jeudi 12 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2105807 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL C.V.S. (CORNET-VINCENT-SEGUREL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 2 novembre 2021, 28 mars, 22 avril et 25 mai 2022, Mme C F, représentée par le cabinet Arvis, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 août 2021 par lequel le directeur général des services du conseil départemental de la Creuse l'a radiée des effectifs à compter du 2 septembre 2021 ;
2°) d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2021 par lequel la directrice générale du Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT) a prononcé sa prise en charge à compter du 2 septembre 2021 au sein du CNFPT en qualité d'administratrice territoriale titulaire et a notamment fixé sa résidence administrative à la délégation de la Nouvelle-Aquitaine du CNFPT ;
3°) de mettre à la charge du Centre national de la fonction publique territoriale et du département de la Creuse la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant de l'arrêté du 24 août 2021 :
- il a été signé par une autorité incompétente dès lors qu'il n'est pas établi que le signataire disposait d'une délégation de signature précise et régulièrement publiée ;
- il méconnaît l'article 25 bis de la loi du 13 juillet 1983 ; dès lors qu'elle avait dénoncé des agissements de harcèlement de la part de M. G, celui-ci était dans l'obligation de ne plus intervenir dans le traitement de sa situation, et particulièrement de s'abstenir d'user d'une délégation de signature lui permettant d'adopter un arrêté de radiation des cadres ;
- il est insuffisamment motivé en méconnaissance de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il méconnaît le principe général des droits de la défense dès lors qu'elle n'a jamais eu accès à son entier dossier administratif préalablement à sa radiation des cadres, et ce alors même qu'elle a demandé à plusieurs reprises sa communication ; elle n'a pu présenter utilement ses observations notamment sur le refus persistant de la reclasser ayant conduit à la décision contestée et alors que le conseil départemental a refusé de lui communiquer la liste des emplois vacants ; elle a sollicité la communication de l'entier dossier administratif le 12 juin 2020 et n'a reçu, en réponse, que les documents relatifs à l'entretien préalable à la décharge de fonctions ; la radiation des cadres constitue une mesure prise en considération de la personne qui donne droit d'accéder à son entier dossier administratif ;
- il est entaché d'erreur de droit et d'appréciation et méconnaît les dispositions des articles 53 et 97 de la loi du 26 janvier 1984 dès lors que le conseil départemental de la Creuse n'a pas sérieusement recherché un reclassement alors que des postes étaient vacants ; le poste qui lui a été proposé ne correspondait, en réalité, pas à son grade et emportait une perte importante de responsabilité et de rémunération ; le poste de directeur adjoint des services en charge du pôle cohésion sociale aurait dû lui être proposé ; si les postes de directeur des personnes en perte d'autonomie et de directeur des systèmes d'information ne correspondaient pas au grade d'administrateur, c'est opportunément que le département a décidé de ne pas l'ouvrir aux administrateurs territoriaux pour ne pas être contraint de lui proposer ; enfin, le poste de directeur de l'administration générale était vacant bien avant les décisions attaquées, correspondait à son grade, et aurait dû lui être proposé ;
- le CNFPT a méconnu son obligation d'information et de vigilance à son égard lorsqu'elle était placée en surnombre entre septembre 2020 et septembre 2021, dès lors qu'il ne lui a proposé aucun poste ;
- il méconnaît l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 dès lors qu'elle a subi, dans l'exercice de ses fonctions au sein du département de la Creuse, des agissements répétés de harcèlement moral ayant profondément dégradé ses conditions de travail, jusqu'à conduire à sa décharge de fonctions puis à son éviction totale des effectifs, alors qu'elle a mené des activités intenses avec des résultats conséquents pendant neuf mois ; le directeur général des services a fait preuve d'hostilité en multipliant les reproches de manière infondée ; la collectivité a utilisé des témoignages d'agents qui lui étaient hostiles, alors qu'elle produit un courrier de l'ancienne directrice générale adjointe des services ; au cours de son placement en surnombre au sein des effectifs du département de la Creuse, le conseil départemental a adopté une attitude discriminante à son égard en la privant de la possibilité d'être reclassée dans un emploi correspondant à son grade ; une corrélation doit être faite entre l'engagement de procédures contentieuses devant le tribunal administratif de Limoges et la volonté du département de ne trouver aucune solution de reclassement ;
- le comportement du conseil départemental de la Creuse caractérise une rupture d'égalité de traitement par rapport aux autres agents et une violation du droit d'obtenir une affectation dans un délai raisonnable ; elle a été traitée de manière moins favorable que les autres agents ayant été déchargés d'un emploi fonctionnel ;
S'agissant de l'arrêté du 7 septembre 2021 :
- il est dépourvu de base légale, l'arrêté du 24 août 2021 étant lui-même illégal ;
- il a été signé par une autorité incompétente dès lors qu'il n'est pas établi que le signataire disposait d'une délégation de signature précise et régulièrement publiée ;
- il est insuffisamment motivé en méconnaissance de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il est entaché d'erreur de droit et d'appréciation et méconnaît les dispositions des articles 53 et 97 de la loi du 26 janvier 1984 dès lors que le conseil départemental de la Creuse n'a pas sérieusement recherché un reclassement alors que des postes étaient vacants ;
- il méconnaît l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 dès lors qu'elle a subi, dans l'exercice de ses fonctions au sein du département de la Creuse, des agissements répétés de harcèlement moral ayant profondément dégradé ses conditions de travail.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 février 2022, le centre national de la fonction publique territoriale conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par Mme F n'est fondé.
