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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2106583

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2106583

lundi 30 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2106583
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantGARRIGUE-VIEUVILLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 décembre 2021 et 20 octobre 2022, M. D A, représentant l'indivision E, représenté par Me Garrigue-Vieuville, avocate, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 juin 2021 par lequel le maire de Lacépède a délivré à M. B un permis de construire un hangar agricole à toiture photovoltaïque servant de stockage de matériels et de paille ainsi qu'un local onduleur, sur un terrain situé 2 860 route de Prayssas au lieu-dit " Bourdile " sur le territoire de cette commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Lacépède et de M. B une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet dès lors qu'il ne comporte pas la surface de plancher des constructions projetées, la puissance électrique nécessaire au projet et les éléments nécessaires au calcul des impositions, en méconnaissance des f), g) et h) de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme ; il ne comporte pas davantage une notice conforme aux 1° et 2° b), c), d) de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme ; le projet architectural ne comprend pas les éléments fixés aux c) et d) de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme ainsi que ceux fixés aux deux premiers alinéas de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme ; enfin, et alors que les travaux projetés doivent être regardés comme portant sur un établissement recevant du public, la demande de permis n'a pas été accompagnée des dossiers prévus aux a) et b) de l'article R. 431-30 du code de l'urbanisme ;

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors que les consultations exigées en cas de construction d'un établissement recevant du public n'ont pas été effectuées ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dès lors que le bâtiment projeté, d'une part, n'est assaini ni par un raccordement au réseau public d'assainissement ni par un réseau d'assainissement privé, de sorte qu'il porte atteinte à la salubrité publique et, d'autre part, n'est relié à aucun dispositif d'évacuation des eaux pluviales, alors que le volume des eaux pluviales sera considérable et que ces dernières seront polluées, de sorte qu'il porte atteinte à la sécurité et à la salubrité publiques ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 151-23 du code de l'urbanisme dès lors que le pétitionnaire ne justifie pas en quoi son projet de construction serait nécessaire à une activité agricole ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 2.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal applicable dès lors que le projet rend nécessaire des terrassements ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 2.2.5 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal applicable ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 3.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal applicable ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 3.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal applicable ;

- il méconnaît le nuancier de couleurs figurant en annexe au règlement du plan local d'urbanisme intercommunal applicable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2022, M. C B, représenté par Me Baulimon, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable pour défaut de capacité à agir de l'indivision en cause, tardiveté, défaut d'intérêt à agir et méconnaissance des dispositions de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juillet 2022, la commune de Lacépède, représentée par Me Simon, avocat, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à l'application des dispositions des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et en tout état de cause à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge du requérant en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable pour défaut de capacité à agir de l'indivision en cause, tardiveté, défaut d'intérêt à agir et méconnaissance des dispositions de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Un mémoire a été enregistré le 5 octobre 2023 pour le compte de M. A et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de la construction et de l'habitation,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Passerieux, rapporteure,

