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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2106365

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2106365

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2106365
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL HMS ATLANTIQUE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 novembre 2022 et deux mémoires enregistrés le 14 novembre 2022 et le 20 février 2023, Mme B A, représentée par Me Noël, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2021-536 en date du 29 septembre 2021 par lequel le maire de la commune de Villeneuve-sur-Lot a refusé de reconnaître l'accident survenu le 17 mars 2021 comme imputable au service ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Villeneuve-sur-Lot de reconnaître l'imputabilité au service de cet accident et de régulariser sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Villeneuve-sur-Lot une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté du 29 septembre 2021 est entaché d'un défaut de motivation en droit et en fait : les motifs exacts du refus ne sont pas connus, pas davantage que son fondement juridique ;

-il est entaché d'un vice de procédure car la commission départementale de réforme était composée de manière irrégulière en l'absence d'un médecin agréé dans la spécialité relative à la pathologie dont elle souffre et dès lors que l'avis d'un spécialiste n'a pas été requis ; le seul avis émanant d'un spécialiste n'a pas été pris en compte par la commission ;

- il méconnaît l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 car le choc psychologique subi est survenu dans le temps et le lieu du travail ; sa directrice a excédé les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique en exigeant d'elle qu'elle change de poste sous le coup de menaces ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que l'accident survenu le 17 mars 2021 présente les caractéristiques d'un accident de service au sens de la loi.

Par trois mémoires en défense enregistrés les 13 septembre et 13 décembre 2022 et le 9 mars 2023, la commune de Villeneuve-sur-Lot, représentée par son maire en exercice, ayant pour avocat le cabinet HMS Atlantique Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 15 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 1er septembre 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi du 13 juillet 1983 ;

- l'arrêté du 4 août 2004 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bourdarie,

- les conclusions de M. Bongrain, rapporteur public,

- et les observations de Me Noël, représentant Mme A, et de Me Safar, représentant la commune de Villeneuve-sur-Lot.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A a été recrutée par la commune de Villeneuve-sur-Lot en 2001. Elle est titulaire du grade d'attachée territoriale depuis 2019. Elle a sollicité du maire de la commune de Villeneuve-sur-Lot, par une déclaration du 30 mars 2021, la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident qu'elle estime avoir subi le 17 mars 2021. Par un arrêté du 29 septembre 2021, dont elle demande l'annulation, le maire a refusé de reconnaître cette imputabilité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. L'arrêté du 29 septembre 2021 vise les textes applicables, la déclaration d'accident de service, le certificat médical constatant cet accident, l'avis émis le 24 juin 2021 sur le caractère imputable au service de l'accident par le médecin expert agréé ainsi que l'enquête administrative concluant au contraire et l'avis défavorable de la commission départementale de réforme du 17 septembre 2021. Il ressort des termes employés que l'autorité territoriale a estimé que les événements décrits dans la déclaration d'accident de service survenu le 17 mars 2021 ne présentaient pas les critères d'un tel accident en raison de l'impossibilité d'identifier un événement direct et soudain. Par suite, l'arrêté en litige est suffisamment motivé en droit et en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 16 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " La commission de réforme doit être saisie de tous témoignages, rapports et constatations propres à éclairer son avis. Elle peut faire procéder à toutes mesures d'instructions, enquêtes et expertises qu'elle estime nécessaires. Dix jours au moins avant la réunion de la commission, le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de son dossier, dont la partie médicale peut lui être communiquée, sur sa demande, ou par l'intermédiaire d'un médecin ; il peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux. La commission entend le fonctionnaire, qui peut se faire assister d'un médecin de son choix. Il peut aussi se faire assister par un conseiller ". En vertu des dispositions de l'article 3 du même arrêté, la commission de réforme comprend " 1. Deux praticiens de médecine générale, auxquels est adjoint, s'il y a lieu, pour l'examen des cas relevant de sa compétence, un médecin spécialiste qui participe aux débats mais ne prend pas part aux votes () ".