Par trois mémoires en défense enregistrés les 21 mars, 21 avril et 20 mai 2022, le département de la Creuse représenté par Me Marchand, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 800 euros soit mise à la charge de Mme F au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par Mme F n'est fondé.
Par ordonnance du 30 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu 30 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de M. Naud, rapporteur public,
- les observations de Me Lemoine, représentant Mme F présente,
- les observations de Mme E, représentant le centre national de la fonction publique territoriale,
- et les observations de Me Couëtoux du Tertre, représentant le département de la Creuse.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C F est administratrice territoriale titulaire et exerçait ses fonctions auprès de Bordeaux Métropole. Par un arrêté du 19 novembre 2019, la présidente du conseil départemental de la Creuse a recruté Mme F, par voie de mutation, dans le cadre d'emploi des administrateurs territoriaux, en qualité d'administrateur à temps complet à compter du 1er décembre 2019. Par un arrêté du 29 novembre 2019, cette même autorité a détaché Mme F sur l'emploi fonctionnel de directeur général adjoint des services du département, pour une période de cinq ans, à compter du 1er décembre 2019. Par un arrêté du 1er septembre 2020, la présidente du conseil départemental de la Creuse a mis fin à son détachement sur l'emploi fonctionnel de directeur général adjoint des services du département, a réintégré l'intéressée dans le cadre d'emploi d'administrateur territorial avec maintien en surnombre à compter du 2 septembre 2020 pour une durée d'un an. Par deux arrêtés du même jour, la même autorité a fixé son indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise et lui a retiré le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire de 25 points à compter du 2 septembre 2020. Par ailleurs, Mme F a sollicité le bénéfice de la protection fonctionnelle, laquelle lui a été refusée. Mme F, affectée en surnombre, a sollicité sa réintégration sur un emploi permanent et par un courrier du 21 juillet 2021, le conseil départemental de la Creuse lui a indiqué ne pas être en mesure de lui proposer un emploi correspondant à son grade. Par ailleurs, par un premier arrêté du 24 août 2021, la présidente du conseil départemental de la Creuse a radié Mme F des effectifs du conseil départemental de la Creuse à compter du 2 septembre 2021, date à laquelle cette dernière est prise en charge par le CNFPT. Par un second arrêté du 7 septembre 2021, la directrice générale du CNFPT a prononcé la prise en charge de Mme F, au sein du CNFPT en qualité d'administratrice territoriale titulaire, à compter du 2 septembre 2021 et notamment fixé sa résidence administrative à la délégation de la Nouvelle-Aquitaine du CNFPT. Mme F demande l'annulation de ces arrêtés des 24 août et 7 septembre 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
S'agissant des conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 24 août 2021 :
2. En premier lieu, par un arrêté du 1er juillet 2021, la présidente du conseil départemental de la Creuse a donné délégation à M. G directeur général des services du département, et signataire de l'arrêté contesté, à l'effet de signer tout acte, toute décision, tout arrêté, tout contrat et plus généralement tout document concernant les affaires du département, à l'exclusion de certains actes au titre desquels ne figure pas l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte ne peut qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté vise les lois des 13 juillet 1983 et 26 janvier 1984 applicables à la situation de la requérante ainsi que l'arrêté du 1er septembre 2020 portant fin de détachement, réintégration dans le cadre d'emplois des administratifs territoriaux et maintien en surnombre dans la collectivité pendant un délai d'un an au terme duquel elle sera prise en charge par le CNFPT. Par ailleurs, il fait état de ce que Mme F a refusé l'emploi de directeur de projet qui lui a été proposé le 9 novembre 2020, et qu'aucun autre emploi correspondant à son grade n'a pu lui être proposé. Par suite, l'arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, en tout état de cause, être écarté.
