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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2106005

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2106005

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2106005
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL CABINET COUDRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 10 novembre 2021 et le 22 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Noël, demande au tribunal :

1°) de condamner le département de la Gironde à lui verser les sommes de 200 euros en réparation de son préjudice financier et de 10 000 euros au titre de son préjudice moral et du trouble dans ses conditions d'existence, assorties des intérêts au taux légal à compter du 27 juillet 2021 et de la capitalisation des intérêts;

2°) de mettre à la charge du département de la Gironde la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- La responsabilité du département est établie ;

- Il a subi un préjudice financier et moral qu'il y a lieu de réparer.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 23 septembre 2022, le département de la Gironde conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bilate,

- les conclusions de M. Bongrain, rapporteur public,

- et les observations de Me Noel, représentant M. B, et de Me Lapprand, représentant le département de la Gironde.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a été recruté par le département de la Gironde le 27 octobre 2004 en qualité d'agent contractuel des services hospitaliers. Titularisé dans le grade d'agent d'entretien qualifié le 1er mars 2010, il a été affecté au centre départemental de l'enfance et de la famille - C le 1er juin 2014, et a été reclassé à sa demande dans le grade d'agent des services hospitaliers qualifié le 1er octobre 2016. Le 3 avril 2017, M. B a cosigné une lettre ouverte intitulée " les enfants sacrifiés D " par laquelle il a dénoncé " des situations de fugues quotidiennes, d'abus sexuels, de viols entre usagers, d'agressions physiques, de passages à l'acte violents entre enfants et sur le personnel ", et le 16 octobre 2017, le département lui a infligé la sanction de l'exclusion temporaire pour une durée de dix jours, assortie d'un sursis de cinq jours. Cette sanction ayant été annulée par un jugement n° 1801683 du tribunal du 26 novembre 2019, devenu définitif en l'absence d'appel, M. B demande par la présente requête réparation des préjudices causés par cette décision.

Sur les conclusions indemnitaires

2. Si l'illégalité dont est entachée une décision administrative constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration, elle n'est de nature à ouvrir droit à réparation que dans la mesure où elle a entraîné un préjudice direct et certain.

En ce qui concerne le préjudice financier :

3. En l'absence d'exercice effectif des fonctions dont un agent public a été illégalement privé par l'administration, soit qu'il ait été évincé du service, soit qu'il ait été affecté à d'autres fonctions que celles qui étaient ou auraient dû être les siennes, celui-ci ne peut prétendre au rappel de la rémunération correspondante, mais est fondé à demander la réparation intégrale des préjudices de toute nature qu'il a réellement subis du fait des mesures prises à son encontre dans des conditions irrégulières.

4. M. B a fait l'objet d'une exclusion de 10 jours, dont 5 avec sursis, ce qui a entrainé une perte de rémunération de 5 jours de travail, dont il est constant qu'elle s'élève à 252,37 euros

5. Le requérant soutient en premier lieu que la somme de 313,24 euros qui lui a été versée n'est pas suffisante et demande que lui soit versée une somme " forfaitaire " de 200 euros, alléguant que " la rémunération n'est pas seulement constituée du traitement ; elle comprend également d'autres composantes ". Toutefois, il n'apporte aucune précision à l'appui de ces allégations, alors que la somme de 313,24 euros comprend notamment une indemnité de sujétions spéciales et une indemnité de travail de nuit. Il y a lieu en conséquence d'écarter les conclusions tendant au paiement de cette somme.

6. M. B soutient également que le versement de 252,37 euros doit être assortie des intérêts légaux. Il ressort des pièces du dossier que cette somme correspond à la retenue sur salaire effectuée sur le traitement de novembre 2017, reversée par mandatement le 14 septembre 2022. Il y a lieu de condamner le département de la Gironde à verser les intérêts légaux sur cette somme à compter du 27 juillet 2021, date de l'introduction par le requérant de sa demande indemnitaire préalable, jusqu'au 14 septembre 2022.

En ce qui concerne le préjudice moral :

7. M. B demande la réparation du préjudice moral que lui a causé la sanction disciplinaire. Compte-tenu, comme le relevait le tribunal dans le jugement précité, que le requérant dénonçait des dysfonctionnements et des maltraitances d'une particulière gravité menaçant la santé et l'intégrité de mineurs pris en charge, un climat délétère et une montée de la violence entre mineurs accueillis et vis-à-vis du personnel dans la structure, qu'au surplus et aux dires mêmes du département, certains des faits signalés s'étaient déroulés en 2016, ainsi que d'autres n'ayant pas donné lieu à des signalements, il y a lieu de reconnaître que la dégradation de son état de santé, attestée par deux témoignages d'agents et un certificat médical versé au dossier, trouve son origine dans la sanction litigieuse. En conséquence il sera fait une juste appréciation de son préjudice moral en condamnant le département de la Gironde à lui verser la somme de 2 000 euros tous intérêts compris.

Sur les frais d'instance

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

9. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont le département de la Gironde demande le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

10. Il y a lieu de mettre à la charge du département de la Gironde la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le département de la Gironde est condamné à verser à M. B la somme de 2000 euros.

Article 2 : Le département de la Gironde versera à M. B les intérêts au taux légal sur la somme de 252,37 euros du 21 juillet 2017 jusqu'au 14 septembre 2022.

Article 3 : Le département de la Gironde versera à M. B la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions du département de la Gironde présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au département de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

M. Bilate, premier conseiller,

M. Bourdarie, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

Le rapporteur,

X. BILATE

La présidente,

F. MUNOZ-PAUZIÈSLe greffier,

C. POTTIER

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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