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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2106476

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2106476

lundi 3 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2106476
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP COURRECH ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 6 décembre 2021 et 11 mars 2022, la société par actions simplifiée Cultura-Socultur, Mme U S, M. T R, Mme AD, Mme B AB, M. G V, Mme P J, Mme D Y, Mme X N, Mme L H, Mme I F, Mme A Z, M. AA E, M. O Q, Mme M AC et Mme C W, représentés par Me Courrech, avocat, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler la décision du 27 octobre 2021, par laquelle le maire de la commune d'Agen a rejeté la demande d'autorisation de travaux déposée par la société Cultura-Socultur ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune d'Agen de lui délivrer une autorisation de travaux dans le mois du jugement à intervenir.

La société Cultura-Socultur et autres soutiennent que :

- si la commune estimait que le dossier de demande était incomplet, il lui appartenait de faire application de l'article R. 111-19-22 du code de la construction et de l'habitation ;

- le maire d'Agen commet des erreurs de fait en estimant que les dimensions de l'entrée, de la porte et des issues de secours n'étaient pas précisées, de même que les règles relatives aux dispositifs de commande et d'équipements accessibles aux personnes à mobilité réduite ;

- le maire d'Agen ne pouvait légalement rejeter la demande alors que des prescriptions mineures étaient suffisantes ;

- aucune méconnaissance des prescriptions en matière d'accessibilité et de sécurité ne lui est reprochée ;

- le bâtiment, desservi par des voies publiques qui restent inchangées, est accessible aux moyens de lutte contre l'incendie ;

- la décision est entachée d'un détournement de pouvoir.

Le préfet de Lot-et-Garonne, à qui la requête a été communiquée, n'a pas présenté d'écritures en défense.

Par des mémoires en défense enregistrés les 2 mars 2022 et 25 mars 2022, la commune d'Agen, représentée par Me Ferrant, avocat, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au non-lieu à statuer sur la requête. Elle soutient qu'en délivrant, de manière ferme et définitive, l'autorisation de travaux demandée le 19 janvier 2022, elle a procédé implicitement à l'abrogation de la décision du 27 octobre 2021 et qu'il n'y a pas lieu de statuer sur la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- l'arrêté du 25 juin 1980, portant approbation des dispositions générales du règlement de sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public (ERP) ;

- l'arrêté du 8 décembre 2014, fixant les dispositions prises pour l'application des articles R. 111-19-7 à R. 111-19-11 du code de la construction et de l'habitation et de l'article 14 du décret n° 2006-555 relatif à l'accessibilité aux personnes handicapées des établissements recevant du public situés dans un cadre bâti existant et des installations existantes ouvertes au public ;

- le code de justice administrative.

Par une ordonnance du 2 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 4 avril 2022.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme K, ;

- les conclusions de M. Dufour, rapporteur public ;

- les observations de Me Laporte, substituant Me Courrech, représentant la société Cultura-Socultur et autres ;

- les observations de Me Bonis, substituant Me Ferrant, représentant la commune d'Agen.

Considérant ce qui suit :

1. Le 24 juin 2021, la société par actions simplifiée Cultura-Socultur a déposé une demande d'autorisation de travaux portant sur un établissement recevant du public en vue de la rénovation d'un local commercial situé avenue de l'Atlantique, sur la commune d'Agen. Par décision du 27 octobre 2021, le maire d'Agen lui a opposé un refus. La société Cultura-Socultur, ainsi que quinze de ses salariés demandent au tribunal d'annuler cette décision qui a fait l'objet d'une suspension par le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux par l'ordonnance du 23 décembre 2021.