4. En troisième lieu, si Mme F soutient qu'elle n'a jamais eu accès à son entier dossier administratif préalablement à sa radiation des cadres " alors même qu'elle a demandé à plusieurs reprises que lui soit communiqué son entier dossier ", il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle en ait demandé la communication avant l'édiction de l'arrêté contesté du 24 août 2021. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être être écarté comme inopérant.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 53 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Lorsqu'il est mis fin au détachement d'un fonctionnaire occupant un emploi fonctionnel mentionné aux alinéas ci-dessous et que la collectivité ou l'établissement ne peut lui offrir un emploi correspondant à son grade, celui-ci peut demander à la collectivité ou l'établissement dans lequel il occupait l'emploi fonctionnel soit à être reclassé dans les conditions prévues aux articles 97 et 97 bis, soit à bénéficier, de droit, du congé spécial mentionné à l'article 99, soit à percevoir une indemnité de licenciement dans les conditions prévues à l'article 98. " Aux termes de l'article 97 de la même loi : " Dès lors qu'un emploi est susceptible d'être supprimé, l'autorité territoriale recherche les possibilités de reclassement du fonctionnaire concerné. / I - () Si la collectivité ou l'établissement ne peut lui offrir un emploi correspondant à son grade dans son cadre d'emplois ou, avec son accord, dans un autre cadre d'emplois, le fonctionnaire est maintenu en surnombre pendant un an. Pendant cette période, tout emploi créé ou vacant correspondant à son grade dans la collectivité ou l'établissement lui est proposé en priorité ; la collectivité ou l'établissement, la délégation régionale ou interdépartementale du Centre national de la fonction publique territoriale et le centre de gestion examinent, chacun pour ce qui le concerne, les possibilités de reclassement. Est également étudiée la possibilité de détachement ou d'intégration directe du fonctionnaire sur un emploi équivalent d'un autre cadre d'emplois au sein de la même collectivité ou de l'établissement. Sont également examinées les possibilités d'activité sur un emploi correspondant à son grade ou un emploi équivalent dans l'un des versants de la fonction publique. Au terme de ce délai, le fonctionnaire est pris en charge par le centre de gestion dans le ressort duquel se trouve la collectivité ou l'établissement, ou par le Centre national de la fonction publique territoriale s'il relève de l'un des cadres d'emplois de catégorie A auxquels renvoie l'article 45. "
6. Mme F soutient que le département de la Creuse a manqué à ses obligations résultant des dispositions précédemment citées, en ne lui proposant qu'un seul poste durant son placement en surnombre, lequel ne correspondait d'ailleurs pas à son grade.
7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la présidente du conseil départemental de la Creuse a proposé à Mme F, par un courrier du 9 novembre 2020, un emploi vacant de " directeur de projets ", au sein de la direction générale des services, et ce courrier mentionne que le poste relève du " cadre d'emploi des administrateurs territoriaux ". La requérante a refusé le poste proposé par courrier du 17 novembre 2020. Toutefois, et comme le soutient la requérante, il ressort de l'offre d'emploi que le poste n'était en réalité ouvert qu'aux grades d'attaché principal, administrateur hors classe et ingénieur en chef hors classe.
8. D'autre part, il ressort des organigrammes produits que le département de la Creuse était composé de quatre directions " pôle ressource et modernisation ", " pôle cohésion sociale ", " pôle aménagement du territoire " et " pôle stratégie territoriale ". En qualité de directrice générale adjointe des services du " pôle ressource et modernisation ", Mme F coordonnait l'action de la direction de l'administration générale, de la direction des finances et du budget, de la direction de l'informatique et des systèmes de communication et de la mission règlement général protection des données.
