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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2106762

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2106762

mardi 21 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2106762
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBALTAZAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 décembre 2021, Mme B C, représentée par Me Baltazar, avocate, demande au tribunal d'annuler la décision du 18 octobre 2021 du président du conseil départemental de la Gironde procédant au retrait de son agrément d'assistante maternelle.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une personne incompétente pour ce faire ;

- le premier grief qui lui est reproché, en lien avec une suspicion de maltraitance, est entaché d'une inexactitude matérielle ; au demeurant une simple suspicion ne suffit pas à justifier un retrait d'agrément ;

- les deux autres griefs ne sont pas davantage justifiés, dès lors que la piscine hors-sol en cause a été démontée et qu'elle a régularisé sa situation au regard de ses obligations professionnelles.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 janvier 2022, le département de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés ;

- le comportement de Mme C, qui a expliqué ne pas pouvoir " avoir un œil sur chaque enfant ", ne garantit pas la sécurité, la santé ni même l'épanouissement des enfants accueillis ; or, toute défaillance de contrôle peut entrainer la responsabilité du département outre la responsabilité pénale des intervenants ;

- s'agissant des conditions matérielles d'accueil, il ne ressort pas des pièces du dossier que malgré les courriers des 17 juin 2019 et 13 février 2020, Mme C aurait à la date de la décision attaquée mis aux normes ou retiré la piscine hors sol ; de surcroit, les témoignages de parents ont attesté d'un logement sale, de déjections canines, ainsi que d'une présence déraisonnable d'animaux ; lors de la visite à domicile du 6 juillet 2021, la puéricultrice a constaté la présence d'un bébé-chien dans la baignoire ; ainsi, l'environnement d'accueil ne répond pas aux conditions définies par les articles L. 421-3 et R. 421-3 du code de l'action sociale et des familles ;

- quant au non-respect des obligations professionnelles, Mme C fait preuve de laxisme concernant l'envoi des fiches de liaison, n'ayant par exemple jamais signalé la naissance de son quatrième enfant et sa reprise d'activité après la naissance de cet enfant ; elle a en outre reconnu verbalement avoir accueilli un enfant en surnombre deux jours par semaine.

Par une ordonnance du 26 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 27 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Molina-Andréo, rapporteure,

- les conclusions de Mme Champenois, rapporteure publique,

- et les observations de Mme D, représentant le Conseil Départemental de la Gironde.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C est titulaire d'un agrément d'assistante maternelle valable du 8 janvier 2019 au 7 janvier 2024, lui permettant d'accueillir quatre enfants à son domicile, dont deux en horaire atypique. A la suite de la plainte de deux parents signalant des traces de coups sur le bras et/ou le visage de leurs enfants, Mme C a fait l'objet d'une visite à son domicile le 6 juillet 2021 par une infirmière-puéricultrice du service de protection maternelle infantile (PMI) de la direction de la promotion de la santé, rattachée à la direction générale adjointe chargée de la solidarité du département de la Gironde. Au vu du compte-rendu établi à la suite de cette visite, le président du conseil départemental de la Dordogne a, par décision du 7 juillet 2021, suspendu l'agrément d'assistante maternelle de l'intéressée pour une durée maximale de quatre mois. Puis, après avoir consulté la commission consultative paritaire départementale, il a décidé, le 18 octobre 2021, de retirer à Mme C son agrément d'assistante maternelle. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que Mme E A, médecin du service PMI Enfance, référente " modes d'accueil du jeune enfant " auprès du département de la Gironde, qui a signé la décision attaquée, a reçu, par un arrêté du 2 juillet 2021 du président de cette collectivité territoriale, régulièrement publié le jour-même au recueil des actes administratifs, délégation à l'effet de signer " dans le cadre des attributions du service PMI Enfance ", " les actes se rapportant à la mise en œuvre des dispositions du titre II du livre quatrième du CASF [code de l'action sociale et des familles] : " assistants maternels et assistants familiaux ", et notamment : () les retraits d'agrément des assistants maternels et/ou familiaux () ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision du 18 octobre 2021 attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

3. Aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision litigieuse : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside. () / L'agrément est accordé à ces deux professions si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne. () ". Aux termes de l'article L. 421-6 du même code : " () Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. () ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au président du conseil départemental de s'assurer que les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis et de procéder au retrait de l'agrément si ces conditions ne sont plus remplies. A cette fin, dans l'hypothèse où il est informé de suspicions de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement d'un enfant de la part du bénéficiaire de l'agrément ou de son entourage, il lui appartient de tenir compte de tous les éléments portés à la connaissance des services compétents du département ou recueillis par eux et de déterminer si ces éléments sont suffisamment établis pour lui permettre raisonnablement de penser que l'enfant est victime des comportements en cause ou risque de l'être.