Sur l'exception de non-lieu

2. Suite à l'ordonnance du 23 décembre 2021 du juge des référés suspendant la décision du 27 octobre 2021, par laquelle le maire d'Agen a rejeté la demande d'autorisation de travaux de la société Cultura-Socultur et enjoignant à la commune de réexaminer la demande, le maire d'Agen a délivré à la société Cultura-Socultur, par arrêté du 19 janvier 2022, l'autorisation de travaux demandée. La commune soutient qu'elle a ainsi procédé implicitement à l'abrogation de la décision du 27 octobre 2021 et la décision attaquée ayant disparu, elle conclut au non-lieu à statuer. Or, une décision intervenue en exécution d'une ordonnance du juge des référés revêt par sa nature même un caractère provisoire. Par suite, la requête n'est pas devenue sans objet et l'exception de non-lieu doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. D'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 122-3 du code de la construction et de l'habitation : " Les travaux qui conduisent à la création, l'aménagement ou la modification d'un établissement recevant du public ne peuvent être exécutés qu'après autorisation délivrée par l'autorité administrative, qui vérifie leur conformité aux règles d'accessibilité prévues à l'article L. 161-1 et, lorsque l'effectif du public et la nature de l'établissement le justifient, leur conformité aux règles de sécurité contre l'incendie prévues aux articles L. 141-2 et L. 143-2. () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 161-1 du code précité : " Les dispositions architecturales, les aménagements et équipements intérieurs et extérieurs des locaux à usage d'habitation, des établissements recevant du public, des installations ouvertes au public et des bâtiments à usage professionnel sont accessibles à tous au sens de l'article L. 111-1, dans les cas et selon les conditions déterminées par les articles L. 162-1 à L. 164-3 () ". Aux termes de l'article L. 161-3 : " Un décret en Conseil d'Etat, pris après avis du conseil mentionné à l'article L. 146-1 du code de l'action sociale et des familles, fixe les modalités d'application des dispositions du présent titre ". Enfin aux termes de l'article L. 143-2 du même code : " Des mesures complémentaires de sauvegarde et de sécurité et des moyens d'évacuation et de défense contre l'incendie peuvent être imposés par décret aux propriétaires, aux constructeurs et aux exploitants de bâtiments et établissements ouverts au public. Ces mesures complémentaires doivent prendre en compte l'accessibilité ".

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 122-16 du code précité : " Le délai d'instruction de la demande d'autorisation est de quatre mois à compter du dépôt du dossier. / Si les dossiers joints à la demande sont incomplets, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt de la demande à la mairie, adresse au demandeur une lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou, dans le cas prévu par l'article R. 423-48 du code de l'urbanisme, un courrier électronique, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes () ".

5. Il résulte de ces dispositions, qu'avant tout travaux, la société Cultura-Socultur était tenue de solliciter une autorisation de travaux préalable auprès du maire de la commune, après avis de la sous-commission sécurité et de la commission accessibilité. Le bâtiment, dont la société Cultura-Socultur a pris bail, est classé en établissement recevant du public de 3ème catégorie et est soumis aux dispositions spécifiques en matière d'accessibilité et de sécurité incendie, définies par l'arrêté du 25 juin 1980, portant approbation des dispositions générales du règlement de sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public au livre II. S'appliquent également les dispositions de l'arrêté du 8 décembre 2014, fixant les dispositions prises pour l'application des articles R. 111-19-7 à R. 111-19-11 du code de la construction et de l'habitation et de l'article 14 du décret n° 2006-555 relatives à l'accessibilité aux personnes handicapées des établissements recevant du public situés dans un cadre bâti existant et des installations existantes ouvertes au public.

6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, que la commune d'Agen a refusé d'accorder cette autorisation de travaux au motif d'une part, s'agissant de l'accessibilité, que les règles relatives aux dispositifs de commande et d'équipements accessibles aux personnes à mobilité réduite ne sont pas précisées, qu'il n'existe qu'une seule porte dans la surface de vente et des issues de secours praticables par les personnes à mobilité réduite mais sans aucune indication de dimension permettant d'attester de leur conformité et que les dimensions du SAS ne sont pas indiquées. D'autre part, s'agissant de la sécurité incendie, la décision précise que les voies d'accès pompiers ne sont pas précisées. Or, il ressort des pièces du dossier, que contrairement à ce qu'allègue le maire, les travaux envisagés ne comprennent pas de SAS et que le dossier fournit des plans précis et cotés, notamment de l'espace d'entrée et que le descriptif du projet fait état dans les largeurs hors tous obstacles de cheminements supérieurs ou égaux à 1,40m. La notice d'accessibilité décrit également le dispositif de commande et d'équipement accessibles aux personnes à mobilité réduite. Enfin, le dossier comprend un plan de masse qui rappelle que les raccordements aux voies communales restent inchangés et démontre l'accessibilité du bâtiment aux moyens de lutte contre l'incendie, la sous-commission de sécurité n'ayant par ailleurs formulé aucune remarque sur ce point ni même aucune prescription. Le requérant est fondé à soutenir que la décision est entachée d'erreurs de faits.

