mardi 12 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2105565 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | GUYON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 octobre 2021, M. A B, représenté par Me Guyon, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 octobre 2021 par laquelle la directrice territoriale à Bordeaux de l'Office français d'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait en sa qualité de demandeur d'asile ;
2°) d'enjoindre à l'OFII de réexaminer sa situation et de lui délivrer un document attestant de sa prise en charge au titre des conditions matérielles d'accueil ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnait les dispositions de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), dès lors qu'il lui a été laissé un délai de seulement douze jours pour faire valoir ses observations ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 551-16 du CESEDA et des stipulations des articles 17 et 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013, en ce que le motif tiré de ce qu'il aurait dissimulé la protection internationale dont il fait déjà l'objet en Italie, n'entre dans aucune des catégories permettant à l'Office français d'immigration et de l'intégration (OFII) de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil ; au demeurant, il n'a pas menti sur sa situation, dès lors qu'il ignorait qu'il était encore titulaire d'un permis de résidence en Italie et qu'il n'est plus en possession de documents fournis par les autorités italiennes ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle au regard de sa situation de vulnérabilité et de précarité.
Par un mémoire enregistré le 13 juin 2022, l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés ;
- il aurait, en tout état de cause, été fondé à refuser l'obtention des conditions matérielles d'accueil au motif tiré de la fraude.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Molina-Andréo, première conseillère ;
- et les conclusions de Mme Prince-Fraysse, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant afghan né le 1er janvier 1995, est entré en France le 25 avril 2021 selon ses déclarations et a présenté une demande d'asile, enregistrée le 23 juin 2021. Le même jour, il a bénéficié des conditions matérielles d'accueil pour les demandeurs d'asile, consistant en une allocation, un hébergement et un accompagnement administratif et social. Par décision du 4 octobre 2021, la directrice territoriale à Bordeaux de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin à ces conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 551-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, comprennent les prestations et l'allocation prévues aux chapitres II et III. ". Aux termes de l'article L. 551-16 du même code : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / 1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / 4° Il a dissimulé ses ressources financières ; / 5° Il a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ; / 6° Il a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes. Un décret en Conseil d'Etat prévoit les sanctions applicables en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement. / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. ". Aux termes de l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature. Lorsque la décision est motivée par la circonstance que le demandeur a dissimulé ses ressources financières, a fourni des informations mensongères sur sa situation familiale ou a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes, elle entraîne la restitution des montants indûment versés au titulaire de l'allocation. ".
3. La décision du 4 octobre 2021 portant cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, prise au visa des articles L 551-16 et D 551-18 du CESEDA, est fondée sur la circonstance que M. B n'aurait " pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en dissimulant le fait qu'[il avait] déjà obtenu la protection internationale en Italie ", étant " titulaire d'un permis de résidence au titre de l'asile valable jusqu'au 27 octobre 2021 ". S'il résulte des dispositions précitées de l'article L. 551-16 du CESEDA que l'absence de transmission des informations utiles afin de faciliter l'instruction de la demande figure parmi les critères de cessation des conditions matérielles d'accueil, M. B fait valoir qu'il ignorait que la protection internationale qu'il avait obtenue en Italie avant son retour en Afghanistan, de 2017 à 2021, était encore valable et qu'il n'est plus en possession de documents fournis par les autorités italiennes. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que M. B aurait pu se rappeler de cette protection, dont le bénéfice lui avait été accordé plusieurs années avant la date à laquelle il déclare être arrivé en France et dont il n'avait pas profité du fait de son retour en Afghanistan. Dans ces conditions, et alors au demeurant que le requérant n'a pas attesté auprès de l'OFII qu'il ne bénéficiait pas d'une protection internationale dans un autre Etat membre de l'espace Schengen, il ne peut être regardé comme ayant dissimulé des informations utiles pour l'instruction de sa demande. Par suite, l'OFII ne pouvait, sans méconnaitre les dispositions précitées du CESEDA, mettre fin pour un tel motif au conditions matérielles d'accueil dont le requérant bénéficiait en qualité de demandeur d'asile.
4. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
5. Si l'OFII soutient qu'une décision de refus des conditions matérielles d'accueil aurait pu, dès le passage de M. B au guichet unique, être prise pour un motif tiré de la fraude, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée qui met un terme au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Dans ces conditions, la substitution de motif qui peut être regardée comme sollicitée par l'OFII ne peut qu'être rejetée.
6. Il résulte de ce qui précède que, pour le seul motif examiné au point 3, M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 4 octobre 2021 de la directrice territoriale à Bordeaux de l'OFII.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
7. Eu égard au motif d'annulation retenu, seul susceptible de l'être, l'exécution du présent jugement implique seulement que la directrice territoriale de l'OFII réexamine la situation de M. B. Il y a donc lieu d'enjoindre à cette autorité d'y procéder dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
8. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Guyon, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'OFII le versement à cette dernière de la somme sollicitée de 1 200 euros.
DECIDE :
Article 1er : La décision du 4 octobre 2021 de la directrice territoriale à Bordeaux de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la directrice territoriale à Bordeaux de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de réexaminer la situation de M. B dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Guyon la somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Pauziès, président,
- M. Béroujon, premier conseiller,
- Mme Molina-Andréo, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.
La rapporteure,
B. MOLINA-ANDRÉOLe président,
J-C. PAUZIÈS
La greffière,
L. SIXDENIERS
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026