5. Il ressort de l'examen de la décision attaquée que pour retirer l'agrément d'assistante maternelle de Mme Tixier, le président du conseil départemental de la Gironde s'est fondé sur un premier motif tiré d'une " suspicion de faits de maltraitance à l'encontre d'enfants accueillis avec une enquête pénale en cours ". Il ressort des pièces du dossier que les services du département ont à cet égard été alertés par un compte-rendu du 1er juillet 2021 de ce que, par deux appels téléphoniques des 30 juin et 1er juillet 2021, deux parents de très jeunes enfants accueillis F C se sont plaints auprès des services de la PMI d'avoir récupéré leurs enfants chez l'assistante maternelle avec des traces rouges sur le bras et/ou le visage, l'un des deux parents indiquant même que son enfant aurait " reçu une baffe " et les deux parents ayant porté plainte auprès de la gendarmerie. Toutefois, ce compte-rendu téléphonique des appels des parents n'apparait pas suffisant pour faire naitre à lui seul une suspicion de maltraitance, alors qu'il ne fait que relayer les propos de parents qui n'ont été témoins d'aucun fait de maltraitance et ont tiré des conclusions sur la seule base de traces sur le bras et/ou le visage de leurs très jeunes enfants. Alors que le département de la Gironde n'a pas diligenté d'enquête administrative et que l'enquête pénale était toujours en cours à la date d'édiction de la décision attaquée, la visite à domicile réalisée le 6 juillet 2021 par une puéricultrice du département n'a révélé aucun geste ou attitude de Mme C qui aurait pu confirmer l'existence d'un risque de maltraitance pour les enfants accueillis au domicile de l'intéressée. Il ressort du procès-verbal de la commission consultative paritaire départementale du 18 octobre 2021 que Mme C a expliqué la présence des traces sur le bras et/ou le visage des enfants en faisant valoir que, s'agissant d'un des deux enfants concernés, celui-ci s'était cogné une première fois " en jouant " et s'était blessé une seconde fois à raison de " l'utilisation d'une figurine dans le salon par son fils ", s'agissant de l'autre enfant, qu'il " s'[était] fait mal sur un boulier ". Dès lors, les éléments pris en compte par le président du conseil départemental de la Gironde pour suspecter des faits de maltraitance de la part de Mme C n'étaient pas suffisamment circonstanciés et probants pour lui permettre raisonnablement de penser que les enfants accueillis auraient été victimes d'un comportement maltraitant de la part de l'assistante maternelle ou auraient risqué de l'être. Par suite, le premier motif tiré d'une suspicion de faits de maltraitance sur lequel est fondé la décision de retrait attaquée est entaché d'une erreur d'appréciation.

6. Mais il ressort de l'examen de la décision attaquée que pour retirer l'agrément d'assistante maternelle de Mme Tixier, le président du conseil départemental de la Gironde s'est également fondé sur deux autres griefs, tirés d'une part, de " conditions matérielles d'accueil ne garantissant pas la sécurité et l'hygiène des enfants accueillis en particulier [du fait de] la présence d'une piscine hors sol non sécurisée", d'autre part du " non-respect d'obligations professionnelles " à raison du " non-envoi des fiches de liaison " et de l' " accueil en surnombre " d'enfants. D'une part, si Mme C soutient qu'elle a démonté la piscine hors-sol non sécurisée qui était installée dans son jardin, et dont la présence avait encore été constatée lors de la visite à domicile de la puéricultrice du département du 6 juillet 2021 malgré deux lettres des 17 juin 2019 et 13 février 2020 lui demandant de procéder à des travaux de mise aux normes, elle n'apporte aucun élément à l'appui de cette allégation. Au surplus, et alors que le département de la Gironde fait état en défense d'un environnement d'accueil ne garantissant pas la sécurité et l'hygiène, il ressort des constats opérés lors de la visite à domicile du 6 juillet 2021, que Mme C recueille à son domicile un chat, dont les poils ont pu se retrouver sur les habits des enfants accueillis, ainsi que deux chiens, l'un de race beauceron placé dans un enclos dans le jardin fermé par une barrière en bois à réparer, l'autre de race spitz isolé dans la baignoire de la salle de bains. D'autre part, si Mme C soutient qu'elle a régularisé sa situation au regard de ses obligations professionnelles, elle ne conteste pas, d'une part, n'avoir jamais signalé aux services départementaux la naissance de son quatrième enfant, pas davantage que sa reprise d'activité à l'issue de son congé maternité, ni avoir accueilli en plus des quatre enfants pour lesquels elle disposait d'un agrément, un autre enfant en surnombre deux jours par semaine. C'est d'ailleurs dans ce contexte de garde en surnombre d'enfants, que Mme C a fait preuve d'un manque de vigilance dans la surveillance des enfants qui lui étaient confiés, celle-ci ayant tenté d'expliquer les traces sur le bras et/ou le visage des enfants mentionnées au point précédent, lors de la commission consultative paritaire départementale du 18 octobre 2021, par le fait " qu'elle ne [pouvait] pas avoir un œil sur chaque enfant ". Par suite, les motifs tirés de " conditions matérielles d'accueil ne garantissant pas la sécurité et l'hygiène des enfants ", d'autre part du " non-respect d'obligations professionnelles " doivent être regardés comme matériellement établis.

7. Eu égard à la nature et à la pluralité des manquements établis à l'encontre de Mme C, tant dans ses obligations liées à son activité d'assistante maternelle que dans les conditions d'accueil des enfants, le président du conseil départemental de la Gironde a pu légalement estimer, sans commettre d'erreur d'appréciation, que la requérante, qui ne disposait au demeurant d'un agrément que depuis janvier 2019 et a déclaré ne pas avoir travaillé en 2020, ne remplissait plus les conditions de son agrément tenant aux garanties de sécurité, de santé et d'épanouissement des enfants et procéder en conséquence à son retrait. La circonstance, à cet égard, que le premier motif de la décision attaquée soit erroné apparait sans incidence, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que le président du conseil départemental de la Gironde aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que les deux autres motifs, qui suffisent à eux seuls à la justifier.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée du 18 octobre 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au département de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, première conseillère faisant fonction de présidente ;

Mme de Gélas, première conseillère ;

Mme Ballanger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.

La première assesseure,

C. DE GÉLASLa première conseillère faisant fonction de présidente,

B. MOLINA-ANDRÉO

La greffière,

C. SCHIANO

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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