7. En deuxième lieu, il ressort également des pièces du dossier, que le maire d'Agen relève dans sa décision que la notice prévue par le 3° de l'article D. 122-12 du code de la construction et de l'habitation et le plan de masse mentionné au 3ème alinéa de l'article GE 2 de l'arrêté du 25 juin 1980 précité seraient insuffisants et ne permettaient pas, en l'absence de précisions, de délivrer l'autorisation demandée. L'article GE 2 précité que cite la décision attaquée exige en effet la production " d'un plan de situation, des plans de masse et de façades des constructions projetées faisant ressortir, d'une part, les conditions d'accessibilité des engins de secours, et plus particulièrement les largeurs des voies et les emplacements des baies d'intervention des pompiers, et d'autre part, la présence de tout bâtiment ou local occupé par des tiers ". Or, il ressort des pièces du dossier, que le plan de situation et le plan de masse fournis par le requérant faisaient ressortir les conditions d'accessibilité des engins de secours et la présence des bâtiments alentours. S'il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier, que le requérant ait fourni un plan des façades, cette pièce n'ayant pas été réclamée lors de l'instruction de la demande, en application de l'article R. 122-16 du code de la construction et de l'habitation, le maire d'Agen ne pouvait fonder son refus sur l'absence de cette pièce, sans entacher sa décision d'illégalité. Les requérants sont fondés à soutenir que la décision est entachée d'une erreur de fait et de droit.

8. Enfin, il ressort des pièces du dossier, que la sous-commission départementale pour la sécurité contre les risques d'incendie et de panique ainsi que la commission d'accessibilité avaient rendu un avis favorable le 1er septembre 2021, assorti, s'agissant de l'accessibilité, de deux prescriptions, relatives aux dimensions du meuble adapté au point d'accueil et à la présence, dans les sanitaires adaptés, d'un dispositif de fermeture de la porte en plus de la barre d'appui. Dès lors que le projet de la société Cultura-Socultur ne présentait aucune méconnaissance majeure des prescriptions en matière de sécurité et d'accessibilité, il résulte de ce qui a été dit précédemment, que le maire pouvait accorder l'autorisation de travaux en l'assortissant des prescriptions de la commission accessibilité qui, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettaient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect. Les requérants sont fondés à soutenir que la décision est entachée d'une erreur de droit.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner le moyen tiré du détournement de pouvoir, que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la décision du maire d'Agen du 27 octobre 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. L'annulation de la décision contestée implique nécessairement que le maire accorde l'autorisation de travaux demandée par la société Cultura-Socultur. Le maire ayant délivré, par arrêté du 19 janvier 2022, l'autorisation de travaux et celle-ci ne présentant pas un caractère temporaire, les conclusions aux fin d'injonction sont devenues sans objet et il n'y a donc pas lieu d'y faire droit.

DECIDE :

Article 1er : La décision de la commune d'Agen du 27 octobre 2021 est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Cultura-Socultur, à Mme U S, M. T R, Mme AD, Mme B AB, M. G V, Mme P J, Mme D Y, Mme X N, Mme L H, Mme I F, Mme A Z, M. AA E, M. O Q, Mme M AC, Mme C W, au préfet de Lot-et-Garonne et à la commune d'Agen.

Délibéré après l'audience du 20 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Delvolvé, président,

- Mme Mounic, première conseillère,

- Mme Passerieux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2023.

La rapporteure,

S. K Le président,

Ph. DELVOLVÉ

Le greffier,

A. PONTACQ

La République mande et ordonne au préfet de Lot-et-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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