9. Il ressort des pièces du dossier qu'un poste de " directeur général adjoint des services en charge du pôle cohésion sociale " a été déclaré vacant en novembre 2020. Toutefois, ce poste était équivalant au poste pour lequel Mme F a fait l'objet d'une décharge de fonctions pour perte de confiance, en raison d'une part, de son manque d'implication et d'engagement dès lors qu'elle n'a pas su impulser la dynamique de changement et d'autre part, des difficultés relationnelles et de management. Ainsi, et dès lors que la collectivité a estimé que la situation ne permettait plus à la requérante de disposer de la confiance nécessaire au bon accomplissement de ses missions et l'a déchargée de ses fonctions de directrice générale adjointe des services, elle pouvait également ne pas lui proposer ce poste équivalent en terme de responsabilités et d'encadrement.
10. En outre, si la requérante se prévaut de l'offre d'emploi relative au poste de " directeur de l'administration générale, délégué au conseil juridique ", ce poste, qui n'a été déclaré vacant que le 21 septembre 2021 pour cause de décès, soit postérieurement à l'arrêté contesté du 24 août 2021, relève, d'après les organigrammes produits, du " Pôle ressource et modernisation " dont la requérante était, dans le cadre de son détachement, directrice générale adjointe des services, avant sa décharge de fonctions pour perte de confiance. Dans ces conditions, et au regard des raisons qui ont conduit à sa décharge de fonctions, le département, a pu, à bon droit, ne pas lui proposer un tel poste.
11. Par ailleurs, il ressort de l'offre d'emploi produite que le poste de " directrice/directeur de l'action sociale " au sein de la direction des personnes en perte d'autonomie, déclaré vacant le 16 juillet 2020, n'était ouvert qu'au cadre d'emploi des attachés territoriaux.
12. De plus, le poste de " directeur informatique et système d'information " au sein de la direction des systèmes d'information, déclaré vacant le 10 juin 2021, figure au sein de la direction " Pôle ressources et modernisation " anciennement dirigée par la requérante, et n'était, en tout état de cause, ouvert qu'aux cadres d'emploi des ingénieurs et attachés. La requérante soutient également que le poste de " directeur de la protection de données " était vacant. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'un tel poste n'est pas mentionné dans l'organigramme sur lequel ne figure, au sein de la direction " Pôle ressource et modernisation " qu'elle dirigeait, que le poste " mission règlement général protection des données " qui était alors pourvu.
13. Enfin, si Mme F se prévaut également d'une modification de l'organigramme attestant de l'existence de postes vacants, elle ne l'établit pas. Contrairement à ce que soutient la requérante, aucune obligation ne pesait sur le département de la Creuse de créer ou modifier un poste pour l'y affecter et la circonstance qu'elle n'a pas obtenu le soutien du directeur général des services, dans le cadre de sa recherche d'emploi, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté contesté.
14. Il résulte de ce qui précède que Mme F n'établit pas que le département de la Creuse aurait manqué à son obligation de lui proposer, durant son placement en surnombre, des postes correspondant à son grade. Par suite, les moyens invoqués par Mme F tirés d'erreurs de droit et d'appréciation et de ce que les dispositions des articles 53 et 97 de la loi du 26 janvier 1984 auraient été méconnues par le département de la Creuse, ne peuvent qu'être écartés.
15 En cinquième lieu, si la requérante soutient que le département a volontairement limité l'ouverture des postes vacants à certains cadres d'emploi et grade, afin qu'aucun poste ne lui soit proposé, elle n'établit pas ce détournement de pouvoir ou de procédure allégué.
16. En sixième lieu, Mme F n'établit pas que le CNFPT aurait manqué à ses obligations, durant le temps de son placement en surnombre. Par suite, le moyen invoqué en ce sens doit être écarté.
17. En septième lieu, aux termes de l'article 6 quinquies de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'appréciation de la valeur professionnelle, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : () / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ".
18. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral.
19. Mme F soutient qu'elle a subi, dans l'exercice de ses fonctions au sein du département de la Creuse, des agissements répétés de harcèlement moral ayant profondément dégradé ses conditions de travail, jusqu'à conduire à sa décharge de fonctions puis à son éviction totale des effectifs, alors qu'elle a mené des activités intenses avec des résultats conséquents pendant neuf mois. Toutefois, d'une part, les faits dont Mme F se prévaut ne permettent pas de la regarder comme apportant des éléments susceptibles de faire présumer qu'elle aurait fait l'objet d'un harcèlement moral de la part de ses collaborateurs ou du directeur général des services du département de la Creuse, lequel n'a pas, par ses remarques sur sa manière de servir, excédé les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier, contrairement à ce que soutient la requérante, qu'au cours de son placement en surnombre au sein des effectifs du département de la Creuse, le conseil départemental aurait adopté une attitude discriminante à son égard en la privant de la possibilité d'être reclassée dans un emploi correspondant à son grade. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que l'arrêté contesté serait en réalité fondé sur la circonstance qu'elle a engagé des procédures contentieuses devant le tribunal administratif de Limoges. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6 quinquies de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 doit être écarté.