- les conclusions de Mme Patard, rapporteure publique,

- les observations de Me Baulimon, représentant M. B,

- et les observations de Me Jagueneau, représentant la commune de Lacépède.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté en date du 4 juin 2021, le maire de la commune de Lacépède a délivré à M. B, sous réserve du respect de certaines prescriptions, un permis de construire un hangar agricole à toiture photovoltaïque servant de stockage de matériels et de paille ainsi qu'un local onduleur, sur un terrain situé 2 860 route de Prayssas au lieu-dit " Bourdile " sur le territoire de cette commune, parcelles cadastrées section ZI n° 261 et 262. Par courrier du 6 août 2021, M. A a formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté. Le silence gardé par le maire de la commune de Lacépède sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. A, représentant l'indivision E, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 juin 2021.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable : " La demande de permis de construire précise : () / f) La surface de plancher des constructions projetées, s'il y a lieu répartie selon les différentes destinations et sous-destinations définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28 ; / g) La puissance électrique nécessaire au projet, lorsque la puissance électrique est supérieure à 12 kilovoltampères monophasé ou 36 kilovoltampères triphasé ; / h) Les éléments, fixés par arrêté, nécessaires au calcul des impositions ; () ". Aux termes de l'article L. 111-14 du même code, dans sa rédaction applicable : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 331-10, la surface de plancher de la construction s'entend de la somme des surfaces de plancher closes et couvertes, sous une hauteur de plafond supérieure à 1,80 m, calculée à partir du nu intérieur des façades du bâtiment. () ". Aux termes de l'article L. 331-1 du même code : " En vue de financer les actions et opérations contribuant à la réalisation des objectifs définis à l'article L. 101-2, les communes ou établissements publics de coopération intercommunale, la métropole de Lyon, les départements, la collectivité de Corse et la région d'Ile-de-France perçoivent une taxe d'aménagement. () ". Aux termes de l'article L. 331-7 du même code, dans sa rédaction applicable : " Sont exonérés de la part communale ou intercommunale de la taxe : () 3° Dans les exploitations et coopératives agricoles, les surfaces de plancher des serres de production, celles des locaux destinés à abriter les récoltes, à héberger les animaux, à ranger et à entretenir le matériel agricole, celles des locaux de production et de stockage des produits à usage agricole, celles des locaux de transformation et de conditionnement des produits provenant de l'exploitation et, dans les centres équestres de loisir, les surfaces des bâtiments affectées aux activités équestres ; () ". Aux termes de l'article L. 331-8 du code, dans sa rédaction applicable : " Sont exonérés des parts départementale et régionale les constructions et aménagements mentionnés aux 1° à 3° et 7° à 9° de l'article L. 331-7. / Ces exonérations s'appliquent à la part de taxe d'aménagement prévue à l'avant dernier et au dernier alinéa de l'article L. 331-3. "

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / () b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; () ". Aux termes de l'article R. 431-9 du même code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. / Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. () ". Aux termes de l'article R. 431-10 du code : " Le projet architectural comprend également : () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. "

4. Enfin, aux termes de l'article R. 431-30 du code de l'urbanisme : " Lorsque les travaux projetés portent sur un établissement recevant du public, la demande est accompagnée des dossiers suivants, fournis en trois exemplaires : / a) Un dossier permettant de vérifier la conformité du projet avec les règles d'accessibilité aux personnes handicapées, comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 111-19-18 et R. 111-19-19 du code de la construction et de l'habitation ; / b) Un dossier permettant de vérifier la conformité du projet avec les règles de sécurité, comprenant les pièces mentionnées à l'article R. 123-22 du même code. ". Aux termes de l'article R. 123-2 du code de la construction et de l'habitation, dans sa rédaction applicable : " Pour l'application du présent chapitre, constituent des établissements recevant du public tous bâtiments, locaux et enceintes dans lesquels des personnes sont admises, soit librement, soit moyennant une rétribution ou une participation quelconque, ou dans lesquels sont tenues des réunions ouvertes à tout venant ou sur invitation, payantes ou non. / Sont considérées comme faisant partie du public toutes les personnes admises dans l'établissement à quelque titre que ce soit en plus du personnel. "

5. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

6. En l'espèce, d'une part, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la notice descriptive ainsi que du plan des façades joints au dossier de demande de permis de construire en litige que celui-ci précise la surface de plancher de la construction close et couverte projetée, à savoir 1,70 m², correspondant au local onduleur, conformément au c) de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme, le hangar agricole projeté étant ouvert sur les façades sud et est, de sorte qu'il n'est pas de nature à créer de la surface de plancher au sens de l'article L. 111-14 du même code. Par ailleurs, il ressort du formulaire de demande de permis que celui-ci précise que le projet n'implique la création d'aucune place de stationnement tandis que, en application des articles L. 331-7 3° et L. 331-8 du code de l'urbanisme, la construction projetée, à vocation de stockage de produits à usage agricole, est exonérée des parts communale ou intercommunale, départementale et régionale de la taxe d'aménagement, de sorte que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le dossier de demande de permis aurait dû comporter des éléments supplémentaires pour le calcul de cette taxe, en application du h) de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme. Enfin, il n'est pas établi que le projet nécessiterait une puissance électrique supérieure à 12 kilovoltampères monophasé ou 36 kilovoltampères triphasé, de sorte que le dossier de demande n'avait pas à préciser la puissance électrique nécessaire au projet, en application du g) de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme. En tout état de cause, à supposer que le dossier de demande permis en litige serait insuffisant sur ce dernier point, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une telle insuffisance aurait été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la notice descriptive présentant le terrain et le projet jointe à la demande de permis en litige précise les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement, à savoir la plantation d'une haie formée d'essences locales le long de la route de Prayssas, au sens du 2° de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme, et notamment du c) de cet article, ainsi que les matériaux et les couleurs des constructions, au sens du d) de cet article. Si la notice ne décrit pas avec précision l'état initial des abords du terrain ainsi que l'implantation des constructions projetées par rapport aux constructions avoisinantes, de tels éléments figurent parmi les autres pièces jointes au dossier de demande de permis, notamment les photographies représentant l'environnement proche et l'environnement lointain du projet que le plan de masse du projet. A cet égard, le dossier de demande de permis comporte des photographies ainsi qu'un document graphique d'insertion permettant de situer le terrain dans l'environnement proche et le paysage lointain et d'apprécier la consistance du projet, ainsi qu'un plan de masse du projet, permettant, en le comparant notamment avec le plan de masse de l'existant, d'apprécier son insertion par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, au sens des c) et d) de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme. De plus, l'absence de cotation en trois dimensions du plan de masse est compensée par la production des plans de coupe et de façades qui ont permis au service instructeur d'apprécier les hauteurs du projet. Enfin, dès lors que le bâtiment à usage agricole en litige, destiné au stockage de matériels et de paille, ne nécessite pas de raccordement aux réseaux, le pétitionnaire n'était pas tenu de préciser dans le dossier de demande de permis de construire les modalités de raccordement de la construction aux réseaux. En tout état de cause, la notice descriptive précise que la construction projetée n'est pas raccordée aux réseaux d'eau potable et d'assainissement et les modalités de raccordement des eaux pluviales.

8. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que la construction d'un hangar agricole servant de stockage de matériels et de paille ainsi que d'un local onduleur, destiné à l'usage agricole, devrait être regardée comme un établissement recevant du public au sens de l'article R. 123-2 du code de la construction et de l'habitation. Par suite, le dossier de demande de permis de construire n'avait pas à être accompagné des dossiers mentionnés à l'article R. 431-30 du code de l'urbanisme.

9. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que le dossier de demande de permis de construire en litige serait incomplet doit être écarté en toutes ses branches.

10. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 8, il ne ressort pas des pièces du dossier que la construction projetée devrait être regardée comme un établissement recevant du public. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté serait entaché d'un vice de procédure dès lors que les consultations exigées en cas de construction d'un tel établissement n'ont pas été effectuées doit être écarté.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. "

12. Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent. Les risques d'atteinte à la sécurité publique qui, en application de cet article, peuvent justifier le refus d'un permis de construire ou son octroi sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales sont aussi bien les risques auxquels peuvent être exposés les occupants de la construction pour laquelle le permis est sollicité que ceux que l'opération projetée peut engendrer pour des tiers.

13. En l'espèce, ainsi qu'il a été dit au point 7, la construction d'un hangar agricole destiné au stockage de matériels et de paille ainsi que d'un local onduleur ne nécessite pas de raccordement aux réseaux. De plus, le projet prévoit que les eaux pluviales seront récupérées par les gouttières en bas de pente pour être dirigées vers le vallon existant au sud du projet, ce qui fait l'objet d'une prescription fixée à l'article 2 de l'arrêté contesté. En outre, le requérant n'établit pas en quoi les eaux pluviales seraient " polluées notamment par les hydrocarbures des divers engins garés ou stockés dans le bâtiment voire par les engrais qui y sont entreposés avant d'être renvoyées dans le milieu naturel ", la commune faisant notamment valoir à cet égard que le hangar n'est pas destiné à accueillir de l'engrais. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être écarté.

14. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 151-23 du code de l'urbanisme : " Peuvent être autorisées, en zone A : / 1° Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole ou au stockage et à l'entretien de matériel agricole par les coopératives d'utilisation de matériel agricole agréées au titre de l'article L. 525-1 du code rural et de la pêche maritime ; (). ". Aux termes de l'article 2.3 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal des coteaux de Prayssas, relatif aux dispositions générales applicables en zones agricoles " A " : " Les zones agricoles " A " (article R.151-22 du Code de l'Urbanisme), auxquelles s'appliquent les dispositions du Titre IV, sont les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles et forestières. Les constructions et installations nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif et à l'exploitation agricole sont seules autorisées en zone A. Ces zones sont : / A / Zone Agricole où sont autorisées l'implantation, extension et annexes des exploitations agricoles. Est également autorisé la gestion des habitations existantes, non liées à une exploitation agricole : extension, annexe et piscine ".

