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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2105588

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2105588

mercredi 12 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2105588
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantENYENGUE-ESSOMBE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 octobre 2021, M. A B, représenté par Me Essombe, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 août 2021 par lequel le préfet de la Dordogne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à cette autorité, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et sous astreinte d'un montant de 100 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de lui délivrer, dans le même délai et sous la même astreinte, une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est signé par une autorité incompétente ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la menace grave pour l'ordre public que constitue son comportement ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il contribue à l'éducation et à l'entretien de ses enfants français ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 9 et de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 décembre 2021, le préfet de la Dordogne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens qu'elle contient n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 29 novembre 2021.

Par une ordonnance 3 décembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. G a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain né le 10 septembre 1975, déclare être entré pour la première fois en France le 1er mars 2005. Il a obtenu des cartes de séjour temporaires d'une durée d'un an en qualité de parent d'enfant français régulièrement renouvelées, la dernière valable de février 2020 à février 2021, dont il a sollicité le renouvellement. Par un arrêté du 13 août 2021, dont par la présente requête M. B demande l'annulation, le préfet de la Dordogne a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

2. En premier lieu, par un arrêté du 13 janvier 2021, le préfet de la Dordogne a consenti à M. D C, directeur de cabinet, une délégation à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'indisponibilité du secrétaire général de la préfecture, toutes décisions concernant la régularité de la situation administrative des étrangers. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est pas même allégué, que ce dernier n'aurait pas été absent ou empêché à la date de la signature des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, () ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

4. L'autorité administrative ne peut opposer un refus à une demande de renouvellement de carte de séjour temporaire ou retirer la carte dont un étranger est titulaire qu'au regard d'un motif d'ordre public suffisamment grave pour que ce refus ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du demandeur. Il appartient ainsi à cette autorité d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle et actuelle pour l'ordre public, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration. Lorsque l'administration oppose ce motif pour refuser de faire droit à une demande de délivrance ou de renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou retirer une carte de séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

5. Pour refuser à M. B le renouvellement de sa carte de séjour temporaire, le préfet de la Dordogne a estimé qu'il représentait une menace pour l'ordre public au vu des nombreuses condamnations dont il a fait l'objet. Il ressort ainsi des pièces du dossier que le requérant a été condamné pénalement à cinq reprises par le tribunal correctionnel de Périgueux depuis 2007, pour des faits d'entrée et séjour irréguliers, de violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'une incapacité supérieure à 8 jours, de violence avec menace d'une arme sans incapacité et port prohibé d'arme de catégorie 6, puis d'acquisition de stupéfiants, transport non autorisé, offre ou cession, du 1er janvier 2006 au 19 avril 2006. Le casier judiciaire de l'intéressé, produit en défense, révèle également trois condamnations pour des délits de fuite avec accident, conduite avec un véhicule sans assurance et malgré une suspension de permis de conduire et sous l'empire d'un état alcoolique, les deux derniers commis le 6 mars et le 10 avril 2019, mais également une condamnation le 10 juin 2015 à 3 mois d'emprisonnement avec sursis assorti de l'obligation d'accomplir un travail d'intérêt général de 105 heures pour violence sans incapacité sur sa compagne. M. B est en outre défavorablement connu au fichier de traitement des antécédents judiciaires, où il fait l'objet de plusieurs mentions pour des faits de conduite de véhicule malgré la suspension de son permis de conduire, vol aggravé et usage de stupéfiants. Compte tenu de l'ensemble de ces circonstances et eu égard à la nature des faits commis par l'intéressé, à leur gravité et au caractère répété et récent de ses agissements, son comportement constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour l'ordre et la sécurité publiques. Par ailleurs, si l'intéressé se prévaut, au titre de l'atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en France, de la présence de ses enfants français sur le territoire, à savoir, d'une part ses quatre enfants nés entre 2009 et 2013 de sa relation avec Mme E, d'autre part sa fille née le 18 septembre 2015 de sa relation avec Mme F, avec laquelle il déclare résider, il ressort des pièces du dossier qu'il ne contribue pas à l'entretien des enfants issus de sa première union, en méconnaissance d'une décision du juge aux affaires familiales près le tribunal de grande instance de Périgueux du 14 novembre 2017 mettant à sa charge le versement d'une contribution alimentaire mensuelle d'un montant de 160 euros, et qu'il vit depuis novembre 2020 séparé de sa seconde compagne, victime des actes de violence de M. B en 2015, laquelle n'a pas demandé devant le juge aux affaires familiales une contribution financière de la part du père eu égard à son impécuniosité. De fait, il ne ressort d'aucun élément du dossier qu'il contribuerait même modestement à l'entretien de sa dernière fille. En outre, le requérant, qui n'est au demeurant pas inséré professionnellement en France, n'établit pas, par les attestations peu circonstanciées qu'il produit, rendre visite à aucun de ses enfants, ni participer à leur éducation. Dans ces conditions, eu égard à la répétition des condamnations prononcées ainsi qu'à la gravité des faits qui lui sont reprochés, et malgré la durée de la présence en France de l'intéressé et la présence de ses enfants sur le territoire national, le préfet de la Dordogne a pu, sans faire une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commettre une erreur manifeste d'appréciation, ni enfin méconnaître les dispositions de l'article L. 423-7 du même code, rejeter la demande de délivrance d'un titre de séjour présentée par M. B.

6. Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes de l'article 9 de cette convention : " Les États parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré () ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée, par laquelle le préfet refuse à M. B la délivrance d'un titre de séjour, ne porte pas obligation de quitter le territoire français, et n'a en tout état de cause ni pour objet ni pour effet de séparer M. B de ses enfants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 3 et 9 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Dordogne.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pouget, président,

M. Josserand, conseiller,

M. Frézet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2022.

Le rapporteur,

L. G Le président,

L. POUGET

La greffière,

M-A PRADAL

La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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