, la durée probable de l'incapacité de travail en découlant ". Aux termes de l'article 47-3 du même décret : " I. - La déclaration d'accident de service ou de trajet prévue à l'article 47-2 est adressée à l'administration dans le délai de quinze jours à compter de la date de l'accident. Ce délai n'est pas opposable à l'agent lorsque le certificat médical prévu au 2° de l'article 47-2 est établi dans le délai de deux ans à compter de la date de l'accident. Dans ce cas, le délai de déclaration est de quinze jours à compter de la date de cette constatation médicale. () IV. - Lorsque les délais prévus aux I et II ne sont pas respectés, la demande de l'agent est rejetée. Les délais prévus aux I, II et III ne sont pas applicables lorsque le fonctionnaire entre dans le champ de l'article L. 169-1 du code de la sécurité sociale ou s'il justifie d'un cas de force majeure, d'impossibilité absolue ou de motifs légitimes ".

6. Pour refuser de reconnaître l'accident du 10 février 2021 comme imputable au service, la rectrice de l'académie de Bordeaux a relevé que la demande de l'intéressée a été présentée dans un délai excédant celui qui lui était imparti pour ce faire, que l'accident en cause, qui s'est produit à son domicile, pendant les vacances, ne pouvait bénéficier de la présomption d'imputabilité prévue par l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 précitée et que la matérialité des faits dont elle se dit avoir été victime n'est pas établi.

7. D'une part, le certificat médical établi le 8 avril 2021 par le Dr A, qui porte sur le syndrome d'épuisement professionnel et le syndrome anxio-dépressif dont souffre Mme B, en raison des conditions dans lesquelles s'est déroulée sa prise de poste, ne fait nullement état de l'accident du 10 février 2021 dont la requérante demande la reconnaissance de l'imputabilité au service. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que ce certificat répond aux exigences fixées par le 2° de l'article 47-2 du décret précité du 14 mars 1986, de sorte que le délai de déclaration devrait être porté, non à quinze jours à compter de la date de l'accident, mais à quinze jours à compter de la date de cette constatation médicale. Par ailleurs, en se bornant à se prévaloir du même certificat, qui indique que l'intéressée est, à la date de sa rédaction, dans un état de sidération caractérisé par un syndrome d'évitement des personnes et des lieux, Mme B ne justifie pas d'un motif légitime de nature à rendre inopposable la condition de délai prévue au I de l'article 47-3 du même décret. Il s'ensuit qu'en estimant que la déclaration d'accident de service établie le 15 avril 2021 et reçue le 19 avril suivant présentait un caractère tardif à défaut d'avoir été adressée à l'administration dans le délai de quinze jours à compter de la date de l'accident en cause, survenu le 10 février 2021, la rectrice de l'académie de Bordeaux n'a pas commis d'erreur de droit.

8. D'autre part, en se bornant à produire, au sujet des circonstances de l'accident qu'elle estime avoir subi, une attestation établie par l'une de ses proches, qui indique qu'au cours d'une conversation téléphonique intervenue avec Mme B peu de temps après les échanges survenus entre l'intéressée et son supérieur hiérarchique, le 10 février 2021, celle-ci a fait état des reproches et tentatives d'intimidation qu'il avait exercées à son encontre, en la menaçant de la convoquer ou d'engager une procédure disciplinaire dont l'effet serait d'altérer sa santé physique et mentale et de compromettre son avenir professionnel, la requérante n'établit pas que son supérieur hiérarchique aurait adopté, à cette occasion, un comportement ou tenu des propos excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Dans ces conditions, alors que le contexte de harcèlement moral dont Mme B se prévaut est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée et malgré ses mérites professionnels, en considérant que l'intéressée n'établissait pas la matérialité des faits survenus le 10 février 2021, la rectrice de l'académie de Bordeaux n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

9. Enfin, il résulte de l'instruction que la rectrice de l'académie de Bordeaux aurait pris la même décision, portant refus de reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident dont se dit avoir été victime Mme B le 10 février 2021, si elle s'était fondée uniquement sur les motifs tirés, d'une part, de ce que la déclaration d'accident de service présentée par l'intéressée l'a été dans un délai excédant celui qui lui était imparti pour ce faire et, d'autre part, de ce que le comportement adopté et les propos tenus par son supérieur hiérarchique lors de leur conversation téléphonique du 10 février 2021 n'étaient pas établis. Ces motifs étant, à eux-seuls, de nature à justifier légalement la décision attaquée, le moyen soulevé par la requérante à l'encontre de son dernier motif, tiré de l'erreur de droit qu'aurait commis la rectrice de l'académie de Bordeaux en estimant que l'intéressée ne pouvait se prévaloir de la présomption d'imputabilité au service de l'accident dont elle se prévaut dès lors qu'il s'est produit, alors qu'elle était à son domicile, en période de vacances, est sans incidence sur sa légalité.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à solliciter l'annulation de la décision qu'elle conteste.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonctions présentées par la requérante doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Bordeaux.

Délibéré après l'audience du 30 août 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Zuccarello, présidente,

- Mme Caste, conseillère,

- Mme Denys, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2023.

La rapporteure,

A. DENYS

La présidente,

F. ZUCCARELLO La greffière,

I. MONTANGON

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°2105380

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