15. La circonstance que des constructions et installations à usage agricole puissent aussi servir à d'autres activités, notamment de production d'énergie, n'est pas de nature à leur retirer le caractère de constructions ou installations nécessaires à l'exploitation agricole au sens des dispositions précédemment citées, dès lors que ces autres activités ne remettent pas en cause la destination agricole avérée des constructions et installations en cause.

16. En l'espèce, il est constant que le terrain d'assiette du projet en litige est situé en zone A du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) applicable. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la lettre de motivation de M. B du 22 février 2020 jointe au dossier de demande de permis ainsi que de l'attestation délivrée par la mutualité sociale agricole de Dordogne Lot-et-Garonne le 21 janvier 2021 que M. B est affilié en qualité de chef d'exploitation auprès de cet organisme depuis le 1er juillet 1987 et qu'il exerce son activité d'exploitant d'agricole à titre principal. Il n'est pas sérieusement contesté que le hangar agricole de 800 m² dont dispose déjà M. B sur le terrain litigieux n'est pas d'une capacité suffisante pour faire face aux besoins croissants de son activité, s'agissant notamment du stockage de matériels et de paille. A cet égard, M. B soutient sans être contesté qu'en raison d'un espace insuffisant, il se voit dans l'obligation de stocker la paille et son matériel à l'extérieur, ce qui entraine des dégradations et des pertes. Contrairement à ce que soutient le requérant, le directeur départemental des territoires a, dans son avis en date du 9 mars 2021, indiqué qu'au vu des éléments fournis, le projet en litige est en lien avec l'activité agricole du pétitionnaire et nécessaire à cette dernière. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'installation de panneaux photovoltaïques sur le toit du hangar projeté remettrait en cause la destination agricole de bâtiment. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 151-23 du code de l'urbanisme doit être écarté.

17. En cinquième lieu, aux termes de l'article 2.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal des coteaux de Prayssas, relatif aux principes communs à toutes les zones, s'agissant des caractéristiques architecturales : " Les terrassements : / L'implantation de chaque construction devra respecter la pente du terrain et ne pas générer des terrassements incompatibles avec la qualité du site. Les terrassements seront à éviter ".

18. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le hangar en litige à vocation à être implanté au nord de la parcelle, dans le prolongement du bâtiment existant, sur la partie du terrain qui présente un caractère majoritairement plat. Par ailleurs, il ressort du plan de terrassement en coupe joint au dossier de demande de permis que seules des opérations très limitées de déblaiement et remblaiement seront rendues nécessaires par le projet. Enfin, le requérant ne soutient ni même n'allègue que ces terrassements seraient incompatibles avec la qualité du site. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

19. En sixième lieu, aux termes de l'article 2.2.5 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal des coteaux de Prayssas, relatif aux caractéristiques architecturales en zones A e N, s'agissant des constructions neuves ou de la réhabilitation des constructions contemporaines : " En aucun cas, les constructions et installations ne doivent, par leurs situations, leurs dimensions ou leurs aspects extérieurs, porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. / Les constructions doivent présenter une simplicité de volume, une unité d'aspect et de matériaux en harmonie avec la typologie locale du bâti ancien traditionnel. / Le choix des matériaux doit être effectué de façon à assurer une cohérence visuelle du paysage urbain, de près comme de loin. "

20. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage de nature à fonder un refus d'autorisation ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de cette autorisation, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel sur lequel l'installation est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette installation, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

21. Pour apprécier aussi bien la qualité du site que l'impact de la construction projetée sur ce site, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, de prendre en compte l'ensemble des éléments pertinents et notamment, le cas échéant, la covisibilité du projet avec des bâtiments remarquables, quelle que soit la protection dont ils bénéficient par ailleurs au titre d'autres législations.

22. En l'espèce, d'une part, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet, classé en zone A du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal, est situé au bord de la route départementale n° 146, au sein d'un vaste espace naturel et agricole, composé de champs, prairies et bois, où sont édifiés à proximité un hangar à parpaings ainsi que quelques pavillons individuels, lesquels ne présentent pas d'homogénéité architecturale. Le site ne présente ni qualité urbaine particulière, ni intérêt environnemental ou paysager significatif et ne fait l'objet d'aucune protection patrimoniale, environnementale, historique ou urbanistique.

23. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux consiste à construire, sur une parcelle en bordure de route départementale sur laquelle est déjà édifié un hangar agricole de 800 m², un second hangar agricole, d'une emprise au sol équivalente, dans des matériaux similaires. Par ailleurs, il ressort de la notice descriptive jointe au dossier de demande de permis qu'afin d'intégrer au mieux la construction, une haie formée d'essences locales sera plantée le long de la limite foncière Nord et Est, soit tout le long de la route de Prayssas. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions précitées de l'article 2.2.5 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal.

24. En septième lieu, aux termes de l'article 3.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal des coteaux de Prayssas, relatif à la desserte par les réseaux, s'agissant de l'assainissement : " Eaux usées domestiques / 3.16 - Toute installation ou construction nouvelle doit être obligatoirement raccordée au réseau public d'eaux usées, s'il existe. / 3.17 - Le raccordement au réseau collectif d'assainissement doit être réalisé à l'aide de canalisations souterraines, en respectant ses caractéristiques et dans les conditions du code de la santé. / Eaux pluviales / 3.19 - Toute construction, toute installation ou tout aménagement doivent être raccordés au réseau public enterré de telle sorte que l'écoulement soit assuré sans stagnation, avec système de régulation obligatoire en amont. Cet ouvrage de régulation doit permettre d'écrêter le débit de pointe généré par une pluie. L'eau ainsi stockée est restituée progressivement à faible débit dans le réseau public. / Si le raccordement ne peut s'effectuer en raison, soit de l'éloignement du réseau, soit du niveau de raccordement obligatoire, soit de l'absence de réseau, les eaux pluviales doivent être résorbées sur le terrain d'assiette du projet ou au sein de l'opération d'aménagement dont il dépend, selon un dispositif adapté à la configuration du sol, ou évacuées au caniveau. "

25. En l'espèce, d'une part, ainsi qu'il a été dit aux points 7 et 13 du présent jugement, la construction du hangar agricole destiné au stockage de matériels et de paille et du local onduleur ne nécessite pas de raccordement au réseau des eaux usées. D'autre part, le projet prévoit que les eaux pluviales seront récupérées par les gouttières en bas de pente pour être dirigées vers le vallon existant au sud du projet, ce qui fait l'objet d'une prescription fixée à l'article 2 de l'arrêté contesté. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions précitées de l'article 3.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal.

26. En huitième lieu, aux termes de l'article 3.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal des coteaux de Prayssas, relatif à la desserte par les réseaux, s'agissant des autres réseaux : " () 3.24 - Dans l'attente du réseau de communication numérique, toutes les nouvelles constructions, les opérations ou ensembles d'habitations devront prévoir les gaines et fourreaux souterrains nécessaires au fonctionnement et à la desserte numérique. / Les dispositifs internes de ces opérations et des constructions doivent permettre leur raccordement ultérieur au réseau de communication numérique ; raccordement qui sera obligatoire dès réalisation de celui-ci. "

27. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la construction en litige, destinée au stockage de matériels et de paille, n'a pas vocation à être utilisée à usage d'habitation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 3.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal ne peut qu'être écarté.