5. Il résulte des dispositions précitées que, dans le cas où il est manifeste, eu égard aux éléments dont dispose la commission de réforme, que la présence d'un médecin spécialiste de la pathologie invoquée est nécessaire pour éclairer l'examen du cas du fonctionnaire, l'absence d'un tel spécialiste est susceptible de priver l'intéressé d'une garantie et d'entacher ainsi la procédure devant la commission d'une irrégularité justifiant l'annulation de la décision attaquée.

6. Pour émettre son avis à l'issue de sa séance du 17 septembre 2021, la commission départementale de réforme s'est fondée sur un certificat médical pour accident de travail du 17 mars 2021, un rapport d'expertise établi le 24 juin 2021 par un médecin psychiatre établi à la demande de la collectivité, une enquête administrative réalisée par la commune, la fiche du poste occupé par l'agent à la date du 17 mars 2021 et le projet de fiche de poste envisagé pour elle par sa hiérarchie. Au vu de ces éléments médicaux et administratifs, elle a émis un avis défavorable et s'est écartée du sens du rapport de l'expertise médicale au motif qu'elle n'était pas en mesure d'identifier un événement direct et soudain. La commission départementale de réforme a pu valablement délibérer sans recourir à l'avis d'un médecin psychiatre dès lors que les deux médecins généralistes qui siégeaient le 17 septembre 2021 disposaient d'un rapport d'expertise établi par un médecin agréé spécialiste de la pathologie dont souffre l'agent. En outre, la commission, qui n'est pas liée par le sens de l'avis des rapports qui lui sont soumis, a motivé son choix de s'écarter du rapport du 24 juin 2021. Il s'ensuit que le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes du II de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 dans sa version applicable à l'espèce : " Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. / () ".

8. Constitue un accident de service, pour l'application des dispositions précitées, un événement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci. Sauf à ce qu'il soit établi qu'il aurait donné lieu à un comportement ou à des propos excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, lequel peut conduire le supérieur hiérarchique à adresser aux agents des recommandations, remarques, reproches ou à prendre à leur encontre des mesures disciplinaires, un entretien entre un agent et son supérieur hiérarchique, ne saurait être regardé comme un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service, quels que soient les effets qu'il a pu produire sur l'agent.

9. Mme A occupe le poste de responsable des pôles relations citoyennes, relations internationales et accueil/standard et de chargée de missions transversales développement durable et handicap. Elle est placée sous l'autorité hiérarchique de la directrice de cabinet du maire. En raison de difficultés relationnelles existant entre Mme A et l'élue en charge de la citoyenneté, la directrice de cabinet a proposé à Mme A de réfléchir à une évolution sur un autre poste. Le poste proposé de chargé de mission en charge du développement des projets transversaux du centre communal d'action sociale et de la thématique santé et handicap a fait l'objet de plusieurs échanges entre la directrice de cabinet et l'agent à partir du mois de février 2021. Aux environs du mois de mars, la directrice de cabinet a demandé à Mme A de lui faire connaître sa réponse sur cette proposition. Il ne ressort pas de l'instruction que, pendant l'entretien ayant eu lieu dans le bureau de Mme A durant la matinée du 17 mars 2021, la directrice de cabinet aurait excédé les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique en demandant à l'intéressée d'exprimer son accord ou son désaccord sur le poste proposé au centre communal d'action sociale. Dans ces conditions, en l'absence d'événement soudain et violent, le maire de la commune de Villeneuve-sur-Lot n'a commis ni erreur d'appréciation, ni erreur de droit en refusant de reconnaître comme imputable au service l'accident survenu le 17 mars 2021.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 29 septembre 2021 ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

11. Les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 29 septembre 2021 ayant été rejetées, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent, par voie de conséquence, qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

13. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Villeneuve-sur-Lot qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme A sur leur fondement. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A la somme demandée par la commune de Villeneuve-sur-Lot au titre de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Villeneuve-sur-Lot sur le fondement de dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Villeneuve-sur-Lot.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

M. Bilate, premier conseiller,

M. Bourdarie, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.

Le rapporteur,

H. BOURDARIE

La présidente,

F. MUNOZ-PAUZIÈS

La greffière,

C. JANIN

La République mande et ordonne au préfet de Lot-et-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

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