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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2105883

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2105883

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2105883
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMONGIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 novembre 2021, Mme D C, représentée par Me Mongie, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 septembre 2021 par laquelle le directeur des services départementaux de l'éducation nationale du Lot-et-Garonne l'a mise en demeure d'inscrire son enfant A B dans un établissement d'enseignement scolaire public ou privé jusqu'à la fin de l'année scolaire 2021/2022 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'enfant a été inscrite pour suivre un enseignement à distance à la suite de la première mise en demeure ;

- le contrôle des connaissances et compétences de son enfant n'a pas eu lieu au domicile en méconnaissance de l'article L. 131-10 du code de l'éducation et en l'absence de dialogue avec la famille, les moyens éducatifs mis en œuvre n'ont pas été vérifiés ;

- cette décision est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 mai 2023, la rectrice de l'académie de Bordeaux conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la requête n'est pas fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F,

- les conclusions de M. Willem, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. L'enfant A B, née le 2 décembre 2012, a été scolarisée dans un établissement d'enseignement privé durant les trois années de cycle maternel, puis a été instruite dans sa famille à compter de l'année scolaire 2018/2019. Les contrôles de ses connaissances et de ses compétences effectués le 15 février 2019, le 5 février 2021 et le 15 mars 2021 ont révélé qu'elle ne savait ni lire, ni écrire d'autres mots que son prénom, et qu'elle ne savait pas compter au-delà du chiffre 5. Le 20 mai 2021, le directeur des services départementaux de l'éducation du Lot-et-Garonne a mis en demeure ses parents de la scolariser dans un établissement d'enseignement scolaire public ou privé dans le délai de quinze jours. Mme C, en sa qualité de mère de cette enfant, demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 131-10 du code de l'éducation : " Les enfants soumis à l'obligation scolaire qui reçoivent l'instruction dans leur famille, y compris dans le cadre d'une inscription dans un établissement d'enseignement à distance, sont dès la première année, et tous les deux ans, l'objet d'une enquête de la mairie compétente, uniquement aux fins d'établir quelles sont les raisons alléguées par les personnes responsables de l'enfant, et s'il leur est donné une instruction dans la mesure compatible avec leur état de santé et les conditions de vie de la famille. Le résultat de cette enquête est communiqué à l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation et aux personnes responsables de l'enfant. L'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation doit au moins une fois par an () faire vérifier () que l'enseignement assuré est conforme au droit de l'enfant à l'instruction tel que défini à l'article L. 131-1-1. Le contrôle est prescrit par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation selon des modalités qu'elle détermine. () Le contrôle () est organisé en principe au domicile où l'enfant est instruit. () Les résultats du contrôle sont notifiés aux personnes responsables de l'enfant. Lorsque ces résultats sont jugés insuffisants, les personnes responsables de l'enfant sont informées du délai au terme duquel un second contrôle est prévu et des insuffisances de l'enseignement dispensé auxquelles il convient de remédier. Elles sont également avisées des sanctions dont elles peuvent faire l'objet, au terme de la procédure, en application du premier alinéa de l'article 227-17-1 du code pénal. Si les résultats du second contrôle sont jugés insuffisants, l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation met en demeure les personnes responsables de l'enfant de l'inscrire, dans les quinze jours suivant la notification de cette mise en demeure, dans un établissement d'enseignement scolaire public ou privé et de faire aussitôt connaître au maire, qui en informe l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, l'école ou l'établissement qu'elles auront choisi. Les personnes responsables ainsi mises en demeure sont tenues de scolariser l'enfant dans un établissement d'enseignement scolaire public ou privé au moins jusqu'à la fin de l'année scolaire suivant celle au cours de laquelle la mise en demeure leur a été notifiée. () ".

3. En premier lieu, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 131-10 du code de l'éducation, la mise en demeure adressée aux parents de A leur imposait, après qu'ait été constatée l'insuffisance des résultats de l'instruction qui lui était dispensée en famille, de l'inscrire dans un établissement scolaire public ou privé afin de lui permettre de bénéficier de l'enseignement de professionnels et de rattraper son retard dans les apprentissages fondamentaux. Contrairement à ce que soutient Mme C, l'inscription souscrite en faveur de cette dernière auprès de l'organisme d'enseignement à distance Cours Pi, qui conduirait à faire perdurer une instruction en famille dont l'insuffisance a été révélée, ne répond pas à cette exigence.

4. En deuxième lieu, Mme C soutient que les contrôles des connaissances et des compétences de A auraient dû être organisés à son domicile conformément aux dispositions de l'article L. 131-10 du code de l'éducation, afin de permettre à cette dernière de s'y soumettre dans une atmosphère calme et propice à l'évaluation scolaire. Elle se plaint également de l'absence de dialogue avec la famille, et de vérification des moyens pédagogiques utilisés. Toutefois, la rectrice de l'académie de Bordeaux fait valoir, sans être contredite, que des tensions ont eu lieu lors des précédents contrôles organisés au domicile familial, raison pour laquelle le choix d'organiser ces contrôles dans un lieu extérieur a été favorisé. Ensuite, contrairement à ce qui est soutenu, il ressort des deux compte-rendus établis à la suite des contrôles organisés le 5 février 2021 et le 15 mars 2021, que les parents ont été interrogés sur les modalités d'enseignement qu'ils mettaient en œuvre au domicile, la requérante ne précisant pas les moyens pédagogiques qu'elle aurait mis en œuvre et qui auraient été négligés par l'inspecteur chargé de procéder à ces contrôles. Par suite, le moyen tiré de ce que ces contrôles auraient été conduits dans des conditions irrégulières doit être écarté.

5. En troisième lieu, il résulte des conclusions des rapports établis à l'issue des contrôles des connaissances et des compétences de A, que ne contredisent pas les conclusions de son évaluation neuro-psychologique réalisée à la demande de ses parents le 17 mai 2021, que celle-ci dispose d'un intérêt et des capacités pour accéder aux apprentissages fondamentaux qui lui font actuellement défaut et que les difficultés et la lenteur constatées s'expliquent par l'insuffisance et l'inadaptation du travail qui lui a été proposé dans le cadre de son instruction à domicile, et non par des troubles de l'apprentissage. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le directeur des services départementaux de l'éducation nationale aurait commis une erreur d'appréciation en imposant sa scolarisation dans un établissement d'enseignement, sans tenir compte de cette évaluation et des besoins particuliers de cette enfant, doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et à la rectrice de l'académie de Bordeaux.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Ferrari, président,

Mme F et Mme E, premières conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

La rapporteure,

E. F

Le président,

D. FERRARI La greffière,

E. SOURIS

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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