28. En dernier lieu, aux termes de l'article 2.2.5 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal des coteaux de Prayssas, relatif aux caractéristiques architecturales en zones A e N, s'agissant des constructions neuves ou de la réhabilitation des constructions contemporaines : " Les façades / Il est interdit l'emploi à nu de matériaux fabriqués en vue d'être recouverts d'un enduit ou d'un parement, tels que briques creuses, agglomérés. Les enduits seront de teinte de terre locale. / L'utilisation de matériaux contemporains dans le cadre d'une recherche architecturale pourra être autorisée. ". Selon le nuancier de couleurs annexé au plan local d'urbanisme intercommunal : " La couleur est un élément qui participe à la qualité urbaine, architecturale et paysagère. Avec les matériaux, les couleurs sont le reflet d'une longue tradition de mise en relation entre le paysage et le bâti. / Ainsi, ce nuancier présente une sélection de couleurs dans un souci de qualité, d'harmonie avec la typologie locale et de cohérence chromatique. Il a pour objet : / • D'harmoniser les teintes des constructions existantes et des constructions nouvelles ; / • D'apporter une assistance dans le choix des couleurs aux concepteurs, aux réalisations, particuliers ou professionnels dans le cadre de la présentation des dossiers d'urbanisme ou de la réalisation de travaux ; / • De mettre en place une référence réglementaire applicable lors de l'instruction des demandes d'autorisation d'urbanisme. / Ce nuancier* se base sur un référentiel connu le RAL CLASSIC qui comprend toutes les couleurs RAL sur 4 chiffres. Il règlemente les couleurs des enduits, des fermetures (volets, portails de garage, portes d'entrée), des menuiseries (fenêtres et portes-fenêtres), des bardages et des toitures sous réserve dans les secteurs protégés de l'avis de l'Architecte des Bâtiments de France. / Les couleurs identifiées seront choisies pour chaque projet avec un souci d'harmonie générale en fonction de l'environnement du terrain et en fonction de l'association des couleurs des différents éléments composant la façade (menuiseries, volets et fermetures, enduits), un accord devant être recherché. ". Le nuancier indique, s'agissant des bardages : " "Revêtement extérieur ou paroi sans ouvertures, sous le toit, fixé sur l'ossature, qui a pour fonctions l'esthétique et la protection du bâtiment", cet habillage, en bois le plus souvent, doit être choisi en accord avec les façades et les menuiseries. Le bardage peut être conservé en bois brut naturel. / Par rapport à l'insertion paysagère, le choix des coloris à l'intérieur de la gamme reste dépendant de l'environnement (constructions voisines, couvert végétal, franges), des surfaces traitées concernées. Gamme de gris / () / Gamme des verts (réservés aux constructions à usage agricole) / () Gamme des ocres (réservés aux constructions à usage d'habitation) / () Les teintes proposées ne sont pas figées, des tons légèrement différents peuvent être autorisés, mais l'esprit doit cependant être conservé. / Cas particulier : Pour les bâtiments professionnels à usage agricole, la couleur pourra être adaptée en raison de contraintes techniques et réglementaires (normes sanitaires par exemple). ". Enfin, le nuancier mentionne, s'agissant des toitures : " Elément d'importance dans une architecture, pour son impact et son rôle dans le paysage de loin comme de près, la toiture (tuile, fibrociment, bac acier, etc.) doit être choisie en premier lieu et au regard des constructions alentour. / Coloris naturels terre cuite, teintes tons mélangés ou vieillies pour les habitations / Gamme des brun-rouges pour les autres bâtiments () / Pour les toitures de bâtiments d'activités d'autres teintes pourront être proposés dans une logique d'insertion paysagère adaptée au contexte. "

29. En l'espèce, il est constant que le projet en litige ne prévoit pas l'emploi à nu de matériaux fabriqués en vue d'être recouverts d'un enduit ou d'un parement. Si le projet prévoit la construction d'un bardage métallique de couleur beige sur les façades nord et ouest du bâtiment, il résulte des dispositions précitées que, d'une part l'utilisation de matériaux contemporains dans le cadre d'une recherche architecturale peut être autorisée en zone agricole, et, d'autre part, la couleur des bâtiments agricoles peut être adaptée en raison de contraintes techniques et réglementaires. A cet égard, il n'est pas contesté que la couleur du bardage de la construction projetée a été déterminée en fonction de celle du bardage de la façade nord du hangar agricole existant sur la parcelle. Enfin, s'il ressort des pièces du dossier que le projet en litige prévoit la mise en place d'une toiture en bac acier de couleur grise, il résulte des dispositions précitées que d'autres teintes que la gamme des brun-rouges peuvent être autorisées pour les toitures de bâtiments d'activités comme en l'espèce, dans une logique d'insertion paysagère. A cet égard, il n'est pas contesté que la couleur de la toiture de la construction projetée a été déterminée en fonction de celle de la toiture du hangar agricole existant sur la parcelle. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté méconnaît le nuancier de couleurs figurant en annexe au règlement du plan local d'urbanisme intercommunal.

30. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 4 juin 2021.

Sur les frais liés au litige :

31. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Lacépède et de M. B, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du requérant une somme de 800 euros à verser à la commune de Lacépède sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et une somme de 800 euros à verser à M. B au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera à la commune de Lacépède une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : M. A versera à M. B une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, représentant l'indivision E, M. C B et la commune de Lacépède.

Délibéré après l'audience du 16 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Delvolvé, président,

Mme Mounic, première conseillère,

Mme Passerieux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2023.

La rapporteure,

C. PASSERIEUX

Le président,

Ph. DELVOLVÉ

Le greffier,

A. PONTACQ

La République mande et ordonne au préfet de Lot-et-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

N°2106583

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