20. En huitième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le comportement du conseil départemental de la Creuse a entraîné une rupture d'égalité de traitement, par rapport à d'autres agents qui auraient été déchargés d'un emploi fonctionnel, ni davantage une violation du droit d'obtenir une affectation dans un délai raisonnable, le maintien en surnombre étant prévu pendant un an, aux termes des dispositions précédemment citées. Par suite, ces moyens ne peuvent qu'être écarté.
21. En dernier lieu, aux termes de l'article 25 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droit et obligation des fonctionnaires : " I. - Le fonctionnaire veille à faire cesser immédiatement ou à prévenir les situations de conflit d'intérêts dans lesquelles il se trouve ou pourrait se trouver./ Au sens de la présente loi, constitue un conflit d'intérêts toute situation d'interférence entre un intérêt public et des intérêts publics ou privés qui est de nature à influencer ou paraître influencer l'exercice indépendant, impartial et objectif de ses fonctions. / II.-A cette fin, le fonctionnaire qui estime se trouver dans une situation de conflit d'intérêts : () 2° Lorsqu'il a reçu une délégation de signature, s'abstient d'en user ; () ".
22. Mme F soutient que l'arrêté méconnaît l'article 25 bis précité dès lors qu'elle avait dénoncé les agissements de harcèlement de la part de M. G, celui-ci était dans l'obligation de ne plus intervenir dans le traitement de sa situation, et particulièrement de s'abstenir d'user d'une délégation de signature lui permettant d'adopter un arrêté de radiation des cadres.
23. Toutefois et comme énoncé précédemment, Mme F n'apporte pas d'éléments susceptibles de faire présumer qu'elle aurait fait l'objet d'une situation de harcèlement moral de la part de M. G, directeur général des services, lequel a signé l'arrêté contesté portant radiation des cadres, et alors, au demeurant, que le délai d'un an au terme duquel elle était placée en surnombre au sein de la collectivité arrivait à échéance. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article précité ne peut qu'être écarté.
24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 24 août 2021 par lequel le président du conseil départemental de la Creuse l'a radiée des effectifs à compter du 2 septembre 2021 sont rejetées.
S'agissant des conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 7 septembre 2021 :
25. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 24 août 2021 du président du conseil départemental de la Creuse n'est pas entaché d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté est dépourvu de base légale, doit être écarté.
26. En deuxième lieu, par un arrêté n°13729 du 9 juin 2021, télétransmis à la préfecture et régulièrement publié le 17 juin 2021, le président du centre national de la fonction publique territoriale, maire du Teich a donné " délégation permanente de signature " à Mme B A directrice générale, signataire de l'arrêté contesté, à l'effet de signer sur tout support, tous les actes de l'établissement à l'exclusion de certains actes au titre desquels ne figure pas l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.
27. En troisième lieu, il ressort des dispositions précitées de l'article 97 de la loi du 26 janvier 1984 que le CNFPT était tenu de prendre en charge Mme F, à raison de l'expiration de la période de maintien en surnombre. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de l'arrêté contesté, de l'erreur de droit et d'appréciation, et de la méconnaissance, par le département de la Creuse, de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983, ne peuvent qu'être écartés.
28. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 7 septembre 2021 par lequel la directrice générale du Centre national de la fonction publique territoriale a prononcé sa prise en charge à compter du 2 septembre 2021 sont rejetées.
29. Les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme F doivent être rejetées, ainsi que ses conclusions au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions présentées par le département de la Creuse au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le département de la Creuse au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C F, au département de la Creuse et au Centre national de la fonction publique territoriale
Délibéré après l'audience du 20 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Munoz-Pauziès, présidente,
Mme Lahitte, conseillère,
M. Bongrain, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2023
La rapporteure
A. D
La présidente
F. MUNOZ- PAUZIÈS
La greffière,
C. SCHIANO
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026